Affichage des articles dont le libellé est 30EME REUNION. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 30EME REUNION. Afficher tous les articles

mercredi 8 juin 2016

30 EME PRESENTATION DE SANDOR MARAI PAR CLAUDE

Claude ouvre les débats par une présentation de l'auteur du roman "Les Braises", Sandor Marai.

Nous retiendrons ici quelques dates permettant de mieux situer le roman dan le temps et dans son contexte.


Sándor Márai naît  le avril 1900 à Kassa qui fait alors partie du Royaume de Hongrie dans l'Empire austro-hongrois dans une famille de la petite noblesse. Il est attiré très tôt par l'écriture. Il publie son premier recueil de poésies à l'âge de 18 ans.

Ses études se déroulent à l’université de Budapest où il fait des études de journalisme, puis dans des universités allemandes. A Berlin, il rencontre Ilona Matzner qu’il épouse en 1923. Le couple entame une série de voyages à l’étranger et tout d’abord à Paris, Sandor est alors journaliste au très renommé "Frankfurter Zeitung". Ils rentrent à Budapest en 1928, sous le régime du régent Horthy.

Marai publie à partir de 1928 une série de romans qui connaissent un réel succès, notamment « les Confessions d’un bourgeois » (1934).

En 1939, Sándor Márai et son épouse perdent leur fils, Kristóf, quelques semaines seulement après sa naissance. Ils n'auront pas d'autre enfant, mais ils adopteront János.
Il assiste à l’arrivée du fascisme en Hongrie. Il continue à publier des livres dont « Les Braises » en 1942. Face aux avancées des Russes, l’Allemagne envahit la Hongrie et commence à mettre en œuvre des déportations massives de juifs hongrois. C’est ensuite à l’armée rouge d’envahir la Hongrie et d‘installer un régime communiste. Il cohabite avec le nouveau régime, mais il est ensuite dénoncé comme écrivain bourgeois, notamment par Lukacs et  il se résout à l’exil, d’abord en Italie et ensuite aux Etats-Unis.

Pendant ses quarante et une années d’exil, Marai continuera à écrire son œuvre en hongrois.

Le janvier 1986, son épouse Lola, qui était devenue aveugle, meurt d'un cancer. Une année plus tard, son fils János décède également, à l'âge de 46 ans.
Brisé par la disparition de ses proches et vivant dans un isolement de plus en plus complet, Sándor Márai se donne la mort à San Diego le février 1989, huit mois seulement avant la fin de la République populaire de Hongrie proclamée le octobre 1989.
Un an avant sa disparition, un de ses amis s'était rendu dans une librairie à Budapest pour acheter ses livres et s'était entendu dire : « Il n'y a pas d'écrivain au nom de Márai. »

30EME REUNION - ESSAI DE SYNTHESE DE NOS ECHANGES

Le texte qui suit sort peut-être du cadre d'une stricte synthèse. Mais il était difficile de rendre compte de nos échanges sans se référer de temps de temps au livre et à certains passages, de manière à établir des liens entre les thèmes que nous avons mis en évidence.

 Photo Michel Bac



 Photo Michel Bac


« Les Braises » est un roman que Sandor Marai a écrit en 1942 alors qu’il avait quarante deux ans.


 
  • Le style de Marai

Nous savons tous qu’il est difficile d’apprécier à sa juste valeur le style d’un écrivain à travers la traduction de ses œuvres.
Jugé tantôt brillant, tantôt académique, le style de Marai n’a pas fait l’unanimité parmi nous. Si certains passages du livre sont flamboyants comme celui qui décrit le concert donné par Conrad et la mère du général, d’autres ont pu apparaître à certains d’entre nous comme empesés notamment dans les dialogues entre les deux hommes. Péché de jeunesse peut-être - l’auteur avait quarante deux ans à l’époque de l’écriture des Braises – qui l’amène à utiliser parfois de « grosses ficelles » (sic).
Quelques lecteurs ne sont pas allés jusqu’au bout du livre n’ayant été ni captivés par le style, ni par l’intrigue romanesque. Certains ont évoqué un manque de crédibilité.
A contrario, d’autres ont relu « Les Braises » avec plaisir et certains de ceux qui l’ont découvert ont été enthousiastes tant sur la forme que sur le fond.
Enfin plusieurs d'entre nous ont été sensibles à l'atmosphère du livre, qui évoque le décor d'un château sinistre hanté par des personnages à la fin de leur vie, on a fait référence à James, mais aussi, par moments aux derniers éclats d'une culture Mitteleuropa en voie d'extinction, chère à Zweig (qui a déjà fait l'objet d'un séance du Square) et à Roth.
 
  • L’architecture du roman
« Ce roman, riche, puissant, ménage les effets dramatiques. » a relevé l'un d'entre nous.

