Nous accueillons avec un grand plaisir Jean Bernard, un ami de Serge et Catherine, passionné de littérature et auteur de plusieurs livres.
(c) M. Bac
Serge introduit notre réunion en évoquant la naissance de son intérêt pour cet écrivain lorsqu’il était étudiant en seconde.
Martin Eden, c’est en
quelque sorte un appel à la vie, à l’aventure, au grand large. Jack London, l'auteur, était déjà
lui-même un aventurier à l’âge de vingt ans. C’était un jeune homme inculte, issu d’un
milieu modeste, qui aspirait à la grande vie.(c) M. Bac
- " Martin Eden " de Jack London
Serge introduit notre réunion en évoquant la naissance de son intérêt pour cet écrivain lorsqu’il était étudiant en seconde.
Martin Eden, est un
personnage qui emprunte pour une bonne part à la vie de Jack London. Il
découvre l’amour en la personne de Ruth Morse. Il tombe éperdument amoureux et pour
être à la hauteur de cet amour, il décide de changer de vie. Ce changement
passe par l’écriture. Martin Eden devient écrivain, c’est aussi un autodidacte
qui cherche à sortir de sa classe sociale pour aller à la rencontre de la beauté incarnée par Ruth.
Le roman est l’histoire d’une
tragédie, celle d’un jeune aventurier écrivain, qui accède à la gloire et qui
un jour doit payer. C’est aussi un livre sur la
perte des repères qui se termine sur un mythe, le retour vers les mers du sud.
Ce roman est intemporel,
Martin Eden peut faire penser à Rastignac, et à bien d'autres personnages littéraires encore plus anciens, mais tout le monde n’est pas d’accord
sur la référence au personnage de Balzac. Le débat s'anime.
Certains évoquent plutôt une parenté avec Barry Lyndon et avec le Bouvard et Pécuchet de
Flaubert, livre auquel nous avons naguère consacré une séance du square.
Pour une partie d'entre nous, Martin Eden est une découverte,
pour d’autres il s’agissait d’une relecture. Globalement ce livre fait l’objet
d’un consensus, même si certaines réserves sont émises au cours des débats,
notamment sur le style de London. Merci à Serge d'avoir choisi Jack London et Martin Eden.
·
Rappel
de l’histoire ( source : wikipedia)
Le roman se déroule au début
du XXe siècle. Martin Eden est un jeune marin d'Oakland né dans
les bas-fonds (ainsi que dans l'ignorance et la violence). Sa vie est faite
d'aventures, de voyages, mais aussi de brutalité et de travail. C'est ainsi,
qu'il défend un jeune homme lors d'une rixe. Celui-ci issu de la classe aisée,
l'invite chez lui à dîner pour le remercier. À cette occasion Martin rencontre
sa sœur Ruth Morse, jeune fille délicate issue d'une famille bourgeoise dont il
tombe amoureux. Il décide de s'instruire pour la conquérir. Petit à petit,
d'abord pour plaire à la jeune fille qu'il aime, puis par goût réel de l'étude,
il se forge une culture encyclopédique et s'efforce de devenir célèbre en
devenant écrivain. Mais malgré le talent qu'il pense avoir, il n'arrive pas à
vivre de sa plume. Ruth, qui devient sa fiancée, préférerait qu'il trouve une
situation sûre, plutôt que de continuer à écrire. Il constate que la
bourgeoisie qui était son modèle initial ne comprend rien à la culture, seules
quelques personnes comme son ami Russ Brissenden, dialoguent réellement avec
lui. À la suite de la parution d'un article dans un journal local dans lequel
il est présenté comme socialiste, ce qu'il n'est pas, Ruth le quitte.
Brissenden meurt alors qu'Eden a fait paraître son poème. Il n'a plus le goût
d'écrire, mais brusquement il devient un auteur à succès. Il envoie aux revues
les œuvres qu'il avait soumises précédemment mais cette fois-ci, les éditeurs
les acceptent et en demandent plus, le propulsant au sommet. Voulant se libérer
de l'hypocrisie envahissante, Martin Eden part pour s'établir sur une île du
Pacifique. Sur le bateau, n'ayant plus le goût à rien, il se laisse glisser à
la mer.
·
Martin
Eden : un livre d’actualité ou un roman d'aventure classique ?
C’est la question qui a
certainement fait le plus débat dans l’assemblée.
