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mercredi 3 février 2016

28 EME REUNION DU SQUARE LITTERAIRE DU VENDREDI 29 JANVIER 2016

Nous sommes quatorze assemblés autour de la table du Restaurant du Marché dans le 15ème arrondissement.
Nous avons le plaisir d'accueillir parmi nous Jacqueline Flandin, parrainée par Michel Bac et Gérard, nous lui souhaitons la bienvenue.

L'atmosphère de la soirée a été à la fois conviviale et animée. La lecture de "La Fin de l'homme rouge" a suscité un vif intérêt chez les membres du square. Les débats ont été de qualité, ils ont porté tant sur la forme que sur le fond du livre de Svetlana Alexievitch.

A noter également la production littéraire de trois de nos amis du Square.

Enfin, nous avons décidé de consacrer notre vingt neuvième réunion (vendredi 1er avril) à Henry James sur proposition de Chantal.

L'œuvre choisie est une nouvelle d'Henry James intitulée en français "L'image dans le tapis" ou encore "Le Motif dans le tapis".
Il existe une édition bilingue avec dossier chez Garnier Flammarion pour ceux que cela intéresse.

Jacqueline a bien voulu accepter de présenter cette nouvelle lors de notre prochaine réunion.



"Le tour d'écrou" est aussi un livre de James dont nous avons parlé. Voici en quelques mots la présentation qu'en fait l'éditeur :

"Existe-t-il plus grand plaisir que d'écouter des récits macabres, la veille de Noël, dans une vieille maison isolée ? Qu'il est diabolique le frisson qui glace alors les sangs... Qu'il est divin le cri des femmes épouvantées... Ce ne sont pourtant que des histoires... Tandis que celle-ci... Elle a été vécue... Par des enfants encore, deux petits orphelins, si admirablement gracieux, si serviables et si doux... Et leur gouvernante, une jeune fille des plus honnêtes. Ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont enduré et les circonstances extraordinaires des événements qui les ont... Mais non ! c'est trop horrible... Ça dépasse tout... en pure terreur ! Car le pire, c'est de savoir que, justement, on ne saura jamais tout..." Donc pour ceux que ça intéresse...

Sur proposition d'Anne et Gérard, le livre de David Lodge "L'auteur, l'auteur" sera également présenté au cours de cette soirée. Ce livre est traduit de l'anglais par Suzanne V Mayoux dans la publication suivante :


 
 

Collection : Rivages Poche / Bibliothèque étrangère | Numéro : 557
 
Poche  | 528 pages.  | Paru en : Janvier 2007  | Prix : 9.15 €

GENCOD : 9782743616199  | I.S.B.N. : 2-7436-1619-9
Editions : Rivages
 
" Dans le précédent roman de David Lodge, Pensées secrètes, Henry James apparaissait en filigrane. Dans celui-ci, il se tient au centre de la scène. Fourmillant de personnages célèbres – Oscar Wilde, Guy de Maupassant, George Bernard Shaw –, L’Auteur ! L’Auteur ! nous plonge dans la vie littéraire et théâtrale d’une Angleterre délicieusement victorienne.
Avec le mélange irrésistible d’humour britannique et d’ironie brillante qui le caractérise, David Lodge nous dévoile, à travers la vie captivante d’Henry James, les rêves des gens de plume."
 
Anne s'est portée volontaire pour nous présenter ce livre le 1er avril prochain.

PRESENTATION DE " LA FIN DE L'HOMME ROUGE" DE SVETLANA ALEXIEVITCH

PRESENTATION PAR CLAUDE ET CATHERINE


Claude présente l’auteure de « La Fin de l’homme rouge », Svetlana Alexievitch. Il rappelle que Michel Bac est à l’origine de l’intérêt que nous avons porté à cette femme née en Ukraine et qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 2015.

Il évoque le coup de poing qu’il a ressenti à la lecture de ce livre qui, pour lui, est un ouvrage de philosophie dans lequel il est question de la transcendance. Aujourd’hui, malheureusement nous vivons dans un monde où l’utopie a disparu.

Il retrace, dans les grandes lignes la biographie de Svetlana.