Le livre comprend deux  parties. La première pose le décor et  décrit la naissance et le développement de l’amitié entre les deux jeunes gens, Henry, le fils d'un général et Conrad, d'origine plus modeste.
La seconde décrit la rencontre entre les deux hommes devenus vieux et la révélation progressive des faits, et de leurs conséquences, qui ont mis en péril cette amitié.
Au fil des pages le lecteur approfondit sa connaissance des situations et des sentiments des deux personnages. Plus on avance dans le récit, plus la complexité de la relation apparaît. 
Ce roman, de par son unité de lieu (le château) et de temps (une journée), nous a fait penser à une pièce de théâtre. Le dialogue entre les deux vieillards convient d’ailleurs parfaitement à l'expression théâtrale. A noter que parler de "dialogue" nous a semblé un peu abusif puisque que seul le général s'exprime, Conrad admet ou réfute ses propos sans jamais donner son propre point de vue.
En France, une adaptation au théâtre a été réalisée avec Claude Rich dans le rôle du général, il y a quelques années.


Le général (Claude Rich) et Nini (Francoise Bertin) dans la pièce "Les Braises" (2001)
Théâtre de l'Atelier,  scène de Didier Long

 
  • L’amitié
C’est le thème principal du livre.

Toutefois, la conception de l’amitié qui est décrite dans le livre est celle exprimée par un général de l’armée impériale austro-hongroise. L’amitié est, selon lui, le sentiment le plus noble qui puisse exister entre deux êtres, entre deux hommes. C’est un sentiment pur et indélébile.

Henry, le général, compare même l’amitié entre deux êtres à la « communauté des jumeaux ». Quelques doutes ont été émis à ce sujet au sein de notre groupe.

L’expression sincère de cette amitié idéalisée par le général, sentiment qui n’exige rien en retour, cette forme de candeur (p.116), a ému certains d’entre nous.

Mais il est plus facile de donner que de recevoir a-t-on souligné.

Lors de nos échanges, nous nous sommes posé la question de l’ambiguïté de cette amitié.
N’y a t-il pas une attirance entre les deux jeunes gens, une séduction qui ne dit pas son nom ?
« Avec l’âge, réplique le général, je pense que l’amitié pourrait bien être le sentiment le plus fort du monde… que c’est à cause de cela qu’elle est si rare. Et sur quoi repose-t-elle ?... Est-ce sur la sympathie ?... Non le mot est impropre… Peut-être le fondement de l’amitié est-il différent ?...
-      Mais que penses-tu donc ? demande Conrad. Dis-le une bonne fois.
Le général répond lentement en cherchant ses mots.
-      Peut-être au fond de tous les liens humains y a-t-il quelque chose du dieu de l’Amour,… d’Eros ? »
Toutefois plus loin, il apporte cette précision : « Naturellement l’amitié est autre chose que le penchant maladif de ceux qui cherchent une sorte de satisfaction monstrueuse auprès d’êtres du même sexe…, l’Eros de l’amitié n’a pas besoin des corps. »

Précisons que cette conception de l’amitié est exposée par le général à la fin de sa vie. Il explique à Conrad qu’il a beaucoup réfléchi et beaucoup lu, ce qui n’était pas dans ses habitudes jadis.

Par ailleurs nous nous sommes demandé si cette amitié pure et sans tache ne cachait pas une volonté de domination du général sur Conrad ? Domination « naturelle » en quelque sorte liée à l’appartenance à une classe sociale supérieure, à la richesse et au patrimoine ? Domination qui renvoie à un autre thème important du livre : la différence.

  •  La différence
Au fur et à mesure de la progression dramatique l’analyse des caractères des deux personnages principaux fait apparaître des failles dans leur amitié. Failles liées aux différences sociales entre les deux jeunes gens, mais aussi failles liées à leurs différences de goûts, de centres d’intérêts, différences de culture enfin.
Henry vit dans un monde qui est le sien, qui lui appartient, il ne se pose pas de questions et il lui semble tout naturel d’accueillir Conrad chez lui, dans sa famille et de lui faire partager ses valeurs, ses rituels, sa facilité.
Marai ne nous révèle pas les pensées profondes de Conrad; au début du livre on peut penser qu’il partage tout ce qu’Henry lui offre. En réalité, il n’appartient pas au monde d’Henry, bien qu’étant officier il n'est pas issu de la même classe sociale, il est différent. C’est ce qu’Henry ne voit pas, c’est ce qu’Henry dans un premier temps ne comprendra pas.

