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samedi 21 décembre 2013

20EME REUNION - MARTIN EDEN - ESSAI DE SYNTHESE DE NOS ECHANGES


Nous accueillons avec un grand plaisir Jean Bernard, un ami de Serge et Catherine, passionné de littérature et auteur de plusieurs livres.


                          (c) M. Bac


  • " Martin Eden " de Jack London

Serge introduit notre réunion en évoquant la naissance de son intérêt pour cet écrivain lorsqu’il était étudiant en seconde.
Martin Eden, c’est en quelque sorte un appel à la vie, à l’aventure, au grand large. Jack London, l'auteur, était déjà lui-même un aventurier à l’âge de vingt ans. C’était un jeune homme inculte, issu d’un milieu modeste, qui aspirait à la grande vie.

Martin Eden, est un personnage qui emprunte pour une bonne part à la vie de Jack London. Il découvre l’amour en la personne de Ruth Morse. Il tombe éperdument amoureux et pour être à la hauteur de cet amour, il décide de changer de vie. Ce changement passe par l’écriture. Martin Eden devient écrivain, c’est aussi un autodidacte qui cherche à sortir de sa classe sociale pour aller à la rencontre de la beauté incarnée par Ruth.
Le roman est l’histoire d’une tragédie, celle d’un jeune aventurier écrivain, qui accède à la gloire et qui un jour doit payer. C’est aussi un livre sur la perte des repères qui se termine sur un mythe, le retour vers les mers du sud.

Ce roman est intemporel, Martin Eden peut faire penser à Rastignac, et à bien d'autres personnages littéraires encore plus anciens, mais tout le monde n’est pas d’accord sur la référence au personnage de Balzac. Le débat s'anime.
Certains évoquent plutôt une parenté avec Barry Lyndon et avec le Bouvard et Pécuchet de Flaubert, livre auquel nous avons naguère consacré une séance du square.

Pour  une partie d'entre nous, Martin Eden est une découverte, pour d’autres il s’agissait d’une relecture. Globalement ce livre fait l’objet d’un consensus, même si certaines réserves sont émises au cours des débats, notamment sur le style de London. Merci à Serge d'avoir choisi Jack London et Martin Eden.

 

·         Rappel de l’histoire ( source : wikipedia)

Le roman se déroule au début du XXe siècle. Martin Eden est un jeune marin d'Oakland né dans les bas-fonds (ainsi que dans l'ignorance et la violence). Sa vie est faite d'aventures, de voyages, mais aussi de brutalité et de travail. C'est ainsi, qu'il défend un jeune homme lors d'une rixe. Celui-ci issu de la classe aisée, l'invite chez lui à dîner pour le remercier. À cette occasion Martin rencontre sa sœur Ruth Morse, jeune fille délicate issue d'une famille bourgeoise dont il tombe amoureux. Il décide de s'instruire pour la conquérir. Petit à petit, d'abord pour plaire à la jeune fille qu'il aime, puis par goût réel de l'étude, il se forge une culture encyclopédique et s'efforce de devenir célèbre en devenant écrivain. Mais malgré le talent qu'il pense avoir, il n'arrive pas à vivre de sa plume. Ruth, qui devient sa fiancée, préférerait qu'il trouve une situation sûre, plutôt que de continuer à écrire. Il constate que la bourgeoisie qui était son modèle initial ne comprend rien à la culture, seules quelques personnes comme son ami Russ Brissenden, dialoguent réellement avec lui. À la suite de la parution d'un article dans un journal local dans lequel il est présenté comme socialiste, ce qu'il n'est pas, Ruth le quitte. Brissenden meurt alors qu'Eden a fait paraître son poème. Il n'a plus le goût d'écrire, mais brusquement il devient un auteur à succès. Il envoie aux revues les œuvres qu'il avait soumises précédemment mais cette fois-ci, les éditeurs les acceptent et en demandent plus, le propulsant au sommet. Voulant se libérer de l'hypocrisie envahissante, Martin Eden part pour s'établir sur une île du Pacifique. Sur le bateau, n'ayant plus le goût à rien, il se laisse glisser à la mer.

 

·         Martin Eden : un livre d’actualité ou un roman d'aventure classique ?

C’est la question qui a certainement fait le plus débat dans l’assemblée.
Les partisans du « modernisme » ou plutôt de l’"actualité" du roman prennent en compte les thèmes traités par l’auteur : l’individualisme forcené de Martin Eden, la société des apparences et des beaux discours, l’hypocrisie systématique de la bourgeoisie, le marketing littéraire, la critique des journalistes etc.
Sous certains côtés les descriptions de la société bourgeoise des Etats-Unis du début du 20ème siècle pourraient être transposées au 21ème siècle.