Cet écrivaine n’est ni une historienne  ni une romancière. Elle a inventé une forme de littérature dans laquelle elle traite de problèmes de la vie ordinaire. Elle met en scène des rires, des sourires ou des pleurs. Elle fait vivre des gens qui n’appartiennent pas à la grande Histoire. Elle s’intéresse avant tout à la matière humaine et aux émotions. Elle ne questionne pas les grandes idées et elle n’émet pas de jugement sur les situations vécues et rapportées dans son livre.

Ce qui la préoccupe plus particulièrement c’est la question de l’homme, de l’homme russe et de son inaptitude au bonheur.

 

Catherine évoque sa connaissance du monde russe et des russes qu’elle a rencontrés puis présente la démarche de Svetlana Alexievitch.

Svetlana Alexievitch est une littéraire. Ce n’est pas une historienne, ce qui l’intéresse c’est le vécu des gens dans une situation critique et dans une période donnée.
Sur la technique qu'elle utilise, Svetlana met plusieurs années pour écrire ses livres. Elle recueille auprès des personnes qu’elle interroge des données brutes qu’elle retranscrit ensuite.
Aucune thèse, aucun jugement dans ses livres qui sont construits comme des mosaïques, c’est au lecteur de se faire sa propre opinion.

La qualité principale de cette auteure est de savoir se mettre en situation d’écoute afin de mieux saisir et retranscrire ensuite ces émotions des vies ordinaires.

D’autres écrivains russes ont utilisé le même procédé littéraire. Elle s'en est inspirée.

Catherine présente ensuite la démarche de Svetlana Alexievitch dans son livre intitulé « La supplication ». L’information dont nos disposons sur la catastrophe de Tchernobyl est totalement désincarnée. Précisément l’objectif de Svetlana est de nous mettre en position de prendre en compte la confusion dans laquelle se sont trouvés ces gens qui ont vécu cette catastrophe de l’intérieur. Catastrophe qui a touché de nombreux villages où auparavant les nazis avaient commis les pires exactions. Catherine rappelle également que dans la région de Tchernobyl plus de 200 000 femmes ont  avorté de crainte des conséquences des phénomènes d’irradiation sur leur progéniture.

Les principaux écrits de Svetlana Alexievitch, pris Nobel de littérature 2015 :

  • 1985 : La guerre n'a pas un visage de femme, Paris, Presses de la Renaissance, 2004, trad. de Galia Ackerman et Paul Lequesne, 298 p. (ISBN 2-85616-918-X)
  • 1985 : Derniers témoins, Paris, Presses de la Renaissance, 2005, trad. d'Anne Coldefy-Faucard, 378 p. (ISBN 2-85616-973-2)
  • 1990 : Les Cercueils de zinc, [« Cinkovye mal′čiki »], Paris, Christian Bourgois, 1991, trad. de Wladimir Berelowitch, 285 p. (ISBN 2-267-00991-9)
  • 1995 : Ensorcelés par la mort, [« Začarovannye smert'û »], Paris, Plon, 1995, coll. « Feux croisés », trad. de Sophie Benech, 214 p. (ISBN 2-259-02791-1)
  • 1997 : La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse, [« Tchernobylskaïa molitva »], Paris, Lattès, 1999, trad. de Galia Ackerman et Pierre Lorrain, 267 p. (ISBN 2-7096-1914-8)
  • 2013 : La Fin de l'homme rouge ou le Temps du désenchantement (trad. du russe par Sophie Benech), Arles, Actes Sud,‎ , 542 p. (ISBN 978-2330023478)
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    mardi 2 février 2016

    28 EME REUNION : ESSAI DE SYNTHESE DES DEBATS


    Plusieurs thèmes principaux ont été abordés au cours de la soirée :


    1.       « La Fin de l’homme rouge » : une démarche littéraire originale

    « La Fin de l’homme rouge » selon son auteur, appartient au genre des « romans de voix ».

    Svetlana Alexievitch ne se définit ni comme une historienne, ni comme une  journaliste. Elle revendique une démarche littéraire originale où s’entrecroisent les témoignages qu’elle a recueillis, parfois contradictoires et toujours émouvants, d’acteurs des événements ou de ceux qui ont survécu.

    A noter que d’autres auteurs ont eu recours à cette technique de recueil de témoignages, par exemple l’écrivain indien V.S. Naipaul.