Nous avons lu la scène du concert donné au piano en duo par Conrad et la comtesse, la mère d’Henry, une française, scène significative des différences culturelles qui séparent les deux amis :
« La comtesse et Conrad jouaient avec passion. Ils interprétaient Chopin avec un tel feu que, dans la pièce, tout paraissait vibrer. Tandis que dans leur fauteuil le père et le fils attendaient avec courtoisie et résignation la fin du morceau, ils comprenaient qu’une véritable métamorphose s’était opérée chez les deux pianistes. De ces sonorités, une force magique s’échappait, capable d’ébranler les objets, en même temps qu’elle réveillait ce qui est enfoui au plus profond des cœurs. Dans leur coin, les auditeurs polis découvraient que la musique pouvait être dangereuse en libérant un jour les aspirations secrètes de l’âme humaine.
Mais les pianistes ne se souciaient pas du danger. La « polonaise » n’était plus que le prétexte de l’explosion des forces qui ébranlent et font crouler tout ce que l’ordre établi par les hommes cherche à dissimuler si soigneusement. Un accord plaqué avait brusquement terminé leur jeu. Ils restèrent assis devant le piano, le buste tendu et quelque peu rejeté en arrière. Il semblait que tous deux, après avoir lancé dans l’espace les coursiers fougueux d‘un fabuleux attelage, tenaient d’une main ferme, au milieu d’un déchaînement tumultueux, les rênes des puissances libérées. Par la croisée, un rayon du soleil couchant pénétra dans la pièce et, dans ce faisceau lumineux, une poussière dorée se mit à tournoyer comme soulevée par ce galop vers l’infini. » (p. 45)

Pendant le concert Henry et son père restent passifs. Ils sont insensibles à la musique de Chopin et cette situation est révélatrice d’un malaise exprimant une profonde différence entre les deux amis. Le père et le fils cultivent des valeurs militaires, tandis que Conrad et la mère d’Henry sont des artistes fascinés par la musique.

Derrière le sentiment d’amitié, fait de désintéressement et de générosité, que le général place au dessus de tout, apparaît une différence de conception de monde entre les deux jeunes gens. Aussi Conrad, lorsque l’occasion se présente, tente-t-il d’échapper aux valeurs et au mode de vie d’Henry.
Ce faisant, il se rapproche de l’univers féminin incarné par la mère du général, puis plus tard par sa femme Christine. Pour le général, sa mère, Conrad et Christine sont différents, ils se situent sur « l’autre rive ». (p. 153)

Nous avons évoqué dans nos échanges cette opposition entre un monde masculin, violent, dominateur, respectueux des normes et de la hiérarchie sociale et un monde plus féminin qui prône l’intelligence créatrice, la passion et la liberté.

Et l’amitié dans tout cela ? Se dissout-elle, perdure-t-elle ou se transforme-t-elle ?
Tôt ou tard, le lecteur s’attend à des événements venant troubler le bel ordonnancement d’une relation décrite comme parfaite. Et c’est là le grand art de Marai.
Au fur et à mesure des pages, la tension se densifie jusqu’à ce que tout s’effondre, comme s’effondre d’ailleurs sur un autre plan l’empire austro-hongrois et la culture Mitteleuropa (thème récurrent chez Marai). La tension se renforce ensuite au fur et à mesure que l'auteur lève le voile sur les comportements de Conrad.

  • La trahison
La révélation progressive de la trahison de Conrad est ce qui fait basculer le récit.
Le général découvre qu’il a été doublement trahi par son ami lors d’une journée de chasse fatidique : d’abord du fait de la tentative de meurtre sur sa personne perpétrée par Conrad et ensuite du fait de la liaison secrète existant entre Conrad et sa femme Christine. Le récit décrit en détail la découverte de ces deux faits par le général dans la plus totale incompréhension. Comment son ami peut-il s’être conduit ainsi ? Comment peut-il avoir fait preuve d’autant de haine ?
Mais là encore, c’est le seul point de vue du général qui est présenté par l’auteur.

En outre, nos échanges ont mis aussi en évidence une autre trahison restée en arrière plan, celles des deux hommes, Henry et Conrad, envers Christine.
Le premier rejette sa femme de manière implacable, jusqu’à la mort de celle-ci, le second, Conrad, l’abandonne à son sort en s’embarquant pour les tropiques. Christine le traitera de lâche.
Et finalement, fait observer l’un d’entre nous, ce sont les deux hommes qui restent en vie.

Pour le général, on imagine que la seule sortie honorable de cette situation eût été de demander raison de cette trahison à Conrad qui a failli à l’honneur. Mais ce dernier est parti pour les tropiques…

  • La vengeance
Plusieurs d’entre nous ont vu dans la vengeance un thème important du roman. L’amitié trahie du général génère en lui un sentiment de vengeance qu’il rumine pendant 41 ans. Haine, vengeance, conséquences d’une amitié trahie, d’un manquement à l’honneur, puisqu’amitié et honneur ne font qu’un.

L’idée a été émise que la volonté évidente de domination du général, son discours et ses questions ironiques lors de l’entretien entre les deux vieillards était une forme de vengeance.
Conrad l'exprime très clairement : "Car en réalité, ce que tu cherches c'est la vengeance et non la vérité, conclut-il d'un ton méprisant." p. 168

Mais est-ce vraiment cela ?
Il faudra attendre de lire les dernières pages pour comprendre ce qui a animé les pensées du général.

