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mardi 31 mars 2015

24 EME REUNION : "CENT ANS DE SOLITUDE" DE GABRIEL GARCIA MARQUEZ

Pour cette reprise de nos travaux, après 6 mois d'interruption, notre programme prévoyait la lecture de "100 ans de solitude".
Dans ce premier article vous trouverez la biographie de l'auteur présentée par Agnès.


Colombien , surnommé « Gabo » dans toute l'Amérique latine,  Gabriel Garcia Marquez, Prix Nobel de littérature 1982, est mort à Mexico en 2014. Il était âgé de 87 ans. Son œuvre a été traduite dans toutes les langues ou presque, et vendue à quelque 50 millions d'exemplaires.

On retrouve dans la biographie de GGM beaucoup d’éléments de "100 ans de solitude".

Aîné de onze enfants, il  est né le 6 mars 1927, à Aracataca, un village perdu entre les marigots et les plaines poussiéreuses de la côte caraïbe colombienne.  Dans son œuvre, Aracataca deviendra Macondo, un endroit mythique mais réel, L'espagnol sud-américain a fait de « macondiano » un adjectif pour décrire l'irrationnel du quotidien sous ces latitudes.

Aracataca, le village et la maison c’est un endroit très important pour GGM : « pleine de monde - grands-parents, hôtes de passage, serviteurs, indiens -, mais également pleine de fantômes » (celui de sa mère absente en particulier).

Juste après la naissance de Gabriel, en 1929, ses parents quittent Aracataca.

Gabo sera élevé par ses grands-parents.

Sa formation intellectuelle ainsi qu'un certain sens de la démesure lui viennent du colonel Marquez, son grand-père libre-penseur qui, pour meubler l'ennui d'un temps immobile, lui ressassait inlassablement ses souvenirs de la guerre des Mille Jours : une dévastatrice guerre civile qui, entre 1899 et 1902 opposa le camp « libéral » (dont il faisait partie) et celui des « conservateurs », et se solda par la victoire de ces derniers.

Il doit aussi à ce grand père  les fondements de sa conscience politique et sociale. Le colonel faisait en effet partie des personnalités colombiennes qui s'étaient élevées contre le « massacre des bananeraies » : en décembre 1928, 1500 ouvriers agricoles en grève avaient été tués par l'armée colombienne, sous la pression des Etats-Unis qui menaçaient d'envahir le pays avec leur marines si le gouvernement n'agissait pas pour protéger les intérêts de la compagnie américaine United Fruit. On retrouve cet épisode dans 100 ans de solitude.

Le culte du surnaturel, des fantômes et des prémonitions lui vient de sa grand-mère qui se levait la nuit pour lui raconter les histoires les plus extraordinaires de revenants sorcières et nécromanciennes. Il va de fait s’insérer naturellement dans le courant du réalisme magique.

Après une scolarité chez les jésuites, il abandonnera ses études de droit pour le journalisme. En 1955, GGM découvre la vérité sur la catastrophe du Caldas : ce destroyer de la marine colombienne, le pont surchargé de marchandises de contrebande, avait perdu huit hommes d'équipage dans la mer des Caraïbes lorsque les câbles de cette cargaison illicite avaient lâché. Les officiers avaient prétendu avoir affronté une terrible tempête. Il écrit 14 articles à la première personne qui s’arrachent mais le mettent en danger. Son journal l’envoie à Paris.

Il arrive à Paris en pleine guerre d'Algérie, fréquente les milieux du FLN , il est proche des communistes , visite les pays de l’Est. Son journal est interdit, il se retrouve sans emploi et rentre en Colombie.

Il y épouse son amour d’enfance en 1958 et a deux fils.

Il travaille pour l’agence de presse cubaine, se rend à Cuba, espère partir au canada, puis finalement décide de partir au Mexique avec sa famille.


LE CHOC DE « CENT ANS DE SOLITUDE »

 Le roman va bouleverser la vie de GGM et de sa famille.

A 38 ans, et après quatre livres publiés depuis que j'en avais 20, je me suis assis devant ma machine et j'ai écrit: "Des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendía devait se rappeler ce lointain après-midi au cours du quel son père l'emmena faire connaissance avec la glace.'' Je n'avais pas la moindre idée de ce que voulait dire cette phrase ni d'où elle venait ni où elle allait me conduire. Ce que je sais aujourd'hui, c'est que durant dix-huit mois je n'ai jamais passé un seul jour sans écrire, jusqu'à terminer le livre. [...]

En fait la dactylographe a failli perdre des feuilles du romans , cette période est une période d’extrême pauvreté pour la famille.

