L'AUTEURE
"Americanah", c’est le surnom que les nigérians donnent à leurs expatriés qui se sont un peu trop américanisés, est le 3ème roman de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi ADICHIE. Le livre est paru en mai 2013 aux US et a connu immédiatement un très grand succès, lauréat du Prix 2013 du Cercle des critiques littéraires aux US, et il a reçu de très bonnes critiques dans les grands journaux américains comme le NY Times ou le Chicago Tribune. On trouve des lauréats célèbres de ce prix comme Philip Roth, Ian McEwan, Toni Morrison, etc.
Americanah a été tiré à plus de
500 000 exemplaires. Il a été
traduit en français en 2014 et est paru la même année chez Gallimard.
Chimamanda Adichie a été
comparé à Tolstoï surtout avec son 2ème roman qui semble être le
plus beau « L’autre moitié du soleil » dont pourra nous parler
Monique qui l’a lu.
Elle est considérée aujourd’hui
comme l’une des plus importantes écrivaines d’Afrique noire, dans la lignée du
Prix Nobel de littérature nigérian Soyinka.
Elle vient tout juste d’avoir
41 ans le 15 septembre et a donc écrit Americanah à 36 ans.
Il est intéressant de s’arrêter
sur ses origines car elles ont une influence importante dans sa production littéraire
et dans son personnage lui-même, assez médiatique.
Elle est donc née au Nigéria en
1977 dans l’état d’Anambra au sud du Nigeria, une région où l’ethnie Igbo est
majoritaire. Chimamanda Adichie parle Igbo, et elle dit que pour être
satisfaite d’une phrase, il lui arrive de la dire en Igbo. L’Anambra faisait
partie du Biafra, toute cette région du sud-est du Nigéria, riche en pétrole,
qui avait décidé de faire sécession en 1967 et qui fut finalement victime d’une
guerre de 2,5 ans et en particulier d’un blocus terrible qui fit entre 1 et 1,8
millions de morts dont 80% de faim. Et tout ça dans une relative indifférence
des grandes nations. C’est encore une histoire de religion et de fric car cette
région avait été christianisée par les britanniques, mais dès la déclaration
d’indépendance du Nigéria en 1960, un fort sentiment d’identité ethnique
s’exacerbe opposant cette population multi-ethniques aux ethnies originaires du
nord, principalement musulmanes, qui ont le pouvoir. Du fric car c’était une
région traditionnellement riche (exportation d’huile de palme et esclavage) et
amplifiée par les découvertes de pétrole.
Pour la petite histoire, les Anglais
et les Américains étaient du côté des troupes fédérales et nous étions avec les
Russes pour le Biafra.
La guerre s’achève en 1970 et
le Biafra disparait. C’est ce qu’Obinze l’un des principaux personnages du
roman évoque lorsqu’il dit qu’ils appartiennent à un peuple vaincu.
Le grand-père de l’auteure
était un aristocrate qui fut envoyé dans un camp par les troupes fédérales et
qui y mourut après avoir été humilié et ultime humiliation, son corps fut jeté
dans une fosse commune.
C’est parce qu’elle a été
nourrie de ces drames humains faits de guerre et de paix, de ruptures et de
recollages que Chimamanda écrit aujourd’hui sur le thème du déracinement.
Pour revenir à son histoire,
car Americanah, comme tous ses autres livres, est largement inspiré des
évènements et des personnages de sa vie, Chimamanda a commencé par étudier la
médecine et la pharmacie au Nigéria avant de partir à 19 ans à Philadelphie
pour étudier la communication et les sciences politiques avant de s’orienter
vers des études d’art et de littérature. Elle est surdiplômée. En 2008, elle
reçoit le prix Mac Arthur qui, aux aux Etats-Unis, est aussi appelé « le
prix des génies ». Elle a déjà publié ses deux premiers romans :
« L’hibiscus pourpre » et « L’autre moitié du soleil ».
Il est important de souligner
son engagement féministe qui est un des thèmes forts du livre. La place de la
femme dans la société, au Nigéria. Elle a fait un TED en 2013 dont le thème
était « nous devrions tous être féministes » qui a connu un succès
énorme avec plus de 8 millions de vues.
https://www.ted.com/talks/chimamanda_ngozi_adichie_we_should_all_be_feminists?language=fr
1,887,557 views
Elle se définit comme « Africaine Féministe Heureuse ».
Elle se définit comme « Africaine Féministe Heureuse ».
Elle est l’invitée du Monde
Festival le dimanche 7 octobre à l’Opéra Bastille à 17h30.
Depuis 2019, elle partage sa
vie entre les Etats-Unis et le Nigéria.
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LE LIVRE
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LE LIVRE
Je vous propose d’extraire du
roman 3 thèmes pour lancer la discussion ;
1er thème :
être noir aux USA et la question du racisme
2ème thème : le
sens de la vie
3ème thème : la
question du roman et de la littérature
1er thème :
être noir aux USA et la question du racisme
C’est un des thèmes majeurs du
livre. Et c’est une condition – le fait d’être classé noir - que Chimamanda-Ifemelu
découvre en mettant le pied pour la 1ère fois aux USA. Et si Ifemelu
veut retourner au Nigéria, ce qui parait totalement irrationnel, c’est peut-être parce qu'être noire aux
Etats-Unis peut être psychologiquement difficile à supporter.
