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mardi 22 mars 2011

LES AUTRES COUPS DE COEUR

- Claude recommande "Caïn" de José Saramago, publié en 2009 :
Près de vingt ans après L’Evangile selon Jésus-Christ dont la résonance dans un Portugal catholique avait pratiquement contraint l’auteur à s’exiler à Lanzarote, voilà que dans Caïn, José Saramago réinterprète, dans une satire extrêmement dense de contenus, les évènements les plus connus de l’Ancien Testament. Revenant sur ce Dieu injuste et vengeur, il utilise un des personnages les plus maltraités, Caïn, qui, envieux de son frère Abel, doux et agréable à Dieu, finit par le tuer, devenant ainsi l’archétype de l’assassin, du mal, une des pierres d’angle de la religion catholique, avec le remord pour le péché et le sens de la faillibilité humaine.(texte de l'éditeur).
- Michel Bac nous rappelle les "Chroniques de Nicolas 1er" ainsi que "L'origine de la violence" de Fabrice Humbert : Lors d'un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d'un détenu dont la ressemblance avec son propre père Adrien, le stupéfie. Rentré en France, il retrouve son père, mais le souvenir de la photographie ne le quitte plus. Il décide alors de se lancer dans une recherche qui va bouleverser sa vie. Ce détenu, nommé David Wagner, se révèle être son véritable grand-père. Peu à peu se met en place l'autre famille, la branche Wagner, la branche cachée, celle dont personne chez les Fabre n'évoque l'existence. Et c'est le destin croisé de ces deux familles, deux générations plus tôt, lorsque l'ambitieux David Wagner rencontra le riche Marcel Fabre et sa femme Virginie, qui éclate alors au grand jour, ainsi que les terribles conséquences que la liaison entre David et Virginie entraîna. Au cours de sa quête à travers la France et l'Allemagne, dans la nouvelle vie qu'il tâche d'inventer avec une Allemande qu'il vient de rencontrer, le jeune homme se rend compte qu'on ne se débarrasse pas si facilement du passé - ni du sien, ni de celui de sa famille. Lorsqu'on remonte à l'origine de la violence, c'est sa propre violence qu'on finit par rencontrer. (texte de l'éditeur)
- Marie-Christine a aimé "La reine des Lectrices" d'Alan Bennett :  " Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d'un coup, plus rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux ? C'est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d'autres défilent sous l'œil implacable d'Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s'inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d'aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l'implacable protocole de la maison Windsor. C'est en maître de l'humour décalé qu'Alain Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture.
- Marie Christine nous conseille également de lire les nouvelles d'Annie Saumont. Elle est reconnue comme la spécialiste française et contemporaine de la nouvelle en tant que genre (confirmation de Michel Lebrun) ainsi que "Orages Ordinaires" de William Boyd : Adam Kindred, jeune climatologue désireux de restituer un dossier à son propriétaire, un médecin, le retrouve poignardé chez lui. Afin d’échapper au tueur qu’il a surpris, et à la police car tout l’accable, il se crée un refuge au bord de la Tamise et peu à peu se clochardise...
- Catherine Michailof a aimé "L'intranquille", un livre de Gérard Garouste le peintre avec Nadine Perrignon, paru chez l'Iconoclaste : " Je suis le fils d'un salopard qui m'aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des Juifs déportés. Mot par mot, il m'a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation. À vingt-huit ans, j'ai connu une première crise de délire, puis d'autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l'enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n'ai été qu'une somme de questions. Aujourd'hui, j'ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j'ai compris. "



- Michel Lebrun nous dit le plus grand bien de Julius Margolin qui a écrit en 1949 : " Voyage au pays des Ze Ka" (sur la vie des camps en URSS) : il s'agit d'une nouvelle édition qui publie l'intégralité du texte pour la première fois et sous son titre original. C'est un des plus bouleversants témoignages jamais écrits sur le Goulag. Ce récit de cinq années passées dans les camps soviétiques ne le cède en rien à ceux de ses célèbres successeurs, ni pour la qualité littéraire, ni pour l'acuité de pensée et la hauteur de vue avec lesquelles l'auteur s'efforce de donner un sens à son expérience, aux limites de l'humain.





- Michel nous recommande également un livre que nous avons plusieurs fois cité de Leonardo Padura, écrivain cubain : "L'homme qui aimait les chiens".

