Affichage des articles dont le libellé est EXTRAIT DE LIVRE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est EXTRAIT DE LIVRE. Afficher tous les articles

samedi 27 mars 2010

BOUVARD ET PECUCHET : EXTRAIT

" A Falaise, le neuvième jour de son voyage, Pécuchet prit un cheval de renfort, et jusqu'au coucher du soleil on marcha bien. Au delà de Bretteville, ayant quitté la grande route, il s'engagea dans un chemin de traverse, croyant voir à chaque minute le pignon de Chavignolles. Cependant les ornières s'effaçaient, elles disparurent, et ils se trouvèrent au milieu des champs labourés. La nuit tombait. Que devenir ? Enfin Pécuchet abandonna le chariot, et pataugeant dans la boue, s'avança devant lui à la découverte. Quand il approchait des fermes, les chiens aboyaient. Il criait de toutes ses forces pour demander sa route. On ne répondait pas. Il avait peur et regagnait le large. Tout à coup deux lanternes brillèrent. Il aperçut un cabriolet, s'élança pour le rejoindre. Bouvard était dedans.
Mais où pouvait être la voiture du déménagement ? Pendant une heure, ils la hélèrent dans les ténèbres. Enfin, elle se retrouva, et ils arrivèrent à Chavignolles.
Un grand feu de broussailles et de pommes de pin flambait dans la salle. Deux couverts y étaient mis. Les meubles arrivés sur la charrette encombraient le vestibule. Rien ne manquait. Ils s'attablèrent.
On leur avait préparé une soupe à l'oignon, un poulet, du lard et des oeufs durs. La vieille femme qui faisait la cuisine venait de temps à autre s'informer de leurs goûts. Ils répondaient : "Oh très bon ! très bon !" et le gros pain difficile à couper, la crème, les noix, tout les délecta ! Le carrelage avait des trous, les murs suintaient. Cependant, ils promenaient autour d'eux un regard de satisfaction, en mangeant sur la petite table où brûlait une chandelle. Leurs figures étaient rougies par le grand air. Ils tendaient leur ventre, ils s'appuyaient sur le dossier de leur chaise, qui en craquait, et ils se répétaient : -- "Nous y voilà donc ! quel bonheur ! il me semble que c'est un rêve !"
Bien qu'il fût minuit, Pécuchet eut l'idée de faire un tour dans le jardin. Bouvard ne s'y refusa pas. Ils prirent la chandelle, et l'abritant avec un vieux journal, se promenèrent le long des plates-bandes.
Ils avaient plaisir à nommer tout haut les légumes : "Tiens : des carottes ! Ah ! des choux."
Ensuite, ils inspectèrent les espaliers. Pécuchet tâcha de découvrir des bourgeons. Quelquefois une araignée fuyait tout à coup sur le mur ; -- et les deux ombres de leur corps s'y dessinaient agrandies, en répétant leurs gestes. Les pointes des herbes dégouttelaient de rosée. La nuit était complètement noire ; et tout se tenait immobile dans un grand silence, une grande douceur. Au loin, un coq chanta..."                     (Extrait du chapitre 1)

lundi 26 octobre 2009

A propos de lecture. Paroles de Philip Roth

"Ceux qui lisent et qui écrivent sont une survivance, presque des fantômes."

"Il fut un temps où les gens intelligents se servaient de la littérature pour réfléchir."

"Certes, il y a encore quelques personnes qui lisent vraiment mais ells sont rares? Lire n'est pas acheter des livres et tourner des pages. Lire demande une très singulière concentration."

Amis fantômes, concentrons-nous !

lundi 25 mai 2009

T'EN ES A LA PAGE COMBIEN TOI ?

Dans Comme un roman, Pennac nous livre ce moment précieux pour tout prof de lettres où ses élèves sont contaminés par le plaisir de lire. Incroyable, mais les lecteurs en sont à comparer leurs performances :
- 360 pages, dans la semaine! Et toi?


Comptez vos pages, les enfants, comptez... les romanciers en font autant. Il faut les voir, quand ils atteignent la page 100 ! C'est le cap Horn du romancier, la page cent! Il y débouche une petite bouteille intérieure, danse une discrète gigue, s'ébroue comme un cheval de labour, et, allons-y, replonge dans son encrier pour s'attaquer à la page 101. (Un cheval de labour plongeant dans un encrier, puissante image!)
(Comme un roman, 134-5)