Y a-t-il eu vengeance du général envers sa femme ? Cela a été évoqué (voir plus haut), nous n'y reviendrons pas.

  •  L’attente et le temps des questions
Le brusque effondrement de l’univers du général lors de cette journée de chasse pouvait déboucher sur une vengeance immédiate, toute militaire, du général.
En réalité, que fait-il ?
Il accomplit son destin de militaire. Il s’isole et se pose des questions. Le temps s’écoule lentement. Son obsession va devenir la recherche de la vérité.
« Il me fallait connaître la raison de tout ce qui était arrivé, établir ce qui sépare un homme d’un autre homme, et savoir où commence la trahison… Voilà ce qu’il me restait à découvrir. Et je devais aussi savoir quelle était ma part de responsabilité dans tout cela… » (p. 147)

Aussi le général va-t-il attendre pendant plus de quarante ans le retour de Conrad.
Pour quoi faire ? Pour lui poser des questions certes, mais aussi pour lui faire part de ce qu’il a découvert sur lui-même, sur les autres, sur l’amitié,... la trahison,...la haine.
Lors de la discussion, nous avons relevé cette attitude de questionnement qui dépasse la volonté de vengeance pour aboutir à une meilleure connaissance de soi et des autres et pour découvrir au final ce qu'est "sa vérité".

  • Y a-t-il un vainqueur ?
La question  été posée. La grande habileté de Marai est qu'il laisse le choix au lecteur. Il y a en effet plusieurs lectures possibles du livre selon la conception que nous nous faisons de chacun des deux personnages.
Si l'on prend le général comme un tout, et si on accorde une crédibilité à ce qu'il dit, on peut admettre qu'il sort vainqueur précisément parce qu'il a saisi l'occasion de la trahison de Conrad, pour chercher la vérité, pour approfondir sa connaissance de soi et pour prendre conscience des différences qui séparent les deux amis.
Cette démarche peut s'analyser comme une victoire sur soi.
Mais on peut considérer aussi, et c'est ce que certains d'entre nous ont défendu, que le personnage du général est ambigu. Cette ambiguïté s'exprime d'une part, par une conception idyllique de l'amitié et d'autre part, par une domination multidimensionnelle exercée sur son "ami" Conrad.
A cet égard le pseudo dialogue entre les deux amis est révélateur de cette volonté de domination exercée avec une certaine cruauté. Le général peut apparaître comme le vainqueur de la joute finale.

Toutefois, d'autres lecteurs du Square ont avancé l'idée que le vainqueur était Conrad:
- d'une part, parce qu'il prend le parti de se taire, il se contente d'être le témoin de l'"accouchement" du général, il prend une certaine distance et exprime parfois un certain mépris,
- d'autre part, parce qu'il ne se situe plus sur le terrain du général; il a fait un "pas de côté" a-t-on dit, et de ce fait il a pu "devenir ce qu'il était" (le terme est dans le livre) en échappant à l'emprise du général, à ses valeurs, à son milieu social.

Amitié, haine, lâcheté, vengeance, victoire... Il y a peut-être encore une autre lecture possible si nous détachons notre attention des deux personnages principaux pour nous attacher à un autre : Christine (point de vue présenté au cours de nos échanges).

  • Derrière l’amitié, la lâcheté des vainqueurs
Un fait est certain, c’est que les deux hommes ont survécu à Christine; ce qui fait dire au général que Conrad et lui sont les vainqueurs.... mais des vainqueurs par lâcheté  :
 
« Tu lui a survécu parce que tu es parti et moi, parce que je suis resté ici… que ce fût par lâcheté, aveuglément, sagesse ou désir de vengeance, n’importe ! » et le général de poursuivre « En somme, elle valait davantage et elle était plus humaine que nous deux. Elle nous était supérieure parce qu’en mourant, elle a donné une réponse, tandis que nous sommes restés en vie. »… « Celui qui survit commet toujours une sorte de trahison… J’entends lorsqu’on survit à des êtres auxquels on était intimement lié. Christine est morte parce que nous les deux hommes auxquels elle appartenait, étions ordinaires, altiers, orgueilleux, de caractère indépendant, et en même temps lâches à un point qu’elle n’a pu supporter. Nous l’avons trahie en lui survivant ignoblement et en vainqueurs : voilà la vérité ! » (p.185)

Prise de conscience du général révélatrice de l'accès à un certain degré de sagesse. A noter dans le discours d'Henry l'utilisation du "nous", qui annonce la vérité profonde à laquelle il est arrivé et qui exprime aussi le fait que son amitié est toujours là.