En revanche, sur l’architecture romanesque, sur le récit en tant que tel, Jack London ne fait preuve d’aucune innovation remarquable. Martin Eden est le récit d’une histoire sur un mode chronologique, sans recherche particulière. A  noter qu'à cette époque, Proust, qui commençait à écrire la Recherche et Joyce, qui publie les Gens de Dublin en 1909, avaient déjà engagé une révolution littéraire majeure.
Quant au style, même si la traduction a paru aux anglicistes, très critiquable, il est très inégal et imparfait. Le roman est très dense, il aurait pu être plus condensé.

La description de certaines situations a également été source de débat. Ainsi la scène du suicide de Martin a pu apparaître à une partie d’entre nous comme totalement surréaliste et à des années lumière de la réalité, tandis que pour d’autres, elle est source d’émotion et de beauté.
Il a également été noté que les personnages secondaires du livre manquaient singulièrement d’épaisseur. Martin, en revanche est un personnage très fort, très puissant.

Cela étant, et malgré ces réserves, le livre de Jack London a été considéré comme facile d’accès (ce qui change avec quelques livres précédents). Il décrit  une histoire quasi-universelle. C‘est un roman écrit pour le lecteur, comme cela a été souligné.


·         Les thèmes du livre

Le thème principal est l’amour, c’est celui qui insuffle la vie au roman. Amour, différencié du sexe ici, comme on l’a fait remarquer.

Autre thème majeur : la volonté de s’arracher à sa classe pour accéder à une  « élite » sociale. C’est, comme on l’a déjà dit, un thème récurrent dans la littérature mondiale, mais qui est traité ici sous un angle original où l’ambition, la volonté de réussir sont subordonnées en quelque sorte à l’amour avec un grand A.
La description de la bourgeoisie américaine de l’époque est féroce, notamment si on la replace dans son contexte en 1909, d’autant plus féroce qu’elle se joue en deux temps : la fascination d’abord et la superficialité, l'hypocrisie ensuite.

Eden attache une grande importance à la connaissance. Mais comme il n'a pu suivre des études pendant sa jeunesse, il se rattrape avec un appétit digne de Bouvard et Pécuchet. Ruth l'encourage. En autodidacte hypermotivé, il acquiert très rapidement une culture qui lui permet d'être l'égal des intellectuels bourgeois.

Autre thème clé du livre : l'argent. Dans le monde ouvrier, l'argent sert avant tout à avoir un toit et à manger. Mais pour Martin l'argent devient un élément de reconnaissance sociale. L'écrivain gagne de l'argent plus qu'il n'en a besoin, lorsqu'il est reconnu.
Mais est-il reconnu pour lui-même ? Quelle est la vraie valeur des choses ? Telles sont les questions posées par London.
Le thème de la perte des repères est également traité par l’auteur de manière très accentuée. Si tout n’est qu’illusion que reste-t-il d’authentique ?

Les thèmes politiques et philosophiques que l'on trouve dans le roman ont attiré l’attention de certains d’entre nous. Jack London parle en effet de socialisme, d'économie, de Nietzsche et de l'individualisme, il parle aussi des poètes. A cet égard, nous avons attaché une importance particulière au personnage de Brissenden qui est aussi un écrivain génial et riche en même temps. C'est un double d'Eden et leurs échanges ont une importance capitale dans la progression de la réflexion de Martin.
Formidable enfin est ce sentiment d’incompréhension éprouvé par Martin. C'est en quelque sorte la clé du livre puisqu’elle débouche sur une fin tragique : avant on me refusait tous mes écrits et aujourd’hui que je suis célèbre, on les publie tous et pourtant mes livres ont été écrits avant, je suis le même je n’ai pas changé.

Un livre sur les désillusions et sur la désespérance et en même temps d'une grande tonicité.

 A noter pour ceux qui aiment Jack London

  • Un livre magnifique « Jack London photographe » paru chez Phébus, 13 octobre 2011, 275 pages
 

  • Une biographie de Jack London par Yves Simon,  publiée par Société des Editions Mengès , 10 septembre 2009, 158 pages
 

jeudi 19 décembre 2013

20 EME REUNION : COUP DE COEUR D'AGNES

FAILLIR ETRE FLINGUE de Céline MINARD
 
Editions Rivages, 21 août 2013, 336 pages
 
 
 
 
Western des origines, véritable épopée fondatrice, tantôt lyrique, dramatique ou burlesque, Faillir être flingué est d'abord une vibrante célébration des frontières mouvantes de l imaginaire.
Un souffle parcourt l'espace inhospitalier des prairies vierges du Far-West, aux abords d'une ville naissante vers laquelle toutes les pistes convergent. C'est celui d'Eau-qui-court-sur-la plaine, une jeune Indienne dont tout le clan a été décimé, et qui, depuis, déploie ses talents de guérisseuse aussi bien au bénéfice des Blancs que des Indiens.
Elle rencontrera les frères Brad et Jeff traversant les grands espaces avec leur vieille mère mourante dans un chariot brinquebalant tiré par deux boeufs opiniâtres ; Gifford qui manque de mourir de la variole et qu'elle sauve in extremis ; Elie poursuivi par Bird Boisverd dont il a dérobé la monture, Arcadia, la musicienne itinérante, qui s'est fait voler son archet par la bande de Quibble. Et tant d autres personnages, dont les destins singuliers, tels les fils entretissés d'une même pelote multicolore, composent une fresque sauvage où le mythe de l'Ouest américain, revisité avec audace et brio, s'offre comme un espace de partage encore poreux, ouvert à tous les trafics, à tous les transits, à toutes les itinérances.
 
