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mardi 12 juin 2018

38EME RÉUNION - SYNTHESE DES DÉBATS PAR GÉRARD

Nous avons d'abord le grand plaisir d'accueillir parmi nous Jean-Paul Dumont qui est un grand lecteur et qui lui-même, à plusieurs titres, a publié plusieurs ouvrages. C'est également un grand voyageur, qui aujourd'hui partage son temps entre Paris, le Japon et les Etats-Unis. Nous lui souhaitons tous la bienvenue au Square littéraire.

Nous avons ensuite ouvert les débats sur le livre de Marie Darrieusecq.

Photo : Michel Bac

Premier constat : une écriture qui déroute

Nos premiers propos ont eu trait à l'accessibilité du livre.
D'aucuns ont en effet éprouvé des difficultés à la lecture des premières pages, puis ils ont trouvé la clé, ou une des clés, du livre et la lecture est devenue aisée. 
Pour d'autres en revanche, les premières pages ont eu un effet séducteur, mais ils ont éprouvé ensuite une certaine lassitude.
D'autres enfin ont éprouvé une réaction de rejet.

- Ceux qui ont aimé "Bref séjour chez les vivants" ont apprécié la construction du livre, les innovations dans le style et aussi la maîtrise de Marie Darrieusecq à traduire les flux de la conscience de ses personnages dans des monologues intérieurs faits de sensations très brèves, de souvenirs fugaces, d'images, de couleurs, d'impressions désordonnées et de pensées rompues, le tout combiné dans des entrelacements labyrinthiques. Nous avons évoqué une parenté avec le nouveau roman et avec Nathalie Sarraute que Marie a rencontrée plusieurs fois.
Plusieurs d'entre nous ont trouvé que le style de l'auteure était travaillé, souvent avec brio et parfois avec poésie, comme dans l'extrait suivant.
"Elle enfile sa veste, enclenche le répondeur, Vous êtes bien chez Anne Johnson, s'il vous plait, laissez-moi un message et je vous rappellerai dès mon retour, pathétique, sa voix seule et électrique dans l'appartement vide. Les peupliers crachotent dans la cour ; côté rue les fenêtres palpitent en bleu télévision, pause bleue, variation bleu-gris, fond rouge abrupt au rythme du montage. Elle ouvre la fenêtre, secoue sa cigarette. Un silence crémeux, blanc de réverbères et de lune, l'air d'en haut qui rejoint l'air d'en bas; elle sent la terre s'incliner, s'éloigner cran par cran du soleil; et quand le bip du répondeur annonce que la bande est calée pour recevoir d'improbables messages, c'est le signal qu'elle peut se fondre dans cette nuit d'automne." (édition brochée p. 247)
- Ceux qui n'ont pu "entrer" dans le livre, ou qui l'ont quitté par désintérêt ou par épuisement (sic), ont évoqué l'utilisation de procédés stylistiques répétitifs, qui forcent le lecteur à dépasser les obstacles créés par une sorte de gymnastique des mots stérile. D'aucuns ont considéré que Darrieusecq faisait du sous-Virginia Woolf ou s'était essayée  à une pâle imitation de Joyce, deux écrivains géniaux dont Marie Darrieusecq revendique l'influence.
D'autres se sont interrogés sur l'intérêt d'écrire par exemple plusieurs pages en anglais, plusieurs passages en espagnol, sans traduction, de donner dans les onomatopées ou encore de supprimer toute ponctuation et de ne pas terminer des phrases. Ceux-là ont ressenti le procédé de manière permanente et ils ne sont pas entrés dans le livre
A croire que Marie Darrieusecq écrit pour elle plutôt que pour le lecteur. Certains d'entre nous ont considéré qu'ils avaient passé l'âge pour ce genre d'exercice de lecture et qu'ils préféraient se consacrer à la lecture d'ouvrages qui leur apportaient réellement quelque chose.


