Affichage des articles dont le libellé est Ecrivains africains francophones. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ecrivains africains francophones. Afficher tous les articles

samedi 1 août 2009

LA LITTERATURE AFRICAINE FRANCOPHONE AUJOURD'HUI

Cet article est tiré du Journal littéraire n°40 (décembre 2003) ISSN 1639-6111
Littérature d’Afrique francophone par Françoise Essangui

Extraits
« La littérature africaine a commencé avec la Négritude », affirmait récemment Ahmadou Kourouma dans la préface d’un ouvrage. Il serait en effet difficile de parler de littérature francophone d’Afrique subsaharienne sans remonter à sa source qu’est le mouvement de la Négritude. Ce courant de pensée se manifestait essentiellement par la révolte contre la domination coloniale, la discrimination raciale et l’amertume laissée par les souvenirs de l’esclavage.
À partir de la seconde moitié des années trente, la littérature négro-africaine est une littérature de frustration, insatisfaction et revendication. Ses pères, Léon Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, peignent de manière admirable cette réalité à travers leurs recueils de poèmes, Pigments (1937), Éthiopiques (1956), Cahier d’un retour au pays natal (1947). Cependant, des thèmes autres que le leitmotiv de la souffrance du Noir, animent l’œuvre des poètes négro-africains. Les poètes célèbrent avec ferveur, une Afrique belle et fière de ses traditions, comme dans la Couronne à l’Afrique de Bernard Dadié.
Dans les années cinquante, arrivent les premiers romanciers dont la littérature sera aussi engagée que celle de leurs aînés. L’aventure ambiguë du Sénégalais Cheikh Hamidou Kane, Le pauvre Christ de Bomba du Camerounais Mongo Beti, Le monde s’effondre du Nigérian Chinua Achebe .

Aujourd’hui, l’époque de « l’apologie systématique des sociétés détruites par le colonialisme » semble bien révolue. La littérature africaine vit avec son temps et refuse désormais de se faire l’écho de revendications (politiques ou sociales) collectives. C’est une littérature qui se veut « témoignage sur l’homme, témoignage fondé sur l’individualité la plus profonde, la plus universelle de celui-ci ». « J’écris pour moi, car quand j’écris, je suis seule », déclare l’écrivaine gabonaise Bessora. Mais faut-il pour autant croire que les jeunes auteurs africains ne sont pas engagés ? Ce n’est pas si sûr, car ces derniers continuent d’aborder des problèmes qui minent la société, mais simplement sur un ton moins solennel.
Michèle Rakotoson, écrivain malgache décrit dans Lalane (éditions de l’Aube, 2002), l’histoire d’un jeune étudiant malgache Rivo, dévoré par le sida et qui avant sa mort émet le désir d’accomplir avec son ami Naivo, un ultime voyage à la mer. Au rythme de la mélopée malgache, le ton de l’auteur se fait tantôt dur, cynique, tantôt poétique. C’est aussi l’histoire d’une amitié qui refuse de s’affaisser impitoyablement dans les tréfonds de la misère d’Antananarivo.
Pour répondre à un devoir de mémoire, l’écrivain ivoirienne Véronique Tadjo s’emploie dans L’Ombre d’Imana (Actes Sud, 2000), à décrire les atrocités du génocide de 1994 à travers des témoignages recueillis sur place : « aller au Rwanda, c’était pour moi faire un voyage intérieur, entrer dans un questionnement sur la vie et la mort, découvrir le côté obscur de l’homme mais aussi ce qui peu nous rester comme espoir après une telle horreur ». Jusqu’à la fin des années soixante-dix, les femmes sont quasiment absentes de la scène littéraire africaine.
C’est à partir des années quatre-vingt que s’impose la littérature féminine. Dès lors, polygamie, excision, trahisons conjugales, viols, sont mis au ban des accusés. Avec Calixthe Beyala (C’est le soleil qui m’a brûlé, 1987), Ken Bugul (Le Baobab fou, 1982), Bessora (53cm, 1999), la parole discrète est remplacée par un langage cru et ironique qui devient une arme au service du combat pour le respect de la femme.
Les écrivains africains racontent aussi leur exil en Europe. C’est le cas de Fatou Diome dans Le Ventre de l’Atlantique (Anne Carrière, 2003). Initiée par Ahmadou Kourouma dans Soleils des Indépendances (l’auteur utilise un mode d’expression semblable au langage oral en transposant le lexique malinké dans la syntaxe française), la tendance à associer langue française et langues vernaculaires va se propager et s’imposer dans les littératures africaines contemporaines. Patrice Nganang, dans son roman Temps de chien (Serpent à plumes, 2001), use d’un savant mélange de langue bamiléké, français et « camfranglais », le tout pour un résultat d’un comique délirant. C’est ainsi qu’il affirme : « Mes sources d’inspiration sont les rues de Yaoundé, leur exubérance, leur liberté de ton, leur franchise dans le langage ».
Un autre fait marquant de la littérature d’Afrique noire subsaharienne est la revendication d’une universalité de l’écriture. L’écrivain contemporain refuse le cliché d’une écriture africaine riche en exotismes. En l’occurrence, le Togolais Kossi Effoui exprime avec véhémence son mépris vis-à-vis de ce type de littérature : « L’œuvre d’un écrivain africain ne saurait être enfermée dans l’image folklorique qu’on se fait de son origine […] il faut en finir avec cette tendance à rejeter l’authenticité d’une œuvre dans laquelle on ne retrouverait pas une soi-disant spécificité africaine. Pour moi, la littérature africaine n’existe pas ».
Une position un peu radicale qui pourrait porter à équivoque. Et pourtant, loin d’avoir rejeté son héritage culturel, l’écrivain africain n’aspire en réalité qu’à un peu plus de liberté au niveau de la création. Le rejet est aisé, l’art de publier est difficile. Une fois l’ouvrage achevé, l’écrivain africain se met en quête d’un éditeur. Cette nouvelle étape sera parsemée d’embûches et seuls les plus robustes et les plus tenaces gagneront le droit de voir leur « nouveau-né » en vitrine. La littérature africaine aurait peut-être dû être publiée en Afrique, compte tenu de ses spécificités et des réalités qu’elle peint et qui ne sont pas toujours accessibles à la compréhension du public français. Déjà à la fin des années soixante-dix, Olympe Bhely-Quenum affirmait que 98% des auteurs africains d’expression française faisaient encore paraître leurs livres en Europe. Trente ans après, les progrès de l’édition africaine sont toujours aussi limités.
Malgré la création après l’indépendance de maisons telles que les éditions CLE au Cameroun, Mont noir au Zaïre, les Nouvelles Éditions Africaines (NEA) au Sénégal, l’édition en Afrique pèche par l’absence d’un véritable marché du livre.

