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dimanche 15 mars 2020

45EME REUNION : ESSAI DE SYNTHESE DE NOTRE DEBAT SUR LE ROMAN "J'AI COURU VERS LE NIL " PAR GERARD



 Présentation par Marie-Christine

Marie-Christine fait une présentation de l’auteur du roman « J’ai couru vers le Nil » intitulé en arabe « La république comme si », Alaa El-Aswany, un écrivain égyptien de renommée mondiale. Son roman le plus célèbre « l’immeuble Yacoubian » a été traduit dans 37 langues. Dans ce livre, l’auteur excelle à décrire un microcosme de la société égyptienne.
Certains ont établi une analogie entre « L’Immeuble Yacoubian » et « J’ai couru vers le Nil », notamment dans la manière d’approcher et de décrire la société égyptienne, à travers une société miniature où se croisent toutes les classes sociales et toutes les générations.
Dans le premier livre, nous nous situons au Caire dans les années 1990, dans le second nous sommes toujours au Caire, mais dans l’espace-temps confiné de la « révolution égyptienne de 2011 ».

Après avoir cité un article récent écrit après la mort de Moubarak, le 25 février dernier, Marie-Christine présente les principaux personnages du livre ainsi que les thèmes traités par l’auteur, ce qui permet de lancer la discussion.





-       Un roman ou un livre de témoignages ?

Entre membres du Square, nous ne sommes pas tous d’accord sur la nature du livre d’El-Aswany.
Quelques-uns d’entre nous considèrent qu’il s’agit avant tout d’un livre de témoignages sur la Révolution Egyptienne. L’argument qu’on peut invoquer en faveur de ce point de vue est l’intégration dans le livre de six témoignages d’acteurs réels de la Révolution. Ceux de Saïda Ahmed (p.263), Nachaoua Adelaziz (p. 267), de Loubna Assad (p. 269, de Lamia Hassanein (p.327), de Shenouda Assad (p. 333) et de Mahmoud Essayed (p. 338). 
Un parallèle a pu être fait avec le livre que nous avons choisi pour notre précédente réunion « Au cœur de l’Angleterre » de Jonathan Coe qui décrit, pendant une période de temps donnée, des tranches de vie de citoyens britanniques impliqués dans un processus qui amènera au vote du Brexit. La dimension sociologique transparait au fil des pages. Certains de nos lecteurs ont été surpris, ne s’attendant pas à cela et préférant d’autres livres du même auteur comme « Chicago » ou « Automobile Club d’Egype ». 
En lisant le livre, dans un ordre chronologique le lecteur suit le déroulement des événements entre le 25 janvier et la fin mars de l'année 2011 : les prémices, le début de la Révolution, la démission de Moubarak, les réactions des partisans de Moubarak, la répression sous ses différentes formes, le désenchantement enfin.

A contrario, plusieurs autres participants considèrent qu’il s’agit d’un roman avec une structure littéraire très construite et une narration fictionnelle qui tient le lecteur en haleine jusqu’au moment de la chute finale. Les différents personnages du livre, même s’ils s’inspirent de personnages réels, sont le fruit de l’imaginaire de l’auteur. Leurs destins se croisent au cours des événements et il y a dans le livre plusieurs intrigues purement fictionnelles notamment dans les relations homme/femme, qui sont assez nombreuses et dans les relations familiales, le tout teinté d’un islam très instrumentalisé. L’approche narrative, qui a pu rebuter certains avec ce système de séquences alternées, d'échanges de lettres, d'argumentaire concernant la vie d'un personnage, l'intégration de témoignages multiples par deux fois, a été appréciée par d’autres. Elle a pour vertu d’intégrer une tension dans le récit qui brise une narration de type linéaire qui risquait de susciter lassitude et ennui chez le lecteur.
D’autres enfin considèrent que cette question de la nature du récit ne remet nullement en cause la qualité du livre. Livre qui a permis à beaucoup d’entre nous de découvrir à la fois la société égyptienne, dans sa richesse, dans sa complexité, dans ses contradictions, dans sa diversité, dans sa culture spécifique et dans ses modes d’organisation et de fonctionnement.
C’est un livre politique ont affirmé certains. Ce qui pose la question de la fonction de la littérature dans ce type de circonstances. Question que nous avons abordée de nombreuses fois déjà depuis la création du Square. Littérature d’engagement, littérature courageuse. El-Aswany, ne l'oublions pas, risque d'être traduit en justice s'il rentre en Egypte. Sa famille qui vit encore dans le pays n'est pas à l'abri de tracas.
Livre de témoignages, livre à dimension sociologique, œuvre littéraire aboutie, livre de découverte, livre politique, « J’ai couru vers le Nil » est tout cela à la fois. Chacun d’entre nous a été sensible à l’une ou l’autre de ces dimensions.




-       Les personnages

Ils reflètent la diversité égyptienne, surtout la diversité de la population du Caire, de certains quartiers du Caire même, il est important de le remarquer. 
Sur ce point, plusieurs d’entre nous ont évoqué « L’immeuble Yacoubian » œuvre majeure de l’auteur, dans laquelle celui-ci décrit avec talent le microcosme d’un immeuble situé dans un quartier du Caire. Probable d’ailleurs que le métier de dentiste, exercé par El-Aswany, l’a encouragé à décrire cette diversité d’un microcosme cairote. Quand on est dentiste ou médecin, on côtoie chaque jour une multiplicité d’individus très différents, qui généralement vivent dans le même quartier. 