Ecrire : un renouvellement permanent

La sentence ne fut toutefois pas sans appel pour le clan du rejet car ceux qui n'avaient pas aimé "Bref séjour chez les vivants" ont pu apprécié d'autres livres de Marie Darrieusecq comme "Truismes", ou "Il faut beaucoup aimer les hommes". 
Le constat que nous avons fait à cette occasion est que Marie Darrieusecq écrit un nouveau livre à chaque fois, elle se renouvelle en permanence; ce qu'elle confirme dans le propos ci après : 
"Pour moi, le modèle, si modèle il y a, était, plus que le nouveau roman, Ulysse de Joyce. Joyce commence par Gens de Dublin, qui est d'une composition très simple et finit avec Finnegan's Wake, d'une complexité extrême. Je crois qu'en tant qu'écrivain, j'ai mûri. A chaque livre, et c'est vrai pour Truismes comme pour les autres, ce que je fais, c'est essayer d'écrire le livre que je ne sais pas écrire". Sans cela, je m'ennuie... Certains ont besoin de faire du saut à l'élastique, moi c'est d'écrire des livres que je ne sais pas écrire. A chaque fois il faut que j'invente une nouvelle forme, que j'invente un livre."("L'Humanité", 13 septembre 2001)

Ces propos et ce dessein n'ont pas convaincu tous les lecteurs du Square : "Elle s'essaie à des styles, mais ne réussit pas. Dans Truismes elle a fait du sous-Kafka."
Lorsqu'on établit des comparaisons entre Darrieusecq d'une part, et Joyce, Woolf ou Kafka d'autre part, ce n'est pas à l'avantage de la première. 
Mais à quoi bon établir des comparaisons se sont exclamés quelques uns d'entre nous. Chaque écrivain n'a-t-il pas droit à son originalité ? Après tout comparaison n'est pas raison.
Mais précisément sur la question de l'originalité de l’œuvre écrite, un point a fait débat.


Photo : Michel Bac


La polémique : une nouvelle forme "le plagiat psychique"

Le microcosme littéraire parisien a été mis en émoi par deux fois concernant Marie Darrieusecq. Celle-ci a été, en effet, à deux reprises accusée de plagiat par deux de ses collègues.
À l’automne 2007, Camille Laurens a accusé Marie Darrieussecq de « plagiat psychique », lui reprochant d’avoir « piraté » son récit autobiographique, Philippe, pour écrire un roman, Tom est mort. Au cœur de ces deux récits, la mort d’un enfant racontée du point de vue de la mère. 
Auparavant, en 1998, Marie N'Diaye, avait accusée Darrieusecq d'avoir « singé » son propre roman « la Sorcière » en écrivant « Naissance des fantômes ». 

En réplique à ces accusations, Marie Darrieusecq a publié "Rapport de police", un essai sur le plagiat qu'apparemment aucun d'entre nous n'a lu. 
Rappelons qu'aucune des deux affaires n'a été portée devant la justice. 
Mais revenons à des propos plus sérieux, en tout cas moins polémiques.

Un drame au cœur du livre

Les personnages du livre ont été évoqués avec une grande pertinence par Jean-Bernard, nous n'y reviendrons pas. 
Dans les relations qu'ils ont entre eux, ou plutôt dans leur conscience respective, le point focal est ce lien secret et indélébile qui s'est noué à la mort de Pierre, l'enfant de trois ans, un fils, un frère. 
Le thème de la mort du frère revient plusieurs fois dans le parcours littéraire de Marie Darrieusecq. 
Dans ses écrits que nous avons cités, on trouve des phrases telles que : "Etre né après un être mort ", "Mon frère n'a pas de sépulture", "Mes romans sont un tombeau". Ici, caractéristiques sont les non-dits entre les quatre femmes. Impossibilité à communiquer entre elles sur le drame qu'elles ont vécu, à la fois commun et si différemment perçu par l'une, par l'autre. Quant aux hommes John et Momo, ils se situent hors du champ, même si le père a été concerné par le drame, il est absent du livre. Les hommes n'existent que dans les pensées des femmes.
Ce qui surprend dans les liens entre ces quatre femmes, c'est cet aspect figé, cet immobilisme. Chacune reste plongée dans ses flux de conscience intérieure qui tourbillonnent sans jamais s'échapper, chacune mène sa vie comme elle l'entend, à Buenos Aires, à Paris ou au pays basque, et en même temps chacune pense aux autres. Mais il n'y a aucune vraie communication, aucune progression. On peut se demander pourquoi ?
D'après l'auteure :
"Le défi, pour moi, dans ce livre, c'était de me placer dans le cerveau de gens qui n'arrivent pas à se dire à eux-mêmes qu'ils sont très malheureux, qu'il y a eu un deuil, qu'ils ont perdu un frère, un enfant. Ils n'arrivent pas à se le dire, et moi, je dois l'écrire ! Je voulais que le lecteur entende ce non-dit. Cette famille n'est capable d'aborder ce deuil que par bribes, par souvenirs refoulés, en deçà du langage. Il fallait que je trouve une forme pour dire cet indicible. Donc, la narration est impossible. Quand on se met dans le cerveau de quelqu'un, à aucun moment on est en situation de dire : " En 1970, mon enfant s'est noyé. " On ne pense pas comme ça. Mais tout à coup, il y a une douleur, un souvenir, un parfum."
Comment faire entendre les non-dits ?
Marie Darrieusecq a-t-elle atteint son objectif ?
A chaque lecteur de trancher !