Comment séduire et captiver l’attention d’un public occidental avec des thématiques tout africaines ? Tel est le dilemme dans lequel vit constamment l’écrivain africain. Mohamadou Kane, déjà en 1966, distinguait « un public de cœur (africain) et un public de raison (occidental)… le deuxième étant son principal lecteur et exigeant insidieusement un exotisme littéraire pour se dépayser ». Cette dérive a pour principale conséquence de détourner l’œuvre littéraire de l’écrivain au profit d’un cliché (écriture flamboyante, exotisme).
On peut réellement parler d’une nouvelle tendance lorsqu’on réalise qu’entre 1997 et 2001, 1250 nouveaux titres de littérature d’Afrique noire ont été publiés en France, soit le double de la production d’une dizaine d’années plus tôt (il a fallu 8 ans pour parvenir aux 1500 titres publiés entre 1988 et 1996). C’est dire si la production littéraire africaine a connu une accélération surprenante. On constate également l’émergence de nombreux écrivains provenant de pays dont la culture littéraire était jusqu’alors inconnue.
Il y a 20 ans, la littérature francophone subsaharienne était connue à travers quelques pays phares, tels que le Sénégal, le Mali, le Congo, le Cameroun, la Côte-d’Ivoire. Aujourd’hui, des États jusqu’ici absents de la scène littéraire, montent en puissance : le Gabon (avec Bessora, Ludovic Obiang), le Togo (avec Kossi Effoui, Kangni Alem, Sélom Gbanou), Djibouti (avec Abdourahman Waberi, Abdi Ismaël Abdi). La part de la production littéraire féminine dans ce renouveau éditorial n’est pas des moindres : un tiers de la production de romans, nouvelles et récits appartient aux femmes. Par ailleurs, de nouveaux genres tels que le polar s’imposent (La polyandre de Baenga Bolya).
L’apparition d’une nouvelle génération d’écrivains s’accompagne d’une nouvelle génération d’éditeurs, plus enthousiastes et dynamiques, qui n’hésitent pas à racheter des droits d’auteur en Afrique. Les Éditions du Serpent à Plumes consacrent presque 50% de leur fonds littéraire francophone au roman africain. Certaines maisons se spécialisent dans l’édition africaine et créent des collections. Cette année, au Salon du Livre de Paris, plus de 2000 écrivains et 1200 éditeurs étaient au rendez-vous. Le livre africain n’a pas manqué à cet appel. Il aurait même connu un franc succès, selon certains éditeurs et libraires qui ont estimé leurs ventes plus que satisfaisantes. Au vu d’un accueil si chaleureux, certains écrivains, tel le Djiboutien Abdourahman Waberi, se sont rappelé, avec amertume, le Festival du Livre « Étonnants Voyageurs » qui s’est tenu en février dernier à Bamako, et qui n’avait pas connu autant de succès. Le public africain n’était pas au rendez-vous."

