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mercredi 8 janvier 2020

44EME REUNION - SYNTHESE ET COMMENTAIRES

Mise en perspective

En 2001 et 2004, deux romans de Coe «  Bienvenue au Club (The Rotters' Club) » et « Le Cercle fermé (The Closed Circle) » décrivent les aventures d'un même groupe de personnes
- pendant leur dernière année de lycée dans le premier roman
- vingt ans plus tard dans le second.
Ces deux oeuvres constituent une fresque des années 1970 et 1990 en Grande Bretagne, elles mettent en évidence les mutations profondes qu'a subies la société entre ces deux dates, avec les réformes thatchéristes et blairistes en les incarnant dans la vie quotidienne des personnages.
« Le cœur de l’Angleterre » constitue en quelque sorte la suite de ces deux livres, dans le contexte des années qui conduiront au Brexit.



Interrogation sur le titre

En anglais le roman s’intitule « Middle England ». Nous nous sommes posés la question de savoir si la traduction en français par « Le cœur de l’Angleterre » est judicieuse. Si elle rend vraiment compte de l’intention de l’auteur. On peut traduire en effet Middle England par « le centre de l’Angleterre », la « moyenne Angleterre » ou encore l’ « Angleterre centrale ». Dans ce cas, c’est la situation géographique, celle de Birmingham, à laquelle il est fait référence. L’expression française « au cœur de l’Angleterre » peut cependant avoir un sens beaucoup plus large et révéler une dimension plus sociologique que géographique. 
Nous n’avons pas tranché cette question. Nous n’avons fait que la soulever.

Architecture du roman
- Pour les uns la première partie laisse présager d’un grand livre puis…
- Pour d’autres, la première partie est difficile à lire dans la mesure où elle met en scène des situations familiales sans grand intérêt, heureusement apparaît ensuite une ouverture sur un champ plus collectif
- Quant à la fin du roman, elle laisse perplexe la plupart d’entre nous : pourquoi ne pas avoir intégré une chute, dans l’attente d’une suite ? Pourquoi avoir choisi un décor provençal et un pays de lumière en abandonnant à son sort la triste Angleterre ? Ne s’agit-il pas d’une pirouette permettant de boucler le roman alors que dans le réel le Brexit continue à produire des effets ?

Un récit ancré dans le temps
Le temps qui passe est illustré par le découpage du livre :
-       Les trois grandes parties : la joyeuse Angleterre (de. ), l’Angleterre profonde (de   ) et enfin la vieille Angleterre (
-       Les épisodes datés en mois
-       Les épisodes datés en jours


S’agissant de la manière d’aborder le débat, deux approches ont été retenues l’une par Jean-Bernard, l’autre par Anne.


Approche par les personnages (Jean-Bernard)

Cet angle d’attaque du roman nous situe dans une posture plus littéraire qu’une approche par les thèmes du roman.
"Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment mes personnages romanesques peuvent être affectés par l’histoire et la politique" déclare l'auteur.
Une distinction peut-être faite entre deux catégories de personnages.

Les personnages principaux

·      Benjamin Trotter
C’est un quinquagénaire issu de la classe moyenne, originaire de Birmingham. Son père Colin travaillait dans les ateliers Leyland. Sa mère Sheila était une femme au foyer. Elle décède subitement d’un cancer foudroyant après cinquante années de mariage.
Ben a eu un grand amour dans sa vie Cicely. Il a vécu des années avec cette femme avant qu’ils se séparent. Elle vit maintenant en Australie.
On peut décrire Ben comme un looser, mais on peut aussi voir en lui un témoin, un observateur plongé dans un monde dans lequel il n’est pas réellement engagé. Il vit dans un moulin acheté après la vente de son appartement à Londres. Il a écrit un livre de plus de 3 000 pages qui a pour thème principal son amour pour Cicely. Finalement, grâce à son ami Philip, le livre est publié après avoir été sérieusement caviardé. "Une Rose sans épine" se vend bien. A tel point que Ben est nominé pour le Booker Prize.
Ben est au centre d’une famille qui comprend Colin, son père, Lois, sa sœur et Sophie, sa nièce. Il est l'ami de Doug un journaliste politique. Il retrouve par hasard un vieux copain qui s’appelle Charlie Chappell. Il retrouve également une ancienne petite amie, Jennifer, avec laquelle il a une relation sexuelle suivie.
On peut voir Ben comme le « double » de Jonathan Coe. Il a la cinquantaine, il est originaire de Birmingham une ville ouvrière. Il a une scolarité normale. Ses parents l’inscrivent au Trinity College à Cambridge. Et surtout, il écrit un livre.

