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mardi 16 juin 2015

25EME REUNION - UN ANGLAIS SOUS LES TROPIQUES : PRESENTATION DU ROMAN PAR SYLVIE

Merci à Sylvie de nous avoir transmis le texte de sa présentation.


  • 1er livre ?  

-              En fait non, il avait écrit déjà 3 romans non publiés (un premier sur son expérience française d’étudiant à Nice, un second sur la guerre du Biafra assez moderniste en rupture avec l’écriture linéaire, puis un troisième un thriller car il désespérait d’être publié un jour) et en parallèle des nouvelles qui eurent du succès et furent publiées dans des magazines, voir lues à la radio. Lors de l’envoi d’une série de nouvelles, il mit en postscriptum qu’il avait écrit un roman mettant en vedette un personnage appelé Morgan Leafy, diplomate en Afrique, gras et alcoolique qui apparaissait dans deux de ces nouvelles. Très vite il reçut une lettre en retour lui demandant plus d’infos sur le roman, il envoya une trame et il reçut en retour une lettre lui demandant d’envoyer ce roman car ils voulaient publier le recueil de nouvelles et le roman. Bien sûr il n’avait encore rien écrit concernant le roman. Il trouva une excuse en disant que le manuscrit était en mauvais état, et demanda quelques mois pour le retaper. Et du coup il  écrivit « A good man in Africa » en 3 mois sur sa table de cuisine. Pour cela il laissa tomber ses cours à Oxford et emprunta de l’argent à sa mère. Et tout est venu très vite car il avait déjà écrit des nouvelles sur ce thème très autobiographique (donc toute la matière était là) et il s’était essayé à différents styles. (cf. interview dans The White Review en juin 2011).

-              6 mois plus tard il publiait les nouvelles (« La chasse au lézard ») c’était donc un bon début pour lui.
 

-              Pour ce roman : lauréat du Prix Whitbread et du prix Somerset Maugham, édité en langue anglaise en 1981, traduit en français en 1984, et dans beaucoup d'autres langues.


-    En France, c'est son deuxième roman : « Comme neige au soleil » qui l'a rendu célèbre, grâce entre autres à Bernard Pivot (cf. bibliographie-biographie ). Les livres, en France, dépassent le million d'exemplaires vendus. (En Allemagne, il est traduit depuis des années. Mais le public le lit seulement aujourd’hui, et en redemande). Son œuvre, délicatement vagabonde, a fait le tour du monde.

-    Il dédicace chacun de ses romans « à Suzanne », son épouse.



  • Le décor

-              Le récit se situe en Afrique plus précisément à Nkongsamba, grande ville, de la région centre-ouest du Kinjanja (état imaginaire d’Afrique occidentale) mais bien qu’il ait changé les noms il s’agit d’Ibadan dans l’ouest du Nigéria (là où il a grandi).

-              La période n’est pas précisée mais on imagine qu’il s’agite des années 1970n période post coloniale avec encore une certaine présence britannique.

-    On va se plonger dans ce livre, à travers les aventures ou plutôt les mésaventures du héros : Morgan Leafy, dans le petit monde (peu glorieux !) des expatriés
 
 
 

  • Structure du livre
 

Trois parties qu'il faudrait lire dans l'ordre 2-1-3 pour retrouver l'ordre chronologique.

-         1ière partie : composée de 6 chapitres qui correspondent à une période très courte (fin du lundi après midi à l’aube du jour suivant) pendant laquelle on trouve Morgan face aux déboires en tous genres qui l’accablent :
 
·         Dalmire lui annonce ses fiançailles avec Priscilla

·         Il va devoir jouer le rôle humiliant de père noël

·         Son patron Fanshawe lui a demandé de se rapprocher de Sam Adekunlé en vue les prochaines élections. En effet le KNP semble le parti le plus pro-Britannique, et on a récemment découvert des gisements de pétrole qui s’avèrent être plus importants que prévu. Nom de code : « projet PINACLE » 

·         Ce même Sam Adekunlé le fait chanter et le charge d’essayer de corrompre le Dr. Murray

·         Il réalise qu’il est exploité par la prostituée qu’il entretient (Hazel)

·         « L’affaire Innocence » lui tombe sur les bras : il doit s’occuper du cadavre d’une Kinjanjaise morte foudroyée,  mais dont le corps ne peut pas être déplacé sans les rites indispensables à l'apaisement de shango

Cette partie se termine par un long monologue de Morgan haineux contre Murray (p. 104) 

-              2ième partie : composée de 15 chapitres, c’est la plus longue. C’est un flash back au cours duquel on retrace les circonstances qui ont conduit Morgan à tout cela

Il est à noter que la dernière phrase de cette deuxième partie reprend presque mot pour mot la première de la première partie (p 268 et p 9)

C’est d’ailleurs sans doute de là qu’est tiré le titre anglais car en « chic type » est la traduction de « good man » en anglais.