Céline Minard est l'auteur de plusieurs romans, dont Le Dernier Monde (2007), Bastard Battle (2008, mention spéciale du Prix Wepler), Olimpia (2010) et So long Luise (2011).
Tous ses livres ont été salués par la critique pour leur style exigeant et leur virtuosité narrative. Elle est considérée aujourd'hui comme l'une des voix les plus originales de la littérature contemporaine.


20 EME REUNION : LES COUPS DE COEUR DE CATHERINE

  • VICTORIA ET LES STAVENEY de Doris LESSING, prix Nobel de Littérature, trad. Philippe Giraudon

Editions Flammarion, 10 mars 2010, 150 pages



 
Victoria n'a jamais oublié sa rencontre, à l'âge de neuf ans, avec une riche famille blanche, les Staveney. Ce souvenir entêtant la poussera, des années plus tard, à entamer une liaison avec leur fils, Thomas. De cette histoire naîtra Mary, petite fille à la peau claire et au sourire radieux. En adoration devant l'enfant, les Staveney proposent de l'accueillir chez eux de plus en plus souvent. Victoria, toute à la réalisation de la chance que représenterait une telle éducation pour sa fille, n'imagine pas quelles conséquences aura sa décision. La grande dame des lettres anglaises revient sur ses thèmes de prédilection : le racisme, l'hypocrisie, l'ambition. Un regard sans concession et d'une incroyable modernité sur notre époque.
 
 
Doris Lessing est née en Perse en 1919 et a vécu une grande partie de son enfance au Zimbabwe. Devenue célèbre dès son premier livre, Vaincue par la brousse (1950), elle est aussitôt apparue comme un écrivain engagé aux idées libérales. Prix Nobel de Littérature, elle est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, parmi lesquels le célèbre Carnet d'or (Prix Médicis étranger), mais aussi Mémoires d'une survivante. Flammarion a notamment publié Le Rêve le plus doux (2004), Les Grand-mères (2005), Un enfant de l'amour (2007), et Alfred et Emily (2008).



  • LE FLAMAND DES VAGUES de Jan VAN DORP

Editions Phébus, Libretto, 28 janvier 2011



C'est un très beau roman d'aventures maritimes qui  retrace la vie d'un corsaire ostendais, Marinus De Boer, à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, à l'époque de la Compagnie d'Ostende. Ce récit connaît un succès international lors de sa publication en 1948.



  • ANNA LA DOUCE de Dezsö KOSZTOLANYI

Editions Viviane Hamy, 17 septembre 2001, 314 pages



 
 
Dezsö Kosztolányi est l'un des plus grands écrivains hongrois du début du 20è siècle. Journaliste, poète, essayiste, traducteur d'auteurs français, allemands et chinois, il a écrit également quatre romans publiés entre 1922 et 1926. Anna la douce est le dernier d’entre eux. L'histoire se passe en 1919 à une époque trouble de la Hongrie.
Après la chute de l'empire austro-hongrois, les communistes gouvernent le pays pendant cent jours avant que le prince Mihaly Kàroly, avec le soutien de l'armée roumaine, retrouve son trône. Kosztolányi, qui ouvre son roman sur la chute des Rouges, décrit les comportements des habitants d'un immeuble où cohabitent et s'affrontent les bourgeois et leurs domestiques. Nous sommes cependant loin du roman à thèse car l'auteur porte un regard impartial semblable à celui d'un entomologiste qui observerait une société d'insectes.
Madame Vizy, épouse d'un conseiller ministériel et obsédée par les problèmes domestiques, désespère de trouver la bonne idéale. Le concierge, un homme cupide et opportuniste, lui propose alors d'engager sa nièce, Anna Edès (edès signifie doux en hongrois). Anna travaille bien, mange à peine, ne sort pas, ne vole pas. Madame Vizy en est si contente qu'elle tombe malade lorsque la bonne envisage de se marier. Kosztolányi rappelle ainsi que l'opposition entre les classes va de paire avec la dialectique du maître et de l'esclave : les deux camps s'opposent mais dépendent l'un de l'autre. Ainsi, indispensable à madame, Anna inspire aussi une passion à son neveu. Kosztolányi, sans craindre de choquer ses contemporains, fait d'ailleurs une description très juste des fantasmes ancillaires du jeune homme et des rapports érotiques qu'il noue avec la jeune femme. Mais face à ces réalités crûment dévoilées, le personnage d'Anna est un mystère. Est-elle une simple d'esprit, sans volonté ou bien un être à part ? Elle ne se révolte pas contre ses maîtres, elle ne les vénère pas non plus. Une nuit pourtant, elle les assassine. Anna avoue immédiatement son crime mais ne dit rien pour sa défense. Pourquoi a t-elle perpétré ce meurtre ? L'auteur ne donne pas de réponse, laissant le lecteur libre d'imaginer tout ce qu'il veut, même s'il ne s'agit là que d'un acte absurde semblable à celui commis par Meursault dans L'étranger d'Albert Camus. --Ariane Charton-- -- Urbuz.com