QUELQUES PISTES

Pour ceux qui préfèrent lire des textes d'auteurs africains qui ont fait leurs preuves, je vous recommande :

Amadou Hampathé Ba : né en 1901 au Mali, il est issu d’une famille aristocratique peule. Il a servi comme fonctionnaire au Burkina Faso. Il est nommé à la section ethnologie de l’IFAN (Institut francophone d’Afrique noire) à Dakar. On lui doit cette phrase célèbre : “Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle”, qui montre la fragilité de l’oralité sur laquelle reposent la littérature et l’histoire africaines, thème cher à l’auteur, qui s’attache à conter les légendes africaines afin qu’elles continuent à se perpétuer.





Amadou Hampaté Ba

Alain Mabanckou : né au Congo-Brazzaville, il a grandi à Pointe-Noire. Il vient en France à l’âge de 19 ans pour poursuivre des études de droit. Après avoir publié des recueils de poésie, il reçoit en 1998 le Grand Prix littéraire d’Afrique noire pour son premier roman Bleu Blanc Rouge. Il enseigne la littérature francophone aux Etats-Unis. Il a obtenu le prix Renaudot pour son roman Mémoires de porc-épic en 2006. Il vient de publier Black Bazar.





Alain Mabanckou

Ahmadou Kourouma : Né en 1927, à Boundiali, au nord de la Côte d'Ivoire, Ahmadou Kourouma est un écrivain d’origine malinké, une ethnie présente dans différents pays d’Afrique de l’ouest. Son nom signifie « guerrier » en langue malinké. Élevé par un oncle il suit des études à Bamako au Mali. De 1950 à 1954 (pendant la colonisation française), il est « tirailleur sénégalais » en Indochine avant de rejoindre la métropole pour suivre des études de mathématiques à Lyon en France.
En 1960, lors de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, il revient vivre dans son pays natal mais est très vite inquiété par le régime du président Félix Houphouët-Boigny. Il connaît la prison avant de partir en exil dans différents pays, en Algérie (1964-1969), Cameroun (1974-1984) et Togo (1984-1994) avant de revenir vivre en Côte d’Ivoire.
En 1968, il publie son premier roman Les soleils des indépendances qui porte un regard très critique sur les gouvernants de l’après-décolonisation. Vingt ans plus tard, il publie son deuxième livre Monnè, outrages et défis, où il retrace un siècle d’histoire coloniale. En 1994, il publie En attendant le vote des bêtes sauvages qui raconte l’histoire d’un chasseur de la « tribu des hommes nus » qui devient dictateur. À travers ce roman, qui obtiendra le Prix du Livre Inter, on reconnaît facilement le parcours du chef d'État togolais Gnassingbé Eyadéma. En 2000, il publie Allah n’est pas obligé qui raconte l’histoire d’un enfant orphelin qui parti rejoindre sa tante au Libéria devient un enfant soldat. Ce livre obtiendra le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des lycéens. Lorsqu’en septembre 2002, la guerre civile éclate en Côte d’Ivoire, il prend position contre l’ivoirité, « une absurdité qui nous a menés au désordre » et pour le retour de la paix dans son pays. Il sera accusé par les journaux partisans du président Laurent Gbagbo de soutenir les rebelles du nord.