     La quasi-totalité d’entre nous a été sensible à cette construction littéraire originale, qui consiste à interroger des personnes de tous horizons sur leur vécu, sur leur quotidien et sur leurs états d’âme au moment de l’effondrement de l’empire soviétique, sous l’ère Gorbatchev, à sélectionner un certain nombre de ces témoignages, à les transcrire dans une forme retravaillée et à les agencer pour créer un opus final. L’auteure ne porte aucun jugement et ne développe aucune thèse. Elle laisse s’exprimer la subjectivité des gens ordinaires.

    Nous avons été émus à la lecture des récits souvent déchirants de ces hommes et de ces femmes évoquant leurs souffrances, leurs peines quotidiennes et la disparition subite de tout un monde qui fut le leur pendant des décennies. Soudain, tout s’est effondré : il n’y a plus de rêve, il n’y a plus d’espoir. Les héros d’hier sont devenus des parias.

     

    Une des questions que nous nous sommes posés concerne l’apport créateur de Svetlana Aliexievitch. Si l’émotion générée par le livre ne relève pas de la création de personnages imaginaires comme dans un roman, puisque les personnages du livre sont des personnages réels, quelle est la spécificité de la création artistique de Svetlana ?

    Un débat animé s’est engagé sur ce point. Pour la plupart d’entre nous, la puissance évocatrice du livre est l’expression même du talent littéraire de l’auteure. L’œuvre est magnifiquement construite et elle participe d’une démarche esthétique évidente.

    Certains d’entre nous se sont posé la question du lien entre l’émotion ressentie à la lecture des témoignages des différents personnages et leur mise en forme par l’auteure. Autrement dit l’émotion ressentie a-t-elle sa source dans les situations tragiques décrites par les personnages ou dans la transcription qu’en fait Svetlana Alexievitch ?

    Le débat a mis en évidence que les témoignages ont, bien sur, été sélectionnés par l’auteure, parmi les centaines recueillis, qu’ils ont été choisis en fonction du projet de Svetlana et qu’ils ont été mis en forme par elle, dans un style qui donne une certaine densité émotionnelle à l’ouvrage.

    Dans cette hypothèse la reconstruction des propos tenus pose la question de l’interférence entre le vécu réel des personnages et la subjectivité artistique de celle qui rend compte de leurs propos. La question se pose alors de la trahison éventuelle liée à la transcription.

    Enfin l’un d’entre nous s’est interrogé sur la substance même de la création littéraire chez Svetlana Alexievitch. Quelle est la valeur ajoutée réelle de l’écrivaine ? Cela semble difficile à cerner. Y a –t-il une véritable dimension esthétique dans le projet littéraire d’Alexievitch ? La majorité des participants ont répondu par l’affirmative, sans pour autant convaincre celui qui s’était posé la question.

     

    Point de vue de la traductrice Sophie Benech (texte adressé par Michel Bac)

    « Je connais personnellement Svetlana Alexievitch depuis une vingtaine d’années, depuis l’époque où j’ai traduit un de ses livres aujourd’hui épuisé, Ensorcelés par la mort (Plon, 1994), qui, dit-elle maintenant, était une sorte de brouillon de La Fin de l’homme rouge. Traduire son dernier ouvrage a été un honneur, et également un immense plaisir, car il s’agit d’une véritable œuvre littéraire, avec un style, or il n’y a rien de pire que de traduire un texte mal écrit. Si, il y a peut-être pire : traduire quelqu’un que l’on n’estime pas et qui vous est antipathique. Un traducteur vit des mois avec son auteur, et comme il pénètre au plus profond de son œuvre, il l’approche de très près.

    Je dois dire que là, j’ai eu de la chance : Svetlana est une personne hors du commun, extrêmement fine et dotée d’une immense faculté d’empathie, ce qui, me semble-t-il, se sent dans ses écrits. Comment aurait-elle pu faire parler des gens sur des sujets aussi intimes et aussi douloureux si elle n’avait pas le don de réellement « compatir » (au sens premier du terme) à leurs souffrances et à leurs rêves ?