                                   L'immeuble Yacoubian au Caire aujourd'hui

Sur la ville du Caire telle qu’elle est représentée au cinéma, on a cité comme références le film « L’immeuble Yacoubian » de Marwan Ahmed, sorti en France en 2006, prototype égyptien du film « choral », par ailleurs très fidèle au livre d’El Aswany, mais aussi « Le Caire Confidentiel », un film noir de Tarik Saleh, sorti en France en 2017, dont l’action se situe en pleine période pré-révolutionnaire et qui provoque une immersion dans le monde de la corruption, de la dictature et de l’injustice sociale.

Pour mémoire, sans entrer dans les détails, rappelons les caractéristiques des principaux personnages :

-       Le général Alouani, 58 ans, chef de l’Organisation, la police politique du régime. Musulman pratiquant et pilier du régime Moubarak. Stratège qui négocie avec les riches familles et avec les Frères musulmans dans le but de contrer la Révolution
o   Hadja Tahani Talima, sa femme âgée de 50 ans, avec qui il fait l’amour en regardant des films porno.
o   Damia, la fille du couple, étudiante en médecine, qui succombera au charme de Khaled et qui s’engagera dans la révolution de la place Tahrir

-       Achraf Ouissa, un homme d’âge mûr, artiste, écrivain, en marge de la société égyptienne. C’est un copte.
o   Madja, sa femme, une copte également ; Conservatrice pour laquelle ce qui compte c’est son statut social et l’argent
o   Les deux enfants du couple, sur le même modèle, Sara et Boutros qui sont sous l’influence de leur mère et de sa famille.
o   Akram, la servante et maîtresse d’Achraf dont elle est éperdument amoureuse, elle-même mariée à Mansour, le beltagui (sorte de milicien mercenaire à la solde du pouvoir en place)

-        Asma Zenati, jeune enseignante, au comportement indépendant, qui refuse de porter le voile. Elle tombe amoureuse de Mazen, un jeune ingénieur qui travaille à l’usine et qui est révolutionnaire. A noter qu’Asma et Mazen communiquent par lettres dans le livre. Elle sera torturée et elle partira à l’étranger. Voici ce qu’en dit l’auteur : « "J’ai un personnage qui s’appelle Asma. Cette fille incarne la souffrance que la femme égyptienne a vécue. Pendant la révolution, avant la révolution et après la révolution. Asma est une jeune révolutionnaire qui a eu beaucoup de problèmes pendant et avant la révolution. Parce qu’elle a trouvé une corruption incroyable à l’école quand elle enseignait. Le directeur de l’école a créé un problème avec elle parce qu’elle n’était pas voilée, et on utilise le fait qu’Asma ne soit pas voilée pour la punir. » (https://www.franceculture.fr/litterature/alaa-el-aswany-legypte-le-voile-et-la-censure)
o   Son père Mohamed Zenati, qui travaille en Arabie Saoudite.

-       Mazen-El-Saqa, jeune ingénieur et syndicaliste, a une relation avec Asma

-   Issam Chaalane, ingénieur directeur de l’usine italienne. Ancien révolutionnaire et syndicaliste qui est entré complètement dans le système, tout en gardant certains réflexes.

-  Cheikh Chamel, religieux très écouté par la classe possédante du Caire, ses interprétations du Coran, pour lesquelles il est souvent sollicité vont toujours dans le sens de ceux qui exercent le pouvoir. Il pratique l’interprétation coranique.

-   Nourhane, présentatrice de télévision et surtout une intrigante de haute volée qui développe une stratégie arriviste très au point, en appliquant les conseils toujours bienveillants de l’autorité religieuse incarnée par le Cheikh Chamel.
Trois hommes importants dans sa vie :
o   Le docteur Hani el-Aassar
o   Issam Chaalane, l’ingénieur, directeur de l’usine avec lequel elle se marie en secret
o   Hadj Chanouani enfin le propriétaire d’un chaîne de télévision qui sera la voix des partisans de Moubarak pendant et après la Révolution et qui est milliardaire.

-       Madani. C’est le chauffeur de l’usine. Il devient ensuite l’ami d’Issam.
o   Khaled son fils, étudiant révolutionnaire qui sera tué d’une balle dans la tête par un officier sur la place Tahrir. Son père le vengera par ses propres moyens puisqu’il n’y a rien à attendre de la Justice aux mains du pouvoir. Damia, la fille du général tombe amoureuse de Khaled. Elle tentera par tous les moyens d’aider sa famille et de faire en sorte que justice soit faite. Elle n’y arrivera pas.
o   Hund, sa fille, est également étudiante et participe à la Révolution

Dans notre débat, nous avons évoqué la vie de ces personnages pendant l’espace/temps de la Révolution égyptienne de 2011. Certains restent campés sur leur position et font tout pour garder le pouvoir, d’autres au contraire, sont en mouvement et adhèrent, souvent spontanément au « rêve » révolutionnaire. C’est le cas d’Achraf, d’Asma, de Damia… Le mot rêve est important. El-Aswany oppose en effet la classe dominante aux révolutionnaires en ces termes : « ils ont tout, nous rien » … sauf le rêve et ce rêve est indestructible. Même si la Révolution a échoué et si le livre d’El Aswany est interdit en Egypte et dans la plupart des pays arabes, aujourd’hui il reste toujours une lueur d’espoir… qui se réveillera dans dix, vingt ou quatre-vingts ans, dit-il.

