- 1er livre ?
-
En fait non, il avait écrit déjà 3
romans non publiés (un premier sur son expérience française d’étudiant à Nice,
un second sur la guerre du Biafra assez moderniste en rupture avec l’écriture
linéaire, puis un troisième un thriller car il désespérait d’être publié un
jour) et en parallèle des nouvelles qui eurent du succès et furent publiées
dans des magazines, voir lues à la radio. Lors de l’envoi d’une série de
nouvelles, il mit en postscriptum qu’il avait écrit un roman mettant en vedette
un personnage appelé Morgan Leafy, diplomate en Afrique, gras et alcoolique qui
apparaissait dans deux de ces nouvelles. Très vite il reçut une lettre en
retour lui demandant plus d’infos sur le roman, il envoya une trame et il reçut
en retour une lettre lui demandant d’envoyer ce roman car ils voulaient publier
le recueil de nouvelles et le roman. Bien sûr il n’avait encore rien écrit
concernant le roman. Il trouva une excuse en disant que le manuscrit était en
mauvais état, et demanda quelques mois pour le retaper. Et du coup il
écrivit « A good man in Africa »
en 3 mois sur sa table de cuisine. Pour cela il laissa tomber ses cours à
Oxford et emprunta de l’argent à sa mère. Et tout est venu très vite car il
avait déjà écrit des nouvelles sur ce thème très autobiographique (donc toute
la matière était là) et il s’était essayé à différents styles. (cf. interview
dans The White Review en juin 2011).
-
6 mois plus tard il publiait les
nouvelles (« La chasse au lézard ») c’était donc un bon début pour
lui.
-
Pour
ce roman : lauréat du Prix Whitbread et du prix Somerset Maugham,
édité en langue anglaise en 1981,
traduit en français en 1984, et dans beaucoup d'autres langues.
-
En
France, c'est son deuxième roman : « Comme
neige au soleil » qui l'a rendu célèbre, grâce entre autres à Bernard
Pivot (cf. bibliographie-biographie ). Les livres, en France, dépassent le
million d'exemplaires vendus. (En Allemagne, il est traduit depuis des années.
Mais le public le lit seulement aujourd’hui, et en redemande). Son œuvre, délicatement
vagabonde, a fait le tour du monde.
-
Il
dédicace chacun de ses romans « à Suzanne », son épouse.
- Le décor
-
Le récit se situe en Afrique plus précisément à
Nkongsamba, grande ville, de la région centre-ouest du Kinjanja (état
imaginaire d’Afrique occidentale) mais bien qu’il ait changé les noms il s’agit
d’Ibadan dans l’ouest du Nigéria (là où il a grandi).
-
La période n’est pas précisée mais on imagine qu’il
s’agite des années 1970n période post coloniale avec encore une certaine
présence britannique.
-
On
va se plonger dans ce livre, à travers les aventures ou plutôt les mésaventures
du héros : Morgan Leafy, dans le petit monde (peu glorieux !) des expatriés
- Structure du livre
Trois parties qu'il faudrait lire dans l'ordre 2-1-3 pour retrouver
l'ordre chronologique.
- 1ière partie : composée de 6 chapitres qui
correspondent à une période très courte (fin du lundi après midi à l’aube du
jour suivant) pendant laquelle on trouve Morgan face aux déboires en tous
genres qui l’accablent :
·
Dalmire
lui annonce ses fiançailles avec Priscilla
·
Il
va devoir jouer le rôle humiliant de père noël
·
Son
patron Fanshawe lui a demandé de se rapprocher de Sam Adekunlé en vue les
prochaines élections. En effet le KNP semble
le parti le plus pro-Britannique, et on a récemment découvert des gisements de
pétrole qui s’avèrent être plus importants que prévu. Nom de code :
« projet PINACLE »
·
Ce
même Sam Adekunlé le fait chanter et le charge d’essayer de corrompre le Dr.
