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dimanche 25 mai 2014

22EME REUNION : LES COUPS DE COEUR DE GERARD


"Le tort du soldat" d'Erri De Luca, traduction de Danièle Valin, 2014, 96 pages; Editeur : Gallimard NRF; Collection Du monde entier.
 
 

Titre étrange, peu vendeur et qui ne rend pas bien compte de la spécificité du roman.
Une construction littéraire intéressante.

Un vieux criminel de guerre et sa fille dînent dans une auberge au milieu des Dolomites et se retrouvent à la table voisine de celle du narrateur, qui travaille sur une de ses traductions du yiddish.
En deux récits juxtaposés, comme les deux tables de ce restaurant de montagne, Erri De Luca évoque son amour pour la langue et la littérature yiddish, puis, par la voix de la femme, l’existence d’un homme sans remords, qui considère que son seul tort est d’avoir perdu la guerre…

 Le tort du soldat est un livre aussi bref que percutant qui nous offre un angle inédit pour réfléchir à la mémoire si complexe des grandes tragédies du XXe siècle.

Extrait :
« L’histoire a été un casier judiciaire, une suite de crimes. […] Je n’ai pas voulu remonter plus loin que ma naissance. Je ne me sens aucune affinité avec des enfants de criminels de guerre. Chacun s’est arrangé selon la rouille qu’il a trouvée dans son sang. »

 

Un second coup de cœur, plus modéré peut-être mais avec un titre très séducteur :

"Ecrire pour quelqu'un" de Jean Michel Delacomptée, janvier 2014, 170 pages; Editeur : Gallimard; Collection l'Un et l'Autre
 
 

« L’inexprimable bonheur de l’enfance, celle-ci sublimée peut-être, avec l’immense bonté qu’eurent mes parents pour moi, c’est ce bonheur trop lourd à surmonter dans le souvenir laissé qui, par les trouées du temps pour peu que je m’y plonge, me sert de patrie. L'apaisement des sanglots rend l’ancienne douceur. Elle allège le sentiment d’exil éprouvé, comme en pension autrefois, quoique d’un poids beaucoup moins grave, et par intermittence. Elle renaît pour quelques instants, cette douceur dont on sanglote, épanchant son baume sur une journée entière avant de s’évanouir avec le sommeil. C’est un fantôme qui revient, mais un fantôme bienveillant, sans linceul, tout sourire. Néanmoins, le sommeil ouvre des brèches. Dans "En marge des nuits", J.-B. Pontalis, chez qui perçait une inquiétude aiguë à l’égard de l’éphémère, note que "le rêve est mémoire, résurrection, par bribes, du passé il nie l'effacement, l’irréversibilité du temps, conjure l’oubli des morts". Les sanglots sont comme les rêves, une permanence de la mémoire, conjurant l’oubli des morts. On apprend cela quand on grandit.» Jean-Michel Delacomptée.

22EME REUNION : LES COUPS DE COEUR DE JEAN BERNARD

Jean Bernard évoque trois coups de cœur :

"Une part de ciel" de Claudie Gallay, broché: 445 pages; Editeur : Actes Sud (17 août 2013); Collection : Domaine français

 


 
Aux premiers jours de décembre, Carole regagne sa vallée natale, dans le massif de la Vanoise, où son père, Curtil, lui a donné rendez-vous. Elle retrouve son frère et sa soeur, restés depuis toujours dans le village de leur enfance. Garde forestier, Philippe rêve de baliser un sentier de randonnée suivant le chemin emprunté par Hannibal à travers les Alpes. Gaby, la plus jeune, vit dans un bungalow où elle attend son homme, en taule pour quelques mois, et élève une fille qui n'est pas la sienne. Dans le Val-des-Seuls, il y a aussi le vieux Sam, pourvoyeur de souvenirs, le beau Jean, la Baronne et ses chiens, le bar à Francky avec sa jolie serveuse...
Dans le gîte qu'elle loue, à côté de la scierie, Carole se consacre à une traduction sur la vie de Christo, l'artiste qui voile les choses pour mieux les révéler. Les jours passent, qui pourraient lui permettre de renouer, avec Philippe et Gaby un lien qui n'a rien d'évident : Gaby et Philippe se comprennent, se ressemblent ; Carole est celle qui est partie, celle qui se pose trop de questions. Entre eux, comme une ombre, cet incendie qui a naguère détruit leur maison d'enfance et définitivement abîmé les poumons de Gaby. Décembre s'écoule, le froid s'installe, la neige arrive... Curtil sera-t-il là pour Noël ?
Avec une attention aussi intense que bienveillante, Claudie Gallay déchiffre les non-dits du lien familial et éclaire la part d'absolu que chacun porte en soi. Pénétrant comme une brume, doux comme un soleil d'hiver et imprévisible comme un lac gelé, Une part de ciel est un roman d'atmosphère à la tendresse fraternelle qui bâtit tranquillement, sur des mémoires apaisées, de possibles futurs.

Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle est l'auteur de huit romans, parmi lesquels Seule Venise (Le Rouergue, 2004, prix Folies d'encre et prix du salon d'Ambronay), Les Déferlantes (Le Rouergue, 2008, grand prix des lectrices de Elle,) et L'amour est une île (Actes Sud, 2010).

