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mardi 18 octobre 2011

11eme reunion : NOS COUPS DE COEUR (OU PRESQUE)

- Catherine V. a aimé "La descente de Pégase" de James Lee Burke (2010, Ed. Rivages /Thriller).





- Serge nous recommande "Crisis Economics" de Nouriel Roubini (2010, Penguin Press), il nous parle également du blog de Paul Jorion.

- Catherine M. a lu plusieurs livres sur la Sibérie : "Dans la forêt de Sibérie" de Sylvain Tesson (2011, Gallimard), "Sibérie" d'olivier Rolin (2011, Edit. Inculte) et "Vladivostok" de Cédric Gras (2011, Phebus).

- Guilhem a apprécié "Le Système Victoria" d'Eric Reinhardt (2011, Stock).

- Joseph nous a parlé de "La petite Comète" de Béatrice Mesnil (2011, Edit; Amalthée) et d'un recueil de poésies "Outremer : trois océans en poésie" (2011, Doucey édit.).



- Giuliana nous a fait part de ses gouts en littérature italienne : "Je n'ai pas peur" et "La fête du siècle" de Niccolo Ammaniti (2004 Poche et 2011 Robert Laffont), "Chateaux de la colère" d'Alessandro Baricco (2003 Folio) et enfin Erri de Luca "Il peso de farfalla" (2009, Feltrinelli).

- Chantal a été impressionnée par un auteur congolais , Emmanuel Dongala qui a écrit entre autres "Jazz et vin de palme" (1999, Rocher et Serpent à plumes) et "Photo de groupe au bord du fleuve" (2010, Actes Sud).





- Michel Bac nous a recommandé "Trilogie berlinoise" de Philip Kerr (2008, Edit. du Masque).

- Alain-Pierre a aimé "Voyage au pays des Ze-Ka" de Julius Margolin (199, Le bruit du temps).




- Monique nous a parlé de Jorge Semprun, décédé récemment et nous recommande  : "L'écriture ou la vie" (1996, Folio) et "Le grand voyage" (1972, Poche).

- Gérard a lu et relu "'Ta mère" de l'écrivain brésilien Bernardo Carvalho ( 2010, Métailié).

- Claude et Michel L. sont dans la lecture de '1Q84" de Murakami et ils n'en font pas a priori un coup de coeur !

vendredi 7 octobre 2011

COMPTE RENDU DE NOTRE 11EME REUNION

Ce vendredi 30 septembre, l'écrivain franco-russe Andreï Makine était au programme.

Nous étions 15 à table et chacun a pu présenter ses impressions de lecture.

Claude a commencé par un bref rappel de la vie de l'auteur tiraillé entre deux cultures.
Globalement, à quelques exceptions près, les membres du Square ont apprécié cet auteur et en particulier son livre le plus connu, qui a obtenu le Goncourt et le Médicis en 1995, "Le Testament français". "La musique d'une vie" a recueilli aussi les suffrages de plusieurs d'entre nous.
Son dernier livre : "Le livre des brèves amours éternelles" a laissé certains d'entre nous sur leur faim, tandis que d'autres restaient sur une lecture intéressée.


- Un écrivain écartelé entre deux cultures
Le Testament français exprime essentiellement la vérité de Makine, celle d'un homme qui a baigné très jeune dans la culture française alors qu'il vivait au fin fond de la Sibérie et qui ensuite émigre en France, réalisant ainsi un rêve, pour se consacrer à la littérature. C'est précisément cet attrait pour notre culture, né de sa relation privilégié avec sa grand'mère française, qu'il décrit dans le Testament français. Ensuite le chemin sera semé d'embûches.