-              3ième partie : composée de 10 chapitres où tout se dénoue. En effet, après de multiples tentatives, toutes vaines, et parfois démentielles, suite aux ordres contradictoires de tous (Fanshawe en premier pour Innocence, mais aussi Adekunlé pour Murray), Morgan retrouve un peu de bon sens et règle tout.
 

  • Thèmes principaux
 
Avant tout une satyre sur le petit monde des expatriés :

·         Il sait de quoi il parle, il est né en Afrique et y a vécu, à la fin de l’époque coloniale et il y était au début de l’indépendance.

« né à Accra (au Ghana) en 1952. Le Ghana a obtenu son indépendance en 1957 quand j’avais cinq ans, puis nous avons déménagé au Nigeria, qui a obtenu son indépendance en 1960, de sorte que nous vivions réellement là-bas à la toute fin de l'époque coloniale, lorsque le vent de changement soufflait à travers l'Afrique. » La Revue Blanche en 2011

« J’ai toujours vécu en Afrique. Ma vraie vie est là bas. L’étranger, pour moi, c’était le Royaume Uni, l’Ecosse où j’ai vu pour la première fois la neige tomber : l’exotisme complet ! Tous les aspects de la vie africaine me semblaient normaux et évidents, ils étaient miens…..J’ai utilisé des souvenirs très forts de mon enfance nigériane. » (1991, Jeune Afrique Economique n°144)
 
 
·         A travers plusieurs personnages blancs expatriés principalement qu’il décrit minutieusement .

  • Morgan Leafy :

-              c’est le personnage principal, il est premier secrétaire du Haut Commissariat Britannique à Nkongsamba (« La seule grande ville d’un petit état dans un pays de second ordre en Afrique occidentale : le poste d’une vie ! ») chargé des visas,

-              il a 34 ans, il est corpulent, sa peau ne supporte pas le soleil (p. 49 et p. 239), il est un peu trop porté sur la boisson et le sexe (il entretient une prostituée noire : Hazel qui va être la source d’une partie de ses problèmes.)

-              il alterne entre des périodes de grand découragement et des périodes d’euphorie où il pense pouvoir tirer profit (professionnellement surtout) des situations auxquelles il se retrouve confronté.

-              Il vit un enfer intérieur caractérisé, entre autres, par la frustration et la haine.

-              Il n’est en général pas bon, contrairement à ce que dit le titre en anglais (p. 83). 
 

  • Arthur Fanshawe : est le supérieur de Morgan, dont on peut dire qu’il est plutôt incompétent, ainsi il se décharge de tous ses problèmes sur Morgan. Il ne comprend absolument pas le pays et qui n’essaye pas car il est  spécialiste de l’Extrême-Orient (il y a fait sa carrière) et Nkomgsamba est son dernier poste ! Il est donc très amer et rêve encore d’un exploit diplomatique qui lui permettrait de partir.

  • En contrepoint le Docteur Alex Murray : un écossais qui est droit, austère, le seul blanc qui semble sensé et honnête dans ce roman, (p. 222 -223) sentiments ambigus de Morgan à son égard car il est écrasé par sa hauteur morale (p. 15 et 99) mais à la fin il comprend que c’est la seule personne « bien » à qui il a eu à faire ici.

« Le Dr. Murray est bien un portrait de mon père. Il était mort l'année avant lorsque j’ai écrit le roman de sorte qu'il était très présent dans mon esprit. L'affrontement dans le roman entre, un diplomate en surpoids à la vie dissolue et la rectitude et la solidité de quelqu'un un peu comme mon père. Il peut faire écho à l'affrontement que nous avons eu lui et moi. »

D’ailleurs dans le film son fils s’appelle William.
 
