Que chacun soit indulgent à la lecture de cet essai de
synthèse. Dans le cours des échanges beaucoup de choses se perdent, notamment
lorsqu’on participe soi-même aux débats !
N’hésitez pas à apporter des corrections ou des ajouts.
Nous nous sommes réunis à La Bastide Odéon le vendredi 6 Octobre 2017.
Ambiance chaleureuse comme d'habitude, même si les absents excusés nous ont manqué.
Merci à Monique et Claude pour leur sms.
Un livre difficile
d’accès
Nous en sommes tous convenus : le livre de Calvino « Si
une nuit d’hiver un voyageur » n’est pas d’un abord facile. Dès
les premières pages, le lecteur se trouve surpris et désorienté.
D’une part, l’auteur s’adresse directement à lui en le
tutoyant, établissant ainsi une étroite proximité entre le lecteur et l’auteur et
d’autre part, il présuppose son comportement de lecteur se préparant à lire et
commençant à lire, ce qui a rendu certains d’entre nous mal à l’aise. Puis les
premières pages passées, le lecteur entre de plain-pied dans un roman dont la
première scène se passe dans une gare. Mais le roman s’interrompt quelques
pages plus loin et à nouveau l’auteur s’adresse au lecteur etc.
Certains d’entre nous ont assez vite renoncé, n’arrivant pas
véritablement à entrer dans le livre, refusant de se perdre dans le labyrinthe
créé par Calvino. L’un d’entre nous a d’ailleurs pris l’auteur au mot (p.40) en jetant le livre par terre.
D’autres ont éprouvé des difficultés, mais ils ont poursuivi
coûte que coûte et finalement leur persévérance a payé.
Enfin, d’autres encore sont allés jusqu’au bout, soit parce
qu’ils connaissaient déjà Italo Calvino et qu’ils avaient une certaine
familiarité avec cet auteur inclassable, soit parce qu’ils ont découvert les
clés qui permettent de mieux comprendre l’architecture et la finalité du récit.
L’une des caractéristiques principales du livre est qu’il tente d'intégrer le lecteur réel à la fiction en
forçant son passage d'un univers extérieur à l'univers fictif. Ceci explique cette alternance entre scènes centrées
sur le lecteur et la lecture et les incipits des dix romans commencés et
interrompus.
Par conséquent, nous avons fait le constat que
Calvino, comme Proust, Joyce, Virginia Woolf, Kafka, Gracq, Lobo Antunes et
bien d’autres, est un écrivain qui écrit autrement,
ce qui oblige le lecteur à lire autrement,
comme l’a dit l’une d’entre nous. Pour accéder à l’œuvre littéraire, nous
devons sortir de notre confort de lecture et aller chercher l’œuvre pour saisir
son originalité. Mais pour ce faire, il faut que certaines conditions soient
remplies : une disponibilité à la fois physique et mentale, un
environnement favorable et un temps approprié.
Une participante a fait remarquer que ce type de livre
pouvait être lu plusieurs fois et qu’à chaque nouvelle lecture, le lecteur fait
des découvertes. « Si une nuit
d’hiver un voyageur » est une œuvre extrêmement riche.
Le thème du livre
La question posée par Calvino est : Qu’est-ce que la
lecture ? Quel est le rapport entre le livre et le lecteur, entre
l’écriture et la lecture ?
C’est un thème très vaste. Calvino le traite en profondeur et
de manière encyclopédique.
Mais le questionnement n’est pas philosophique, il a pour
origine la situation dans laquelle le lecteur se trouve lorsqu’il se prépare à
lire et lorsqu’il lit un roman.
Le sujet du livre, c’est nous en train de lire. C’est nous en
quête du livre, nous en train de savourer le plaisir de lire.
Mais qu’est-ce qu’un livre ? Ou plus exactement
qu’est-ce qu’un roman ?
Sur ce questionnement concernant l’œuvre créée, l’un d’entre
nous a établi un parallèle avec le tableau de Magritte « ceci n’est pas une pipe » qui pose la question du
rapport entre l’objet et sa représentation.
Finalement n’est-ce pas le lecteur qui crée le livre ?
Calvino semble avoir une réponse : l’auteur doit
s’effacer devant le Lecteur. Mais encore faut-il que le lecteur se transforme.
La structure du livre
Dès le premier chapitre, on comprend que l’auteur juxtapose
l’univers du lecteur et celui d’un roman.
Comme Agnès l’a indiqué le livre est divisé en douze chapitres.
Chaque chapitre jusqu’au chapitre X répétera la
juxtaposition entre des pages consacrées au Lecteur, à son univers, à sa quête
des romans à lire et à partager avec la Lectrice et l’incipit d’un roman.
A la fin du livre, le chapitre onze évoque différents
processus de lecture tandis que le dernier chapitre (douze) clôt le livre par le
mariage du Lecteur et de la Lectrice et par un retour au Lecteur en situation.