  • la vérité du général : la passion
Arrive enfin l'aboutissement de ce long dialogue qui exprime, toujours sous forme de questions, la vérité du général :
" - ... Ce qui constituait la raison profonde de toutes mes actions a été le lien qui me rattachait à l'être qui m'a blessé, oui, c'étaient des liens qui me rattachaient aux deux êtres qui m'ont offensé... Es-tu aussi d'avis que ce qui donne un sens à notre vie c'est uniquement la passion, qui s'empare un jour de notre corps et quoi qu'il arrive entre temps, le brûle jusqu'à la mort ? (allusion aux braises peut-être !) Crois-tu aussi que notre vie n'aura pas été inutile, si nous avons ressenti, l'un et l'autre cette passion ? Peut-être la passion ne consiste-t-elle pas à désirer une certaine personne, mais à ressentir, en général un désir nostalgique ? ... Sommes-nous ridicules si nous pensons, l'un et l'autre; que malgré tout, la passion s'adresse à une seule personne... éternellement à quelque énigmatique personne, bien définie, qui peut être bonne ou mauvaise, indifféremment, puisque l'intensité de notre passion ne dépend aucunement de ses actes ni de ses qualités ?... Réponds si tu le peux ! dit-il en élevant la voix.
- Pourquoi m'interroger, répète Conrad patiemment, puisque de toute façon, tu sais qu'il en est ainsi ? "

Le non-dit est un sentiment d'une qualité infiniment supérieure à la blessure !

Nous étions partis de l'amitié, nous revenons à l'amitié en ayant exploré le flux des sentiments sous-jacents et complexes qui l'animent.

Tout est dit. Le général a révélé sa vérité. Conrad semble ailleurs, il a fait un pas de côté depuis longtemps, mais quelle est vraiment sa vérité à lui ? Pourquoi a-t-il fui vers les tropiques ? A nous d'imaginer s'il partage ne serait-ce qu'une partie de la vérité exprimée par Henry !

Les deux hommes se quittent, ils attendent la mort. Tout semble être rentré dans l’ordre. Le portrait de Christine est accroché au mur par Nini, la vieille gouvernante.


Lors de notre débat, nous avons également abordé quelques-uns des autres livres de Marai traduits en français, en particulier : "La nuit du bûcher", "Les confessions d'un bourgeois", "Les étrangers" (voir le texte de Michel BAC) et "Ce que j'ai voulu taire".

lundi 6 juin 2016

30 EME REUNION - TEXTE DE MICHEL BAC SUR "LES ETRANGERS" DE SANDOR MARAI


 
 
 
Etranges étrangers …

 
J’ai abordé ce livre plutôt comme un témoignage historique et l’ai quitté sur l’impression d’un roman déconcertant, autant que foisonnant.

Les personnages principaux ne sont que très rarement nommés et sinon désignés comme « le jeune homme » ou « la fille », la femme blonde » . Entre eux il n’y aura qu’un seul vrai dialogue, énonçant tout ce qu’ils s’évertuaient à taire pendant deux mois, en apparence idylliques « échangeant de prudentes paroles sur des sujets très éloignés de nous »  Ce dialogue éruptif se ponctue par un « sale étranger !» ; « la seule pensée d’avoir un enfant de toi m’a remplie de dégoût et d’horreur »…

Mais le narrateur pondère la cruauté de cette assertion en remarquant que « dans le paquet qu’elle vient d’emporter il y avait en plus du shampoing, mes chemises. »

 Il me semble que dans cet enchainement s’exprime l’essentiel du livre : l’acuité d’une perception et la distanciation d’un humour mélancolique et parfois cruel.

 

Le thème majeur est celui d’un ostracisme systématique, qu’il soit virulent, ou simplement ordinaire comme celui des garçons de café parisiens, ou même celui de braves bretons confrontés à un incendie qui ne peut être que le fait d’anglais en vacances dans le coin ; d’anglais qui ne sauraient être que des chômeurs privilégiés venant dépenser là leurs allocations …(en 1927..)

Cette xénophobie française s’adresse à des « métèques », déracinés, déclassés, évoluant dans le décor parisien d’un monde flottant. Le « jeune homme » est toujours étranger aux autres : un Albanais le désigne comme Turc, et, à sa demande expresse, « dites moi si vous me considérez comme un homme blanc ? » un Nègre, au demeurant fort urbain, lui répond : « assez blanc. »  Ce qui n’aidera en aucune manière le jeune homme à devenir moins étranger à lui même.