[...] Enfin, au début du mois d'août 1966, Mercedes et moi sommes allés à la Poste centrale de Mexico pour envoyer la version achevée de «Cent Ans de solitude» à Buenos Aires, un paquet de 590 feuillets écrits à la machine, avec double espacement et sur du papier ordinaire, adressé à Francisco Porrúa, le directeur littéraire des éditions Sudamericana. L'employé des postes a posé le paquet sur la balance, a fait ses calculs et a dit:

"Ca fait 82 pesos."

Mercedes a compté les billets et les pièces de monnaie qui restaient dans son sac et affronté la réalité:

"Nous n'en avons que 53."

Nous avons ouvert le paquet, divisé le contenu en deux parties égales et en avons envoyé une à Buenos Aires sans même nous demander comment nous allions trouver l'argent pour expédier l'autre. Plus tard, nous nous sommes aperçus que nous avions envoyé non pas la première moitié du roman, mais la deuxième. Avant que nous trouvions de quoi l'expédier, Paco Porrúa, notre homme aux éditions Sudamericana, anxieux de lire la première moitié du livre, nous avait avancé l'argent.

C'est ainsi que nous sommes nés une deuxième fois à notre nouvelle vie d'aujourd'hui.»

Dès sa publication en 1967, à Buenos Aires, l'engouement rencontré par Cent ans de solitude (publié en français par Le Seuil en 1968) est extraordinaire. Tous les lecteurs d'Amérique Latine connaissent de mémoire sa première phrase : « Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'emmena faire connaissance avec la glace. Pablo Neruda a qualifié le roman du « plus grand roman écrit en langue espagnole depuis Don Quichotte ».
Cinq ans après sa sortie, Cent ans de solitude aura déjà été publié dans vingt-trois pays et se sera vendu à plus d'un million d'exemplaires rien qu'en langue espagnole. On sait que Garcia Marquez fut sincèrement abasourdi par le succès de ce livre.

Garcia Marquez, meurtri et révolté par la dictature installée au Chili depuis le coup d'Etat du général Pinochet en septembre 1973, se refuse, pour un temps, à écrire de nouveaux romans et préfère s'engager dans ce qu'il appelle « la guerre de l'information ». Il contribue dans son pays à la création d'une revue indépendante, Alternativas, fustige le capitalisme et l'impérialisme, prend la défense du tiers-monde et soutient publiquement, sans états d'âme apparents, le régime de Fidel Castro.

En 1982, les jurés de Stockholm lui décernent le prix Nobel. Il assistera à la cérémonie vêtu du « liqui-liqui », le costume blanc traditionnel de la côte caraïbe, au lieu du smoking protocolaire. Son discours de réception est un fougueux plaidoyer pour l'Amérique latine dont il décrit la « solitude » face « à l'oppression, au pillage et à l'abandon », alors même que les dictatures s'y multiplient.

Après le Nobel, Garcia Marquez tourne le dos à Macondo et à l'univers prodigieux de son enfance. Désormais, sa production se situera, pour l'essentiel, à mi chemin entre le journalisme, l'histoire et le roman populaire.

Il restera une référence. On le sollicite - notamment à plusieurs reprises comme médiateur lors des pourparlers de paix engagés avec la guérilla colombienne -, on le consulte sur tous les sujets. Garcia Marquez n'est pas dupe. « Je suis un romancier, disait-il, et nous, les romanciers, ne sommes pas des intellectuels, mais des sentimentaux, des émotionnels. Il nous arrive à nous, Latins, un grand malheur. Dans nos pays, nous sommes devenus en quelque sorte la conscience de notre société. Et voyez les désastres que nous provoquons.