Au Square les avis sont restés très partagés, c'est ce qui a donné force et vigueur à nos échanges.


Photo : Michel Bac

lundi 11 juin 2018

38 EME REUNION - COUP DE COEUR DE PATRICK


« LE BONHEUR NATIONAL BRUT » DE FRANÇOIS ROUX
-      Relié: 688 pages
-      Editeur : Albin Michel (20 août 2014)
-      Collection : A.M. ROM.FRANC

10 mai 1981

Le pays était bel et bien coupé en deux.
Depuis plusieurs mois - et dans la France entière -, on se répandait en injures, en hypothèses, en pronostics avec, à gauche comme à droite, la même ferveur et une égale mauvaise foi.
Moi, Paul Savidan, dix-sept ans et sept mois, je n'attendais rien de particulier de cette élection présidentielle. Même en âge de voter, jamais je ne me serais soumis à ce qui m'apparaissait comme un exercice assommant. La chose politique, je la tenais éloignée dans une espèce de vague dégoût et autant de méfiance. Un sentiment que j'aurais été bien en peine de vous justifier, mais auquel je m'accrochais contre vents et marées, ce qui, dans cette région de Bretagne où je vivais, aurait pu passer pour un véritable exploit. De la même manière que j'avais raté Mai 68 à cause de mon jeune âge, je raterais ce 10 mai 1981 et quantité d'autres mais à venir, toujours pour d'excellentes raisons. Au fil des années, cela constituerait d'ailleurs l'une des caractéristiques de mon tempérament que de me situer constamment hors champ des événements marquants du monde, du mien comme de celui des autres. Mais ceci est vraiment une autre histoire et il est trop tôt pour s'y attarder.
Cette agitation fébrile autour du duel pour la présidence de la République ne m'avait que très peu concerné. Elle n'avait en rien modifié le déroulement immuable de mon emploi du temps matinal, composé d'une succession de gestes et de rituels intimes accomplis mille fois, toujours dans le même ordre, et dont je ne savais plus désormais s'ils répondaient à une habitude ou à une envie. La force des routines - tout comme l'ordre et la propreté - dégageait mon esprit des pensées confuses, désorientées, bestiales qui T aiguillonnaient en permanence. Autant l'avouer, ce qui m'intéressait par-dessus tout, c'était l'apprentissage de ma sexualité. Je peux même affirmer sans trop d'erreur que c'était ce qui, ces années-là, accaparait l'essentiel de mon énergie. À 9 h 30, je m'attablai devant mes fiches de lecture en vue d'un baccalauréat série D qui se profilait dans un peu plus d'un mois. J'étais par nature un élève très moyen qui se maintenait à un niveau convenable à force d'incessants reproches paternels et d'un non moins incessant bachotage.
Vers midi, le téléphone résonna bruyamment dans le salon désert.
Il me fallut une bonne dizaine de sonneries pour admettre que mon interlocuteur ne céderait pas facilement au chantage de l'inertie. Qui pouvait être aussi entêté ? Un seul nom me venait spontanément à l'esprit. Ce fut donc avec un peu de mollesse et beaucoup de résignation que je me dirigeai vers le salon, puis vers le guéridon où trônait le dernier modèle en bakélite gris souris des Postes et Télécommunications et qu'enfin je décrochai.
- Salut...
C'était la voix mâle de mon ami Rodolphe.
- Évidemment, c'est toi.
- Qu'est-ce que tu branles, amigo ?