Murray
·
Il
réalise qu’il est exploité par la prostituée qu’il entretient (Hazel)
·
« L’affaire
Innocence » lui tombe sur les bras : il doit s’occuper du cadavre d’une Kinjanjaise morte foudroyée, mais dont le corps ne peut pas être déplacé
sans les rites indispensables à l'apaisement de shango
Cette partie
se termine par un long monologue de Morgan haineux contre Murray (p. 104)
-
2ième
partie : composée de 15 chapitres, c’est la plus longue. C’est un
flash back au cours duquel on retrace les circonstances qui ont conduit Morgan
à tout cela
Il est à noter que la dernière phrase de
cette deuxième partie reprend presque mot pour mot la première de la première
partie (p 268 et p 9)
C’est d’ailleurs sans doute de là qu’est
tiré le titre anglais car en « chic type » est la traduction de
« good man » en anglais.
-
3ième
partie : composée de 10 chapitres où tout se dénoue. En effet, après de multiples tentatives, toutes
vaines, et parfois démentielles, suite aux ordres contradictoires de tous
(Fanshawe en premier pour Innocence, mais aussi Adekunlé pour Murray), Morgan retrouve
un peu de bon sens et règle tout.
- Thèmes principaux
Avant tout une satyre sur le petit monde
des expatriés :
·
Il sait de quoi il
parle, il est né en Afrique et y a vécu, à la fin de l’époque coloniale et
il y était au début de l’indépendance.
« né à Accra (au
Ghana) en 1952. Le Ghana a obtenu son indépendance
en 1957 quand j’avais cinq ans, puis nous avons déménagé au Nigeria, qui a
obtenu son indépendance en 1960, de sorte que nous vivions réellement là-bas à
la toute fin de l'époque coloniale, lorsque le vent de changement soufflait à
travers l'Afrique. » La Revue Blanche en 2011
« J’ai toujours vécu en Afrique. Ma
vraie vie est là bas. L’étranger, pour moi, c’était le Royaume Uni, l’Ecosse où
j’ai vu pour la première fois la neige tomber : l’exotisme complet !
Tous les aspects de la vie africaine me semblaient normaux et évidents, ils
étaient miens…..J’ai utilisé des souvenirs très forts de mon enfance
nigériane. » (1991, Jeune Afrique
Economique n°144)
·
A
travers plusieurs personnages blancs
expatriés principalement qu’il décrit minutieusement .
- Morgan Leafy :
-
c’est
le personnage principal, il est premier secrétaire du Haut Commissariat
Britannique à Nkongsamba (« La seule grande ville d’un petit état dans un
pays de second ordre en Afrique occidentale : le poste d’une
vie ! ») chargé des visas,
-
il
a 34 ans, il est corpulent, sa peau ne supporte pas le soleil (p. 49 et p. 239),
il est un peu trop porté sur la boisson et le sexe (il entretient une
prostituée noire : Hazel qui va être la source d’une partie de ses
problèmes.)
-
il
alterne entre des périodes de grand découragement et des périodes d’euphorie où
il pense pouvoir tirer profit (professionnellement surtout) des situations
auxquelles il se retrouve confronté.
-
Il
vit un enfer intérieur caractérisé, entre autres, par la frustration et la
haine.
-
Il
n’est en général pas bon, contrairement à ce que dit le titre en anglais (p.
83).
- Arthur Fanshawe : est le supérieur de Morgan, dont on peut dire qu’il est plutôt incompétent, ainsi il se décharge de tous ses problèmes sur Morgan. Il ne comprend absolument pas le pays et qui n’essaye pas car il est spécialiste de l’Extrême-Orient (il y a fait sa carrière) et Nkomgsamba est son dernier poste ! Il est donc très amer et rêve encore d’un exploit diplomatique qui lui permettrait de partir.
- En contrepoint le Docteur Alex Murray : un écossais qui est droit, austère, le seul blanc qui semble sensé et honnête dans ce roman, (p. 222 -223) sentiments ambigus de Morgan à son égard car il est écrasé par sa hauteur morale (p. 15 et 99) mais à la fin il comprend que c’est la seule personne « bien » à qui il a eu à faire ici.