    Mais elle possède aussi bien d’autres dons, non moins importants. Comme celui d’inciter ses interlocuteurs à mettre en mots (leurs mots à eux, souvent savoureux et poétiques) des sentiments, des pensées, des émotions dont ils étaient jusque-là à peine conscients et que parfois, ils découvrent eux-mêmes en lui parlant. C’est un don d’ « accoucheuse », qui exige une écoute authentique et un grand respect de l’autre. Même si, selon elle, les gens les plus simples, quand ils parlent de l’amour, de la mort, de la souffrance ou du mal, utilisent d’instinct et naturellement une langue riche et dense. On m’a parfois posé la question : les personnages de ce livre s’expriment-ils vraiment aussi bien en russe, dans l’original ? La réponse est oui — d’ailleurs je ne transforme jamais ce que je traduis ; je m’efforce de rester fidèle à la langue du narrateur. Et le Russe « moyen » parle généralement mieux sa langue que le Français « moyen » ne parle la sienne. Les Russes s’expriment encore oralement comme nous, nous nous exprimions dans les années 50, autrement dit, dans une langue bien plus correcte et bien plus riche que le français communément parlé aujourd’hui.

    Elle possède aussi le don de transcrire ces voix en sachant conserver l’intonation et la musique intérieure de chaque personne, le don de saisir l’instant où, comme elle dit, « la vie se transforme en littérature ». Là, il s’agit véritablement d’un talent d’écrivain : elle sait faire chanter les mots et la langue, elle sait saisir le souffle et la respiration des phrases, ce que j’ai essayé de rendre dans ma traduction. »

     

     

    2.       Comment peut-on regretter l’époque du stalinisme ?

    Il est parfois difficile de comprendre dans certains témoignages pourquoi plusieurs personnes expriment leur nostalgie de la période stalinienne. Certains d’entre eux rapportent même les souffrances, les violences et les déportations dont ils ont été victimes et proclament néanmoins leur fierté d’avoir vécu pour l’atteinte des idéaux du communisme, quitte même à justifier les mesures qui ont été prises contre eux. D’autres ont été victimes et bourreaux, comment cela peut-il s’expliquer ?

    La réponse est dans le totalitarisme. Ceux qui ont connu un peu l’époque de l’URSS et qui ont vécu un temps en Russie nous expliquent comment chacun vivait sous le régime de la peur, peur d’être dénoncé, peur d’être emprisonné et envoyé en Sibérie. Cette peur permanente éprouvée par les hommes et les femmes du peuple dicte les comportements de chacun et expliquent comment les pires horreurs ont pu être acceptées, voire même justifiées.

    On s’est aussi demandé pourquoi ces situations de souffrance extrêmes telles qu’elles étaient décrites se retrouvent partout, dans un cycle d’éternel retour.

    La question des moyens à mettre en œuvre pour lutter contre la barbarie a été évoquée par une participante.

     

    Texte de Sophie Benech (traductrice) sur cette question

     L’énigme russe

    Autre talent, à mon avis tout aussi indispensable pour un écrivain : elle (Svetlana Alexievitch) ne donne pas de leçons. Elle ne fournit pas de réponses, elle se contente de poser des questions auxquelles elle ne sait pas répondre. C’est peut-être ce qui donne tant de force à ses livres : à chacun de tirer ses propres conclusions, à chacun de réfléchir sur ce qu’elle nous montre, sur les pistes qu’elle suggère. Comme a dit un jour Cocteau, « un bon livre doit vous hérisser de points d’interrogation ». Le sien va encore plus loin que cela : il fait disparaître chez le lecteur toute envie de juger, il l’incite à se mettre à la place de ces gens qui ouvrent leur cœur, avec toutes les contradictions que cela implique. Car « le mal chimiquement pur n’existe pas. » Et les choses sont bien plus complexes qu’il n’y paraît quand on les observe de loin, sans les avoir vécues dans sa chair. Un détail m’a frappée dans ces témoignages : il arrive souvent que les gens se contredisent d’une page à l’autre, suscitant notre étonnement, notre perplexité, parfois même de l’indignation… Comment peut-on, par exemple, avoir été injustement emprisonné, savoir que sa femme bien-aimée a été arrêtée, torturée et tuée sans raison par le système stalinien, et pleurer ensuite de joie quand ce même système vous rend généreusement votre carte du Parti ? Comment peut-on avoir connu une enfance atroce dans la zone du camp où votre mère a été emprisonnée en tant qu’ « ennemie du peuple », et regretter le temps où la Russie était soviétique ?

    Mais ces témoignages n’en sont que plus humains et plus véridiques. Dans son roman L’Idiot, Dostoïevski (auquel Svetlana Alexievitch se réfère elle-même dans son avant-propos en citant la légende du Grand Inquisiteur), met dans la bouche d’un de ses personnages une phrase tout simplement magnifique : « Il y a ici uniquement la vérité, et du coup, c’est injuste ».