20 EME REUNION : LE COUP DE COEUR DE MONIQUE

LOVING FRANK de Nancy HORAN
Editions Buchet Chastel, 3 septembre 2009, 540 pages
 
 
 
 
Au début du XXe siècle, la bonne société de Chicago resta foudroyée par le soufre d'un scandale sans précédent.
Pour l'amour éperdu d'un homme, une femme osa l'impensable et commit l'irréparable. Elle en paya le prix toute sa vie. Elle s'appelait Mamah Borthwick Cheney. Lui n'était autre que Frank Lloyd Wright, l'enfant génial et rebelle de l'architecture américaine à qui Mamah et son mari Edwin Cheney avaient demandé, en 1903, de construire leur nouvelle maison. En 1909, tombée entre-temps follement amoureuse du célèbre architecte, Mamah choqua une époque pudibonde et dévote en quittant son mari et ses deux jeunes enfants pour suivre Frank Lloyd Wright en Europe. Ce dernier, tout aussi épris, laissait derrière lui une Amérique stupéfaite, une épouse et six enfants... Enchaînés par la passion, mais hantés par une culpabilité intolérable, ils firent la une de la presse américaine durant leurs séjours en Allemagne, en Italie et à Paris, lors de la grande crue de 1910...
Mais aucun journal à sensation n'aurait pu prévoir ce qui adviendrait à ce couple maudit de retour aux États-Unis, en 1914. La violence du dénouement verra - au-delà du déchirement des familles Cheney et Wright - le monde pétrifié.
Pour la première fois nous est contée l'histoire de l'émancipation très en avance sur son temps de Mamah Borthwick, et de son amour pour l'un des plus grands maîtres de l'architecture moderne.

20 EME REUNION : LE COUP DE COEUR DE JOSEPH

  • LA LITTERATURE FRANCAISE ET LE DROIT, ANTHOLOGIE ILLUSTREE par Claire BOUGLE

Editions Lexis Nexis, 28 novembre 2013





Joseph nous parle de ce beau livre publié par une maison d'édition qu'il connaît bien.

Ci-après la présentation de l'éditeur :

Hommes de lettres et gens de justice entretiennent depuis toujours des relations privilégiées. Les premiers juristes n'étaient-ils pas d'abord des grammairiens, rompus aux subtilités de la langue française ? À l'époque moderne, la plupart des écrivains classiques sont formés au droit et les grands juristes, baignés dans les humanités, marient dans leurs ouvrages le souci de la technique et la recherche de la perfection du langage. Ensemble, ils ont contribué à la promotion d'un droit français propre dont nous sommes les héritiers. Comme Montesquieu collectait dans sa Collectio juris les textes juridiques essentiels à sa formation de magistrat, cette anthologie propose, à travers un large choix d'extraits, du Roman de Renart à Albert Camus, un parcours au cœur de ce patrimoine propre à éclairer le droit, ses sources et l'exercice de la justice. Alternativement tendre, amusé ou sévère, le regard porté par la littérature sur le droit nous invite à saisir la richesse de notre histoire judiciaire en même temps que la poésie du droit français. Accompagné d'une présentation introductive des auteurs ou des œuvres sélectionnés, ainsi que d'un appareil bibliographique, le texte y tient la première place. Cet ouvrage s'adresse aussi bien au grand public curieux qu'aux juristes débutants ou confirmés en quête d'une surprenante promenade littéraire.


20 EME REUNION : LES COUPS DE COEUR DE CLAUDE

  • LES RENARDS PALES de YANNICK HAENEL
Editeur : Gallimard, 22 août 2013, 192 pages




Yannick Haenel co-anime avec François Meyronnis la revue Ligne de risque. Il a récemment publié aux Éditions Gallimard Cercle (2007, Folio n° 4857) et Jan Karski (2009, Folio n° 5178), prix Interallié.

Claude rappelle que cet écrivain est fils de militaire et qu'il a fait ses études au Prytanée militaire national de La Flèche, ce qui renforce bien sûr l'intérêt qu'il lui porte. Il a notamment publié un roman dont l'intrigue se situe au Prytanée de la Flèche (" Les petits soldats", Poche, 2004)

Dans les Renards Pâles, un homme choisit de vivre dans sa voiture. À travers d'étranges inscriptions qui apparaissent sur les murs de Paris, il pressent l'annonce d'une révolution. Le Renard pâle est le dieu anarchiste des Dogon du Mali ; un groupe de sans-papiers masqués porte son nom et défie la France. Qui est ce solitaire en attente d'un bouleversement politique ? Qui sont les Renards pâles ? Leur rencontre est l'objet de ce livre ; elle a lieu aujourd'hui.
La référence au pays dogon et à l'animisme, ceux qui connaissent bien Claude l'ont compris, a constitué une motivation complémentaire pour faire de ce livre un coup de cœur.
C'est un livre sur les laissés pour compte.