Ahmadou Kourouma

Boubacar Boris Diop : né en 1946 à Dakar. Romancier et essayiste, il a longtemps exercé les fonctions de journaliste et dirigé un quotidien indépendant, Le Matin de Dakar. L'écrivain sénégalais va volontiers chercher dans les hypothèses du roman de politique-fiction (Le Temps de Tamango) ou dans les "traces" d'une histoire plus récente (Thiaroye, terre rouge et Murambi), la matière de ses écrits, conjuguant, avec habileté et exigence, réflexion politique et originalité littéraire. Il est aussi l'auteur de nombreux articles critiques et romans, Doomi Golo, écrit en wolof.





Boubacar Boris Diop

Mongo Beti : Mongo BETI, pseudonyme d'Alexandre BIYIDI-AWALA (son premier pseudonyme étant Eza BOTO), né le 30 juin 1932 à Akometam, Cameroun.
Après des études primaires à l'école missionnaire de Mbalmayo, il entre en 1945 au lycée Leclerc à Yaoundé. Bachelier en 1951, il vient en France poursuivre des études supérieures de Lettres à Aix-en-Provence puis à la Sorbonne à Paris.
Il commence sa carrière littéraire avec la nouvelle Sans haine et sans amour, publiée dans la revue Présence Africaine, dirigée par Alioune Diop, en 1953. Un premier roman Ville cruelle, sous le pseudonyme d'Eza Boto suit en 1954, publié aux éditions Présence Africaine.
Mais c'est en 1956 que la parution du roman. Le pauvre Christ de Bomba fait scandale par la description satirique qui est faite du monde missionnaire et colonial. Paraissent ensuite Mission terminée, 1957 (Prix Sainte Beuve 1958) et Le Roi miraculé, 1958.
En 1959, il est nommé professeur certifié au lycée Henri Avril à Lamballe. Il passe l'Agrégation de Lettres classiques en 1966 et enseigne au lycée Corneille de Rouen de cette date jusqu'en 1994.
En 1972 il revient avec éclat à l'écriture. Son livre Main basse sur le Cameroun, autopsie d'une décolonisation est interdit à sa parution par un arrêté du ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin, sur la demande, suscitée par Jacques Foccart, du gouvernement camerounais, représenté à Paris par l'ambassadeur Ferdinand Oyono.
Il publie en 1974 Perpétue et Remember Ruben. Après une longue procédure judiciaire, Mongo Beti et son éditeur François Maspéro obtiennent en 1976 l'annulation de l'arrêté d'interdiction de Main basse.
En 1978 il lance, avec son épouse Odile Tobner, la revue bimestrielle Peuples Noirs Peuples africains, qu'il fait paraître jusqu'en 1991. Cette revue décrit et dénonce inlassablement les maux apportés à l'Afrique par les régimes néo-coloniaux. Pendant cette période paraissent les romans La ruine presque cocasse d'un polichinelle (1979), Les deux mères de Guillaume Ismaël Dzewatama futur camionneur (1983), La revanche de Guillaume Ismaël Dzewatama (1984), également une Lettre ouverte aux Camerounais ou la deuxième mort de Ruben Um Nyobé (1984) et le Dictionnaire de la négritude (1989, avec Odile Tobner).
En 1991 Mongo Beti retourne au Cameroun, après 32 années d'exil. Il publie en 1993 La France contre l'Afrique, retour au Cameroun.
En 1994 il prend sa retraite de professeur. Il ouvre alors à Yaoundé la Librairie des Peuples noirs et organise dans son village d'Akometam des activités agricoles. Il crée des associations de défense des citoyens, donne à la presse privée de nombreux articles de protestation. Il subit en janvier 1996, dans la rue à Yaoundé, une agression policière. Il est interpellé lors d'une manifestation en octobre 1997.
Parallèlement il publie plusieurs romans : L'histoire du fou en 1994 puis les deux premiers volumes, Trop de soleil tue l'amour (1999) et Branle-bas en noir et blanc (2000), d'une trilogie restée inachevée. Il est hospitalisé à Yaoundé le 1er octobre 2001 pour une insuffisance hépatique et rénale aiguë qui reste sans soin faute de dialyse. Transporté à l'hôpital de Douala le 6 octobre, il y meurt le 7 octobre 2001.