 Mais, au delà de ce témoignage sur le sort des étrangers dans la France de la fin des années 20, le talent de Sandor Marai fait merveille pour évoquer le Montparnasse des années 1920, la faune qui hante le Dôme, le 14 juillet à la Bastille où les danseurs « ne sont peut-être pas conscients que c’est en souvenir de la réquisition quelque peu arbitraire d’un bâtiment public français qu’ils vont danser le fox trot et le charleston ». Superbes, encore les évocations d’une veillée funéraire dans une modeste famille de pêcheurs  bretons, la vision sociologique de l’apéro parisien ou celle, davantage psychologique, de la  pharmacienne de Morlaix « aux yeux de braise étincelant d’une joyeuse maturité…. dont on soupçonne qu’elle ne se satisfait ni de la félicité conjugale bâtie autour de la pharmacien de Morlaix, ni du gros pharmacien chagrin   …Sinistre la description de la « salle des faits divers » de  l’hôpital Beaujon qui recueille « tout ce que Paris avait écrasé, tabassé, tout ce qui avait été poignardé dans la poitrine ou atteint d’une balle dans le ventre.. » Mais, « il régnait ici le professionnalisme et la forme mécanique d’insensibilité qui sont la seule et évidente marque de courtoisie des vivants envers ceux qui sont en train de mourir ».

 

L’humour, l’ironie de Marai s’expriment dans deux épisodes emblématiques de la richesse du livre.

 La jeune française qui est présentée au « jeune homme » fait partie de ces femmes qui  possèdent le don, en exécutant le simple geste d’ôter leurs gants, de provoquer magiquement l’illusion d’un déshabillage total » et l’émotion du jeune homme est vive ;

Quelques instants plus tard : »j’ai entendu dire que vous étiez docteur dit- elle avec simplicité .je vous en prie, regardez mon doigt ; je crois qu’il est infecté. »

« Mais il est docteur ès philosophie » précise l’un des convives

« Ah, alors vous êtes un savant »  dit la fille.

« L’ingénieur s’empressa d’ajouter :

« Ce n’est pas la même chose, chez eux, là bas « 

Cette formule, de celui qui se voulait un «bienveillant citoyen du monde », ouvre une blessure qui jamais ne cicatrisera.

Un autre épisode raconte comment la femme blonde a quitté le jeune homme étranger, qui parlait le français avec un accent, pour un français qui lui le bégaie épouvantablement …

 Mais la richesse de ce livre ne se réduit pas à ces quelques traits… Elle offre une plongée saisissante dans l’« aquarium grouillant » du Paris des années 20 finissantes.

dimanche 5 juin 2016

30 EME - DROIT DE SUITE - CHANTAL ET GERARD


DROIT DE SUITE (rubrique créée à l’initiative de Joseph)

 

Chantal a lu son centième livre de nos « Coups de cœur » ! Des applaudissements nourris saluent cette performance.
 
Il s’agit de « Le Royaume » d’Emmanuel CARRERE.

 


Le Royaume raconte l’histoire des débuts de la chrétienté, vers la fin du 1er siècle après Jésus Christ. Il raconte comment deux hommes, essentiellement, Paul et Luc, ont transformé une petite secte juive refermée autour de son prédicateur crucifié sous l’empereur Tibère et qu’elle affirmait être le messie, en une religion qui en trois siècles a miné l’Empire romain puis conquis le monde et concerne aujourd’hui encore le quart de l’humanité.
Cette histoire, portée par Emmanuel Carrère, devient une fresque où se recrée le monde méditerranéen d’alors, agité de soubresauts politiques et religieux intenses sous le couvercle trompeur de la pax romana. C’est une évocation tumultueuse, pleine de rebondissements et de péripéties, de personnages hauts en couleur.


Mais Le Royaume c est aussi, habilement tissée dans la trame historique, une méditation sur ce que c’est que le christianisme, en quoi il nous interroge encore aujourd’hui, en quoi il nous concerne, croyants ou incroyants, comment l’invraisemblable renversement des valeurs qu’il propose (les premiers seront les derniers, etc.) a pu connaître ce succès puis cette postérité. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que cette réflexion est constamment menée dans le respect et une certaine forme d’amitié pour les acteurs de cette étonnante histoire, acteurs passés, acteurs présents, et que cela lui donne une dimension profondément humaine.
Respect, amitié qu’Emmanuel Carrère dit aussi éprouver pour celui qu’il a été, lui, il y a quelque temps. Car, comme toujours dans chacun de ses livres, depuis L’Adversaire, l’engagement de l’auteur dans ce qu’il raconte est entier. Pendant trois ans, il y a 25 ans, Emmanuel Carrère a été un chrétien fervent, catholique pratiquant, on pourrait presque dire : avec excès. Il raconte aussi, en arrière-plan de la grande Histoire, son histoire à lui, les tourments qu’il traversait alors et comment la religion fut un temps un havre, ou une fuite. Et si, aujourd’hui, il n est plus croyant, il garde la volonté d interroger cette croyance, d’enquêter sur ce qu’il fut, ne s’épargnant pas, ne cachant rien de qui il est, avec cette brutale franchise, cette totale absence d autocensure qu’on lui connaît.
Il faut aussi évoquer la manière si particulière qu’a Emmanuel Carrère d’écrire cette histoire. D’abord l’abondance et la qualité de la documentation qui en font un livre où on apprend des choses, beaucoup de choses. Ensuite, cette tonalité si particulière qui, s’appuyant sur la fluidité d une écriture certaine, passe dans un même mouvement de la familiarité à la gravité, ne se prive d’aucun ressort ni d’aucun registre, pouvant ainsi mêler la réflexion sur le point de vue de Luc au souvenir d’une vidéo porno, l’évocation de la crise mystique qu’a connu l’auteur et les problèmes de gardes de ses enfants (avec, il faut dire, une baby-sitter américaine familière de Philip K. Dick...).
Le Royaume est un livre ample, drôle et grave, mouvementé et intérieur, érudit et trivial, total.