Les partisans du « modernisme »
ou plutôt de l’"actualité" du roman prennent en compte les thèmes traités par l’auteur :
l’individualisme forcené de Martin Eden, la société des apparences et des beaux
discours, l’hypocrisie systématique de la bourgeoisie, le marketing littéraire,
la critique des journalistes etc. Sous certains côtés les descriptions de la société bourgeoise des Etats-Unis du début du 20ème siècle pourraient être transposées au 21ème siècle.
En revanche, sur l’architecture
romanesque, sur le récit en tant que tel, Jack London ne fait preuve d’aucune
innovation remarquable. Martin Eden est le récit d’une histoire sur un mode chronologique, sans
recherche particulière. A noter qu'à cette époque, Proust, qui commençait à écrire la
Recherche et Joyce, qui publie les Gens de Dublin en 1909, avaient déjà engagé
une révolution littéraire majeure.
Quant au style, même si la
traduction a paru aux anglicistes, très critiquable, il est très inégal et
imparfait. Le roman est très dense, il aurait pu être plus condensé.
La description de certaines
situations a également été source de débat. Ainsi la scène du suicide de Martin
a pu apparaître à une partie d’entre nous comme totalement surréaliste et à des
années lumière de la réalité, tandis que pour d’autres, elle est source d’émotion
et de beauté.
Il a également été noté que
les personnages secondaires du livre manquaient singulièrement d’épaisseur.
Martin, en revanche est un personnage très fort, très puissant.
Cela étant, et malgré ces
réserves, le livre de Jack London a été considéré comme
facile d’accès (ce qui change avec quelques livres précédents). Il décrit une histoire quasi-universelle. C‘est un roman
écrit pour le lecteur, comme cela a été souligné.
·
Les
thèmes du livre
Le thème principal est l’amour,
c’est celui qui insuffle la vie au roman. Amour, différencié du sexe ici, comme on
l’a fait remarquer.
Autre thème majeur : la
volonté de s’arracher à sa classe pour accéder à une « élite »
sociale. C’est, comme on l’a déjà dit, un thème récurrent dans la littérature mondiale,
mais qui est traité ici sous un angle original où l’ambition, la volonté de réussir
sont subordonnées en quelque sorte à l’amour avec un grand A.
La description de la
bourgeoisie américaine de l’époque est féroce, notamment si on la
replace dans son contexte en 1909, d’autant plus féroce qu’elle se joue en
deux temps : la fascination d’abord et la superficialité, l'hypocrisie ensuite.Eden attache une grande importance à la connaissance. Mais comme il n'a pu suivre des études pendant sa jeunesse, il se rattrape avec un appétit digne de Bouvard et Pécuchet. Ruth l'encourage. En autodidacte hypermotivé, il acquiert très rapidement une culture qui lui permet d'être l'égal des intellectuels bourgeois.
Autre thème clé du livre : l'argent. Dans le monde ouvrier, l'argent sert avant tout à avoir un toit et à manger. Mais pour Martin l'argent devient un élément de reconnaissance sociale. L'écrivain gagne de l'argent plus qu'il n'en a besoin, lorsqu'il est reconnu.
Mais est-il reconnu pour lui-même ? Quelle est la vraie valeur des choses ? Telles sont les questions posées par London.
Les thèmes politiques et philosophiques que l'on trouve dans le roman ont attiré l’attention de certains d’entre nous. Jack London parle en effet de socialisme, d'économie, de Nietzsche et de l'individualisme, il parle aussi des poètes. A cet égard, nous avons attaché une importance particulière au personnage de Brissenden qui est aussi un écrivain génial et riche en même temps. C'est un double d'Eden et leurs échanges ont une importance capitale dans la progression de la réflexion de Martin.
Formidable enfin est ce
sentiment d’incompréhension éprouvé par Martin. C'est en quelque sorte la
clé du livre puisqu’elle débouche sur une fin tragique : avant on me
refusait tous mes écrits et aujourd’hui que je suis célèbre, on les publie tous
et pourtant mes livres ont été écrits avant, je suis le même je n’ai pas
changé.
Un livre sur les
désillusions et sur la désespérance et en même temps d'une grande tonicité.
- Un livre magnifique « Jack London photographe » paru chez Phébus, 13 octobre 2011, 275 pages
- Une biographie de Jack London par Yves Simon, publiée par Société des Editions Mengès , 10 septembre 2009, 158 pages


