  • NUE de Jean Philippe TOUSSAINT
Les Editions de Minuit, 5 septembre 2013, 170 pages




Ce roman a déjà été cité comme coup de cœur par Gérard (voir 19ème réunion). Ce qui fascine chez Toussaint c'est d'abord son style et les situations insolites qu'il décrit.

La robe en miel était le point d'orgue de la collection automne-hiver de Marie. A la fin du défilé, l'ultime mannequin surgissait des coulisses vêtue de cette robe d'ambre et de lumière, comme si son corps avait été plongé intégralement dans un pot de miel démesuré avant d'entrer en scène. Nue et en miel, ruisselante, elle s'avançait ainsi sur le podium en se déhanchant au rythme d'une musique cadencée, les talons hauts, souriante, suivie d'un essaim d'abeilles qui lui faisait cortège en bourdonnant en suspension dans l'air, aimanté par le miel, tel un nuage allongé et abstrait d'insectes vrombissants qui accompagnaient sa parade. Nue est le quatrième et dernier volet de l'ensemble romanesque Marie Madeleine Marguerite de Montalte, qui retrace quatre saisons de la vie de Marie, créatrice de haute couture et compagne du narrateur (Faire l'amour, hiver, 2002 ; Fuir, été, 2005 ; La Vérité sur Marie, printemps-été, 2009 ; Nue, automne-hiver, 2013).


  • LE NAZI ET LE BARBIER de Edgar HILSENRATH, Trad. Jörg Stickan Sacha Zilberfab

Editions Attila, 18 mars 2010, 506 pages.

 


Claude situe ce roman un  peu entre les Particules Elémentaires et les Bienveillantes.
C'est l'histoire d'un enfant juif, fils du meilleur barbier du village...
Une épopée picaresque, traitant l'Holocauste avec la verve, l'ironie et l'humour noir de Fuck America... Max Schultz a les cheveux noirs, des yeux de grenouille, le nez crochu, les lèvres épaisses et les dents gâtées. Tout le monde le prend pour un Juif. Enfant bâtard, mais " aryen pur souche ", battu, violé et humilié durant son enfance, il grandit avec Itzig Finkelstein, le fils du coiffeur juif Chaim Finkelstein ; ils sont les meilleurs amis du monde. En 1932, Max assiste à un discours de Hitler, en compagnie de tous ceux qui, un jour ou l'autre, ont pris un coup sur la tête, " que ce soit de Dieu ou des hommes ". Il s'enrôle alors dans les SA, puis dans les SS, où il connaît une promotion foudroyante. Durant la guerre, il est responsable d'un camp de concentration en Pologne... où disparaissent son ami et toute la famille Finkelstein. Recherché, après la guerre, comme criminel de guerre, il tente de se faire passer pour juif... et y parvient. Endossant l'identité de son ami Itzig, il devient un sioniste prosélyte, traversant l'Europe à pied pour rejoindre la Palestine, où il commence à enseigner les textes sacrés. Max Schulz n'est pas un cliché, ni un archétype du nazi : il s'inscrit chez les nazis par mimétisme et opportunisme ; c'est un homme qui devient à un moment de l'Histoire " un monstre ordinaire " et qui, après la guerre, est capable de reprendre une vie en apparence normale et " honorable "...
Une pièce de théâtre a été tirée du livre.

L'auteur du livre, Hilsenrath est né en Allemagne en 1926. Survivant de la Shoah, ayant vécu en Palestine et en France, il arrive à New York au début des années 50. Il amorce alors une oeuvre fondée sur la mémoire et l'oralité, conjurant par la satire son souvenir du ghetto, de la guerre et de l'exil. Les éditeurs allemands craignant son approche acerbe de la Shoah, il est d'abord publié aux Etats-Unis. Le Barbier et le Nazi, écrit en allemand, est une commande de l'éditeur américain Doubleday qui sera traduite, dans le monde entier depuis l'anglais (en France, chez Fayard, dans une traduction tronquée et trahissant le style, en 1974). L'Allemagne, qui le redécouvre en 1976, lui confère alors une gloire soudaine et une reconnaissance institutionnelle majeure...