samedi 6 février 2010

"PEDRO PARAMO" DE JUAN RULFO - INTRODUCTION A LA LECTURE DU LIVRE

Le moins qu'on puisse dire est que cet ouvrage a fait débat. Un débat constructif.
Beaucoup d'entre nous ont éprouvé une certaine difficulté à entrer dans le jeu de l'auteur, dès la première lecture. Soit d'emblée, dès les premières pages, soit un peu plus tard.
Le sentiment qui s'est dégagé est qu'il s'agit d'un livre important, qui mérite qu'on y vienne et qu'on y revienne.
Michel Lebrun a commencé par nous présenter le contexte géo-politique dans lequel ce livre a été écrit, ainsi que des éléments clés de la biographie de l'auteur.
Il nous a remis cet extrait d'une interview de Juan Rulfo en 1985, quelques mois avant sa mort, l'Exelsior 1985 :
"Je dois mes deux livres à une pulsion interne et rien d'autre et surtout pas à des pressions externes, éditeur, amis... Mon oeuvre est le fruit d'une écriture cathartique qui a pour but de me défaire de mon malaise interne.
J'ai été terriblement marqué par les pillages que les "cristeros" avaient perpétrés dans le sud du Jalisco (l'Etat dans lequel il est né). J'ai traversé de nobreux villages fantômes où non seulement il n'y avait pas d'habitants, mais aucune autre vie même et j'ai attribué dans mes livres ces faits à un cacique parce que ce système existe toujours au Mexique et qu'il oblige toujours les gens à abandonner leurs lieux d'origine. C'est cela qui m'a donné la clé. Trente après je n'imaginais pas que le produit de mes obsessions serait lu même en turc, en grec ou en ukranien. Le mérite ne m'en revient pas. Quand j'ai écrit Pedro Paramo, je pensais seulement sortir d'une grande anxiété. Parce que pour écrire, on souffre vraiment".
Extraordinaire non !
Un article de Philippe LANCON, paru dans Libération du 19 janvier 2006, remis également par Michel, nous donne d'autres clés de lecture. Chacun peut s'y reporter.

dimanche 17 janvier 2010

POUR EN CONNAITRE UN PEU PLUS SUR JUAN RULFO

Eléments biographiques
Fils de paysans, Juan Rulfo est né le 16 Mai 1917 dans l'état de Jalisco, à l'ouest du Mexique. Sa jeunesse est particulièrement dure, dans une contrée rurale dominée par les superstitions et la loi du plus fort des "cristeros" (paysans fanatiques). Son père meurt assassiné au court d'un règlement de compte, où d'autres membres de sa famille perdent également la vie. Il a six ans : on l'inscrit dans un pensionnat de Guadalajara où il se refugie dans la lecture. Son œuvre en portera la trace.

En 1934, il va à Mexico et s'inscrit aux cours d'histoire de l'art de la Faculté de Philosophie et de Lettres. Il est agent d'immigration dans le Secrétariat du Gouvernement. Il se passionne pour l'histoire, l'anthropologie, et la géographie du Mexique. Il commence à explorer son pays natal de fond en comble : pendant dix ans il ira dans bon nombre d'états mexicains, mais aussi, en Europe et aux Etats-Unis. En même temps il écrit. Des contes. Dans deux revues, à Guadalajara et Mexico. Il reçoit le soutien de son ami Efrén Hernàndez qui commence à le faire connaître. Il se met à la photographie et publie ses productions dans un journal américain.

Deux oeuvres étendards
Ouvrier pendant un temps dans une usine de pneumatiques, Juan Rulfo abandonne son travail en 1952 lorsqu'il décroche une bourse du Centre des Ecrivains Mexicain et publie l'année suivante Le Llano en flammes (El llano en llamas) un recueil de sept contes déjà parus séparéemnt, et auquel il ajoute quelques inédits. Il décroche dans la foulée une autre bourse pour le projet de Pedro Paramo, qui sera publié en 1955. Ces deux œuvres font de lui un écrivain hors pair. Il est salué par tous les grands de son temps : Jose Luis Borges, Gunter Grass, Elias Canetti ou Carlos Fuentes, pour ne citer qu'eux.
Le llano en Flammes, peu remarqué à sa sortie, jouira avec le temps d'une renommée internationale grâce à sa dimension universelle. Dans une langue très simple, très dépouillée, loin de tout artifice et parfois proche de l'oralité, ses contes ressassent l'histoire de cette lutte éperdue pour la subsistance de la vie face aux éternelles menaces (climatiques, familiales, sociales) dans une campagne mexicaine aride, souvent dépeuplée et aux accents faulknériens. A l'instar de ce village de Comola où le jeune héros Pédro Paramo vient rechercher son père qu'il n'a jamais connu, s'apercevant bientôt que ses pas ne font que fouler des terres à l'abandon, où personne n'a survécu. Roman étendard du « réalisme magique », c'est la deuxième et dernière œuvre narrative de Rulfo.

Il se consacrera dès lors entièrement à son travail de recherche à l'Institut Indigéniste du Mexique et ce jusqu'à sa mort, en 1986 à 69 ans. Il a exposé plusieurs fois ses photographies, activité qu'il a également poursuivie avec passion toute sa vie. Son travail a fait l'objet d'une rétrospective en 2001. Malgré son œuvre succincte, Juan Rulfo demeure un écrivain dont le nombre de lecteur va croissant, et la jeune génération d'auteurs contemporains ne cesse de le citer en modèle, en père spirituel.