 
__________________________________________________
 

Gérard lit le beau livre d’Elena FERRANTE « L’amie prodigieuse » mentionné dans de précédents Coups de cœur.

 


La particularité de cet auteur est qu’on ne connaît quasiment rien de lui ou plutôt d’elle.

Extrait de BiblioObs :

« Sous l’élégant pseudonyme d’Elena Ferrante se cache une des plus fascinantes énigmes littéraires. La signora Ferrante est entrée dans la clandestinité littéraire dès son premier livre, il y a plus de vingt ans. Elle avait alors envoyé à son éditeur cet avertissement prémonitoire: «De tous vos écrivains, je serai celle qui vous importunera le moins. Je vous épargnerai jusqu’à ma présence.»

Comme Thomas Pynchon, autre romancier fantôme, Elena Ferrante n’a jamais dérogé à son vœu d’anonymat, abandonnant ses admirateurs à d’incertaines déductions: l’auteur serait de sexe féminin, né dans les années 1940 dans la région de Naples, qu’elle décrit si bien. Dans les rares entretiens qu’elle a donnés, elle confie avoir beaucoup déménagé dans sa vie. «Aujourd’hui, je vis seule. Quand je n’écris pas, je lis, je traduis, j’enseigne.»

Pour le reste, rien n’a jamais filtré. Elena Ferrante ressemble à un film d’Antonioni. Elle est un paysage vide, une absence. Dans «l’Amie prodigieuse», son précédent roman, Elena Ferrante racontait l’enfance de deux petites filles dans la Naples miséreuse des années 1950. La plus brillante des deux, Lila, montre à l’école des talents extraordinaires, et fascine la jeune Elena qui voit en elle une héroïne de légende. Mais alors qu’Elena entre au collège puis au lycée, Lila, obligée de travailler dans le commerce familial, abandonne ses études. »

 

30 EME REUNION - LECTURE DE MARIE-CHRISTINE


« Le café de l’Excelsior » de Philippe CLAUDEL

·         Broché: 96 pages

·         Editeur : Le Livre de Poche; Édition : Le Livre de Poche (3 janvier 2007)

·         Collection : Littérature & Documents

 

 

Viens donc Jules, disait au bout d'un moment un buveur raisonnable, ne réveille pas les morts, ils ont bien trop de choses à faire, sers-nous donc une tournée. Et Grand-père quittait son piédestal, un peu tremblant, emporté sans doute par le souvenir de cette femme qu'il avait si peu connue, si peu étreinte, et dont la photographie jaunissait au-dessus d'un globe de verre enfermant une natte de cheveux tressés qui avaient été les siens, et quelques pétales de roses à demi tombés en poussière. Il saisissait une bouteille, prenait son vieux torchon à carreaux écossais et, lent comme une peine jamais surmontée, allait remplir les verres des clients.
 
 
J'espère ne pas m'être trompé sur le titre de Claudel, sinon merci à Mari Christine de rectifier par e-mail !
Géard

20 EME REUNION - COUP DE COEUR DE CATHERINE


« DALVA » de Jim HARRISON, Brice Matthieussent (Traduction)

·         Poche: 471 pages

·         Editeur : Christian Bourgois (1991)

·         Collection : 10-18

 


 
D'un balcon sur le Pacifique aux plaines du Nebraska, Dalva est un long souvenir. C'est le roman de la vie vaille que vaille avec son lot de meurtrissures qu'il faut porter au coeur. Mais avant que ne se creusent les brèches taillées par le désespoir, l'ironie salvatrice et pudique éloigne le tragique. Dalva, c'est une histoire de femmes où le passé revisité s'écoule comme un torrent qui n'a pas le goût du regret ni de la mélancolie. Dalva, c'est aussi une femme trop belle, tempétueuse et passionnée qui a grandi trop vite, partie à la recherche de ceux qu'on lui a arrachés comme une partie d'elle-même. Les hommes de sa vie, un père, un amant presque frère, un fils, des passants furtifs qu'elle ne peut oublier. Alors, à quarante ans, Dalva repart pour une tendre errance au pays de ses amours sauvages. Dalva, enfin c'est l'émouvante pudeur de Jim Harrison, amoureux de la terre, attaché à cette force vive que nous donne la vie.
Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot 

 

Pour reprendre le contrôle de sa vie, Dalva s'installe dans le ranch familial du Nebraska et se souvient : l'amour de Duane, les deuils, l'arrachement à ce fils nouveau-né qu'elle cherche obstinément. Meurtrie mais debout, elle découvre l'histoire de sa famille liée à celle du peuple sioux et d'une Amérique violente. Chef-d'œuvre humaniste, Dalva est un hymne à la vie.