Il a été souligné au cours de nos échanges que la culture française est au départ assimilée à un monde imaginaire faisant l'objet d'un transmission délicate entre Charlotte la grand'mère, et Aliocha, le petit-fils qui boit ses paroles. La France devient un monde idéalisé pour l'enfant, idéal incarné par cette femme française à l'allure éternelle. Au fur et à mesure du récit, cette vision change, c'est la culture russe, avec sa dure réalité, sa violence, mais aussi sa fierté qui apparaît à un moment donné. Il y a enfin le départ pour la France et ses désillusions. Mais la culture française reste ancrée à jamais dans le coeur d'Aliocha.
L'un d'entre nous a souligné que le Testament français "sentait le renfermé", que ce livre était totalement orienté vers le passé et que parfois les situations décrites par Makine étaient plus que convenues. Un débat s'en est suivi.
Il est clair que Makine dans son  "projet", ne cherche pas les grands élans, c'est un poète de la simplicité. Dans d'autres de ses livres, ses héros sont écartelés dans un monde bipolaire ou multipolaire et ils ne se sentent "vivre" individuellement, que lorsqu'ils expriment cet amour humain qui peut les sauver, un amour simple mais vrai.
Un thème récurrent dans les romans de Makine est l'opposition entre le monde des gens simples et humbles enfermés dans un fatalisme sans espoir et l'étincelle qui peut jaillir d'une rencontre amoureuse et qui transforme l'instant vécu en moment éternel. Certains passent à côté de cette étincelle, d'autres en font la richesse silencieuse de leur vie.


- Un style travaillé et poétique

Le roman a conduit l'un d'entre nous a établir une analogie avec Notre-Dame-de-Paris, incarnation d'un certaine perfection dans l'architecture, dans le style. Parfait, trop parfait peut-être. Le travail sur le style a été souligné par la grande majorité d'entre nous : "style classique", "style générant de l'émotion", "style parfait et maîtrisé", "style tout en subtilité et en trouvailles", "style séduisant" mais auquel il manque quelque chose de novateur.
Un passage du Testament traite d'ailleurs du style : " Et puis ce soir, je compris que ce n'étaient pas les anecdotes qu'il fallait rechercher dans mes lectures. Ni des mots joliment disposés sur une page. C'était quelque chose de bien plus profond et, en même temps, de bien plus spontané : une pénétrante harmonie du visible qui, une fois révélée par le poète, devenait éternelle. Sans savoir la nommer, c'est elle que je poursuivrais désormais d'un livre à l'autre. Plus tard, j'apprendrais son nom : le Style. Et je ne pourrais jamais accepter sous ce nom des exercices vains de jongleurs de mots." p. 148 et 149.

Nous sommes tous d'accord pour reconnaître la qualité du style de Makine et son sens poétique. Mais il s'agit aussi d'une langue qui exprime la culture française de la fin du XIXème siècle, en tout cas dans "Le Testament français" et qui parfois tombe dans un certain sentimentalisme.

- Des personnages qui subissent
Les personnages de Makine ont cette particularité qu'ils ne s'imposent pas aux autres, ils sont souvent en retrait. D'aucuns ont souligné qu'ils manquaient d'épaisseur et ont même posé l'impertinente question : "comment donner de la densité à sa grand-mère ? "

Les personnages russes en particulier (en dehors de l'infâme Béria) sont constamment soumis à des situations auxquelles ils ne peuvent échapper, sous le joug du pouvoir stalinien et du KGB. Dans plusieurs de ses livres Makine décrit les générations perdues de l'ex-empire. Il en est ainsi  par exemple dans " La fille d'un héros de l'Union soviétique"
Parfois on peut s'interroger sur le positionnement de Makine, "n'est-ce pas un nostalgique de la Russie des tsars ?" est une question posée par l'un d'entre nous.

- L'écrivain et sa démarche

Sur ce point les débats ont été plus vigoureux. Le Testament français décrit l'histoire d'une culture idéalisée dans l'enfance et de la découverte en réalité de cette culture. On y parle donc de solitude, d'intégration difficile, de misère, de rejet...
Makine "ce n'est ni de la littérature française, ni de la littérature moderne", en fait Makine a écrit "Le Testament français" pour obtenir la nationalité française... et ça a marché ! " C'est un roman bourré de clichés, un soufflé bien monté, une mayonnaise bien prise, mais c'est un roman sans véritable histoire et sans densité" a remarqué ironiquement l'un d'entre nous.