Mongo Beti

Cheikh Amidou Kane : Ecrivain sénégalais né à Matam en 1928. Après des études d'économie à la Sorbonne, pendant lesquelles il collabore à la revue Esprit et fréquente les cercles intellectuels, il est nommé, à trente ans, gouverneur de Thiès. Il est l'auteur de L'Aventure ambiguë (Julliard, 1961), conte du déchirement d'un émigré africain en Occident pris entre deux cultures : « Si je leur dis d'aller à l'école nouvelle (...) ce qu'ils apprendront vaut-il ce qu'ils oublieront ? ». Ce livre reçoit le Grand prix littéraire d'Afrique noire en 1962.
Cheikh Amidou Kane

Ousmane Sembène : né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, une ville de la Casamance.
En 1956, il publie son premier roman, "Le Docker noir" qui relate son expérience de docker. Puis en 1957 il publie "Ô pays, mon beau peuple".
En 1960, il publie un nouveau roman, "les Bouts de bois de Dieu" qui raconte l’histoire de la grève des cheminots en 1947-1948 du Dakar-Niger, la ligne de chemin de fer qui relie Dakar à Bamako.
En 1966 sort son premier long-métrage, qui est aussi le premier long métrage « négro-africain » du continent, intitulé "La Noire de... "(Prix Jean-Vigo de la même année).
D'emblée, Ousmane Sembène se place sur le terrain de la critique sociale et politique avec l'histoire d’une jeune sénégalaise qui quitte son pays et sa famille pour venir en France travailler chez un couple qui l’humiliera et la traitera en esclave, la poussant jusqu'au suicide.
Considéré comme l'un de ses chefs-d'œuvre et couronné par le Prix de la critique internationale au Festival de Venise, "Le mandat" (1968) est une comédie acerbe contre la nouvelle bourgeoisie sénégalaise, apparue avec l'indépendance.
En 1969, il fonde le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), un des plus grands festivals africains de cinéma.
En 1979, son film "Ceddo" est d'ailleurs interdit au Sénégal par le président Léopold Sédar Senghor.
En 1988, malgré le prix spécial du jury reçu au Festival de Venise, il est victime à nouveau de la censure, mais en France cette fois-ci, avec "Le Camp de Thiaroye", film hommage aux tirailleurs sénégalais et surtout dénonciation d'un épisode accablant pour l'armée coloniale française en Afrique, qui se déroula à Thiaroye en 1944.
Parmi les autres récompenses reçues : le prix Harvard Film Archive décerné par l'Université Harvard de Boston en 2001.
Sembène revendique un cinéma militant et va lui-même de village en village, parcourant l'Afrique, pour montrer ses films et transmettre son message. Malade depuis plusieurs mois, il meurt à l'âge de 84 ans à son domicile à Yoff le 9 juin 2007.
Ousmane Sembène

Véronique Tadjo : Née à Paris d’un père ivoirien et d’une mère française, poète et romancière.
Elle a passé toute son enfance et fait l’essentiel de ses études à Abidjan, puis s’est spécialisée dans le domaine anglo-américain à la Sorbonne Paris IV. Sa thèse de doctorat de 3ème cycle porte sur le processus d’acculturation des Noirs à travers l’esclavage.
Elle a enseigné au département d’Anglais de l’Université Nationale de Côte d’Ivoire jusqu’en 1993.
Elle a vécu aux Etats-Unis, au Mexique, au Nigeria, au Kenya et en Grande-Bretagne. Elle réside actuellement à Johannesburg.
A la suite d’une résidence d’écriture au Rwanda, elle a rapporté de son séjour dans ce pays, un texte “ L’ombre d’Imana ” publié par Actes Sud en septembre 2000.
"Reine Pokou", son dernier ouvrage publié par Actes Sud est sorti en 2005.



Véronique Tadjo

Bernard Dadié : est un écrivain et homme politique ivoirien né à Assinie au sud de la Côte d’Ivoire en 1916. Fils de Gabriel Dadié, compagnon de lutte du premier président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, Bernard Dadié est considéré comme le chef de file des écrivains ivoiriensAuteur prolifique, Dadié a l’avantage d’avoir livré à la postérité des œuvres du champ de la nouvelle, du roman, de la poésie, du théâtre et de l’essai. Parallèlement à une production littéraire féconde, il est doublement prix littéraire d’Afrique noire (Patron de New York, 1965 et La ville où nul ne meurt, 1968).