 
A coté de ceux là, d’autres personnages secondaires :
  • Mrs Chloé Fanshawe (femme d’Arthur, femme volontaire et autoritaire),

  • Priscilla Fanshawe (fille des Fanshawe, présentée de manière assez nuancée par Morgan qui est pourtant amoureux d’elle : elle est belle mais est affublée d’un nez disgracieux, elle est plutôt bien habillée, elle n’est pas très futée, plutôt frivole diraient certains, mais représente pour Morgan un parti intéressant),

  • Célia Adekunlé  (qui va entourlouper Morgan) 
 
 
Omniprésente dans le roman : l’Afrique contrée attirante et en même temps dangereuse pour les expatriés. 
  • Lire l’épigraphe : (W.H. Hauden (1907-1973) est un poète anglo-américain qui a étudié et enseigne à Oxford, comme lui, considéré comme l'un des plus grands poètes du XXème siècle) autrement dit : sombre avenir pour les expatriés

  • la lumière et la chaleur semblent avoir une action maléfique (p. 20, p.118, verbes montrant l’agression : brûler, exploser, éclatait, aveuglant)

  • la pluie, les orages (tonnerre, éclairs… p. 77-78) sont très présents avec le plus grand acte de colère qui est la foudre qui fauche Innocence.

  • le bruit aussi

  • la faune (crapauds, grillons, insectes, cafards, chauve souris) 

  • le grouillement en général (description ville p. 18). De la ville semble émaner une force supérieure incontrôlable.

  • les personnages expatriés sont extrêmement sensibles à cette Afrique qui les rend épidermiques, anxieux, ils perdent la tête et tombent dans le manque de retenue et cela a des conséquences dramatiques. Effet de la ville (p. 19). Et non seulement l’Afrique a un effet dévastateur sur les personnages mais la réciproque est aussi vraie : par exemple le terrible orage qui coute la vie à Innocence semble être provoqué par Morgan (p. 74)

  • les rites et coutumes (Shango le dieu de la foudre), ignorance du fonctionnement du pays, environnement étrange qu’ils ne comprennent pas (affaire Innocence, Fanshawe ne comprend pas que tout le monde passe à coté du cadavre sans s’en soucier. p. 303 et p. 272) Morgan (discussion avec Muller propriétaire de la scierie et chargé d’affaires d’Allemagne de l’Ouest à la fête d’Adekunlé pour son anniversaire p. 176)

  • contraste entre les expats qui s’agitent dans tous les sens pour résoudre des problèmes et le calme des africains (p. 272 : « un gamin nu qui n’avait cessé de les dévisager pendant leur conversation…recula sans partir, évidemment très curieux de ce qu’allaient maintenant faire les deux hommes blancs….En fait, et contrastant avec l’agitation dont ils faisaient preuve, Fanshawe et lui, l’humeur était plutôt à l’indifférence, au calme résigné »)

  • Sam Adekunlé : très à l’aise et qui va passer de manipulé à manipulateur. Politicien local, brillant professeur d’université, fils de chef, diplômé de Harvard, une des sommités du PNK (le Parti National Kinjanjais). Peut-être ce nom n’est-il pas choisi au hasard, on peut imaginer une allusion à Benjamin Adekundé (surnommé pour sa cruauté « Le scorpion noir ») et qui s’est en particulier fait connaitre au moment de la guerre du Biafra (1967-1970) qui a beaucoup marqué William Boyd (cf. entretien Revue Blanche : « Ce fut une enfance idyllique, aller à la plage et le club et la piscine et le tennis et ainsi de suite, sauf à la fin des années 1960, le Nigeria a commencé à imploser. Il y avait une série de coups d'Etat militaires suivis par la guerre civile nigériane - la guerre du Biafra - qui me laissa une profonde impression d’autant plus que c’était la fin de mon adolescence. Je n'ai jamais été en danger, mais vivre dans un pays qui se déchire était très marquant. »)
 


Désir de partir qui revient aussi souvent : Morgan et Fanshawe (p. 237 : « il comprit soudain que cet homme était aussi anxieux que lui de s’évader : lui aussi voyait dans le projet Pinacle un passeport pour quitter Ngkongsamba.»), Célia (qui a dragué Morgan afin de lui soutirer un visa indispensable sur son passeport kinjanjais ).

C’est d’ailleurs le thème d’une des nouvelles de « La chasse au lézard » où l’on retrouve Morgan qui s’apprête à quitter le pays le jour où éclate un coup d’état qu’il est le seul bien sûr à ignorer, et se retrouve coincé dans un hôtel désert près de l’aéroport.
 

  • Style

·         Une des caractéristiques du style de Boyd, c'est la précision des petits détails qui campent ses personnages (aspect physique, vêtements, caractère psychologique, les habitudes, les tics, les réflexions) ainsi que les notes humoristiques légèrement outrancières (à la Monty Python).