·      Sophie Coleman-Potter
Elle a 27 ans en 2010. C’est la nièce de Ben, la fille de Lois et de Christopher. Sophie a fait de bonnes études, elle devenue une brillante universitaire. Elle n’a pas trouvé son équilibre sur le plan sentimental. Elle vit à Londres et représente le prototype de la jeune femme londonienne élitiste. Elle fréquente des homosexuels branchés. Elle a des idées progressistes et se range parmi les « Remain ». Elle est confrontée à des situations qui bouleversent sa vision du monde : sa relation avec Ian, un moniteur d’auto-école, la croisière qu’elle entreprend en compagnie d’un écrivain à la mode, sa rencontre lors d’un colloque à Marseille avec Adam, sa triste mise à l'écart de l'université...
Son mariage avec Ian la fait plonger dans l’Angleterre profonde, celle d’Helena, lqui est à la fois traditionnaliste, nostalogique d’une certaine Angleterre et raciste au fond d'elle-même.

·      Doug Anderton
Journaliste politique, il a réussi s carrière professionnelle. Il est marié à Francesca une richissime femme d’affaires. Ils ont un fils Ranulph dont on ne parle pas et une fille, Coriandre. Doug fait parti du cercle des journalistes politiques. Il entretient des relations avec Nigel, un conseiller en communication du gouvernement Cameron qui lui donne des tuyaux. C’est un travailliste qui critique vertement Cameron et les conservateurs.
Doug se sépare de sa femme et de son standing. Il rencontre Gail une femme qui fait de la politique dans le camp des conservateurs.
Avec Coriandre sa fille, les rapports se crispent au fur et à mesure. Doug tire systématiquement son épingle du jeu.

·      Coriandre Anderton
C’est un personnage important, dans la mesure où elle représente la jeunesse révoltée contre la société établie. Elle a quatorze ans en 2011. Elle est attirée par les jeunes en révolte et par les quartiers branchés du nord de Londres. Elle suit des cours à l’université. Elle est membre d’un syndicat étudiant. Elle participe à des manifs sans pour autant avoir des positions claires. Elle sera à l’origine d’une campagne de dénigrement via les réseaux sociaux visant Sophie, accusée de transphobie. 

·      Lois
Ce n’est pas tout à fait un personnage principal dans le roman. Mais à la fin du livre on comprend le lien très fort qui unit Ben et Lois. L’un et l’autre renonceront à leur partenaire respectif, Ben à Jennifer et Lois à Christopher.
Ils quittent la sombre Angleterre qui vit dans le chaos pour aller vivre dans le sud de la France, pays de lumière. Finalement l’un et l’autre suivent une démarche parallèle qui a peut être son origine dans leur famille. Ils ont tous été élevés dans les seventies par Colin et Sheila dont on connait les valeurs. Provinciaux, issus de la classe moyenne, attachés à la Vieille Angleterre qui dominait encore le monde. 
Ce monde là ayant disparu, Ben comme Lois sont paumés. Mais ni l’un ni l’autre ne sont engagés et donc ils choisissent le vivre ailleurs, la fuite.

·      Colin Trotter
Père de Ben et de Lois, il représente à la fois la classe ouvrière, le provincial et le nostalgique de la grandeur passée de l’Angleterre. Il ne comprend pas les évolutions. Il n’évolue pas, il reste dans le monde ancien et bien sûr au risque de mettre sa vie en danger, il votera pour « Leave ».