    3.       La culture n’est-elle pas le seul rempart contre la barbarie ?

    Précisément, les nazis ou les staliniens n’étaient pas des hommes dépourvus de culture. Il n’est pas certain que la culture soit un rempart efficace. Faut-il parler d’éducation alors ? Oui mais l’éducation est aussi un formatage qui peut aller dans un sens ou dans un autre.

    Un débat sur le niveau de culture en URSS s’est engagé. Ceux qui ont connu l’URSS ont témoigné du niveau de culture générale plutôt élevé des citoyens soviétiques, ce qui est d’ailleurs mentionné dans le livre d’Alexievitch. Les russes lisaient beaucoup, ils allaient au théâtre ou au concert. Reste à savoir si ce niveau de culture était identique sur l’ensemble du territoire de l’URSS.

     Contribution de Claude sur ce thème (postérieure au débat)

    Il existe des exemples multiples d'individus ou de groupes d'individus cultivés qui ont perpétré les pires horreurs ; sans remonter à l'Inquisition, ceux des nazis et des khmers rouges sont souvent, à juste titre, mis en avant. "Les Bienveillantes" de Jonathan Little est le récit d'un de ses chefs des Einsatzgruppen, raffiné, diplômé, dont la névrose meurtrière est terrifiante. Les leaders khmers, dont certains avaient fait leurs "humanités" à La Sorbonne, justifiaient les meurtres de masse par l'intérêt supérieur de l'Angkar.

    Aujourd'hui, certaines voix préconisent contre le terrorisme un renforcement de l'éducation, un accès plus large à la culture. Il est légitime de s'interroger sur la pertinence d'un tel programme quand tant d'exemples semblent démontrer qu'il n'y a pas incompatibilité entre culture et barbarie.

    Il y a une évidence édictée par Montaigne : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme." Et c'est certainement sur le mot "conscience" qu'il faut s'attarder. Wikipedia nous dit que "La conscience est du point de vue de certaines philosophies et de la psychologie, la faculté mentale qui permet d'appréhender de façon subjective les phénomènes extérieurs (par exemple, sous la forme de sensations) ou intérieurs (états émotionnels, pensées) et plus généralement sa propre existence."

    La culture n'est pas réductible ni à une somme de connaissances, ni à une éducation visant à reproduire un modèle sociétal de convenances. La culture n'est rien d'autre qu'une posture si elle ne relève pas d'une éthique morale au sens d'une attention, du respect, à l'autre. Dans cet exercice consistant à s'intéresser à autrui, le risque de la barbarie n'est pas exclu ; il survient lorsque la culture est soumise à une transcendance d'ordre idéologique ou du sacré qui légitimise le sacrifice individuel au profit du collectif ou d'une cause d'ordre divin. C'est ainsi que des docteurs en philosophie se sont métamorphosés en bourreaux, que des modèles d'intégration ont pu semer la mort au sein même de leur terre d'accueil.

    La culture n'est pas un rempart absolu contre la barbarie. Pour l'être elle doit s'interroger en permanence, et cultiver le doute (sans être complotiste).

    Mais la culture, n'est-ce pas ce "vent de pensée" dont parlait Hannah Arendt, dont "la manifestation n'est pas le savoir, mais l'aptitude à distinguer le bien du mal, le beau du laid" ?


    4.       Y a-t-il un déterminisme russe ?

    -       Y a-t-il une cruauté propre aux russes ?

    Un témoignage a été cité en ce sens.

    -       Y a-t-il une propension au désespoir dans la population russe ?

    Les situations de désespoir qui apparaissent dans le livre sont liées à une période bien précise correspondant à l’effondrement de l’URSS et de tout ce qu’elle a véhiculé en termes d’idéologie et de valeurs. Valeurs qui s’incarnaient dans des médailles ou dans des prix divers qui ne signifient plus rien aujourd’hui.

     Svetlana pose les questions, mais n’apporte pas de réponses.

