
Une admiratrice, un distrait et un orateur.
A noter le cadrage exceptionnel du photographe qui honore en second plan la calvitie architecturale de notre ami Patrice tout en soulignant, avec une discrétion de professionnel, le romantisme de la chandelle et la sponsorisation de la soirée par Danone (Riboud, si tu nous lis …). C'est une vraie leçon d'anatomie capillaire cette photo !
Christine cache avec difficulté son admiration pour l’orateur (elle lui avouera une ressemblance troublante avec Sami Frey, ce qui peut surprendre, surtout sous l’angle de la photo) ; beaucoup de retenu (les bras croisés), mais le regard en dit long ! L’orateur, votre serviteur, dont on observe quelques cheveux blancs (auraient-ils échappé à la teinture vont immédiatement s’interroger les jaloux ?), des joues de notaire de province (mieux vaut faire envie que pitié a confirmé Patrice !), se débat avec ses mains qu’il a convié en renfort pour tenter de convaincre une assemblée accablée (voir certaines photos suivantes) par son enthousiasme suspect pour un livre où les vivants sont morts (et presque réciproquement), où on fait salon sous la terre tombale, où les italiques sont aussi perturbantes que les faux guillemets, et où les pierres parlent à tous les coins de rue ! (Saint Rationnel, si tu existe, rappelle-moi à la raison !)

Un pêcheur
Joseph, qui a endossé définitivement, volontairement, et avec succès, le personnage de l’indiscipliné dans notre docte assemblée (il en faut un !), est surpris par l’œil impitoyable de notre photographe en train de se vanter auprès de son ami Michel d’une de ses dernières prises halieutiques, (un gardon d’une vingtaine de centimètres de long), alors que moi-même me débats avec mes mains … (Cf ci-dessus).

Un homme de précision, un dubitatif
Le photographe a su saisir l’instant précis où Gérard pose enfin la question-clé de la soirée : « est-ce qu’on va enfin nous apporter une 5ème bouteille de rouge ? »
A moins qu’il ne s’agisse de son intervention quand il a placé au cœur du débat la problématique freudienne du passé resurgissant d’un imaginaire enfoui dans le Moi ; question métaphysique que la salle a accueillie par un silence glacial ; non que les participants n’aient pas parfaitement saisi le propos de Gérard (non ça, c’est pas possible) ; j’hypothèse plutôt que la majorité des intervenants est d’avantage positionnée dans une dialectique kantienne, voire spinoziste, que versée dans les psychoses du docteur viennois à la barbichette. Je propose qu’on en débatte une bonne fois le 9 avril !
Michel, dubitatif, voudrait intervenir. Mais, courtois, laisse son ami sombrer dans l’erreur ; il pense très fortement : « d’abord, ce n’est pas la 5ème, mais la 6ème, et pourquoi pas un peu de blanc avec mes coquilles Saint-Jacques ? »

L’érudit, le sage
Michel (l’autre, je fais du Rulfonisme), est saisi à l’instant où il tente de séduire deux jolies femmes (en second plan) en replaçant (magistralement) le récit dans le contexte historique de la guerre des « cristados », le contexte politique des « caciques », le contexte littéraire du « réalisme magique », et le contexte géographique de la « Paramo ».
En arrière-plan, on peut distinguer le garçon (qui n’a pas payé sa cotisation) ; rien n’est laissé au hasard par notre photographe.

Une studieuse, une hédoniste, un accablé
Stéphanie (qui nous permet de faire descendre la moyenne d’âge du SL d’environ une dizaine d’années) est plongée dans la lecture de Pedro Paramo et laisse paraître une circonspection de contribuable découvrant son redressement fiscal.
Agnès (que Gérard est enfin parvenu à ravitailler en vin blanc pour ses coquilles), déguste l’aimable breuvage et médite sur un deuxième nez d’une complexité relative au regard du style de Rulfo !
Gérard (le même) semble totalement accablé. Est-ce pendant mon intervention dont l’enthousiasme, bien qu’enflammé, est à recadrer dans une sorte de délire incontrôlé et récurrent qui me fait me passionner pour le dernier ouvrage lu (ce que Monique vous a confirmé) ? Est-ce du fait de ce garçon qui n’a toujours pas ramené la bouteille de rouge ? Ou bien faut-il conjecturer vers une légère déprime passagère du à un régime malmené par l’absorption d’un tartare légèrement trop mayonnaisé qui se télescope dans les profondeurs de son organisme avec un buisson de frites trop généreux ? Je propose également que l’on en débatte le 9 avril prochain !

Un dubitatif attentif, un attentif dubitatif, mon épouse (mais qui regarde-t-elle ?)
Patrick ne savait pas qu’en venant au SL il risquait le torticolis en plus de la prise de tête ! Le photographe (quel talent !) a habilement saisi en 1er plan la consommation de Patrick (et nous sommes en milieu de soirée comme l’état des bougies le prouve !). Peu de personnes peuvent imaginer, en admirant ce sémillant jeune homme qui apparaît parfaitement détendu sur l’image, que quelques heures auparavant, il s’agissait d’un SP+ cravaté qui affrontait la tourmente sauvage du monde industriel. Quelle capacité d’adaptation ! Merci le SL.

Une convive comblée, un chercheur en recherche d’antisèches, un pêcheur rêvant d’un gardon de 30 cm
Nous nous attarderons sur la convive comblée qui n’est autre qu’Anne, rayonnante, tentant un numéro de charme pour faire passer (enfin !) le thème du polard au prochain SL. Ses voisins, sachant que s’ils croisent son regard une seule seconde seront, tels les équipiers d’Ulysse, immédiatement conquis, adoptent des stratégies que notre photographe nous révèle avec une objectivité cruelle.
Anne, je te soutiens : je voterai au prochain SL pour l’étude de « Remets ton slip gondolier » de Sana.