·      Charlie Chappell
C’est un personnage atypique qui exerce une activité de clown dans les "fast food". Un marginal, peut-être même un poète. Camarade d’école de Ben, il est originaire comme lui de Birmingham. Manifestement il est resté en bas de l’échelle sociale. Son comportement est celui d’un homme qui combat pour survivre. Il vit avec une femme qui le tolère, mais qui le prend pour un incapable. Cette femme a une fille pakistanaise Aneeqa que Charlie considère comme sa propre fille. Il se bat pour qu’elle réussisse. 
Concernant le Brexit il hésite à voter comme sa classe celle des pauvres, des démunis, mais le Brexit serait une catastrophe pour Aneequa, car elle ne pourrait pas partir faire des études en Europe, en Espagne.
Charlie symbolise les paumés, ceux qui dorment dans leur voiture et qui vont chercher leur bouffe à la banque alimentaire. Il fait une tentative de suicide, Ben le sauve "in extremis". Mais c’est quelqu’un qui a une vraie générosité. L’écriture d’un livre sur sa vie sera peut-être ce qui le sauvera.

Les personnages secondaires

·      Ian
Il symbolise l’anglais moyen qui réussit à vivre à Londres. Il est relativement ouvert et authentique dans ses comportements. C’est ce que Sophie apprécie en lui. Après quelques temps, elle découvre ses limites, notamment lorsqu’elle fait connaissance de sa mère et de son contexte familial. La province, la rigidité, les bonnes manières, le mariage les enfants et surtout pas d’immigrés. Ian votera "Leave".

·      Helena
Mère de Ian.  Elle a toujours vécu en Province. Elle représente comme Colin, la vieille Angleterre. Elle porte en elle un racisme caché, jusqu’au jour où elle doit faire un choix qui révèle ses convictions profondes.

·      Sohan
Chargé de cours au département d’anglais de l’université. C’est un intellectuel, un ami de Sophie. Il est londonien. Homosexuel, il se marie avec Mike, un trader pété de fric qui donnera ensuite dans l’humanitaire hors de Londres. Sohan est pour la loi sur le mariage gay et il est contre le Brexit.

·      Adam
C’est un universitaire spécialisé qui évolue dans la sphère internationale. Le Brexit ne semble pas le concerner au premier chef. Il a une très courte aventure avec Sophie à l'occasion d'un colloque à Marseille.

·      Philip
C’est un ami et un conseiller de Ben. Il est éditeur, il publiera son livre et fera en sorte qu’il obtienne du succès.

·      Nigel
Conseiller en communication du gouvernement. Il exprime la rupture totale entre les politiciens et le reste du monde. Il vit dans une bulle. Il ne sait même pas si on dit Brixit ou Brexit. Il n’a aucune épaisseur, il retourne sa veste en fonction des événements.
  
·      Lionel Hampshire
Ecrivain arriviste et vénal. Ayant reçu jadis le Booker Prize, il exploite sa popularité dans tous les sens du terme.

·      Grete
Jeune femme lithuanienne qui s’occupe du ménage chez la mère de Ian. Victime de la xénophobie ambiante. Elle évolue positivement et se marie avec Luka. Pour elle, l’enjeu du Brexit est important…

·      Culpepper
Homme d’influence situé à la droite extrême, qui par l’intermédiaire de la fondation Imperium exerce un pouvoir occulte sur les médias et les gouvernants. Coe le représente comme un lâche qui a peur d’être agressé par ses anciens collègues de lycée. C’est un calculateur cynique. Ces gens là trouvent un intérêt évident dans le Brexit.


Sur les caractéristiques de ces personnages nous avons engagé une discussion.

-     Plusieurs personnages sont particulièrement bien campés et ont une véritable épaisseur. Benjamin, le quinquagénaire qui se découvre une vocation d’écrivain par exemple. Il éprouve une difficulté à s’engager, la politique ne l’intéresse pas et, sur le Brexit il n’a pas de position claire. Doug, son ami, est représentatif du Labour, même s’il fréquente Gail qui n’est pas du même bord. Mais à travers cette contradiction, il exprime la vérité de ces journalistes qui vivent dans les sphères du pouvoir. A l’observation, la plupart de ces personnages clés du roman semblent être sur la défensive. Qu’il s’agisse de Ben, de Sophie, de Doug ou de Charlie, ils n’ont ni attitude constructive, ni attitude volontariste. D’ici à voir un certain fatalisme qui débouchera d’ailleurs pour au moins trois d’entre eux sur un exil dans le sud de la France, dans un pays de lumière. D’autres vont jusqu’à la violence, signe d’impuissance, Charlie vis-à-vis de son concurrent, Doug vis-à-vis de Culpepper…