Nous nous sommes posés la question de la nature et des caractéristiques de tous ces personnages.
Plusieurs remarques ont été exprimées :
-       « Les gentils sont tous du même côté, les méchants, de l’autre ! »
-       « Les personnages incarnent chacun une posture politique… »
-       « Les personnages vivent des situations un peu artificielles et parfois peu réalistes (la relation entre Achraf et Akram par exemple). Un côté romance à l'eau de rose en quelque sorte!
D’autres en revanche sont plus vrais que nature comme le général Alouani, le Cheikh Chalem ou Nourhane l’intrigante.

La question de l’hypocrisie de plusieurs personnages a été soulevée. Il s’en est suivi un débat sur leur comportement. 
Ainsi Alouani : est-il hypocrite ou bien est-il authentiquement dual, voire complexe ? Il regarde des films pornos pour s’exciter dans ses relations avec sa femme, il fait pratiquer la torture sur ceux de la place Tahrir, il est plein d’amour protecteur pour sa fille, il négocie avec les frères musulmans avant de les museler… La question a été posée, elle n’a pas été tranchée. 
Et Nouhrane, croit-elle vraiment en l’Islam ou ne fait-elle que s’en servir pour développer ses ambitions sans limites ?
Pour El-Aswany, la ligne de démarcation n’est-elle pas à un autre niveau ? Ceux qui sont pour et ceux qui sont contre les printemps arabes ? La question de du caractère hypocrite ou non des personnages n’est-elle pas secondaire dans ce type de situation ? Il est vrai que dans un article sur le livre, El Aswany soi-même évoque Tartuffe à propos du Cheikh Chalem.



                               Source Wikipedia : la place Tahrir pendant la Révolution égyptienne


 - Les thèmes du livre

Comme pour les personnages, les thèmes du livre ne seront qu’évoqués. C’est ce qui a été le cas dans nos échanges.

-       Le pouvoir
Comment, dans les dictatures du bassin méditerranéen, s’articule l’alliance entre « le sabre et le goupillon ». En quoi l’armée et les religieux font-ils cause commune lorsque la situation révolutionnaire peut dégénérer ?
En quoi ensuite l’armée n’a de cesse de se débarrasser du pouvoir des religieux, notamment en emprisonnant les chefs musulmans élus ?
Quel est le rôle joué par les puissances étrangères dans cet étouffement des révolutions arabes ?
Nous n’avons pas pu répondre à ces questions. Mais au moins les avons-nous posées.

-       Les relations homme/femme et la place des femmes en Egypte
Parfois, dans le livre elles nous ont semblé caricaturales. Elles semblent présentées avec une certaine maladresse, tout au moins un manque de discernement. Le constat est cependant clair, dans la société égyptienne, celle de Moubarak, en s’appuyant sur l’Islam, les hommes exercent leur pouvoir sur les femmes dans presque tous les domaines. La Révolution a permis de mettre en avant d’autres types de rapports entre hommes et femmes, c’est un fait. Sur la place Tahrir, les femmes ont pu se sentir plus libres… Mais après, qu’en est-il réellement ? A cet égard la question du port du voile est éminemment symbolique. Les choses ont-elles changé pour autant au quotidien dans l’Egypte actuelle ? Pour certaines femmes ne vaut-il pas mieux suivre le chemin de Nouhrane ? Auprès des hommes, la ruse et la flatterie permettent d’arriver à ses fins ! La solution est individuelle et risquée.
La question est là-encore posée ?

-       La violence
Il y a plusieurs types de violence. La violence cachée, celle qui se traduit au quotidien par des situations de soumission à plus fort que soi. On la trouve dans toutes les pages du livre. Il y a la violence de la solitude et de l’isolement. Beaucoup de personnages se trouvent dans cette situation, nous en avons parlé. Il y a enfin la violence physique et morale qui s’exerce sur les corps et sur les consciences.
La violence de la dia, le rachat de la vie d’un jeune homme assassiné en appelant l’Islam à la rescousse, la violence physique qui se traduit par l’assassinat de sang froid du jeune Khaled, la violence morale et physique auprès des jeunes femmes dont on vérifie la virginité ou auprès de l’ingénieur qui se croyait à l’abri.

-       La puissance des médias et de la communication
Plusieurs d’entre nous ont remarqué l’importance que prend la communication et les médias aujourd’hui lorsque se déroulent des phénomènes révolutionnaires. D’un côté les réseaux sociaux permettent une mobilisation immédiate, de l’autre les chaînes de télévision et les médias fabriquent une vérité qui est celle des dominants. Le livre est limpide à cet égard. Nourhane incarne cette toute puissance de l’information télévisée dans un pays où les réseaux sociaux sont l’apanage d’une jeune génération et où la censure peut s’exercer sur Internet et sur les médias d’opposition. La manipulation de l’information a été un moyen de bataille très puissant pour tuer dans l’œuf la Révolution.