Elle
tient d’ailleurs un blog sur ces questions. « Raceteenth Observations
diverses sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les negres) par
une noire non américaine. »
Une sorte de refouloir. Blog
qui va finir par la rendre célèbre et financièrement à l’aise. Tout au long du
roman elle livre des articles de son blog qui sont autant de conseils à des
noirs confrontés à la société américaine, ou de violents attaques contre le
racisme « les jeux Olympiques de l’oppression » : « En
réalité, les jeux Olympiques de l’oppression se déroulent sous nos yeux. Les
minorités raciales en Amérique - … - sont toutes couvertes de merde par les
Blancs, des merdes différentes, mais de la merde quand même. »
Encore aujourd’hui, les Américains ne parviennent pas à régler leur problème entre blancs et noirs. Et
il y a en plus un problème entre noirs américains et noirs africains.
On découvre dans le roman
qu’une façon (amusante) d’aller au-delà de la seule identité que vous donne la
couleur de la peau, pour les noirs, c’est par la coiffure. Le roman débute d’ailleurs
dans un salon de coiffure et celui-ci revient régulièrement dans le livre comme
s’il représentait un concentré de la communauté africaine en Amérique.
Chimamanda a d’ailleurs déclaré que si Micheline Obama n’avait pas eu la
coiffure qu’elle avait, si elle avait eu des dread-locks ou une coiffure afro,
son mari n’aurait jamais été élu !
Quand je pense à ce thème «être
noir aux Etats-Unis », je pense au musée que nous avons visité cet été à
Washington et qui est le premier musée consacré à la culture
afro-américaine. En dehors du fait que ce musée est absolument remarquable tant
sur le plan architectural que muséographique, il est intéressant de remarquer
que 2/3 des visiteurs de ce musée sont des noirs quand dans les autres musées,
ils doivent être à peine 10%.
Par ailleurs, il faut aller
voir le film de Spike Lee « Blackkklansman » pour se rappeler de
cette profonde fracture dans la société américaine.
2ème thème : le
sens de la vie
A plusieurs reprises Ifemelu
s’interroge sur sa vie. Elle passe de situations très confortables avec des
hommes qui semblent l’aimer vraiment – mais qu’est-ce que les hommes blancs
aiment en elle ? – à des moments de déprimes extrêmes. Elle ne parait
absolument pas rationnelle dans ses décisions. Elle est tiraillée entre le
désir de vivre une vie de femme libre aux USA et celui de retourner au
Nigéria ; et en particulier de retrouver son amour d’enfance, Obinze. Lui
aussi est tiraillé par le sens de la vie. Après un échec pitoyable en
Angleterre et un mariage blanc qui tourne au fiasco, Obinze est revenu au
Nigéria où il a épousé une femme magnifique plutôt dans le rôle d’épouse modèle
et de femme au foyer, il a une superbe situation mais s’interroge, notamment
dans ce passage en page 41 : « il descendit de la voiture. Il avait
une démarche raide, levait les jambes avec difficulté. Depuis quelques mois, il
avait l’impression d’être surchargé par tout ce qu’il avait acquis - la
famille, les maisons, les voitures, les comptes en banque -,et était pris de
temps en temps, de l’envie de crever cette bulle avec une épingle, de tout
faire dégonfler pour être libre. Il ne savait plus avec certitude, il n’avait
jamais su en réalité, s’il aimait vraiment cette existence ou s’il l’aimait
parce qu’il était censé l’aimer. »
Une autre femme importante dans
le récit est la tante Uju qui est médecin (comme la sœur de Chimamanda qu’elle
est allée rejoindre à Philadelphie dans la vraie vie). C’est à la fois une
confidente, mais également une femme faible qui s’acoquine avec des hommes
médiocres.
3ème thème : la
question du roman et de la littérature
A plusieurs reprises Chimamanda
évoque cette question. Qu’est-ce que la littérature ? Qu’est-ce que le
roman ?
C’est
une première critique au travers des lectures de Blaine : « Les
romans qu’il aimait étaient supérieurs, des romans écrits par des hommes jeunes
et juvéniles, avec de la matière, une accumulation fascinante , déconcertante
de marques, de musiques, de bandes dessinées et d’icônes, saupoudrée d’un zeste
d’émotion, et dont chaque phrase était élégamment consciente de sa propre
élégance. »
Dans
un autre passage, c’est une rencontre entre Obinze et un jeune journaliste.
« Il comprit rapidement qu’un livre pour Yemi n’était pas de la
littérature à moins de contenir des mots polysyllabiques et des passages
incompréhensibles. « Le problème est que le roman est trop simple »
dit Yemi.
La première fois qu’Ifemelu et Obinze se voient, ils s’inquiètent l’un l’autre
de ce qu’ils lisent et même si Ifemelu dit qu’elle n’aime que les policiers
de James Hadley Chase, Obinze, qui est fils d’universitaire, a cette
réponse : « Ah chouette : elle lit ! Il y a de
l’espoir ! »
Quand
elle arrive en Amérique elle se met à lire également beaucoup de livres dans
les bibliothèques. Elle finit par écrire : « Au fur et à mesure, les
mythologies américaines commencèrent à avoir un sens. Les tribalismes
américains – races, idéologie, région – se clarifièrent. Et sa nouvelle
compréhension des choses la réconforta."