-      Les personnages secondaires en revanche apparaissent à plusieurs d’entre nous comme caricaturaux, qu’il s’agisse de Nigel, le conseiller en communication, de Lionel Hampshire, l’écrivain vénal, de Wilcox le passager raciste, de Derek le participant au stage de récupération de points ou encore de Mike, le trader repenti qui se lance dans l’humanitaire. Des personnages « porte-enseigne selon l’un d’entre nous. Difficile cependant d’en déduire une faute d’écriture ou un manque de rigueur. Ces personnages sont tels qu’on les rencontre dans la vie, tels qu’ils s’expriment dans des rapports superficiels.




Approche par les thèmes (Anne)

·      Thème du temps qui passe et de la nostalgie

Au-delà du livre « Le cœur de l’Angleterre », ce thème semble récurrent chez Coe. La famille Trotter évolue sur plus de trois décennies.
Dans ce dernier roman, la génération des parents disparait en portant avec elle la nostalgie de l’ancienne Angleterre. Les enfants cherchent à ressentir eux-mêmes cette nostalgie dans des lieux qui leur rappellent leur enfance : Ben et son père sur la place où se tenaient jadis les usines Leyland, Lois et Ben sur la colline où ils répandent les cendres de leurs parents. Mais aussi Sophie qui revient à Marseille, au château d'If, avec Aneeqa sur les lieux où elle a connu une romance avec Adam.
Ben au bord de la Sorgue cherche les sensations qu'il éprouvait devant la rivière qui coulait dans son moulin en Angleterre…

Lors de notre dernière réunion, nous nous sommes penchés sur l’œuvre de Proust. Certains d'entre nous ont même tenté une comparaison, loin d'être favorable à Coe, il va sans dire. Mais lui-même est très sensible à cette dimension de la littérature. Il l’exprime en ces termes dans une intervew récente : « Pour moi, le plus beau titre de roman du monde est à la Recherche du temps perdu. C’est l’essence même de l’écriture, les années ne seront pas perdues puisqu’elles seront écrites. »

·      Le politiquement correct

Coe en donne une définition dans la bouche de Ian. Il ne porte pas de jugement, mais il montre les évolutions de nos sociétés modernes. Il faut respecter les codes, avoir recours à un langage polissé. On s'interdit certaines expressions. Peu à peu une certaine forme de liberté s'estompe devant la pression sociale.

·      L’immigration, le racisme latent, le rejet de différences
A maintes reprises dans le livre Coe décrit des situations où le racisme est perçu comme une réalité rampante Outre-Manche. Que ce soit Derek qui s’en prend à Naheed, la jeune animatrice d’auto-école, ou Héléna qui refuse de témoigner pour soutenir Grete contre l’agresseur dont elle a été victime dans un supermarché : « je pense que, tout bien considéré, il faudrait mieux que vous retourniez chez vous, vous et votre mari. », ou encore ce Wilcox qui a sans le collimateur deux femmes lesbiennes qui voyagent sur le même bateau… Le rejet de l’autre, de celui qui est différent est partout, même chez Ian. C'est une des caractéristiques d notre société aujourd'hui.

 Paupérisation des classes populaires 
Les quelques mots prononcés par Charlie à la fin du roman (p.538) illustrent parfaitement ce lent processus de paupérisation qui prend sa source dans les années Thatcher : « Selon moi, tout a changé en Angleterre en mai 1979 et, quarante ans plus tard, on en paie encore les conséquences. Vous voyez Benjamin et moi, on est des enfants des années soixante-dix. On n’était peut-être que des gosses, mais c’est dans ce monde là qu’on a grandi. L’Etat-Providence, le système de santé, tout ce qu’on a mis en place après-guerre. Seulement tout ça se délite depuis 1979 et continue de se déliter. Le voilà le fond de l’affaire. Je ne sais pas si le Brexit est un symptôme ou s’il fait diversion. Mais en gros, le processus arrive à son terme aujourd’hui. Tout aura bientôt foutu le camp. »

·      Le conflit des générations
Quatre types de générations sont présents dans le livre. La génération des seniors représentée par Colin, Helena et Wilcox. La génération des quinquagénaires avec Ben, Lois, Charlie, Doug, Philip. La génération de Sophie et de Ian. Enfin celle de Coriandre et d'Aneeqa.