-       La corruption et la puissance de l’argent
Certes et quoi qu’on en dise, elle règne partout dans le monde. Dans les dictatures elle constitue une sorte de ciment social. Nul ne peut y échapper, lorsqu’on se trouve confronté à une situation inhabituelle dans laquelle d’autres peuvent vous venir en aide à condition de…

-       L’engagement
Toute situation révolutionnaire amène les hommes et les femmes en présence à se poser la question : dans quel camp suis-je ? Dans quel camp je vais combattre ? Certains comme le général n’ont pas à se poser la question. Mais Damia sa fille se la pose, Asma également et Achraf de même. L’engagement a des conséquences. Il faut les assumer. C’est ce que montre le livre : la mort, la torture, l’exil et… la poursuite du combat. C’est aussi le propre destin d’El- Aswany, qui est maintenant en exil avec impossibilité de rentrer en Egypte sous peine de comparaître devant un tribunal militaire.

-       Les coptes et leur religion
Les coptes sont des chrétiens d’Egypte. C’est une minorité en Egypte. Les tensions avec les musulmans sont fréquentes. Ainsi de nombreux coptes choisissent-ils l’exil. Ils pratiquent l’endogamie et ont une nourriture à base de végétaux.
Achraf applique les principes de sa communauté. « Je suis copte, Akram, et le divorce n’existe pas chez nous. »

-       La critique de la société égyptienne
La société égyptienne est une société figée, plusieurs d’entre nous ont évoqué ce thème récurrent dans l’œuvre de notre auteur.
L’une des phrases du livre, prononcée par Achraf qui s’adresse à Akram, permet de synthétiser ce que nous avons dit :
« En Egypte, lorsqu’un homme naît, son destin est déjà presque fixé. Les alternatives qui s’offrent à lui sont très peu nombreuses. Toi, si tu étais née dans une famille riche, tu aurais terminé tes études, tu aurais épousé un homme riche et tu aurais une vie meilleure. Moi, si j’étais né pauvre comme toi, peut-être que je serais devenu un voleur ou un voyou. Les gens en Egypte héritent de leurs conditions et il est très difficile d’en changer. Même la religion, personne d’entre nous ne l’a choisie. Tu es née musulmane et je suis né copte, et si c’était le contraire tu t’appellerais Thérèse et moi Mohamed. » ( p. 133)





- La chute du roman

La fin du livre est plutôt pessimiste. Que faut-il penser de ce que dit à Asma le directeur de la prison après lui avoir fait subir un test de virginité : « L’officier s’approcha d’elle qui était allongée par terre puis il dit d’une voix calme : — Tu vois, Asma, à quel point tu ne vaux rien. Tu n’es rien, Asma, rien du tout. Tu le sais maintenant. N’essaie pas de t’attaquer à tes maîtres, compris ? »
Quant à la chute, elle se traduit par l’exécution de l’officier qui a tué Khaled à bout portant sur la place Tahrir. Comment l’interpréter ?
Madani s’adresse à l’homme qui a tué son fils :
« Tu as tué mon fils d’un coup de feu, un coup de feu qui est parti de cette main-là. J’ai ramassé des morceaux de sa cervelle avec ma main, pendant que je le lavais. C’est avec cette main que j’ai enlevé sa cervelle. »
L’interprétation que l’on peut donner de cette chute du roman est que toute révolution se traduit par des drames personnels et que cette dimension douloureuse, tragique, est rarement prise en compte. Ici, c’est Madani lui-même, le citoyen exemplaire et soumis, qui règle son problème avec ses propres moyens, puisque la justice officielle fait partie du système. Plusieurs fois dans le livre, El-Aswany s’étend sur les conséquences de la mort d’un être cher. C’est une vie qui disparait, un enfant chéri avec des milliers de souvenirs qui s'en va à jamais, c’est le destin d’une famille qui bascule. Et cette réalité du drame personnel, l’auteur arrive à la transcrire avec délicatesse, justesse et authenticité.

Heureusement lorsqu’on interroge El-Aswany sur la suite des événements, ses propos sont plus rassurants  : « Il ne faut pas oublier que 60 % des Égyptiens ont moins de 40 ans. Dans dix ans, la plupart des contre-révolutionnaires auront disparu. Le principal, le plus important, c’est que tout a changé en Égypte : la vision de la femme, des islamistes, du patriarcat… »
 

mercredi 8 janvier 2020

44EME REUNION - SYNTHESE ET COMMENTAIRES

Mise en perspective

En 2001 et 2004, deux romans de Coe «  Bienvenue au Club (The Rotters' Club) » et « Le Cercle fermé (The Closed Circle) » décrivent les aventures d'un même groupe de personnes
- pendant leur dernière année de lycée dans le premier roman
- vingt ans plus tard dans le second.
Ces deux oeuvres constituent une fresque des années 1970 et 1990 en Grande Bretagne, elles mettent en évidence les mutations profondes qu'a subies la société entre ces deux dates, avec les réformes thatchéristes et blairistes en les incarnant dans la vie quotidienne des personnages.
« Le cœur de l’Angleterre » constitue en quelque sorte la suite de ces deux livres, dans le contexte des années qui conduiront au Brexit.