38 EME REUNION - COUPS DE COEUR DE CATHERINE


« LA COMMUNAUTÉ » DE RAPHAELLE BACQUE ET ARIANE CHEMIN
-      Broché: 336 pages
-      Editeur : Albin Michel (3 janvier 2018)
-      Collection : A.M. POLITIQUE

En apparence, c’est une ville. Elle sert de décor aux spectacles de Jamel Debbouze et aux raps de la Fouine, Benoît Hamon croyait en faire son laboratoire présidentiel. De Los Angeles ou de Dubaï, Omar Sy et Nicolas Anelka ne la quittent pas des yeux. Elle détient le record européen de départs en Syrie. Grands reporters au Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin ont choisi Trappes, ce petit bout de banlieue française, pour raconter le monde d’aujourd’hui. Elles en tirent une enquête sidérante, haletante comme une série contemporaine, où les personnages ont une sacrée dégaine, une tchatche d’enfer et trompent la mort en jouant avec le réel. 





« LE LAMBEAU » DE PHILIPPE LANSON
-      Broché: 512 pages
-      Editeur : Gallimard (12 avril 2018)
-      Collection : Blanche

Lambeau, subst. masc. 1. Morceau d'étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie. 2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55). 3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l'amputation d'un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l'amputation qu'à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu'une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338). (Définitions extraites du Trésor de la Langue Française)






« L’OR » DE BLAISE CENDRARS
-      Poche
-      ASIN: B00HCV3G6U

Un grand classique qu’on ne présente plus.




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38 EME REUNION - COUPS DE COEUR DE JEAN-PAUL


« MÉMOIRES D’UN LUTTEUR DE SUMÔ » DE KAZUHIRO KIRISHIMA
-      Poche: 264 pages
-      Editeur : EDITIONS PHILIPPE PICQUIER (4 janvier 2018)
-      Collection : Picquier poche

Il est rare qu'un lutteur de sumô écrive un livre. Celui-ci a été publié par un glorieux ex-ozeki de trente-sept ans, aimé et célébré comme un demi-dieu.

Mais pour gravir un à un les échelons, il lui aura fallu vivre un apprentissage rigoureux : endurer un régime alimentaire à la limite du gavage, supporter un entraînement physique éprouvant et développer une force spirituelle à toute épreuve. Car, « vaincre dans le sumô, c'est aussi se vaincre soi-même ». Une devise qui a inspiré ces immortels pour une lutte déployée dans un espace qui ne mesure même pas cinq mètres de diamètre et qui ne dure pas dix secondes ! Ce témoignage exceptionnel - enrichi d'un glossaire et d'un long développement sur l'histoire et les techniques propres à ce sport qui confine parfois à l'art - offre au lecteur le privilège de pénétrer par la porte secrète dans le monde du sumô, cet univers énigmatique qui semblait, jusque-là, interdit aux non-initiés. 





« L’AUTRE MOITIÉ DU SOLEIL » DE CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE
-      Poche: 672 pages
-      Editeur : Folio (9 mars 2017)
-      Collection : Folio

Née en 1977 au Nigeria, Chimamanda Ngozi Adichie partage désormais sa vie entre Chicago et Lagos. Elle a déjà publié deux romans, L’hibiscus pourpre (Commonwealth Writers’ Prize) et L’autre moitié du soleil, (lauréat de l’Orange Prize), ainsi qu’un recueil de nouvelles, Autour de ton cou.
Chimamanda Ngozi Adichie est également connue pour avoir prononcé un discours iconoclaste et personnel présentant une nouvelle vision du féminisme dont certains extraits ont été repris par la chanteuse Beyoncé.



JEAN-PAUL a également évoqué les écrits de Christine de Pisan

Avec Marie de France, dont on ne sait rien ou presque, Christine de Pisan (ou Christine de Pizan) est une des rares figures féminines de la littérature française du Moyen Âge.