Le tableau suivant permet de mieux visualiser la structure
du livre de Calvino :
TITRE DU ROMAN
|
AUTEUR
|
NATURE DU ROMAN
|
Si une nuit d’hiver un
voyageur
|
Italo Calvino
|
Roman du brouillard
|
Loin de l’habitat de
Malbork
|
Tazio Bazakbal
|
Roman des corps
|
Au bord de la côte à pic
|
Uro Ahti
|
Roman symbolique
interprétatif
|
Sans craindre le vent et le
vertige
|
Vorts Viljandi
|
Roman politico existentiel
|
Regarde en bas où l’ombre
est plus noire
|
Bertrand Vandervelde
|
Roman cynico brutal
|
Dans un réseau de lignes
entrelacées
|
Flannery
|
Roman de l’angoisse
|
Dans un réseau de lignes
entrecroisées
|
Flannery
|
Roman logico géométrique
|
Sur le tapis de feuilles
illuminées par la lune
|
Takakumi Ikoka
|
Roman de la perversion
|
Autour d’une fosse vide
|
Calixto Bandera
|
Roman tellurique primordial
|
Quelle histoire là-bas attend
sa fin
|
Anatoly Anatolin
|
Roman apocalyptique
|
On remarque que chaque incipit est attribué à un auteur
différent. En fait, il y a même des incertitudes sur le nom des auteurs. Le
Lecteur s’y perd parfois, il ne sait plus qui a écrit quoi. Cela montre que le
livre que lit le Lecteur est plus important que le nom de l’auteur.
Une autre idée avancée par Calvino, que nous avons évoquée,
est que tous les livres lus par une personne pendant sa vie constituent un seul
livre. C’est en quelque sorte le livre du Lecteur.
D’ailleurs nous avons observé que tous ces titres de romans
qui s’interrompent après un chapitre forment ensemble une phrase et là bien sûr
on retrouve les principes de l’Oulipo (Cf présentation par Agnès) :
« Si une nuit d’hiver un voyageur
loin de l’habitat de Malbork au bord de la côte à pic sans craindre le vent et
le vertige regarde en bas où l’ombre est plus noire dans un réseau de lignes
entrelacées dans un réseau de lignes entrecroisées sur le tapis de feuilles
illuminées par la lune autour d’une fosse vide quelle histoire là-bas attend sa
fin. »
En réalité, chaque roman se suffit à lui-même. C’est au
Lecteur d’imaginer la suite. Certains d’entre nous se sont d’ailleurs pris au
jeu.
Calvino classe les romans en dix catégories (colonne de droite
du tableau) et certains commentateurs se sont amusé à rattacher à telle ou
telle catégorie des romanciers du XIXème ou du XXème siècle. Mais il s"agit là d'un
petit jeu dérisoire dont ne pouvait que se moquer Calvino, car l’important pour
lui c’est le Lecteur.
Les personnages
Ils sont multiples puisqu’il y a dix incipits dans le livre.
Ils se situent chacun dans des contextes ethniques et géographiques très
différents. A noter toutefois que le patronyme de Kauderer apparaît dans trois incipits
différents, mais les personnages n’ont rien de commun à l’exception de leur nom).
Dans ce livre, le personnage principal est sans nul doute le
Lecteur, nous l’avons tous bien perçu. Tout le livre est centré sur lui et sur
l’acte de lire et même sur le plaisir de lire (les passages sur le découpage
des feuillets d’un livre assemblé à l’ancienne, sont un vrai régal). Au fur et à
mesure des pages, un autre personnage prend de l’importance : la Lectrice.
Un dernier personnage représente l’archétype de la lectrice
idéale Lotharia, qui est aussi la sœur de la Lectrice.
Le style de Calvino
-
L’humour
Autour de la table, nous avons tous été sensibles à l’humour
d’Italo Calvino. Cet humour donne du recul à la lecture et ouvre le champ de la
relativisation. Parfois cet humour va jusqu’au pastiche et à la caricature.
-
Une
incroyable variété de styles littéraires
La maîtrise de l’écriture de l’écrivain apparaît dans chaque
incipit où l’on trouve un vocabulaire, un style, une forme en relation avec la
catégorie de roman visée.
Exemple pour le roman
du brouillard : le Lecteur relève dans le texte toute une série d’indices
de cette catégorie de roman :
-
« Un
nuage de fumée cache une partie du premier alinéa »
-
« Une
bouffée d’odeur de buffet de gare »
-
« Quelqu’un
qui regarde à travers des vitres embuées »
-
« Tout
est brumeux, même à l’intérieur… » etc.
Il en va de même pour les autres catégories du tableau
ci-dessus.
Une matière très
riche
Le livre de Calvino comme cela a été dit dans la
présentation d’Agnès, fourmille de réflexions sur toutes les composantes de la
création, de la traduction et de la fabrication et de la distribution d’un
livre. Le champ de réflexion et d’analyse sur la lecture et le Lecteur est à la
fois très vaste et très profond. C’est un livre qu’on est loin d’épuiser, même
si on le relit trois ou quatre fois.
N’est-ce pas là le signe d’un grand écrivain et d’un grand
livre ?
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LE RHINOCEROS DE DURER
Jean-Bernard eu la gentillesse, à notre demande, de nous dire quelques mots sur la genèse de son dernier roman paru chez Actes Sud.
Tout a commencé lors d'un séjour sur l'île de Sao Tomé où il était en mission et sur le fait d'être tombé par hasard sur un vieux livre qui décrivait les faits relatifs à l'histoire de ce fameux rhinocéros.
Jean-Bernard nous a expliqué ensuite comment, à partir de ces faits, il avait construit son roman en faisant appel à son imagination et en inventant des personnages.
Thomas Chauvineau, France INTER, Le 6-9
« Un petit bijou, érudit, bien écrit, savoureux.
»
Jean-Claude Perrier, Livres Hebdo
« Un petit bijou de littérature. Une
histoire follement romanesque, racontée avec brio et humour par un
écrivain aussi facétieux qu'éclectique, qui a placé sa vie et son œuvre
sous le signe de l'ailleurs, du dialogue entre les peuples et les
cultures.
»
A quand le prochain livre écrit par un des honorables membres du Square ?