« Le Dr. Murray est bien un portrait de
mon père. Il était mort l'année avant lorsque j’ai écrit le roman de sorte
qu'il était très présent dans mon esprit. L'affrontement dans le roman
entre, un diplomate en surpoids à la vie dissolue et la rectitude et la
solidité de quelqu'un un peu comme mon père. Il peut faire écho à l'affrontement
que nous avons eu lui et moi. »
D’ailleurs dans le film son fils
s’appelle William.
A coté de ceux là, d’autres personnages secondaires :
- Mrs Chloé Fanshawe (femme d’Arthur, femme volontaire et autoritaire),
- Priscilla Fanshawe (fille des Fanshawe, présentée de manière assez nuancée par Morgan qui est pourtant amoureux d’elle : elle est belle mais est affublée d’un nez disgracieux, elle est plutôt bien habillée, elle n’est pas très futée, plutôt frivole diraient certains, mais représente pour Morgan un parti intéressant),
- Célia Adekunlé (qui va entourlouper Morgan)
Omniprésente
dans le roman : l’Afrique contrée
attirante et en même temps dangereuse pour les expatriés.
- Lire l’épigraphe : (W.H. Hauden (1907-1973) est un poète anglo-américain qui a étudié et enseigne à Oxford, comme lui, considéré comme l'un des plus grands poètes du XXème siècle) autrement dit : sombre avenir pour les expatriés
- la lumière et la chaleur semblent avoir une action maléfique (p. 20, p.118, verbes montrant l’agression : brûler, exploser, éclatait, aveuglant)
- la pluie, les orages (tonnerre, éclairs… p. 77-78) sont très présents avec le plus grand acte de colère qui est la foudre qui fauche Innocence.
- le bruit aussi
- la faune (crapauds, grillons, insectes, cafards, chauve souris)
- le grouillement en général (description ville p. 18). De la ville semble émaner une force supérieure incontrôlable.
- les personnages expatriés sont extrêmement sensibles à cette Afrique qui les rend épidermiques, anxieux, ils perdent la tête et tombent dans le manque de retenue et cela a des conséquences dramatiques. Effet de la ville (p. 19). Et non seulement l’Afrique a un effet dévastateur sur les personnages mais la réciproque est aussi vraie : par exemple le terrible orage qui coute la vie à Innocence semble être provoqué par Morgan (p. 74)
- les rites et coutumes (Shango le dieu de la foudre), ignorance du fonctionnement du pays, environnement étrange qu’ils ne comprennent pas (affaire Innocence, Fanshawe ne comprend pas que tout le monde passe à coté du cadavre sans s’en soucier. p. 303 et p. 272) Morgan (discussion avec Muller propriétaire de la scierie et chargé d’affaires d’Allemagne de l’Ouest à la fête d’Adekunlé pour son anniversaire p. 176)
- contraste entre les expats qui s’agitent dans tous les sens pour résoudre des problèmes et le calme des africains (p. 272 : « un gamin nu qui n’avait cessé de les dévisager pendant leur conversation…recula sans partir, évidemment très curieux de ce qu’allaient maintenant faire les deux hommes blancs….En fait, et contrastant avec l’agitation dont ils faisaient preuve, Fanshawe et lui, l’humeur était plutôt à l’indifférence, au calme résigné »)
- Sam Adekunlé : très à l’aise et qui va passer de manipulé à manipulateur. Politicien local, brillant professeur d’université, fils de chef, diplômé de Harvard, une des sommités du PNK (le Parti National Kinjanjais). Peut-être ce nom n’est-il pas choisi au hasard, on peut imaginer une allusion à Benjamin Adekundé (surnommé pour sa cruauté « Le scorpion noir ») et qui s’est en particulier fait connaitre au moment de la guerre du Biafra (1967-1970) qui a beaucoup marqué William Boyd (cf. entretien Revue Blanche : « Ce fut une enfance idyllique, aller à la plage et le club et la piscine et le tennis et ainsi de suite, sauf à la fin des années 1960, le Nigeria a commencé à imploser. Il y avait une série de coups d'Etat militaires suivis par la guerre civile nigériane - la guerre du Biafra - qui me laissa une profonde impression d’autant plus que c’était la fin de mon adolescence. Je n'ai jamais été en danger, mais vivre dans un pays qui se déchire était très marquant. »)
Désir de partir qui revient aussi souvent : Morgan et Fanshawe
(p. 237 : « il comprit soudain que cet homme était
aussi anxieux que lui de s’évader : lui aussi voyait dans le projet
Pinacle un passeport
pour quitter Ngkongsamba.»),
Célia (qui a dragué Morgan afin de lui soutirer un
visa indispensable sur son passeport kinjanjais ).