Les procédés narratifs

L’un d’entre nous a beaucoup insisté sur cette question de l’originalité de la construction du roman. Il est vrai que pour immerger les personnages dans un contexte politique qui évolue sur 8 ans et pour saisir leurs observations, leurs impressions et leurs réactions, il a fallu faire preuve de créativité.
Si l’on recherche les procédés narratifs utilisés pour la période 2010 – août 2011, qu’observe-t-on au niveau de l’écriture, qui permet d’introduire la dimension politique dans le quotidien des personnages ?

Faire parler un autre : Colin fait parler sa femme Sheila il exprime en fait sa propre vérité : décadence
-   Dialogue entre deux personnages : Doug synthétise l’opinion actuelle sur les élites et les politiciens dans un dialogue avec Ben
-   Ecoute d’une chanson : de Shirley Collins p. 31
-   Débat entre 2 écrivains sur « modération et tolérance en Angleterre. p. 45
-   Discussion entre Sohan et Sophie : « vendeuses et passants intolérants dans le regard ». Ils détestent ces gens sans visage qui les jugent, là-haut, qui décident de ce qu’ils ont le droit de dire et de ne pas dire à haute et intelligible voix.
-   Tuyaux et commentaires d’un technocrate politicien Nigel p.53
-   Réaction raciste d’un participant au stage d’auto-école. Il dénonce le nouveau fascisme
-       Lecture d’ un article sur un meurtrier présumé qui ferait un bon coupable (p. 80)
-       Référence à un livre qui traite du génocide progressif des races blanches livre d’un dénommé Peter. Thèse de Kalergi, un australien. Pour lui, les habitants des futurs « Etats Unis d’Europe » ne seront plus les peuples originaires du Vieux Continent, mais plutôt une sorte de sous-humanité bestiale issue de mélanges raciaux. Il affirmait, sans demi-mesure, qu’il était nécessaire de « croiser » les peuples européens avec les Asiatiques et les Noirs, pour créer un troupeau multi-ethnique sans qualités spécifiques et facile à dominer pour les élites au pouvoir.
-       Le racisme derrière les propos du quotidien : la jeune lithuanienne Grete qui fait le ménage, les écrivains noirs européens (thèse de Sophie)
-       La désertification du monde rural (commerçants tous partis)
-       Participation à une manif contre la police. Dans ce quartier on parle des blancs et des noirs. Les noirs sont les cibles de la police. Menaces de ces émeutiers pour les JO de Londres
-       Ian agressé dans une manif par un manifestant à Birmingham
-       Helena dénonce ces « horreurs »
-       Sophie prise de conscience du mur entre deux mondes celui d’Helena et le sien.




Le style et le ton du livre

La qualité de l'écriture
Pour ce qui est de la qualité du récit les avis sont partagés : quelques participants ont relevé « plein de beaux moments », d’autres ont mis l’accent  sur des passages plus faibles et plus convenus. On a même reproché à Coe d'utiliser de grosses ficelles narratives. On a aussi regretté que toutes les situations soient placées à même niveau, qu’il s’agisse d’un repas avec des clowns, de scènes d’amour cocasses et d’échanges sur la politique du gouvernement Cameron, par exemple.

Un récit à l’anglaise, par petites touches impressionnistes
Globalement, il nous a semblé que dans son approche littéraire, Jonathan Coe procédait à l’anglaise, par petites touches concrètes, comme le ferait un peintre impressionniste.  C‘est cette démarche littéraire ancrée dans le quotidien des gens à Londres, à Birmingham ou ailleurs qui fait qu’on ne se trouve pas dans un roman « politique », sinon « didactique », sur le Brexit. Ce qui intéresse Coe, c’est de voir comment ses personnages romanesques peuvent être affectés par l’histoire et la politique. Il n’y a pas d’explication, pas de jugement, il y a un simple constat.