Interrogation sur le titre

En anglais le roman s’intitule « Middle England ». Nous nous sommes posés la question de savoir si la traduction en français par « Le cœur de l’Angleterre » est judicieuse. Si elle rend vraiment compte de l’intention de l’auteur. On peut traduire en effet Middle England par « le centre de l’Angleterre », la « moyenne Angleterre » ou encore l’ « Angleterre centrale ». Dans ce cas, c’est la situation géographique, celle de Birmingham, à laquelle il est fait référence. L’expression française « au cœur de l’Angleterre » peut cependant avoir un sens beaucoup plus large et révéler une dimension plus sociologique que géographique. 
Nous n’avons pas tranché cette question. Nous n’avons fait que la soulever.

Architecture du roman
- Pour les uns la première partie laisse présager d’un grand livre puis…
- Pour d’autres, la première partie est difficile à lire dans la mesure où elle met en scène des situations familiales sans grand intérêt, heureusement apparaît ensuite une ouverture sur un champ plus collectif
- Quant à la fin du roman, elle laisse perplexe la plupart d’entre nous : pourquoi ne pas avoir intégré une chute, dans l’attente d’une suite ? Pourquoi avoir choisi un décor provençal et un pays de lumière en abandonnant à son sort la triste Angleterre ? Ne s’agit-il pas d’une pirouette permettant de boucler le roman alors que dans le réel le Brexit continue à produire des effets ?

Un récit ancré dans le temps
Le temps qui passe est illustré par le découpage du livre :
-       Les trois grandes parties : la joyeuse Angleterre (de. ), l’Angleterre profonde (de   ) et enfin la vieille Angleterre (
-       Les épisodes datés en mois
-       Les épisodes datés en jours


S’agissant de la manière d’aborder le débat, deux approches ont été retenues l’une par Jean-Bernard, l’autre par Anne.


Approche par les personnages (Jean-Bernard)

Cet angle d’attaque du roman nous situe dans une posture plus littéraire qu’une approche par les thèmes du roman.
"Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment mes personnages romanesques peuvent être affectés par l’histoire et la politique" déclare l'auteur.
Une distinction peut-être faite entre deux catégories de personnages.

Les personnages principaux

·      Benjamin Trotter
C’est un quinquagénaire issu de la classe moyenne, originaire de Birmingham. Son père Colin travaillait dans les ateliers Leyland. Sa mère Sheila était une femme au foyer. Elle décède subitement d’un cancer foudroyant après cinquante années de mariage.
Ben a eu un grand amour dans sa vie Cicely. Il a vécu des années avec cette femme avant qu’ils se séparent. Elle vit maintenant en Australie.
On peut décrire Ben comme un looser, mais on peut aussi voir en lui un témoin, un observateur plongé dans un monde dans lequel il n’est pas réellement engagé. Il vit dans un moulin acheté après la vente de son appartement à Londres. Il a écrit un livre de plus de 3 000 pages qui a pour thème principal son amour pour Cicely. Finalement, grâce à son ami Philip, le livre est publié après avoir été sérieusement caviardé. "Une Rose sans épine" se vend bien. A tel point que Ben est nominé pour le Booker Prize.
Ben est au centre d’une famille qui comprend Colin, son père, Lois, sa sœur et Sophie, sa nièce. Il est l'ami de Doug un journaliste politique. Il retrouve par hasard un vieux copain qui s’appelle Charlie Chappell. Il retrouve également une ancienne petite amie, Jennifer, avec laquelle il a une relation sexuelle suivie.
On peut voir Ben comme le « double » de Jonathan Coe. Il a la cinquantaine, il est originaire de Birmingham une ville ouvrière. Il a une scolarité normale. Ses parents l’inscrivent au Trinity College à Cambridge. Et surtout, il écrit un livre.

·      Sophie Coleman-Potter
Elle a 27 ans en 2010. C’est la nièce de Ben, la fille de Lois et de Christopher. Sophie a fait de bonnes études, elle devenue une brillante universitaire. Elle n’a pas trouvé son équilibre sur le plan sentimental. Elle vit à Londres et représente le prototype de la jeune femme londonienne élitiste. Elle fréquente des homosexuels branchés. Elle a des idées progressistes et se range parmi les « Remain ». Elle est confrontée à des situations qui bouleversent sa vision du monde : sa relation avec Ian, un moniteur d’auto-école, la croisière qu’elle entreprend en compagnie d’un écrivain à la mode, sa rencontre lors d’un colloque à Marseille avec Adam, sa triste mise à l'écart de l'université...
Son mariage avec Ian la fait plonger dans l’Angleterre profonde, celle d’Helena, lqui est à la fois traditionnaliste, nostalogique d’une certaine Angleterre et raciste au fond d'elle-même.

·      Doug Anderton
Journaliste politique, il a réussi s carrière professionnelle. Il est marié à Francesca une richissime femme d’affaires. Ils ont un fils Ranulph dont on ne parle pas et une fille, Coriandre. Doug fait parti du cercle des journalistes politiques. Il entretient des relations avec Nigel, un conseiller en communication du gouvernement Cameron qui lui donne des tuyaux. C’est un travailliste qui critique vertement Cameron et les conservateurs.
Doug se sépare de sa femme et de son standing. Il rencontre Gail une femme qui fait de la politique dans le camp des conservateurs.
Avec Coriandre sa fille, les rapports se crispent au fur et à mesure. Doug tire systématiquement son épingle du jeu.