C’est d’ailleurs le thème d’une des
nouvelles de « La chasse au lézard » où l’on retrouve Morgan qui
s’apprête à quitter le pays le jour où
éclate un coup d’état qu’il est le seul bien sûr à ignorer, et se retrouve
coincé dans un hôtel désert près de l’aéroport.
- Style
·
Une
des caractéristiques du style de Boyd, c'est la précision des petits détails qui campent ses personnages (aspect
physique, vêtements, caractère psychologique, les habitudes, les tics, les
réflexions) ainsi que les notes
humoristiques légèrement outrancières
(à la Monty Python).
- Exemples de descriptions physiques : Chloé (p. 30/31), Morgan (p. 50), la duchesse (p. 339)
- Exemple de description des sautes d’humeur de Morgan : p. 294/295
- Maison des Fanshawe (dont la décoration « tenait à la fois du temple bouddhiste de fortune et du restaurant chinois » p. 31)
- Voitures (p. 39/40)
- Maillot de bain de Priscilla lors de la fameuse partie de pêche à Olokomeji (p. 160)
- Très juste analyse du psychisme humain par exemple lors de la réaction de Priscilla suite à sa déconvenue due à l’attitude de Morgan lors de la soirée où elle était particulièrement dévergondée (p. 212), suivie du monologue intérieur de Morgan sur la pauvre andouille qu’il était d’avoir pour une fois voulu se comporter correctement (p. 216)
·
Dialogues : ils occupent une part importante du roman, entrecoupé parfois de monologues intérieurs souvent
totalement contradictoires avec les paroles (12 premières lignes et p. 26/27)
·
Ridicule : beaucoup de scènes comiques dans
lesquelles Morgan est humilié, c’est l’anti-héros
par excellence !
- Partie de pêche à Olokomeji (dans un cours d’eau de couleur café au lait p.158/166), visite chez Murray pour sa blennorragie ( p. 192), soirée avec Priscilla complètement dévergondée (dernier paragraphe p. 209), essayage du costume de père noël (p. 292), Expédition pour déplacer le corps d'Innocence avec Vendredi et arrivée du poète (p. 314 à 319), tout ça pour se faire finalement incendier par Fanshawe qui va demander de remettre le corps en place suite à la grève de ses employés (africains), scène dans la salle de bain avec la duchesse (p.337/340)
- Amateurisme mission Pinacle (p.177)
·
Métaphores : grouillement et foudre images
de turbulences, de déliquescence, de liquéfaction, de déluge (bas p. 17
et 18 : « Nkongsamba…évoquait, vue d’avion, une gargantuesque
vomissure d’ivrogne sur une vaste pelouse oubliée par les tondeuses…. Morgan
voyait les toits s’étirer devant lui en un échiquier de tons ocres, un océan de
bile métallique, la vision paranoïaque d’un urbaniste fou. ». Le personnel noir de
la commission et des expatriés, on peut noter les prénoms Innocence (la femme
foudroyée), Isaac, Joseph et Ezéchiel (ses « gardiens ») et Marie (sa
fille).
Film : peut figurer dans
la rubrique « à ne pas voir »