  • Exemples de descriptions physiques : Chloé (p. 30/31), Morgan (p. 50), la duchesse (p. 339)
  • Exemple de description des sautes d’humeur de Morgan : p. 294/295
  • Maison des Fanshawe (dont la décoration « tenait à la fois du temple bouddhiste de fortune et du restaurant chinois » p. 31)
  • Voitures (p. 39/40)
  • Maillot de bain de Priscilla lors de la fameuse partie de pêche à Olokomeji (p. 160)
  • Très juste analyse du psychisme humain par exemple lors de la réaction de Priscilla suite à sa déconvenue due à l’attitude de Morgan lors de la soirée où elle était particulièrement dévergondée (p. 212), suivie du monologue intérieur de Morgan sur la pauvre andouille qu’il était d’avoir pour une fois voulu se comporter correctement (p. 216)
 
 
·         Dialogues : ils occupent une part importante du roman, entrecoupé parfois de monologues intérieurs souvent totalement contradictoires avec les paroles (12 premières lignes et p. 26/27)
 

·         Ridicule : beaucoup de scènes comiques dans lesquelles Morgan est humilié, c’est l’anti-héros par excellence !

  • Partie de pêche à Olokomeji (dans un cours d’eau de couleur café au lait p.158/166), visite chez Murray pour sa blennorragie ( p. 192), soirée avec Priscilla complètement dévergondée (dernier paragraphe p. 209), essayage du costume de père noël (p. 292), Expédition pour déplacer le corps d'Innocence avec Vendredi et arrivée du poète (p. 314 à 319), tout ça pour se faire finalement incendier par Fanshawe qui va demander de remettre le corps en place suite à la grève de ses employés (africains), scène dans la salle de bain avec la duchesse (p.337/340)
  • Amateurisme mission Pinacle (p.177)
 
·         Métaphores : grouillement et foudre images de turbulences, de déliquescence, de liquéfaction, de déluge (bas p. 17 et 18 : « Nkongsamba…évoquait, vue d’avion, une gargantuesque vomissure d’ivrogne sur une vaste pelouse oubliée par les tondeuses…. Morgan voyait les toits s’étirer devant lui en un échiquier de tons ocres, un océan de bile métallique, la vision paranoïaque d’un urbaniste fou. ». Le personnel noir de la commission et des expatriés, on peut noter les prénoms Innocence (la femme foudroyée), Isaac, Joseph et Ezéchiel (ses « gardiens ») et Marie (sa fille).
 
 
 
 
Film : peut figurer dans la rubrique « à ne pas voir »
 
 

lundi 15 juin 2015

MORGAN LEAFY, ET BOUVARD ET PECUCHET - UNE ETUDE A EXPLORER

Honneur aux anti-héros ridicules   
 
Il sera consacré une place d'honneur dans le cadre de cette étude à un personnage de la littérature qui ne brille pas par sa force physique ou sa grandeur d'âme : il s'agit de l'anti-héros. Souvent ce contre-modèle fait montre d'un ridicule achevé à l'occasion. Nous avons souvent affaire à un authentique fat, à un sombre vaniteux, lorsque ce n'est pas à un couard, voire à un parfait mythomane ; on pourrait continuer cette liste à l'envi sans jamais prétendre à l'exhaustivité. La bêtise n'a en effet guère de limite et les habits qui la revêtissent varient selon bien des modes et des cultures. La littérature a ainsi fait naître des personnages impérissables qui sont entrés dans le patrimoine littéraire, Monsieur Jourdain de Molière ou dans le champ linguistique : on pense notamment au « Matamore » de Corneille. Mais il est difficile de dénombrer tous ces personnages ridicules dans la Littérature. Ce serait une tâche considérable, la tâche d'une vie...Ne s'appelle pas Flaubert qui veut...

   Et pourtant dans le cadre de cette étude, il a été nécessaire de procéder à une choix difficile. Il vous sera proposé dans les articles à suivre deux lectures suivies utiles à notre sujet : il s'agit de romans totalement opposés dans leurs visées :  
- Bouvard et Pécuchet, roman posthume et inachevé de Flaubert publié en 1881,
- Un Anglais sous les tropiques, roman publié en 1981 de William Boyd.
 