Autour de la table ont été cités d'autres exemples de romanciers décrivant des démarches proches ou similaires, Jorge Semprun d'abord qui, fuyant l'Espagne franquiste, a véritablement fait le choix de la France en initiant une démarche d'intégration plus puissante et séduisante, une démarche d'engagement aussi.
Julius Margolin a été cité comme décrivant avec plus de force et de vérité le sort de ceux qui on vécu dans les camps en Sibérie.

Quant a la relation de l'écrivain avec le monde dans lequel il vit, nous avons reparlé de Philip Roth qui, lui, a un "projet" totalement en prise sur notre société actuelle, au coeur de la modernité.

Conclusion
En définitive, la lecture du "Testament français" nous a, pour une part, laissé une bonne impression. Beaucoup d'entre nous n'avaient pas encore lu Makine. Ses livres sont séduisants, son style est remarquable, il accroche le lecteur. Bref, une littérature d'orfèvre en quelque sorte pour un écrivain qui nous parle d'une France passée et vue d'ailleurs.

En revanche, et pour une autre part, l'univers littéraire de Makine, celui qu'il décrit dans tous ses romans, tiraillé entre deux cultures, entre deux réalités, entre la violence du monde et la solitude de l'être humain, entre un fatalisme historique et une révolte souvent intérieure n'est pas nécessairement partagé et apprécié par tous les membres du Square. Certains lui préfèrent des univers plus modernes, plus en prise sur notre époque ou bien encore des itinéraires de vie plus engagés, plus orientés vers l'action.

N.B. : Ce texte est plutôt un rappel d'impressions saisies au vol qu'un compte rendu détaillé, d'avance veuillez accepter mes excuses si vous ne retrouvez pas vos propos dans leur exactitudes et si vous souhaitez ajouter quelques remarches n'hésitez pas.
Gérard

jeudi 22 septembre 2011

 


Andreï Makine est un écrivain d'origine russe et de langue française, né à Krasnoïarsk en Sibérie le 10 septembre 1957. Il a également publié des romans sous le pseudonyme de Gabriel Osmonde.
Né en Sibérie, enfance et adolescence dans un orphelinat sibérien (parents disparus, probablement déportés). Bien qu’ayant eu une scolarité erratique, brillant élève de philosophie et de français qu'il étudie depuis l’école primaire. Boursier, il rédige une thèse de doctorat sur la littérature française contemporaine à l’Université de Moscou. À 30 ans, il s’installe à Paris. Il est d'abord assistant de russe au lycée Jacques Decour et dépose une thèse de doctorat sur Ivan Bounine (1870-1953) à la Sorbonne. Premier roman La Fille d’un héros de l’Union soviétique (1990). Choisit le français comme langue scripturale.
- 1995 le prix Goncourt, le prix Goncourt des lycéens et le prix Médicis ex æquo pour son roman Le Testament français ;
- Prix Eeva Joenpelto (Finlande) 1988 (Le Testament français);
- Prix RTL-Lire 2001 (La Musique d'une vie);
- Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco 2005 (pour l'ensemble de son œuvre);
- Prix Lanterna Magica du Meilleur Roman Adaptable à l’Ecran 2005 (La Femme qui attendait).
Vit actuellement à Paris mais se tient, autant que possible, à l’écart de la vie littéraire, se consacre entièrement à la littérature. L’obtention du Goncourt lui valut, entre autres, la nationalité française préalablement refusée.
En 2011 il révèle qu'il a publié des romans sous le nom de Gabriel Osmonde
Oeuvres publiées :
Sous le nom d'Andreï Makine :
  • La Fille d'un héros de l'Union soviétique, 1990
  • Confession d'un porte-drapeau déchu, 1992
  • Au temps du fleuve Amour, 1994
  • Le Testament français, 1995
  • Le Crime d'Olga Arbélina, 1998
  • Requiem pour l'Est, 2000
  • La Musique d'une vie, 2001
  • La Terre et le ciel de Jacques Dorme, 2003
  • La Femme qui attendait, 2004
  • Cette France qu'on oublie d'aimer, 2006
  • L'Amour humain, 2006
  • Le Monde selon Gabriel, 2007
  • La Vie d'un homme inconnu, 2009
  • Le Livre des brèves amours éternelles, 2011
Sous le nom de Gabriel Osmonde :
  • Le Voyage d'une femme qui n'avait plus peur de vieillir, Albin Michel, 2001
  • Les 20 000 Femmes de la vie d'un homme, Albin Michel, 2004
  • L'Œuvre de l'amour, Pygmalion, 2006
  • Alternaissance, Pygmalion, 2011