Originaire de Pisano, près de Bologne, Christine de Pisan gagne la France en 1368, où son père, Tommaso di Benvenuto da Pizzano, conférencier d'astrologie à l'université de Bologne, est appelé pour être médecin et astrologue à la cour du roi Charles V.
Elle passe son enfance à la cour du roi, dont elle écrira plus tard la biographie. Elle épouse, vers 1379, Étienne Castel, notaire et secrétaire du roi.
Son époux la laisse veuve (1389) avec trois enfants à vingt-six ans, devant les procès et gênes financières, Christine prétend vivre de sa plume !
C'est au cours de cette période de deuil qu'elle compose l'une de ses plus célèbres ballades exprimant toute sa solitude et ses tourments.
Elle propose ses poèmes aux riches, aux princes et au roi et finalement s’impose par son intelligence, son talent et son charme. Ce fait de vivre de sa plume est d’ailleurs considéré avec sévérité pour les critiques du XIXe siècle.

Le féminisme est né d’une femme courageuse et fort talentueuse… Et on la courtisera sans résultat !

Son déclic est Le Roman de La Rose (seconde partie) version Jehan de Meung (1275), elle y juge des passages indignes, insultants pour l’image de la femme et elle va le faire savoir par Le Dit de la Rose (1402) :

« Et jurent fort et promettent et mentent
Estre loiaulx, secrez, et puis s'en vantent. »

Fidèle à la tradition médiévale, son oeuvre exploite largement le répertoire allégorique qui se mêle à de nombreux exemples tirés notamment de l'histoire antique (surtout de Valère Maxime). Le Livre du chemin de longue estude (1402-1403) raconte, en 6000 vers environ, un voyage onirique au pays de Sagesse et de Raison. L'Advision de Cristine (1405) est un récit allégorique où l'auteur évoque les malheurs de la France de son temps, introduisant parallèlement une réflexion sur son infortune personnelle. Dans le Livre de Mutacion de Fortune (1403), Christine de Pisan raconte comment le destin, en la faisant devenir écrivain, l'a fait changer de sexe : «de femelle devins masle», affirme-t-elle. Tout en s'identifiant à la fonction d'«homme de lettres» et fière de s'adonner ainsi à l'étude, elle n'oublie cependant jamais qu'elle doit défendre, contre les injustices de la société masculine, la dignité de son sexe.

Elle recherche des mécènes et s'adresse à Jean de Berry, duc de Bourgogne, dont elle deviendra la protégée et à qui elle dédie son Livre des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles V (1404), puis au duc d'Orléans, à qui elle destine le Livre de preudhommie (1405-1406).
À la cour de Charles VI et d'Isabeau de Bavière dont elle deviendra la protégée, son travail donne naissance à une œuvre abondante et variée qui lui assure une certaine notoriété: après bien des lectures, la rédaction d’œuvres savantes, ouvrages didactiques édifiants et politiques, en prose ou en vers, et textes lyriques dans tous les genres à la mode, où elle aborde des sujets personnels, où elle évoque, avec une sincérité touchante, ses sentiments et ses souffrances.

Parmi ses poèmes lyriques composée entre 1389 et 1405 (Cent ballades; Ballades de divers propos; Cent Ballades d'amant et de dame), on a surtout retenu ceux sous-tendue par le thème de la solitude, lié à son état de veuve et ses malheurs personnels. Les autres sont aussi intéressants pour la recherche des combinaisons de rythmes et de rimes, pour leurs thèmes courtois, pour leurs thèses morales: belle leçon dont les chevaliers de l'époque n'ont guère su tirer parti.
Étroitement mêlée à la vie politique de son époque, elle pressent les dangers que fait courir au royaume la rivalité entre les princes et «milite» en faveur de la conciliation entre les princes et pour la paix civile : l'Épître à Isabeau de Bavière (1405), la Lamentation sur les maux de la France (1410).
Lorsqu'elle se veut «philosophe», elle s'empare de tous les domaines du savoir, abordant aussi bien des sujets de politique (le Livre du corps de policie, 1404-1407), que de morale (le Livre de Preudhommie, 1405-1406; le Livre de la Paix, 1412-1414) ou de religion (les Sept Psaumes allégorisés, 1409-1410). Elle laissera même un traité d'art militaire (le Livre des faits d'armes et de chevalerie, 1410).
Pendant les années sombres de la France entre 1415 (Azincourt) et la capture de Jeanne d’Arc, en 1418 Christine de Pisan se retire au cloître de Poissy, Elle y écrit son hommage à Jeanne d’Arc « le Ditié de Jehanne d’Arc » en 1429 et meurt en 1430.