Bernard Dadié


Camara Laye : né le 1er janvier 1928 à Kouroussa, un village de Haute-Guinée, et mort le 4 février 1980 à Dakar, est un écrivain guinéen d'expression française.Après des études à l'école française, Camara Laye part à Conakry, la capitale, poursuivre sa scolarité. Titulaire d'un CAP de mécanicien, il tente, sans succès, de devenir ingénieur en France. C'est alors que Camara Laye, qui traverse une période de désarroi, publie L'enfant noir, son premier roman, en 1953 et, un an plus tard, Le regard du roi. En 1956, à l'époque où la Guinée s'apprête à devenir indépendante, il retourne à Conakry et, jusqu'en 1963, occupe des fonctions importantes au ministère de l'Information, avant de s'exiler définitivement au Sénégal devant la dérive dictatoriale du régime d'Ahmed Sékou Touré qu'il dénoncera en 1966 dans Dramouss, son dernier roman. Il est également l'auteur du Maître de la parole, un recueil de contes griots qui retracent la genèse du Mali.
























Une des rares photos de Camara Laye


Djibril Tamsir Niane : écrivain et historien guinéen, né le 9 janvier 1932 à Conakry (Guinée). Il est spécialiste de l’histoire du Mandé, notamment l'Empire du Mali .
Étudiant en histoire à l’Université de Bordeaux (France), Djibril Tamsir Niane est titulaire d’une licence et d’un DESS. Son mémoire portant sur la recherche sur l’Empire du Mali, il collecte auprès des griots, notamment Mamadou Kouyaté, les récits de la tradition orale. C’est à partir de ces recherches qu’il publie en 1960 Soundjata, ou l’épopée mandingue, son ouvrage le plus connu. Il a participé à l’écriture de l’Histoire générale de l’Afrique sous les auspices de l’Unesco avec Joseph Ki-Zerbo.
Il est également auteur de pièces de théâtre comme Les fiançailles tragiques. Certains de ses écrits lui valent la prison sous le régime de Sékou Touré, puis l’obligent à l’exil au Sénégal dans les années 1970.
Djibril Tamsir Niane est professeur honoraire de l’Université Howard (Washington DC) ainsi que de l’Université de Tokyo. Djibril Tamsir Niane est le père de Katoucha Niane qui a été l'un des premiers mannequins noirs internationaux, auteur d'un livre intitulé Dans ma chair où elle révèle son excision à l'âge de 9 ans, avant son décès à Paris au début 2008.





Djibril Tamsir Niane






Katoucha Niane, fille du précédent


Birago Diop : (1906-1989), écrivain sénégalais d'expression française, qui rendit hommage à la tradition orale de son pays en publiant des contes, notamment ses Contes d'Amadou Koumba.
Né près de Dakar, il reçut une formation coranique et suivit simultanément les cours de l'école française. Pendant ses études de médecine vétérinaire à Toulouse, il resta à l'écoute des travaux des africanistes, et s'associa à la fin des années 1930 au mouvement de la Négritude qui comptait alors Senghor, Césaire. C'est à Paris qu'il composa en 1942 les Contes d'Amadou Koumba (publiés en 1947), marquant dès ce premier livre sa prédilection pour la tradition orale des griots, ces conteurs populaires dont il ne cessa jamais d'écouter la voix. Respectueux de l'oralité, il affina un talent original d'écrivain dans les Nouveaux Contes d'Amadou Koumba (1958) et Contes et Lavanes (1963); son recueil de poèmes Leurres et Lueurs (1960) est profondément imprégné de culture française alliée aux sources d'une inspiration purement africaine.
Sa carrière diplomatique, après l'indépendance de son pays, et son retour à son premier métier de vétérinaire à Dakar n'entravèrent pas son exploration de la littérature traditionnelle africaine, mais il déclara avoir « cassé sa plume ». Il publia néanmoins la Plume raboutée et quatre autres volumes de mémoires de 1978 à 1989.