Un éclairage de la critique littéraire Muriel Lucie Clément sur un thème cher à Makine :

La pensée dualiste d'A. M. qui structure plusieurs de ses romans, est déjà présente dans sa thèse de doctorat où il décrit comme une antinomie « significative pour la pensée esthétique et philosophique russe » (La prose d'I. A. Bounine, 7) les concepts du 'byt' et du 'bytié'. Le premier serait « le vécu, le quotidien, les us et coutumes, l'ensemble des conventions socio-psychologiques, le cadre socio-psychologique de l'existence. […] Le 'bytié' signifiera […] le dépassement du 'byt', le retour à l'univers perçu dans son état extra fonctionnel » (7). L'un des piliers de la poétique de M. est donc la figure de l'antinomie, qui se constitue fréquemment par une scission entre le quotidien et son dépassement. Dans ses romans, le quotidien coïncide avec la réalité crue de la Sibérie, dépourvue de 'finesse', comme, par exemple, dans La Fille d’un héros de l’Union soviétique ou Au temps du fleuve Amour. Le dépassement réussit souvent grâce à l'image d'une France mythique, une « France-Atlantide », comme dans Le testament français. Parfois le lecteur peut même observer une inversion des pôles antinomiques, ce qui permet à l’auteur une meilleure esquisse de la problématique abordée : inversion de la problématique de l'exil et de l'identité dans Le testament français, où le jeune narrateur se sentant étranger dans son pays natal a la nostalgie de la France pourtant inconnue. Inversion de la problématique de l'inceste dans Le crime d'Olga Arbélina, où l'enfant abuse de l'adulte. Inversion, encore, de la problématique de la guerre et de la paix et de la notion de héros dans La fille d'un héros de l'union soviétique où le héros est un antihéros et le personnage principal y est le père et non la fille.

mercredi 31 août 2011

LES LIVRES PREFERES DE MAKINE-OSMONDE

L'EXPRESS DU 9 JUIN 2011

Extrait :

Prix Goncourt 1995 pour Le Testament français, le romancier d'origine russe vient de publier au Seuil Le Livre des brèves amours éternelles et, sous le pseudonyme Gabriel Osmonde, Alternaissance (Pygmalion).


Le dernier livre lu...
Je lis toujours plusieurs ouvrages en même temps. Là, je viens de terminer Insolente Vertu, de Marie-Bénédicte Sassi (Pygmalion), un roman qui nous entraîne dans les coulisses de la tauromachie. J'ai été sensible à son style, mais je ne serais pas pour autant capable d'assister à une corrida. Mes seuls souvenirs dans le genre me ramènent à la Russie où j'ai assisté à des combats homme contre ours "à mains nues", d'égal à égal en quelque sorte.
Le livre interdit...
Dans les années 1970, les livres de Soljenitsyne, à commencer par Le Pavillon des cancéreux. On s'en procurait une copie en papier carbone, la sixième ou septième (qualifiée de "copie aveugle" pour son manque de lisibilité), qu'on devait lire dans la nuit afin de la rendre au petit matin.
Le livre essentiel...
La Vie d'Arséniev, d'Ivan Bounine (Le Livre de poche). Un roman plus fort que la littérature, une philosophie de la vie, l'art de l'immortalité.
Le livre que vous relisez encore et encore...
Un volume de la Recherche, Le Temps retrouvé. Je l'ai lu une première fois en russe mais je ne suis pas sûr que cela soit très bien traduit, c'est trop bavard. Dans sa version originale, Proust dépasse l'homme, il en devient presque divin.