·      Coriandre Anderton
C’est un personnage important, dans la mesure où elle représente la jeunesse révoltée contre la société établie. Elle a quatorze ans en 2011. Elle est attirée par les jeunes en révolte et par les quartiers branchés du nord de Londres. Elle suit des cours à l’université. Elle est membre d’un syndicat étudiant. Elle participe à des manifs sans pour autant avoir des positions claires. Elle sera à l’origine d’une campagne de dénigrement via les réseaux sociaux visant Sophie, accusée de transphobie. 

·      Lois
Ce n’est pas tout à fait un personnage principal dans le roman. Mais à la fin du livre on comprend le lien très fort qui unit Ben et Lois. L’un et l’autre renonceront à leur partenaire respectif, Ben à Jennifer et Lois à Christopher.
Ils quittent la sombre Angleterre qui vit dans le chaos pour aller vivre dans le sud de la France, pays de lumière. Finalement l’un et l’autre suivent une démarche parallèle qui a peut être son origine dans leur famille. Ils ont tous été élevés dans les seventies par Colin et Sheila dont on connait les valeurs. Provinciaux, issus de la classe moyenne, attachés à la Vieille Angleterre qui dominait encore le monde. 
Ce monde là ayant disparu, Ben comme Lois sont paumés. Mais ni l’un ni l’autre ne sont engagés et donc ils choisissent le vivre ailleurs, la fuite.

·      Colin Trotter
Père de Ben et de Lois, il représente à la fois la classe ouvrière, le provincial et le nostalgique de la grandeur passée de l’Angleterre. Il ne comprend pas les évolutions. Il n’évolue pas, il reste dans le monde ancien et bien sûr au risque de mettre sa vie en danger, il votera pour « Leave ».

·      Charlie Chappell
C’est un personnage atypique qui exerce une activité de clown dans les "fast food". Un marginal, peut-être même un poète. Camarade d’école de Ben, il est originaire comme lui de Birmingham. Manifestement il est resté en bas de l’échelle sociale. Son comportement est celui d’un homme qui combat pour survivre. Il vit avec une femme qui le tolère, mais qui le prend pour un incapable. Cette femme a une fille pakistanaise Aneeqa que Charlie considère comme sa propre fille. Il se bat pour qu’elle réussisse. 
Concernant le Brexit il hésite à voter comme sa classe celle des pauvres, des démunis, mais le Brexit serait une catastrophe pour Aneequa, car elle ne pourrait pas partir faire des études en Europe, en Espagne.
Charlie symbolise les paumés, ceux qui dorment dans leur voiture et qui vont chercher leur bouffe à la banque alimentaire. Il fait une tentative de suicide, Ben le sauve "in extremis". Mais c’est quelqu’un qui a une vraie générosité. L’écriture d’un livre sur sa vie sera peut-être ce qui le sauvera.

Les personnages secondaires

·      Ian
Il symbolise l’anglais moyen qui réussit à vivre à Londres. Il est relativement ouvert et authentique dans ses comportements. C’est ce que Sophie apprécie en lui. Après quelques temps, elle découvre ses limites, notamment lorsqu’elle fait connaissance de sa mère et de son contexte familial. La province, la rigidité, les bonnes manières, le mariage les enfants et surtout pas d’immigrés. Ian votera "Leave".

·      Helena
Mère de Ian.  Elle a toujours vécu en Province. Elle représente comme Colin, la vieille Angleterre. Elle porte en elle un racisme caché, jusqu’au jour où elle doit faire un choix qui révèle ses convictions profondes.

·      Sohan
Chargé de cours au département d’anglais de l’université. C’est un intellectuel, un ami de Sophie. Il est londonien. Homosexuel, il se marie avec Mike, un trader pété de fric qui donnera ensuite dans l’humanitaire hors de Londres. Sohan est pour la loi sur le mariage gay et il est contre le Brexit.

·      Adam
C’est un universitaire spécialisé qui évolue dans la sphère internationale. Le Brexit ne semble pas le concerner au premier chef. Il a une très courte aventure avec Sophie à l'occasion d'un colloque à Marseille.

·      Philip
C’est un ami et un conseiller de Ben. Il est éditeur, il publiera son livre et fera en sorte qu’il obtienne du succès.

·      Nigel
Conseiller en communication du gouvernement. Il exprime la rupture totale entre les politiciens et le reste du monde. Il vit dans une bulle. Il ne sait même pas si on dit Brixit ou Brexit. Il n’a aucune épaisseur, il retourne sa veste en fonction des événements.
  
·      Lionel Hampshire
Ecrivain arriviste et vénal. Ayant reçu jadis le Booker Prize, il exploite sa popularité dans tous les sens du terme.