Présentation des livres
Avec ces deux œuvres romanesques, nous toucherons à la quintessence même de l'anti-héros. Présentons-les brièvement.
Nous découvrirons en premier lieu la personnalité bien fantasque de deux vieux garçons retraités, Bouvard et Pécuchet, qui décident de consacrer leur vie à percer les mystères de la connaissance. Dotés d'un flair absolu pour faire naître des incidents cocasses, ils se jettent à corps perdu dans l'exploration de différents champs du savoir. Leur frénésie le dispute à leur bêtise. On perçoit tout l'aspect comique et l'art de la dérision de Flaubert dans cette œuvre d'une vie qu'il destinait à être une « encyclopédie de la bêtise humaine». Il mène ainsi le même combat que celui qui l'a conduit à élaborer son dictionnaire des idées reçues (publié aussi à titre posthume en 1913).
 
Quittons ces latitudes et cette époque du XIXème siècle pour une contrée lointaine d'Afrique occidentale dans une époque plus contemporaine. Retrouvons-nous au cœur d'une petite communauté étriquée d'expatriés anglais à la veille d'élections importantes. Un jeune attaché consulaire se voit attribué une mission digne d'un agent secret qu'il effectue avec une bêtise confondante. Loin de se voir dessaisi de cette tâche pour incompétence, il est contraint lamentablement, sous l'effet d'un chantage odieux, d'en effectuer une seconde, avant que le climat social ne finisse par s'embraser...
 
Le ridicule des hommes
Les personnages des deux romans ont en commun de connaître l'échec de manière la plus flagrante.
Dans la première œuvre, les protagonistes failliront immanquablement dans toutes leurs expériences basées exclusivement sur la théorie issue elle-même des livres ; Maupassant, commentant cette œuvre proposait de la sous-titrer : « Du défaut de méthode dans l'étude des connaissances humaines ». 
 
Dans la seconde, c'est, au contraire, l'addition de multiples bévues qui conduira le personnage central à voir tout autour de lui littéralement s'effondrer.
Le ridicule de l'homme est bien au cœur du projet romanesque de ces deux livres.
 
source:http://www.gazettelitteraire.com/article-l-anti-heros-le-personnage-ridicule-par-excellence-114867826.html
 

EXTRAIT D'UNE INTERVIEW DE WILLIAM BOYD (THE WHITE REVIEW, JUIN 2011)


Interview réalisée par Jacques TESTARD et  Tristan SUMMERSCALE

Juin 2011

  • THE WHITE REVIEW

— You grew up in Africa. What was that like?

  • WILLIAM BOYD

— I am a child of the colonial system, and, as somebody said to me the other day, I suppose I am the last of a generation. I was born in Accra in 1952. Ghana got its independence in 1957 when I was five and then we moved to Nigeria, which got its independence in 1960, so we were really living out there at the tail end of the colonial era, when the wind of change was blowing through Africa.

 My father was a doctor and my mother was a teacher and they spent their working lives out on what was then called the Gold Coast, where they moved in 1950. During the war, my father had specialised in tropical medicine, so he went back to the tropics five years later. It was supposed to be short-term but in fact he spent thirty years there, until he became ill and died. I grew up in a nice house with lots of African servants, nannies, gardeners, houseboys and cooks, and I often wonder how totally different my life would have been if my father had stayed and become a GP in Scotland.

 It was an idyllic childhood, going to the beach and the club and the pool and tennis and so on, except in the late 1960s Nigeria began to implode. There were a series of military coups followed by the Nigerian Civil War – the Biafran War – which made a profound impression on me in my late teens. I was never in any danger but living in a country that was tearing itself apart was pretty extraordinary.

 The great thing about the West African colonies as opposed to the eastern or the southern colonies was that there was no white settler class, so there was no racism. Obviously, apartheid existed in South Africa, but Rhodesia, Nyasaland, Kenya and Tanganyika had all been settled by white people and the tension between white and black was always there. Growing up in West Africa was, racially, a completely different experience. It was totally integrated and I could go anywhere without fearing anything whatsoever. I could walk around in the middle of the night in Ibadan, a great sprawling Nigerian city of close to a million people, and people would shout, ‘White boy!’ but you never felt threatened.

 When I meet people who grew up in South Africa or Kenya, I realise that their experience of an African life was quite different because of this settler-indigenous schism. But in West Africa it just wasn’t there. White people would come out, work for thirty years, and then go away again. Nobody bought property, nobody had farms, nobody owned anything. In Rhodesia, there was this extraordinary statistic: five percent of the white population owned seventy percent of the arable land. In West Africa, that time bomb didn’t exist.