Birago Diop
Ferdinand Oyono : Né en 1929 à Ebolowa, dans la Province du Sud Cameroun, Ferdinand Léopold Oyono poursuit au lycée de Provins, en France, des études commencées au lycée de Yaoundé. Il réussit ensuite des études supérieures de droit à la Sorbonne avant d'entrer à l'École nationale d'administration (ENA) de Paris en section diplomatique.
Il débute en 1959 une brillante carrière de haut fonctionnaire avant de devenir ambassadeur du Cameroun dans divers postes (auprès des Nations unies à New York, en Algérie, en Libye, en Grande-Bretagne et en Scandinavie…). À partir de 1987 il participe à de nombreux gouvernements de son pays et assure la charge de différents ministères comme les Affaires étrangères ou la Culture.
À la fin des années 50, Ferdinand Léopold Oyono publie en langue française trois romans qui ont trait à la vie quotidienne en Afrique à l'époque coloniale et qui, mettant en cause aussi bien l'administration que la police ou l'Église des missionnaires, feront scandale dans cette période de décolonisation.
Une vie de boy, publié en 1956, est centré sur le personnage de Joseph, boy instruit placé chez le commandant d'un district de la colonie française. Le roman dénonce les pratiques autoritaires de la colonisation et au-delà, la négation de l'humanité des colonisés à qui on ne pardonne pas de quitter leur place en découvrant l'envers du décor des maîtres blancs. La place faite à la frustration sexuelle de Joseph vis-à-vis de sa patronne blanche et les turpitudes intimes de celle-ci offrent par ailleurs une approche renouvelée du problème colonial.
Le vieux nègre et la médaille, publié en 1956, se concentre sur la date symbolique du 14 juillet, fêtée dans un district éloigné. Ce jour-là, Meka, qui a donné du terrain aux missionnaires pour leur église et dont les deux fils sont morts à la guerre, est d'abord heureux d'être honoré par une médaille de reconnaissance de la France, à laquelle tous ses proches applaudissent. En deux jours, après une cérémonie qui tourne au grand guignol et une nuit d'humiliation, le vieil homme prend conscience que ce 14 juillet n'est en fait qu'une mise en scène hypocrite des pouvoirs coloniaux qui parlent d'amitié en maintenant une stricte exclusion des colonisés. La solidarité africaine qui l'entoure à la fin du roman constitue un contrepoint politique et, avec la fierté retrouvée du peuple colonisé, une réponse à la colonisation des Blancs.
Chemin d'Europe, publié en 1960, raconte quant à lui l'exploration plus ou moins chaotique du monde des Blancs dans une bourgade africaine par un jeune homme qui veut se couper des ses racines et rêve d'Europe malgré les mises en garde de son père.Ces œuvres qui associent des registres variés, avec des pages drôles ou grinçantes ou émouvantes, ont marqué les esprits dans cette période où s'esquisse la décolonisation et Ferdinand Oyono n'a pas exploré d'autres sujets en cessant d'écrire des romans depuis 1960.





Ferdinand Oyono
Fatou Diome : née en 1968 sur la petite île de Niodior, dans le delta du Saloum, au sud-ouest du Sénégal. Elle est élevée par sa grand-mère. A treize ans, elle quitte son village pour aller poursuivre ses études dans d'autres villes du Sénégal tout en finançant cette vie nomade par de petits boulots : elle va au lycée de M'bour, travaille comme bonne en Gambie et finit par entamer des études universitaires à Dakar. A 22 ans, elle se marie avec un Français et décide de le suivre en France mais elle divorce deux ans plus tard. En 1994, elle s'installe en Alsace et poursuit ses études à l'université de Strasbourg. En septembre 2004, la chaîne française de télévision France 3 Alsace lui propose de présenter l'émission "Nuit Blanche", un rendez-vous culturel, mensuel, à dominance littéraire. (D'après wikipedia).
Elle se consacre également à l'écriture : elle a publié La Préférence nationale, un recueil de nouvelles, aux éditions Présence Africaine en 2001. Le Ventre de l'Atlantique est son premier roman, paru en 2003 aux éditions Anne Carrière.
Son second roman, Kétala, paraît en 2006.

Fatou Diome
Bessora, un talent plus récent : née à Bruxelles en 1968. Fille d’un diplomate gabonais, petite-fille d’un confiseur suisse, elle grandit en Europe, aux États-Unis et en Afrique. Après une carrière dans la finance internationale à Genève, elle reprend des études d'anthropologie et écrit son premier roman. Bessora publie, depuis 1999, un texte par an en moyenne, principalement dans le groupe Gallimard.
De ses nombreux séjours à l'étranger (Belgique, Suisse, Autriche, France, États-Unis, Gabon) et de ses multiples origines (Gabon, Suisse, Allemagne, Pologne), Bessora retire un regard qui donne à son écriture un caractère "libre, exigeant, inclassable".
Elle soutient une thèse sur l’exploration pétrolière au Gabon en 2002, et continue à écrire des romans. Elle obtient le prix Fénéon en pour son roman Les Taches d'encre. Le Grand Prix Littéraire d'Afrique Noire lui est décerné en 2007 pour son roman Cueillez-moi jolis Messieurs...

Bessora