·      Grete
Jeune femme lithuanienne qui s’occupe du ménage chez la mère de Ian. Victime de la xénophobie ambiante. Elle évolue positivement et se marie avec Luka. Pour elle, l’enjeu du Brexit est important…

·      Culpepper
Homme d’influence situé à la droite extrême, qui par l’intermédiaire de la fondation Imperium exerce un pouvoir occulte sur les médias et les gouvernants. Coe le représente comme un lâche qui a peur d’être agressé par ses anciens collègues de lycée. C’est un calculateur cynique. Ces gens là trouvent un intérêt évident dans le Brexit.


Sur les caractéristiques de ces personnages nous avons engagé une discussion.

-     Plusieurs personnages sont particulièrement bien campés et ont une véritable épaisseur. Benjamin, le quinquagénaire qui se découvre une vocation d’écrivain par exemple. Il éprouve une difficulté à s’engager, la politique ne l’intéresse pas et, sur le Brexit il n’a pas de position claire. Doug, son ami, est représentatif du Labour, même s’il fréquente Gail qui n’est pas du même bord. Mais à travers cette contradiction, il exprime la vérité de ces journalistes qui vivent dans les sphères du pouvoir. A l’observation, la plupart de ces personnages clés du roman semblent être sur la défensive. Qu’il s’agisse de Ben, de Sophie, de Doug ou de Charlie, ils n’ont ni attitude constructive, ni attitude volontariste. D’ici à voir un certain fatalisme qui débouchera d’ailleurs pour au moins trois d’entre eux sur un exil dans le sud de la France, dans un pays de lumière. D’autres vont jusqu’à la violence, signe d’impuissance, Charlie vis-à-vis de son concurrent, Doug vis-à-vis de Culpepper…

-      Les personnages secondaires en revanche apparaissent à plusieurs d’entre nous comme caricaturaux, qu’il s’agisse de Nigel, le conseiller en communication, de Lionel Hampshire, l’écrivain vénal, de Wilcox le passager raciste, de Derek le participant au stage de récupération de points ou encore de Mike, le trader repenti qui se lance dans l’humanitaire. Des personnages « porte-enseigne selon l’un d’entre nous. Difficile cependant d’en déduire une faute d’écriture ou un manque de rigueur. Ces personnages sont tels qu’on les rencontre dans la vie, tels qu’ils s’expriment dans des rapports superficiels.




Approche par les thèmes (Anne)

·      Thème du temps qui passe et de la nostalgie

Au-delà du livre « Le cœur de l’Angleterre », ce thème semble récurrent chez Coe. La famille Trotter évolue sur plus de trois décennies.
Dans ce dernier roman, la génération des parents disparait en portant avec elle la nostalgie de l’ancienne Angleterre. Les enfants cherchent à ressentir eux-mêmes cette nostalgie dans des lieux qui leur rappellent leur enfance : Ben et son père sur la place où se tenaient jadis les usines Leyland, Lois et Ben sur la colline où ils répandent les cendres de leurs parents. Mais aussi Sophie qui revient à Marseille, au château d'If, avec Aneeqa sur les lieux où elle a connu une romance avec Adam.
Ben au bord de la Sorgue cherche les sensations qu'il éprouvait devant la rivière qui coulait dans son moulin en Angleterre…

Lors de notre dernière réunion, nous nous sommes penchés sur l’œuvre de Proust. Certains d'entre nous ont même tenté une comparaison, loin d'être favorable à Coe, il va sans dire. Mais lui-même est très sensible à cette dimension de la littérature. Il l’exprime en ces termes dans une intervew récente : « Pour moi, le plus beau titre de roman du monde est à la Recherche du temps perdu. C’est l’essence même de l’écriture, les années ne seront pas perdues puisqu’elles seront écrites. »

·      Le politiquement correct

Coe en donne une définition dans la bouche de Ian. Il ne porte pas de jugement, mais il montre les évolutions de nos sociétés modernes. Il faut respecter les codes, avoir recours à un langage polissé. On s'interdit certaines expressions. Peu à peu une certaine forme de liberté s'estompe devant la pression sociale.

·      L’immigration, le racisme latent, le rejet de différences
A maintes reprises dans le livre Coe décrit des situations où le racisme est perçu comme une réalité rampante Outre-Manche. Que ce soit Derek qui s’en prend à Naheed, la jeune animatrice d’auto-école, ou Héléna qui refuse de témoigner pour soutenir Grete contre l’agresseur dont elle a été victime dans un supermarché : « je pense que, tout bien considéré, il faudrait mieux que vous retourniez chez vous, vous et votre mari. », ou encore ce Wilcox qui a sans le collimateur deux femmes lesbiennes qui voyagent sur le même bateau… Le rejet de l’autre, de celui qui est différent est partout, même chez Ian. C'est une des caractéristiques d notre société aujourd'hui.

 Paupérisation des classes populaires 
Les quelques mots prononcés par Charlie à la fin du roman (p.538) illustrent parfaitement ce lent processus de paupérisation qui prend sa source dans les années Thatcher : « Selon moi, tout a changé en Angleterre en mai 1979 et, quarante ans plus tard, on en paie encore les conséquences. Vous voyez Benjamin et moi, on est des enfants des années soixante-dix. On n’était peut-être que des gosses, mais c’est dans ce monde là qu’on a grandi. L’Etat-Providence, le système de santé, tout ce qu’on a mis en place après-guerre. Seulement tout ça se délite depuis 1979 et continue de se déliter. Le voilà le fond de l’affaire. Je ne sais pas si le Brexit est un symptôme ou s’il fait diversion. Mais en gros, le processus arrive à son terme aujourd’hui. Tout aura bientôt foutu le camp. »

·      Le conflit des générations
Quatre types de générations sont présents dans le livre. La génération des seniors représentée par Colin, Helena et Wilcox. La génération des quinquagénaires avec Ben, Lois, Charlie, Doug, Philip. La génération de Sophie et de Ian. Enfin celle de Coriandre et d'Aneeqa.