     

     Contribution au débat de Michel Bac

    voici les réferences des 2 livres que j'ai cités en écho à "la fin de l'homme rouge "

    o  Catherine Merridale : "les Guerriers du froid, vie et mort des soldats de l'armée rouge, 1939/1945"  Fayard ; il s'agit bien des simples soldats , et c'est édifiant, si je puis dire .

    o  Je n'ai pas encore lu "Terres de sang " de Timothy Snyder,chez Gallimard, qui a fait l'objet de nombreuses et souvent laudatives critiques
    Michel nous a adressé deux articles dont celui de S Benech sur "La Fin de l'homme rouge", nous les tenons à votre disposition.

    dimanche 31 janvier 2016

    PUBLICATIONS DE NOS AUTEURS DU SQUARE : UN OUVRAGE DE PATRICE NOVARINA PREFACE PAR CLAUDE


    D’UN CARNET A L’AUTRE de Patrice NOVARINA, préface de Claude LABBE

    ·         Relié: 100 pages

    ·         Editeur : Calligrammes (23 novembre 2015)

    ·         Langue : Français


     

    Le livre :

     
    Rassemblées sans aucune logique autre que celle du confort de l'oeil, cent pages de dessins croquis et aquarelles, de rêveries, de curiosités, de visions accompagnées pour certaines de commentaires et produites pour d'autres sur un monde semi-automatique. L'auteur aime se surprendre, fixer sur le papier les traces de voyages souvent imaginaires, débusquer quelques "souvenirs du futur", des paysages de ruines antiques, des cabanes de rêve, des gratte-ciels et toutes sortes de constructions improbables dont certaines ne sont pas sans parenté avec ses Archisculptures présentées à la Cité du Patrimoine à Paris en 2010lors de l'exposition "Archi et BD la ville dessinée".

     

    L’auteur :

    Patrice Novarina, architecte parisien, né dans une famille de constructeurs et d'artistes est également plasticien comme l'est aussi son frère Valère, auteur dramatique.

    PUBLICATIONS DE NOS AUTEURS DU SQUARE : JOSEPH




    "DES FRONTIERES INVISIBLES, Voyage au centre de la règle de droit, Canada & Suisse", de Joseph JEHL, édit. L'Harmattan, coll. Local & Global
     
     
    Le livre :

    Le droit dessine des frontières invisibles, di
    fférentes des frontières physiques qui séparent territoires et États. Les limites des États ne sont pas nécessairement les frontières du droit, ou plutôt, elles n’expriment pas la
    totalité des frontières du droit. Des ordres juridiques tendent à se former et à exister indépendamment des États, qui ont alors un autre périmètre que celui des frontières connues. La règle de droit se construit par des contributions diverses : sources de droit classiques, infra-étatiques ou au contraire avec un ancrage international, corps de règles en formation à l’initiative de la société civile. L’approche ici retenue privilégie la règle de droit, telle qu’elle est perçue par la citoyenne ou le citoyen. La recherche s’appuiera sur les cas concrets du Canada et de la Suisse, deux pays dont l’organisation constitutionnelle de nature fédérale se prête bien à l’observation de systèmes dualistes, voire multiples.



    L'auteur :

    Joseph JEHL est secrétaire général de l'Institut euro-africain de droit économique (INEADEC), à Bruxelles. Docteur en droit, il a été maître de conférences de droit privé à l'Université de Bourgogne et directeur scientifique du JurisClasseur Droit comparé.

    PUBLICATIONS DE NOS AUTEURS DU SQUARE - SERGE



    « Africanistan : L'Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ? »
    de Serge MICHAILOV

     
    ·         Broché: 320 pages

    ·         Editeur : Fayard (14 octobre 2015)

    ·         Collection : Documents

     


    Le livre :

     En 2050, l’Afrique sera plus peuplée que la Chine, mais les jeunes en âge de travailler y seront trois fois plus nombreux et les emplois manqueront encore plus cruellement qu’aujourd’hui. Or le chômage massif de jeunes à demi scolarisés constitue l’une des principales explications de l’effondrement dramatique de l’Afghanistan, la Syrie ou l’Irak.

    Le Sahel francophone est une zone d’immense fragilité, dont les caractéristiques rappellent l’Afghanistan. Nous ne voulons voir que l’Afrique en progrès, celle qui offre de nouveaux marchés et regorge de matières premières. Mais l’Afrique en crise existe toujours et se comporte comme un cancer, envoyant ses métastases dans les pays voisins, et jusqu’en Europe. Bien naïf celui qui croira que la charité et les interventions militaires suffiront à éteindre l’incendie qui couve dans ces zones déshéritées.