"Le roman des grands espaces : la preuve, par la littérature, que l'on est ce que l'on fait.
Une invitation à la sculpture de soi."
François Busnel, L'Express

30 EME REUNION - COUP DE COEUR DE MONIQUE


«  Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » d’Harper LEE, Isabelle Stoïanov (Traduction)

 
·         Poche: 320 pages

·         Editeur : Le Livre de Poche (23 août 2006)

·         Collection : Littérature & Documents

 


Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au cœur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis –, connut un tel succès.
Mais comment ce roman est-il devenu un livre culte dans le monde entier ? C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.

Nelle Lee, dite Harper Lee, née le 28 avril 1926 à Monroeville dans l'Alabama et morte le 19 février 2016 dans la même ville, est une romancière américaine connue pour son roman Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, prix Pulitzer en 1961.

30 EME REUNION - COUP DE COEUR COMMUN DE CATHERINE ET MONIQUE


« Outre-Terre » de Jean Paul KAUFfMANN

 
·         Broché: 331 pages

·         Editeur : Des Equateurs (18 février 2016)

·         Collection : Equateurs Littérature

 


Eylau c'est la rencontre paroxystique de l'Histoire et de la géographie. Une bataille napoléonienne qui a lieu le 8 février 1807 contre les Russes, en Prusse orientale, là où se trouvait autrefois la célèbre Königsberg fondée par les chevaliers teutoniques. Aujourd'hui, Eylau est située dans l'exclave de Kaliningrad, territoire russe séparé de la Russie par la Pologne et la Lituanie.
Jean-Paul Kauffmann, qui s'était rendu une première fois à Kaliningrad en 1991, voulait y revenir mais, cette fois, en famille. Un voyage de cohésion familiale en quelque sorte.
Eylau est une bataille à part dans les faits d'armes napoléoniens. Une victoire à la Pyrrhus, à l'arrachée, dont Napoléon n'aimait pas évoquer le souvenir quand il fut exilé à Ste-Hélène. Une bataille particulièrement meurtrière qui se déroula dans le brouillard, l'obscurité, sous la neige.
Eylau est restée célèbre dans l'histoire pour la fameuse cavalerie de Murat mais aussi dans la littérature grâce au Colonel Chabert de Balzac. Le colonel Chabert que l'on donnait mort est un fantôme d'Eylau. Quand il revient en France, il doit prouver son identité pour recouvrer son territoire, sa femme, ses droits. C'est l'un des romans les plus captivants de Balzac. Une sorte de roman noir sur le mariage.
" Tu te prends pour le colonel Chabert ", diront les fils de Jean-Paul Kauffmann en se moquant de lui. Car lui aussi a connu " le royaume des ombres " en passant 3 ans de détention au Liban. Revient-on jamais de ce monde entre la vie et la mort ? Jean-Paul Kauffmann a dû lui aussi retrouver sa place parmi les siens et Balzac a toujours été avec Simenon l'un de ses auteurs de prédilection.
Retour à Eylau se déroule sur 4 journées qui sont aussi une quête. Il faut à tout prix atteindre le clocher d'Eylau car c'est de l'église que l'empereur dirigea la bataille. Et la tâche est semée d'embûches.

Jean-Paul Kauffmann a une prédilection pour les territoires secrets ou dérobés, ceux qui échappent à l'évidence du regard et aux lieux communs. Car Eylau est aussi un tableau, celui peint par le baron Gros. Une toile commandée par Napoléon qui souligne la dureté de la bataille, les milliers de morts et de blessés. À son tour, Jean-Paul Kauffmann peint une nouvelle toile d'Eylau, plus expressionniste.

À Eylau, l'Empereur a senti sa chance légendaire lui échapper et mesuré le poids du destin. Il a ouvert les yeux sur le sens de la tragédie. Il faut donc se rendre à Eylau pour ouvrir les yeux et comprendre jusqu'au vertige la charge des forces de la mort contre celles de la vie. Car comme tout grand livre, Retour à Eylau est l'histoire d'un vertige.
Prix Femina Essai, Grand Prix RTL-Lire, Prix Roger Nimier, Prix Jules Verne, Prix Air-France-Europe pour La Chambre noire de Longwood.

 

Commentaires de Catherine et Monique (synthèse)

Roman complètement atypique.

Après avoir été pris en otage, Kauffmann cherche sa vie. C’est un homme en reconstruction.

Dans ce livre, il pose des questions : « Qu’est-ce que l’Histoire ? Qu’est-ce que la vérité historique ?