20 EME REUNION : UN LIVRE LU PAR MARIE CHRISTINE MAIS QUI N'EST PAS UN COUP DE COEUR

  • LE TAPIS DU SALON d'Anne SAUMONT
Editeur : Julliard, 5 janvier 2012, 190 pages




Quoi de commun entre un kidnappeur apprivoisé par sa victime, un garçon ne lâchant jamais la main d'un frère imaginaire, une mère sans scrupules volant son fiancé à sa propre fille, un frère follement amoureux de sa sœur handicapée, un poète en herbe mort d'avoir plongé d'une falaise à marée basse ? Tous ces personnages anonymes, paumés, décalés, silencieux, peuplant un univers en apparence banal à crever, ont une histoire extraordinaire à raconter. Mais seul un détail peut nous y faire accéder. Une promesse de jeunesse non tenue, un coucher de soleil, la mort d'un poisson rouge, l'envoi d'une lettre anonyme ou une simple tache sur un tapis, tout est prétexte à Annie Saumont pour creuser les failles d'une humanité à la dérive, qui pourtant s'acharne à résister. Véritable orfèvre de l'écriture, Annie Saumont scrute notre quotidien, s'attache aux situations qui dérapent, aux manifestations de trouble, jusque dans le langage, miroir de tous les dérèglements affectifs et sociaux. Partant d'un fait divers ou d'une anecdote, elle croque ses antihéros au moment où leur vie bascule. Chacune de ses nouvelles est comme un détail d'un même tableau, formant une peinture de société sombre, implacable et poignante. Du très grand art ! Avec déjà plus de trois cents nouvelles et trente recueils couronnées par les prix les plus prestigieux, Annie Saumont est un cas unique dans les lettres françaises. Souvent comparée à Raymond Carver, elle a entièrement consacré son oeuvre à la nouvelle. Et comme en témoigne la critique littéraire - qui ne cesse de l'encenser, année après année, et de voir en elle la plus talentueuse des nouvellistes de langue française -, Annie Saumont est toujours aussi moderne.

20 EME REUNION LES COUPS DE COEUR DE SERGE



  • LA GARDE BLANCHE de Mickhaïl BOULGAKOV
Édition : Pocket (1 octobre 2003), 317 pages




L'année 1918 touche à sa fin. En Russie, plus que partout ailleurs, elle a été terrible. Des milliers de personnes se sont réfugiées à Kiev la magnifique où fronde la guerre civile, et où les bolcheviks - grâce aux autorités allemandes - n'ont pas encore droit de cité.

Chez les Tourbine, l'histoire et le temps sont abolis. On essaie de vivre comme avant. Mais on est prêt à se battre pour défendre la ville… Aussi, le 14 décembre, lorsque les troupes ukrainiennes déferlent sur Kiev, tous les hommes de la famille rejoignent leurs unités.

Mais comment lutter contre une armée formée dans l'ombre et dirigée par un être invisible, objet de mille rumeurs confuses, parodie d'Antéchrist ? (texte de l'éditeur)




  • LA FIN DU REVE EUROPEEN de François HEISBOURG
Edit. Stock, 18 septembre 2013, 200 pages




L’économie européenne va mal et les peuples de notre continent sont à la peine. Cependant, avec l’apaisement des crises successives de l’euro à partir de l’été 2012, on pourrait penser que la phase la plus aiguë des difficultés est derrière nous et que moyennant un assouplissement de la politique d’austérité après les élections allemandes, l’horizon commencerait à s’éclaircir. Les élections indécises en Italie et la secousse chypriote seraient ainsi des queues de comète, avant un retour progressif à la croissance. Hélas, cette vision est fausse. Faute d’un soubassement politique solide et d’institutions robustes, l’euro continue d’aggraver les déséquilibres entre États du Nord et du Sud, compromettant à terme sa propre survie. Les conditions même de son sauvetage accentuent les divergences entre les États membres de l’Union, nourrissent les populismes et le repli sur soi, et renforcent le rejet d’un rêve européen qui vire au cauchemar. La sécurité, la prospérité, les valeurs démocratiques dont était porteuse la construction européenne des pères fondateurs de l’immédiat après-guerre sont compromises, mettant en cause la raison d’être de l’Union européenne.
Pourtant, la fin de l’Union européenne serait une catastrophe qui doit être évitée, faute d’alternatives acceptables. Mais pour ce faire, il va falloir reculer pour mieux sauter : en profitant de l’actuelle accalmie, le temps n’est-il pas venu de mettre entre parenthèses l’aventure malheureuse qu’a été le lancement prématuré de l’euro ? Partant de là, ne pourrait-on relancer à partir d’une structure démocratique saine le débat sur l’intégration politique et économique de l’Union européenne, processus au terme duquel la monnaie unique serait rétablie sur des bases durables ?



20 EME REUNION - LES LIVRES CONSEILLES PAR JEAN BERNARD

Nous avons eu la plaisir d'accueillir parmi nous, lors de cette 20ème réunion, Jean Bernard.
Après avoir évoqué ses centres d'intérêt en littérature, il nous a recommandé quatre livres de quatre écrivains différents.