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38 EME REUNION - COUP DE COEUR DE JOSEPH


« LE FLOU ET LA LITTERATURE » SOUS LA DIRECTION DE FRANÇOIS SOULAGES

Notamment :

« VAGUES IMAGES ET ECRITURES FLOTTANTES, DARRIEUSECQ, DURAS, WOOLF » DE VALERIE CAVALLO

-      Broché
-      Editeur : L'Harmattan (25 mai 2018)
-      Langue : Français



38 EME REUNION - COUPS DE COEUR DE CHANTAL


« L’AFFAIRE ARNOLFINI : ENQUÊTE SUR UN TABLEAU DE VAN EYCK » DE JEAN-PHILIPPE POSTEL
-      Broché: 155 pages
-      Editeur : Actes Sud Editions (30 mars 2016)
-      Collection : ROMANS, NOUVELLES

Peint aux alentours de 1434, Les Epoux Arnolfini de Jan Van Eyck aura été l'un des tableaux les plus commentés de l'histoire de la peinture. Pourtant, Jean-Philippe Postel nous fait découvrir ici ce que personne avant lui n'y a vu. C'est d'abord la stupeur qui guide notre lecture : stupeur de trouver révélées et élucidées, les unes après les autres, toutes les énigmes distillées par Van Eyck dans une oeuvre infiniment mystérieuse. Du début à la fin, une curiosité folle nous fait tourner ces pages aussi avidement que celles d'un roman policier. Telle est la prouesse de Postel : nous donner à comprendre ce que nous voyons dans la ferveur de lire ce que nous lisons.




« TRAITÉ DES GESTES » DE CHARLES DANTZIG
-      Broché: 416 pages
-      Editeur : Grasset (4 octobre 2017)
-      Collection : Littérature Française

Les mains ? Et les sourcils. Et les yeux. Et les pieds. Et la bouche, avec le sourire. Toutes ces parties du corps accomplissent des gestes. Les objets nouveaux, comme les tablettes numériques ou les cigarettes électroniques, en font faire d’inédits, tandis que d’autres disparaissent, pour parfois réapparaître. De quelle mystérieuse façon un poignet cassé sur la hanche, geste des aristocrates du xviiie siècle, a-t-il resurgi chez un rocker de 1960 ? Le geste de la main d’un bébé qui s’ouvre comme une étoile de mer ne serait-il pas un souvenir des âges immémoriaux où nous étions algues ou poissons ?
Y a-t-il des gestes d’hommes, des gestes de femmes ? Des gestes nationaux, des gestes universels ? Gestes de la sexualité, gestes de la politique, gestes des comédiens, gestes imités de nos morts aimés, les gestes ne sont pas l’ombre des mots ; ils peuvent être une forme de création. Plus encore qu’un langage du sens, un rapport unique au temps.
Voici un livre inattendu, lumineux et sensible, riche de mille réflexions tirées de l’histoire, de la littérature, du cinéma, de l’observation des présidents de république comme des femmes druzes fabriquant de la pâte à pita. Que disent ces gestes que tout le monde fait et que personne ne semble vraiment regarder ?


Charles Dantzig est un écrivain français né à Tarbes le 7 octobre 1961
A seulement 28 ans, il fait paraître un essai sur Remy de Gourmont (Remy de Gourmont, Cher Vieux Daim !, Le Rocher, 1990), suivi de son premier recueil de poésies, Le chauffeur est toujours seul.
De mars 2006 à mars 2008, Charles Dantzig a signé l'épilogue de chaque dossier du Magazine Littéraire.
Son premier roman, Confitures de crimes (en référence à un vers de H.J.-M. Levet : Le soleil se couche en des confitures de crimes), paraît aux Belles Lettres en 1993.
En 2005, il publie son Dictionnaire égoïste de la littérature française. Il publie en janvier 2009 chez Grasset une nouvelle somme, son Encyclopédie capricieuse du tout et du rien.