    Nous ne pourrons rester longtemps indifférents : pour ne pas être nous aussi victimes de ces métastases, tentons de comprendre la réalité, et réfléchissons à ce qui peut encore être envisagé pour endiguer le feu et éviter que l’Afrique en crise n’arrive dans nos banlieues.

     

    L’auteur :

     Chercheur à l’IRIS, enseignant à Sciences Po et conseiller de plusieurs gouvernements, Serge Michaïlof a été l’un des directeurs de la Banque mondiale et le directeur des opérations de l’Agence française de développement (AFD). Son dernier ouvrage, Notre maison brûle au Sud (Fayard, 2010), a reçu le prix Jean-Michel Gaillard

    28 EME REUNION - COUP DE COEUR DE CLAUDE


    “LA NUIT DU BUCHER” de Sandor MARAI

    ·         Broché: 272 pages

    ·         Editeur : ALBIN MICHEL (28 octobre 2015)

    ·         Collection : Les Grandes Traductions

     


     
    L'auteur
     
    Né en 1900 à Kassa, en Hongrie, Sándor Márai fait ses études à Leipzig, puis vit à Francfort, Berlin et Paris, avant de rentrer dans son pays où il devient dans les années trente un auteur adulé. Il tombe dans l’oubli après 1948, date de son exil en Europe puis en Californie, où il se suicide, à San Diego, en 1989. Son œuvre a été redécouverte dans les années 1990. Le bûcher a été écrit en 1974 à Salerne, en Italie, où l’écrivain s’était établi entre les années 1968 et 1980.

     
    Le livre

    Rome, 1598. L’Inquisition sévit contre les hérétiques. Enfermés dans des cellules, affamés, torturés, ces derniers reçoivent à la veille de leur exécution sur le Campo dei Fiori la visite d un inquisiteur pour les inciter à se repentir et à reconnaître publiquement leurs fautes.
    Venu prendre des « leçons d’Inquisition », un carme d’Avila demande à suivre la dernière nuit d’un condamné. Malgré sept ans de prison et de tortures, celui-ci ne s est jamais repenti. Son nom : Giordano Bruno. L’Espagnol assiste aux dernières exhortations, vaines, des inquisiteurs, et accompagne au petit matin le prisonnier au bûcher. Saisi par la violence de cette expérience, il voit toutes ses certitudes vaciller...
    Écrit en 1974 Sándor Márai vit alors en Italie, ce roman autour de la figure de Giordano Bruno, où s’entremêlent passé lointain et passé proche, révèle un aspect inédit de l’œuvre du grand écrivain hongrois. Nourri de l’expérience de la guerre, du fascisme, et du stalinisme qui poussera Márai à l’exil, il expose le regard lucide d’un homme sur l’idéologie totalitaire, conçue pour broyer la volonté et la dignité humaines.

     
    L’avis de Claude

    A lire dans son blog : http://pergame-shelter.blogspot.fr/

    28 EME REUNION - COUP DE COEUR FORTEMENT MITIGE D'ANNE


    « LE CHARDONNERET » de Donna TARTT (Auteur), Edith Soonckindt (Traduction)
    ·         Broché: 795 pages
    ·         Editeur : Plon (9 janvier 2014)
    ·         Collection : Feux croisés
     