  •  GOTHIQUE CHARPENTIER de William GADDIS
Editeur : Christian Bourgois, 11 mai 2006, 348 pages




 

Une maison sur les bords de l'Hudson dans l'Etat de New York. De style " gothique charpentier ", elle imite les grandes maisons victoriennes. Les acteurs de ce huis clos tout en dialogues se rassemblent autour de Liz, femme au foyer, moderne vestale des valeurs américaines, de la radio, de la télévision et du téléphone. Son mari, son frère, son amant entrent et sortent, tissant plus serrés, à chacun de leurs passages, les fils de l'intrigue qui finiront par former le cordon d'une bombe qui pourrait bien être celle qui fera exploser la planète. Séquelles de la guerre du Vietnam, poussée impérialiste des multinationales, renaissance d'un évangélisme obtus et dangereux, liaisons entre cercles politiques et économiques, William Gaddis aborde, dans ce chef-d'œuvre tragi-comique, les grands thèmes de l'Amérique d'aujourd'hui. (texte de l'éditeur)
 
 


  • AU DESSOUS DU VOLCAN de Malcolm LOWRY
Editeur Folio,  1 mai 2011, Livre 351.
Traduit de l'anglais par Stephen Spriel
Avec la collaboration de Clarisse Francillon et de l'auteur
 




Aussi quand tu partis, Yvonne,  j'allai à Oaxaca. Pas de plus triste mot. Te dirai-je, Yvonne, le terrible voyage à travers le désert, dans le chemin de fer à voie étroite, sur le chevalet de torture d'une banquette de troisième classe, l'enfant dont nous avons sauvé la vie, sa mère et moi, en lui frottant le ventre de la tequila de ma bouteille, ou comment, m'en allant dans ma chambre en l'hôtel où nous fûmes heureux, le bruit d'égorgement en bas dans la cuisine me chassa dans l'éblouissement de la rue, et plus tard, cette nuit-là, le vautour accroupi dans la cuvette du lavabo ? Horreur à la mesure de nerfs de géant !

" Un chef-d'œuvre comme il n' y en a pas dix par siècle " (Paul Morelle, Le Monde).
" Une œuvre prodigieuse... On n'épuise pas cet ouvrage bouleversant. Il faut le lire et le relire afin d'en mieux pénétrer la signification et d'en mieux savourer les beautés " (Maurice Nadeau).

 
  • BREF SEJOUR CHEZ LES VIVANTS  DE MARIE DARRIEUSECQ
POL Edit. août 2001, 320 pages, 19,35 €
Poche Folio, 15 janvier 2003, 259 pages
 
 
 
La famille Johnson : Jeanne, l'aînée des sœurs, qui vit à Buenos Aires, Anne, à Paris, et Éléonore, dite Nore, encore chez sa mère ; leur père, John, un Anglo-Irlandais qui vit à Gibraltar et leur mère, une Basque, qui s'est remariée, sans pour autant avoir réussi à vendre la maison familiale. Nous sommes dans leur cerveau. Il y a un fantôme.

Soit une famille, une mère, un père, trois filles. Il y a dans cette famille un trou, un creux, une absence, un vide autour duquel tout s’est, d’un même et cruel mouvement, défait puis refait, mais mal : la mort d’un enfant qui à jamais restera un petit garçon de trois ans.
L’action se déroule sur 24 heures. 24 heures de la vie de cinq âmes séparées, à l’intérieur de ces âmes, et aussi bien à l’intérieur de corps traversés de pensées, d’émotions, d’impressions, sur lesquels viennent se poser, fugaces et perçants, cruels, des mots. Flux de consciences contradictoires mais si proches, unies par un même secret, une même douleur toujours contournée, évitée et, de ce fait, de plus en plus présente, cruelle. (texte de l'éditeur)

 
 
  • DE SI JOLIS CHEVAUX de Cormac MAC CARTHY
Editeur : Seuil, 19 mars 1998, collection : Points roman, 337 pages
 


 
Né en 1933 dans l'Etat de Rhode Island, Cormac McCarthy est l'auteur de nombreux romans, tous disponibles en Points. De si jolis chevaux, premier tome de la Trilogie des confins, a été couronné par le National Book Award en 1992 et a été porté à l'écran. Né en 1933 dans l'Etat de Rhode Island, Cormac McCarthy est l'auteur de nombreux romans, tous disponibles en Points. De si jolis chevaux, premier tome de la Trilogie des confins, a été couronné par le National Book Award en 1992 et a été porté à l'écran.
Parce que les choix de l'Amérique moderne condamnent leurs rêves d'aventure, John Grady Cole et Lacey Rawlins quittent le Texas et chevauchent vers le Mexique. Ils iront vivre ailleurs, au royaume des chevaux, pour célébrer avec une nature intacte des noces éternelles. Violente, tourmentée, traversée d'aveuglants moments de bonheur, leur odyssée se transforme pourtant en descente aux enfers. Intransigeant, visionnaire, ce roman bouscule les espoirs et les repères d'une condition humaine à jamais prisonnière de ses passions dans l'indifférence de l'univers. De si jolis chevaux a remporté, en 1992, le National Book Award, la plus haute distinction littéraire des Etats-Unis.
 

 
 

20 EME REUNION DU SQUARE - LE COUP DE COEUR DE MICHEL


Mes deux guerres, de Moritz Thomsen, réédité en Phébus, libretto
 





Elles se nourrissent l'une de l'autre.