- Serge Michailof nous invite à lire "L'effondrement -Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie  " de Jared Diamond, paru chez Gallimard (NRF) : La question : « Comment des sociétés ont-elles disparu dans le passé ? » peut aussi se formuler : « Au rythme actuel de la croissance démographique, et particulièrement de l'augmentation des besoins économiques, de santé et en énergie, les sociétés contemporaines pourront-elles survivre demain ? »

La réponse se formule à partir d'un tour du monde dans l'espace et dans le temps – depuis les sociétés disparues du passé (les îles de Pâques, de Pitcairn et d'Henderson ; les Indiens mimbres et anasazis du sud-ouest des États-Unis ; les sociétés moche et inca ; les colonies vikings du Groenland) aux sociétés fragilisées d'aujourd'hui (Rwanda, Haïti et Saint-Domingue, la Chine, le Montana et l'Australie) en passant par les sociétés qui surent, à un moment donné, enrayer leur effondrement (la Nouvelle-Guinée, Tipokia et le Japon de l'ère Tokugawa).
De cette étude comparée, et sans pareille, Jared Diamond conclut qu'il n'existe aucun cas dans lequel l'effondrement d'une société ne serait attribuable qu'aux seuls dommages écologiques. Plusieurs facteurs, au nombre de cinq, entrent toujours potentiellement en jeu : des dommages environnementaux ; un changement climatique ; des voisins hostiles ; des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux ; les réponses apportées par une société, selon ses valeurs propres, à ces problèmes. (Texte de l'éditeur)



- Enfin Gérard recommande la lecture du "Pape des Escargots" ou de "La billebaude" d'Henri Vincenot, deux livres truculents, ancrés dans la culture bourguignogne et qui font passer une bon moment au lecteur, a fortiori s'il est bourguignon, ainsi qu'un livre d'Orhan Pamuk "D'autres couleurs" paru en folio. Il s'agit d'un ensemble de textes retraçant la vie quotidienne et intellectuelle d'un grand écrivain contemporain.


N.B. : Il est fort possible que vous constatiez des oublis, dans ce cas écrivez-moi, je rectifierai.
Gérard

dimanche 13 mars 2011

SYNTHESE DE NOTRE REUNION SUR STEFAN ZWEIG


Stefan ZWEIG en 1912.
Après une présentation croisée des participants destinée à faire connaissance avec les nouveaux membres du Square, Anne-Marie Schwab, Catherine et Serge Michailof et Michel Espagnon, Claude rappelle les objectifs du Square.
Parmi les principes inspirant notre pratique depuis 9 réunions :


Au programme de la soirée, l'écrivain autrichien Stefan Zweig dont on parle beaucoup aujourd'hui chez les éditeurs, les libraires et ailleurs.

On peut retenir de nos échanges les points suivants :

  • Zweig l'essayiste
Les avis sont partagés, certains d'entre nous ont lu "Le monde d'hier", les uns n'ont pas accroché, considérant que Zweig traite d'un monde dans lequel ils ne se reconnaissent pas, tandis que d'autres ont beaucoup apprécié l'essai qui traite de l'arrivée de la guerre de 1914-1918. C'est le côté moderne de Zweig qui séduit, et en particulier sa perception de l'angoisse qui conduit au chaos. Un parallèle avec ce que nous vivons aujourd'hui peut être établi. Cet homme a l'intelligence des situations et des événements en cours.
Mais Zweig, s'il est plus conscient que d'autres des situations géopolitiques, s'il est extraordinairement lucide sur son époque, n'est pas pour autant ce que l'on appelle un écrivain engagé. On peut d'ailleurs s'interroger sur le sentiment de culpabilité qu'a pu générer chez lui cette difficulté à s'engager aux côtés d'autres écrivains. Toutefois, il montre, au-delà des littératures pacifistes ou combattantes, que les hommes, ou tout au moins une grande majorité d'entre eux, ne peuvent résister à l'attirance de la guerre et du conflit. C'est une sorte de besoin physique. Il suffit de lire cet excellent passage extrait de la nouvelle "Le voyage dans le passé" pour s'en convaincre :
" Comme mues par un poing tacticien, les masses marchaient, géométriques ordonnées, tout en maintenant entre elles une distance comme mesurée avec l'exactitude d'un compas et en surveillant leur pas, chaque nerf tendu par la gravité, le regard menaçant, et à chaque fois qu'une nouvelle rangée - vétérans, groupe de jeunes, étudiants - arrivait le long de l'estrade surélevée, où, sans relâche, les coups de tambours s'abattaient en rythme sur l'acier d'une enclume invisible, un même geste de la tête parcourait la foule avec une raideur toute militaire : les nuques se tournaient d'une même volonté, d'un même mouvement, vers la gauche, les drapeaux s'agitaient, comme arrachés à leur cordon, devant le chef qui, le visage pétrifié, accueillait la parade des civils, inflexible."