« LE MYTHE DE LA VIRILITÉ » D’OLIVIA GAZALÉ
-      Broché: 416 pages
-      Editeur : Robert Laffont (12 octobre 2017)
-      Langue : Français

Et si, comme les femmes, les hommes étaient depuis toujours victimes du mythe de la virilité ? De la préhistoire à l'époque contemporaine, une passionnante histoire du féminin et du masculin qui réinterprète de façon originale le thème de la guerre des sexes.
Pour asseoir sa domination sur le sexe féminin, l'homme a, dès les origines de la civilisation, théorisé sa supériorité en construisant le mythe de la virilité. Un discours fondateur qui n'a pas seulement postulé l'infériorité essentielle de la femme, mais aussi celle de l'autre homme (l'étranger, le " sous-homme ", le " pédéraste "...). Historiquement, ce mythe a ainsi légitimé la minoration de la femme et l'oppression de l'homme par l'homme.
Depuis un siècle, ce modèle de la toute-puissance guerrière, politique et sexuelle est en pleine déconstruction, au point que certains esprits nostalgiques déplorent une " crise de la virilité ". Les masculinistes accusent le féminisme d'avoir privé l'homme de sa souveraineté naturelle. Que leur répondre ? Que le malaise masculin est, certes, une réalité, massive et douloureuse, mais que l'émancipation des femmes n'en est pas la cause. La virilité est tombée dans son propre piège, un piège que l'homme, en voulant y enfermer la femme, s'est tendu à lui-même.
En faisant du mythe de la supériorité mâle le fondement de l'ordre social, politique, religieux, économique et sexuel, en valorisant la force, le goût du pouvoir, l'appétit de conquête et l'instinct guerrier, il a justifié et organisé l'asservissement des femmes, mais il s'est aussi condamné à réprimer ses émotions, à redouter l'impuissance et à honnir l'effémination, tout en cultivant le goût de la violence et de la mort héroïque. Le devoir de virilité est un fardeau, et " devenir un homme " un processus extrêmement coûteux.
Si la virilité est aujourd'hui un mythe crépusculaire, il ne faut pas s'en alarmer, mais s'en réjouir. Car la réinvention actuelle des masculinités n'est pas seulement un progrès pour la cause des hommes, elle est l'avenir du féminisme.






« BARBEROUSSE » DE SHÛGÛRO YAMAMOTO
-      Broché: 283 pages
-      Editeur : Editions du Rocher (12 mars 2009)
-      Collection : Série japonaise

«Il n'y a rien de plus précieux, de plus beau, de plus pur qu'un être humain. En même temps, rien n'est plus abject, plus infâme, plus stupide, plus pervers, plus avide et plus cruel.»

Ainsi s'exprime le médecin des pauvres Kyojô Niide, surnommé Barberousse, personnage bourru et haut en couleur, qui dirige son dispensaire d'une main de fer et prodigue des soins aux plus démunis des bas quartiers d'Edo. Pour lui, la maladie est d'abord affaire de misère et d'ignorance.
Fraîchement émoulu d'une école de médecine hollandaise à Nagasaki, Noboru Yasumoto, qui rêve d'une carrière prestigieuse comme médecin du shogunat, se voit affecté à son grand dam au service de Barberousse. À son contact, le jeune docteur ambitieux va pourtant s'humaniser et tenter de comprendre les maux - à la fois physiques et sociaux -de ses patients : Oyumi, la nymphomane qui tue ses amants, Ino le charpentier qui se fiance compulsivement, ou le petit Chôji qui vole pour nourrir sa famille...
Ce roman d'initiation profondément humaniste est une plongée dans les bas-fonds de la société japonaise du XIXe siècle. Adapté à l'écran en 1965 par Akira Kurosawa, avec le légendaire Toshiro Mifune dans le rôle-titre, Barberousse, que Kurosawa considérait comme son chef-d'oeuvre, est devenu un grand classique du cinéma japonais.