Les procédés narratifs

L’un d’entre nous a beaucoup insisté sur cette question de l’originalité de la construction du roman. Il est vrai que pour immerger les personnages dans un contexte politique qui évolue sur 8 ans et pour saisir leurs observations, leurs impressions et leurs réactions, il a fallu faire preuve de créativité.
Si l’on recherche les procédés narratifs utilisés pour la période 2010 – août 2011, qu’observe-t-on au niveau de l’écriture, qui permet d’introduire la dimension politique dans le quotidien des personnages ?

Faire parler un autre : Colin fait parler sa femme Sheila il exprime en fait sa propre vérité : décadence
-   Dialogue entre deux personnages : Doug synthétise l’opinion actuelle sur les élites et les politiciens dans un dialogue avec Ben
-   Ecoute d’une chanson : de Shirley Collins p. 31
-   Débat entre 2 écrivains sur « modération et tolérance en Angleterre. p. 45
-   Discussion entre Sohan et Sophie : « vendeuses et passants intolérants dans le regard ». Ils détestent ces gens sans visage qui les jugent, là-haut, qui décident de ce qu’ils ont le droit de dire et de ne pas dire à haute et intelligible voix.
-   Tuyaux et commentaires d’un technocrate politicien Nigel p.53
-   Réaction raciste d’un participant au stage d’auto-école. Il dénonce le nouveau fascisme
-       Lecture d’ un article sur un meurtrier présumé qui ferait un bon coupable (p. 80)
-       Référence à un livre qui traite du génocide progressif des races blanches livre d’un dénommé Peter. Thèse de Kalergi, un australien. Pour lui, les habitants des futurs « Etats Unis d’Europe » ne seront plus les peuples originaires du Vieux Continent, mais plutôt une sorte de sous-humanité bestiale issue de mélanges raciaux. Il affirmait, sans demi-mesure, qu’il était nécessaire de « croiser » les peuples européens avec les Asiatiques et les Noirs, pour créer un troupeau multi-ethnique sans qualités spécifiques et facile à dominer pour les élites au pouvoir.
-       Le racisme derrière les propos du quotidien : la jeune lithuanienne Grete qui fait le ménage, les écrivains noirs européens (thèse de Sophie)
-       La désertification du monde rural (commerçants tous partis)
-       Participation à une manif contre la police. Dans ce quartier on parle des blancs et des noirs. Les noirs sont les cibles de la police. Menaces de ces émeutiers pour les JO de Londres
-       Ian agressé dans une manif par un manifestant à Birmingham
-       Helena dénonce ces « horreurs »
-       Sophie prise de conscience du mur entre deux mondes celui d’Helena et le sien.




Le style et le ton du livre

La qualité de l'écriture
Pour ce qui est de la qualité du récit les avis sont partagés : quelques participants ont relevé « plein de beaux moments », d’autres ont mis l’accent  sur des passages plus faibles et plus convenus. On a même reproché à Coe d'utiliser de grosses ficelles narratives. On a aussi regretté que toutes les situations soient placées à même niveau, qu’il s’agisse d’un repas avec des clowns, de scènes d’amour cocasses et d’échanges sur la politique du gouvernement Cameron, par exemple.

Un récit à l’anglaise, par petites touches impressionnistes
Globalement, il nous a semblé que dans son approche littéraire, Jonathan Coe procédait à l’anglaise, par petites touches concrètes, comme le ferait un peintre impressionniste.  C‘est cette démarche littéraire ancrée dans le quotidien des gens à Londres, à Birmingham ou ailleurs qui fait qu’on ne se trouve pas dans un roman « politique », sinon « didactique », sur le Brexit. Ce qui intéresse Coe, c’est de voir comment ses personnages romanesques peuvent être affectés par l’histoire et la politique. Il n’y a pas d’explication, pas de jugement, il y a un simple constat.

Un récit trempé dans l'humour britannique
Nous avons remarqué dans plusieurs passages du livre le ton humoristique auquel l’auteur a souvent recours, comme dans ses précédents livres.
Si l’on prend pour simple exemple celui de relations amoureuses, on sourit plus d’une fois en suivant les élans de Ben et de Jennifer sur fond de penderie ou bien ceux de Sohan et Mike pendant une émission de télévision. 
L’humour est plus féroce pendant les diners sur le bateau de croisière ou pendant la partie de golf.

Un passage du livre a marqué les esprits de beaucoup d'entre nous celui de la cérémonie des Jeux Olympiques. Comment des individus si différents les uns des autres, peuvent-ils à un même instant, assis devant leur poste de télévision se retrouver dans un même élan émotionnel et admiratif ?
Panem et circenses ou communion populaire exprimant la réalité d'un peuple ?

PHOTOS JOSEPH.