Stefan Zweig est un européen avant l'heure, un pacifiste, mais certainement pas un militant.
Il est aussi profondément sensible, individualiste, vraisemblablement marqué par sa culture et par ses connaissances en psychologie, même si cet avis n'est pas partagé par tous autour de la table. C'est aussi un grand voyageur qui a parcouru le monde et qui a retiré de ses voyages une véritable vision du monde, peut-être celle d'un citoyen du monde.
Certains d'entre nous établissent une comparaison avec d'autres écrivains voyageurs comme Gide qui a émis de réelles critiques après son voyage en Russie.
"Le monde d'hier" est un livre que l'on savoure, même si le premier chapitre paraît un peu long. Voici ce qu'en dit l'un d'entre nous (qui se reconnaîtra !)
" Ce n'est pas un livre d'histoire, bien qu'il évoque avec beaucoup de précisions de nombreux évènements historiques ; ce n'est pas non plus un livre sur la nostalgie ou "passéiste", bien que le chaos ait charrié un océan de douleurs et d'atrocités.
C'est le livre d'un homme, d'un humanisme acharné, européen convaincu, d'une immense sensibilité (quand l'intelligence n'a plus besoin de démonstrations ?), pétri de culture et qui va observer, impuissant, au naufrage de cette culture balayée par la barbarie.
On y voit également un intellectuel proche d'autres très grandes figures du monde littéraire ou des arts, nourrit de ces multiples rencontres et des amitiés fortes qui s'y sont développées : Romain Rolland, Richard Strauss, Rilke, Hofmannsthal, Freud, Rodin, Verhaeren, etc.
C'est un livre qui interroge sur une certaine fatalité du cours de l'Histoire ; fatalité qui peut conduire à la désespérance, et certainement au suicide pour des personnages comme Zweig qui se sentent responsables, en partie, de ce naufrage.
Il interroge évidemment sur le futur de notre époque ; pouvons-nous nous croire raisonnablement à l'abri de tels inhumanités ? Des évènements dramatiques comme le 11 septembre 2001, les krachs boursiers, les enjeux écologiques ne sont-ils pas autant de signes qui montrent à l'évidence notre fragilité et devraient nous alerter ? Comme les hommes de ce "monde d'hier" ne savons-nous pas "voir" ? Ne saurons-nous pas agir ? "

  • Zweig, le nouvelliste et le romancier
Nous nous sommes interrogés sur l'actualité, voire la modernité de Zweig. Pourquoi publie-ton des inédits aujourd'hui ? Pourquoi ces inédits sont-ils de réels succès de librairie ? Pourquoi la maison Gallimard a t-elle décidé de publier Zweig dans la collection de la Pléiade ? (Cf. Annonce d'Antoine Gallimard au salon du Livre de Jérisalem en février 2011)
Les réponses qui sont apportées sont diversifiées.
- Pour les uns, Zweig décrit des sentiments qui ne sont plus de mise aujourd'hui et qui parfois sombrent dans une certaine sensiblerie, et des rapports humains qui appartiennent à un autre monde, au passé. L'un d'entre nous le qualifiera de dernier écrivain du 19ème siècle.
- Pour d'autres, c'est la forme de littérature pratiquée par Zweig qui peut expliquer son succès et notamment ses nouvelles qui correspondent à notre rythme de vie moderne. Zweig met en scène des personnages de la vie quotidienne, des hommes et des femmes ordinaires qui sont plongés dans des intrigues où le suspense est merveilleusement ménagé par notre auteur. La construction de ses récits est également assez moderne avec des allers et retours entre présent et passé. Certains romans et nouvelles sont des bijoux de construction et de progression romanesque : "Vingt quatre heures de la vie d'une femme", "Le voyage dans le passé" ou encore "Les prodiges de la vie" qui s'attarde sur l'alchimie de la création artistique et sur les rapports entre l'écrivain et son modèle. A certains égards cette nouvelle peut nous faire penser au film "La Belle Noiseuse" de Rivette qui traite de la difficulté d'inspiration d'un peintre et de la relation salvatrice avec son modèle.
L'une des preuves de la modernité de Zweig résidela transcription de certains de ses écrits au cinéma. Notre expert en cinématographie évoque les deux versions de "24 heures de la vie d'une femme", celle de Dominique Delouche (réalisée en 1967) avec Danielle Darrieux, et celle de Laurent Bouhnik (réalisée en 2001), avec Agnès Jaoui et Michel Serrault, le film magnifique de Max Ophüls " Lettre d'une inconnue " (réalisé en 1948) avec Joan Fontaine et Louis Jourdan ou encore "Marie Antoinette" de W.S. Van Dyke (réalisé en 1938) avec Norma Shearer, Tyrone Power et John Barrymore.