    Theo Decker a treize ans. Il vit les derniers instants de sa vie d’enfant. Survivant miraculeux d’une explosion gigantesque en plein New York, il se retrouve seul dans la ville, orphelin, et se réfugie chez les parents d’un ami pour échapper aux services sociaux. Mais cette situation ne pourra être que temporaire. Désormais Theo va comprendre très jeune, qu’il ne peut compter que sur lui-même. Tout ce qui lui reste de cette journée où il a perdu sa mère, c’est un tableau, une toile de maître minuscule, envoûtante, infiniment précieuse et qu’il n’a pas le droit de posséder. Mais il ne peut plus s’en détacher. Et elle va l’entraîner dans les mondes souterrains et mystérieux de l’art. La maîtrise du suspens et le foisonnement de l’intrigue sont les deux signatures de Donna Tartt. Son écriture coule, précise et magnifique, collée aux pas de son héros, d’un rebondissement à un autre, sans jamais lâcher le lecteur. Ce nouveau grand roman est une nouvelle prouesse, dans une Amérique hantée par ses démons, esclave de ses obsessions et consumée par ses ambitions. Roman d’initiation à la Dickens, portrait féroce et actuel d’un pays, rythmé comme un thriller et profondément intime, Le Chardonneret condense en dix ans d’écriture et plus de 600 pages, tous les talents et toute l’aura de Donna Tartt.
     A propos (revue de presse)
    Comment survivre à ceux qu'on aime ? Donna Tartt effectue un retour magistral avec cet ample roman, où s'entrechoquent le bien et le mal...
    La vraisemblance historique, politique n'intéresse pas directement l'écrivaine Donna Tartt, même si elle nourrit sa dernière saga initiatique au coeur de l'Amérique d'aujourd'hui. La passionnent davantage l'enchevêtrement du bien et du mal, les frontières douloureuses entre la culpabilité et la responsabilité, les labyrinthes de la mémoire et les ravages du secret...
    Le miracle est que l'auteur prodige du Maître des illusions (1993) - quelque sept cents pages pour un premier roman écrit à 29 ans - puis du Petit Copain, composé dix ans plus tard, parvient à nous faire toucher magistralement dans son troisième ouvrage ce névralgique point-là. Au risque de s'y élec­trocuter, d'être en tout cas embrasé par une lecture qu'on ne lâchera pas huit cents pages durant. (Fabienne Pascaud - Télérama du 8 janvier 2014)

    Avec la même évidence, elle nous fait passer d'un milieu à l'autre : le New York chic des Barbour, un Las Vegas désertique, le monde des antiquaires, celui des voyous, qui amènera le héros jusqu'à Amsterdam... D'où la richesse du Chardonneret. Comme le tableau de Fabritius, avec son oiseau attaché par une chaîne à son perchoir, ce roman est le portrait d'un prisonnier " digne et vulnérable ". Ballotté par le destin, Theo est captif de son traumatisme et de son secret, cette toile qui l'accompagne partout mais qu'il n'ose déballer, dont il s'inquiète en permanence des conditions de conservation, mais qu'il ne se permet pas de regarder. Il est aussi le prisonnier de ses angoisses, de sa culpabilité et de ce à quoi il carbure - les drogues, les mensonges - pour se rendre l'existence supportable. Mais Le Chardonneret est aussi un beau roman sur l'amitié et sur la solitude. Sur le dégoût de la vie, et sur ce qui donne du prix à celle-ci...
    C'est un roman que l'on peut relire, avec un plaisir intact, pour y découvrir de nouvelles beautés. Comme on irait régulièrement se calfeutrer dans la même salle d'un musée. (Raphaëlle Leyris - Le Monde du 9 janvier 2014)

    Roman de la solitude et de l'amitié, des métamorphoses et des faux-semblants, hommage au roman d'apprentissage à la Dickens mais aussi à la noirceur dostoïevskienne, Le Chardonneret est une histoire qui envoûte et s'empare du lecteur avec une force irrésistible. Une réussite qui tient beaucoup à l'écriture, variée, changeante, surprenante et aux personnages, charpentés, consistants, crédibles. Aucun n'est inutile, esquissé. On se perdra dans cet univers furieusement romanesque sans hésitation, avec la certitude d'éprouver un plaisir intense et de longue durée. (Bruno Corty - Le Figaro du 16 janvier 2014)

    En peinture, tout est affaire de lumière - et d'ombres. Ainsi en est-il du troisième roman de Donna Tartt, qui, dans une éblouissante, hallucinante scène inaugurale, précipite son jeune héros de 13 ans au coeur d'un attentat perpétré dans un musée new-yorkais. Funeste déflagration qui laissera Theodore Decker orphelin de mère. Fuyant les lieux dévastés, l'adolescent ahuri subtilisera, dans un geste insensé, un tableau de maître que celle-ci affectionnait...
    Vingt ans après le succès du Maître des illusions, Donna Tartt livre un roman passionnant, foisonnant. Dans la torpeur d'une salle de classe par un après-midi automnal ou la clarté sèche et aveuglante du désert du Nevada, la frénésie dévorante des rues new-yorkaises ou l'atmosphère «poussiéreuse et dorée» d'une boutique d'antiquités, l'écriture picturale de l'Américaine donne ici à voir avec justesse le déchirement de «Théo», plaie ouverte dont il ne fera taire la douleur qu'en s'infligeant les brûlures d'expériences extrêmes. (Fabienne Lemahieu - La Croix du 22 janvier 2014)