Un récit trempé dans l'humour britannique
Nous avons remarqué dans plusieurs passages du livre le ton humoristique auquel l’auteur a souvent recours, comme dans ses précédents livres.
Si l’on prend pour simple exemple celui de relations amoureuses, on sourit plus d’une fois en suivant les élans de Ben et de Jennifer sur fond de penderie ou bien ceux de Sohan et Mike pendant une émission de télévision. 
L’humour est plus féroce pendant les diners sur le bateau de croisière ou pendant la partie de golf.

Un passage du livre a marqué les esprits de beaucoup d'entre nous celui de la cérémonie des Jeux Olympiques. Comment des individus si différents les uns des autres, peuvent-ils à un même instant, assis devant leur poste de télévision se retrouver dans un même élan émotionnel et admiratif ?
Panem et circenses ou communion populaire exprimant la réalité d'un peuple ?

PHOTOS JOSEPH.

mercredi 4 décembre 2019

44ÈME REUNION LE POINT DE VUE DE MICHEL B. SUR "LE COEUR DE L'ANGLETERRE" DE JONATHAN COE


 CONTRIBUTION AU DEBAT 

Jonathan Coe a saisi un thème de très grande ampleur. « Un ensemble gazeux » de haute densité, instable et explosif.

Il me semble que son savoir-faire habituel ne suffit pas à maîtriser complètement un tel sujet, et,que d’un point de vue littéraire,le livre souffre de quelques faiblesses .Quelques ficelles, voire cordages, subsistent  dans l’ intrigue–par exemple le retour de Yann vers Sophie  le final provençal-,  et qu’il présente quelques personnages « porte enseigne » faibles et schématiques. : Le couple estonien, trop Feelgood, ou le couple que forment Sohan et son riche amant .

Mais, une fois ces réserves posées, je recommanderai vraiment la lecture de cet ouvrage qui pose avec légèreté des questions bien lourdes, qui vont au-delà du cœur de l’Angleterre et de l’épisode Brexit.
·      La question de l’identité, qui ne saurait se confondre avec la nostalgie d’une enfance heureuse.
·      Celle du temps, cruellement illustrée par le changement d’échelle
·      La civilité anglaise, vue comme art de masquer les fractures sous-jacentes, qui se révèlent au fil du temps et sous la pression de l’événement
·      « L’amour immodéré de la modération » ne résiste pas à la puissance du ressentiment, soigneusement attisé par des démagogues qui distillent le mensonge du « politiquement correct » et ne mettent plus de barrière à la violence de l’expression  ( cf les tabloïds anglais et le Brexit) ;jusqu’au meurtre politique de Jo Cox.

C’est là une problématique qui n’est pas propre l’Angleterre, qui affecte, et infecte, les États-Unis, le Brésil, et à peu près tous les pays d’Europe…

Je suis frappé, pour ma part, par le fait que les personnages « positifs » du roman sont systématiquement sur la défensive face à l’émergence du discours et les pratiques « anti système ».
Mais, spécificité anglaise : la morgue et le cynisme du personnel politique britannique qui a lancé le bras exit apparaissent encore tout à fait exceptionnels. Cf l’excellent  personnage du « communiquant » de l’alliance conservateurs -libéraux .

Je souligne enfin que le talent de Jonathan Coe nous offre des morceaux de bravoure d’une superbe puissance d’évocation. La communion autour de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, La sourde puis vive montée de la violence lors de la manifestation et, plus intimistes, les retrouvailles et la séparation des anciens amants ; mais aussi l’implacable violence des réseaux sociaux pour mettre en valeur « « une énorme micro agression ». Ou encore la grotesque galerie des « animations culturelles » lors de la croisière …

Et bien sûr, comme toujours chez Jonathan Coe, tant de moments d’humour et de délicatesse .
Et la célébration des livres :
« il y avait peu de partages aussi intimes à ses yeux que celui de deux personnes se promenant ensemble parmi les livres. «