 

When I look back on this childhood now, I see it as something quite extraordinary but of course where you live with your parents is quite normal. It was a very odd mix of the exotic and the astonishing and sometimes the frightening and the terrifying – all of these part of your everyday life.

 Until the age of about twenty-two, I regarded West Africa as my home. Even though I was at boarding school and my relatives lived in Scotland, my home was in Western Nigeria, and I felt more at home there than I did in London or Edinburgh.

 

  • THE WHITE REVIEW

— Did you feel comfortable when you were back in Scotland?

  • WILLIAM BOYD

— Not really. I felt sort of an outsider, which became useful to me as a writer. I spent nine and a half years at boarding school up in the north of Scotland, at Gordonstoun. I knew that world fantastically well but I realised quite early on it was totally artificial and bore no resemblance to the real world. The single-sex boarding school is a very strange society, and in my day you went there for a three-month stretch and it was a type of penal servitude.

 I only saw the ‘real’ world on occasional holidays. I always felt as if I were on the outside looking in. I didn’t feel particularly at home and it wasn’t until I went to university and I started living in a flat in Glasgow that I could honestly say for the first time that I was experiencing British life.

 My father was a powerful figure in his realm in Africa, where he ran half-a-dozen clinics and was responsible for 40,000 people, but I always remember him trying to buy an evening newspaper in Edinburgh. He didn’t know what the money was and the paper man had to pick the coins out of his hands. Suddenly I realised that he was adrift here as well.

 

  • THE WHITE REVIEW

— Is this why this idea of the outsider recurs in your writing?

  • WILLIAM BOYD

— Partly, although A Good Man in Africa was actually the fourth novel I’d written. I’d already written three unpublished novels. When I was an undergraduate I wrote a novel which was incredibly autobiographical about my year in France between school and university. I’d gone to do a diploma at the University of Nice, which was a very formative year for me. Again, I was away from my family, culture and language, and I wrote a novel about that year, got it out of my system, and put it in a bottom drawer where it remains.

 

Then, I wrote a novel about the Biafran War while at Oxford, where I was doing my DPhil. It was a very self-consciously modernist novel with a fractured form, switching from diary extracts, newspaper extracts, standard narrative and first person. I’d shattered the linear conventions of the novel but it didn’t quite come off so I wrote another novel – a thriller – because I was beginning to get a bit desperate about getting published.

 At the time, I was also publishing short stories quite successfully – nine or ten appeared in magazines and some were being broadcast on the radio. My short story writing career seemed to be going well, so I sent a collection off to Hamish Hamilton and Jonathan Cape. In a post-scriptum, I told them that I’d written a novel featuring a character called Morgan Leafy, a fat drunken diplomat in Africa who appeared in two of the stories.

 Very quickly, I got a letter back from Hamish Hamilton asking for more information about the novel I had mentioned, so I wrote the synopsis of this novel in three or four pages and sent it off. A letter came back saying they’d like to publish my short story collection and my novel. That was the great ‘Yes!’ punch-the-air day, but they wanted to publish the novel first, and, of course, I hadn’t written it, I had lied.

 So I said to my new editor, Christopher Sinclair-Stevenson, ‘Look, the manuscript is in a shocking state, I just need a couple of months to knock into shape’, and I sat down and wrote A Good Man in Africa in a white heat of dynamic endeavour in three months at my kitchen table. I was teaching at Oxford at the time so I just dropped everything and borrowed some money from my mother. It was all there waiting to come out and suddenly there it was.

 Six months later, the stories came out. I published two books in 1981, so it was a great start, but it was by no means an overnight success. I was able to write A Good Man in Africa because I’d already written three novels. It’s not the classic first novel because I’d already written that four or five years earlier. I’d gotten the fascination with my own life out of my system.

 

  • THE WHITE REVIEW

— Are there no autobiographical elements there? What about Dr Alex Murray, the good man in Africa? Is he not based on your father?

  • WILLIAM BOYD

— It is very much the world I knew. It is completely set in Ibadan in Western Nigeria even though I changed the names, but everybody in it is made up. It’s rooted in my autobiography in terms of its colour, texture and smells but the story is – and that’s something that’s always been the case with me – invented.

 There is an autobiographical element in that the character of Dr Murray is very much a two-dimensional portrait of my father. He had died the year before I wrote the novel so he was very much present in my mind. The clash in the novel is between a dissolute, overweight diplomat and the rectitude and solidity of somebody rather like my father. It may echo the clash which he and I had. We got on pretty well, but we were like chalk and cheese. So, there is an element of my own life in it but it’s seventy percent out of my imagination.