La première oppose le fils à un père tyrannique, concentré de haines obstinément recuites et d’éruptives colères. Héritier richissime d'un empire industriel que la crise de 29 a mis en difficulté, il s’affiche fasciste, raciste, et se révèle manipulateur au suprême degré C'est ainsi, par exemple, qu’avant le départ de son fils pour le front européen, il invite ce dernier à planter un arbre en l'honneur des héros morts pour la patrie …

Lorsque l’aviateur revient, vivant, physiquement intact et médaillé s’effondre le rêve du père et s’affiche le manque : « la mort dont mon père avait besoin pour revêtir une dimension héroïque aux yeux du monde par la façon noble, démesurée et dispendieuse dont il me pleurerait et me commémorerait ».

Les 9 premiers chapitres sont consacrés à une histoire familiale proprement stupéfiante, et la construction traduit d’ailleurs le tourment de l’auteur dans sa difficulté à se remémorer et à donner forme à ces questions qui le taraudent. Elle apporte un matériau exceptionnel à qui s’intéresse à la psychologie et à la compréhension des névroses familiales …

Il est toutefois possible de commencer la lecture par le chapitre 10, celui de la préparation à la seconde guerre, celle qui propulsera Thomsen au poste de « bombardier » sur un B 17 : logé dans une bulle de plexiglas sous le nez de l’appareil et chargé de piloter le bombardement.

Peu de livres expriment à ce point le refus de la célébration de la guerre. Idéaliste convaincu de la justesse du combat contre le nazisme, Thomsen découvre vite la peur qui lamine les équipages jusque à l’exténuation de leurs ressources nerveuses, jusqu’à la terreur qui physiquement les brise. Mais aussi l horreur des brasiers qu’ils allument dans les villes allemandes, « même si, à de telles hauteurs, il n’y avait ni cri, ni agonie ni appel à la pitié ; on n’entendait même pas les bombes. ». Ou encore l’absurdité sanglante de choix stratégiques ou tactiques ; ceux, par exemple, qui consistent à substituer à Munich, masquée par les nuages, une ville disponible sous le soleil ; épargnée au dernier moment car elle était trop belle, en tant que bourgade médiévale …Ce n’est que plus tard que l’aviateur songera aux enfants, femmes et hommes qui ont échappé au déluge de feu.


Un texte d'une humanité profonde, inquiète, mais aussi chaleureuse. Riche d'empathie, autant que d'humour. Ce que la peur, la bêtise, et simplement la vie peuvent avoir de tragique s’expose toujours sous le voile d'une élégante distanciation.


L’acuité de l'observation des personnalités et des situations offre des scènes inoubliablement drôles :la vie pour un intellectuel particulièrement  cultivé  envoyé dans un cantonnement où : « toute épithète était remplacée par putain de et où ça me fait mal au cul rendait compte de tous les degrés de contrariété de chagrin ou de douleur »: la décision de mariage et la nuit de noces qui s’ensuit ; les intellectuels américains confrontés au Texas et aux Texans ; les relations entre les soldats américains et l aristocratie anglaise, et tant d’autres encore …

Il propose également de saisissantes évocations de moments intenses : la découverte de la fascination produite par les chants nazis dans une brasserie munichoise; l'accueil des nouveaux équipages sur leur base aérienne au moment où s’écrase un bombardier de retour de mission; la description de « la longue, lente, insensible interminable entrée en Allemagne » dans des avions qui volent à « la vitesse d’une flottille de camions de bière a pleine charge »; la navigation entre les obus  de la défense anti aérienne et  les passages des chasseurs qui transforment les bombardiers en cercueils enflammés ; le largage de milliers de bombes sur des cites dévastées…
Et le retour, où des centaines d'appareils se frôlent dans le brouillard et l'orage en attendant la piste d’atterrissage et les ambulances qui vont accueillir les blessés et les morts qui ne sont pas tombés en mer ou en territoire ennemi.

 

Thomsen livre aussi quelques vérités incandescentes sur des moments décisifs de la vie :

Sur l'annonce de la mort de son ami proche et admiré : le refus, la stupeur, « avec cette part de ma personne, qui n'avait rien voir avec moi, proclamant Willie est mort, mais toi tu es vivant ». Il lui faudra 16 ans pour briser l'armure déjà constituée dans la guerre avec le père, laisser libre cours à la douleur accumulée depuis si longtemps et, enfin, pleurer.

Ou encore, retrouvant sa mère dont « la guerre avait embrasé le tempérament exalté », cette annotation : « Il est toujours là, ce petit fossé entre nous, ce sale petit désenchantement d'avoir vu ma mère, le visage transfiguré par la ferveur patriotique, me laisser si fièrement partir au feu ».

 
S’il dresse des portraits saisissants des membres épars de sa singulière famille, il réserve ses traits les plus incisifs à Moritz Thomsen lui même ; et laisse le lecteur sur un très profond regret : que « Mes deux guerres » ait été son quatrième et dernier livre.

 
mb18/12/13