Le cinéma constitue d'ailleurs une excellente transition avec un autre aspect de l'oeuvre de Stefan Zweig : les biographies.

  • Zweig le biographe
Parmi ses biographies les plus connues citées par une éminente participante du Square : Marie-Antoinette, Marie Stuart qui établit une forme de comparaison très subtile entre Marie et Elisabeth I, les deux souveraines et leurs destins croisés, Montaigne, Stendhal, Balzac, Magellan, Fouché, Rimbaud, Erasme ou encore Freud, Romain Rolland et Emile Verhaeren dont il fut l'ami.
Zweig est un biographe enthousiaste qui n'exerce pas de regard trop critique sur ses sujets. Il sait captiver le lecteur et décrit à merveille l'essence même de ses personnages, leur singularité et leur richesse.

  • Zweig : correspondance et journaux
Il existe plusieurs recueils de correspondance sur lesquels nos avis sont également partagés :
- Correspondance 1897-1919
- Correspondance 1920-1931
- Correspondance 1932-1942.

Dans les correspondances, pourceux d'entre nous qui les ont parcourues, on retrouve le personnage de ses romans, avec un côté à la fois "pleurnichard" (sic) et nostalgique.

Les journaux ont été publiés en un recueil : "Journaux 1912-1940". Selon l'éditeur, on y trouve des portraits en profondeur des plus célèbres de ses amis : Romain Rolland, Verhaeren, Rilke, Schnitzler, Richard Strauss. L'écrivain y observe la vie quotidienne à Paris ou dans la Vienne artistique et intellectuelle du début du siècle, puis il décrit le naufrage de cette Europe brillante et " l'immense absurdité du massacre ". De New York au Brésil, en passant par Londres, le chroniqueur de l'Age d'or européen, le pacifiste et l'humaniste de 1916, sombre ensuite dans un pessimisme désespéré qui le conduira au suicide.

Nous nous sommes posés la question de savoir si Stefan Zweig était un grand écrivain, si son oeuvre véhiculait une dimension universelle.
La réponse est nuancée : pour certains d'entre nous, il s'agit sans conteste d'un bon écrivain, d'un auteur de nouvelles, mais non d'un grand écrivain ayant sa place dans la collection de La Pléiade.
Pour d'autres, au contraire, Zweig incarne à la fois l'aspect brillant d'une culture européenne dont Vienne fut la capitale et la prise de conscience douloureuse des grandes mutations entre l'ère industrielle de la fin du 19ème et le monde moderne. Cet homme a su traduire avec talent et lucidité la lente agonie d'un monde en destruction, agonie peut-être comparable à celle que nous vivons aujourd'hui. En ce sens son oeuvre dépasse son époque, elle décrit, montre, décrypte des comportements humains qui forment la respiration de l'Histoire. 
Sa conscience aigüe de l'inévitable et de la folie des hommes  conduira Zweig au suicide, au Brésil, avec sa compagne : fuite éternelle ou acte de courage définitif, à chacun d'en juger !
Une seule certitude, Zweig est un écrivain qui nous pose des questions puissantes et qui suscite des débats. En cela il nous a permis d'atteindre les objectifs de notre groupe, rappelés par Claude au début de la soirée.

Bien entendu chacun a l'entière liberté d'amender le contenu de cette synthèse, vos commentaires et vos modifications éventuelles seront les bienvenus.

Vous pouvez me contacter à l'adresse e-mail suivante : moringlm@gmail.com

dimanche 12 décembre 2010

AUTEURS A L'ORDRE DU JOUR POUR LA REUNION DE MARS 2011

STEFAN ZWEIG


Pour ceux que cela intéresse, sachez qu'il y a un site Internet dédié à cet auteur :
A l'ordre du jour également, pour ceux qui le souhaitent : un écrivain de votre région d'origine et qui traite dans ses livres des aspects de cette région, au choix.