Source : note de l'Editeur

 

" Fugitives" d'Alice Munro, broché: 384 pages; Editeur : Points (20 août 2009); Collection : Points Poésie.
 
 

Elles partent. Fuguent. S'enfuient. S'en vont voir ailleurs. Elles : des femmes comme les autres. Par usure ou par hasard, un beau matin, elles quittent le domicile familial (ou conjugal), sans se retourner. En huit nouvelles, Alice Munro met en scène ces vies bouleversées. Avec légèreté, avec férocité, elle traque les marques laissées sur les visages par le temps, les occasions perdues, les petits arrangements que l'on croyait provisoires.
Source : note de l'Editeur

 

Jean Bernard a également apprécié :

" Tangente vers l'Est" de Maylis de Kerangal, dont nous avons déjà parlé dans de précédents coups de cœur

22EME REUNION : LES COUPS DE COEUR DE CLAUDE


Claude nous parle d'abord de son coup de cœur pour une librairie installée du de Meudon à Boulogne Billancourt.

Le libraire a notamment recommandé à Claude la lecture d'un livre qui est devenu un de ses coups de cœur :

"L'Ancêtre" de Juan-José Saer, traduit par Laure Bataillon, 188 pages; Editeur : 10/18 (1 avril 1993); Collection : Domaine étranger
 
 

Peu de livres donnent au lecteur l’impression, dès les premières pages, d’être confronté à un chef d’œuvre absolu. L’Ancêtre, de Juan José Saer, appartient à cette catégorie. « De ces rivages vides il m’est surtout resté l’abondance de ciel. Plus d’une fois je me suis senti infime sous ce bleu dilaté : nous étions, sur la plage jaune, comme des fourmis au centre d’un désert. Et si, maintenant que je suis un vieil homme, je passe mes jours dans les villes, c’est que la vie y est horizontale, que les villes cachent le ciel. »


Le roman est inspiré d’une histoire réelle. En 1515, un corps expéditionnaire de trois navires quitte l’Espagne en direction du Rio de la Plata, vaste estuaire à la conjonction des fleuves Parana et Uruguay. Mais, à peine débarqués à terre, le capitaine et les quelques hommes qui l’accompagnent sont massacrés par des Indiens. Un seul en réchappe, le mousse : fait prisonnier, accueilli dans la tribu de ses assaillants, il n’est rendu à son monde que dix ans plus tard, à l’occasion d’une autre expédition naviguant dans ces eaux. De ce fait historique Juan José tire une fable universelle qui interroge le sens des destinées humaines et le pouvoir du langage. Arrivé à la fin de sa vie, le mousse se souvient comment, soixante ans plus tôt, il a été amené pendant toutes ces années à partager l’existence d’une tribu d’hommes anthropophages au point de bouleverser sa vision du monde...


La première édition de ce livre a été menée par Flammarion en 1987. Cette nouvelle édition est postfacée par Alberto Manguel. La traduction, de Laure Bataillon a reçu en 1988 le prix de la meilleure traduction décernée par la Maison des Écrivains et des Traducteurs (MEET). Après la mort de la traductrice, il fut décidé que le prix porterait dorénavant son nom.

Source : http://le-tripode.net/livre/juan-jose-saer/lancetre

 Extrait d'"Everybody Knows", le blog de Claude, avec son accord :


Que la littérature est belle quand elle produit des œuvres telles que "L'ancêtre" !
Paru en 1982, traduit en 1987 en français (remarquable traduction de Laure Bataillon nous dit on) et édité chez Flammarion, le livre était épuisé jusqu'à ce qu'une petite maison d'édition, Le Tripode, ait l'excellente idée d'exhumer ce livre dont des personnes averties nous indiquent qu'il s'agit de l'une des œuvres-clés de l'univers littéraire de Saer, écrivain argentin (1937-2005), qui a écrit plus de trente ouvrages.
"L'ancêtre" est inclassable : ce n'est ni un roman-historique, ni un conte philosophique ; plutôt les deux à la fois, mais dans ce qu'il y a de meilleur, servi par un style formidable. Le roman est inspiré d'une histoire réelle, celle d'un mousse  d'une quinzaine d'années embarqué dans une expédition maritime vers les "Indes" en 1515, et seul rescapé d'une petite troupe descendue à terre, exterminée par des indiens. Le mousse restera dix ans dans cette tribu avant d'être libéré par une autre expédition. Saer donne à son héro un mystérieux statut de privilégié - le  def-gui - aux multiples acceptions. Le roman est écrit par le mousse devenu vieillard, après avoir vécu d'autres vies (moinillon, saltimbanque) qui paraissent un peu dérisoires à l'aune de son expérience dans les îles. Ce serait une gageure de vouloir résumer ce roman dont on sent (à défaut de les identifier tous) les multiples "ressorts". J'engage à consulter le commentaire sur cette œuvre écrit sur le blog "L'escalier des aveugles*" ; il est remarquable et propose un certain nombre de clés de compréhension du texte.
Plusieurs thèmes sont à l'honneur dans ce roman : celui de la vérité (qui n'existe pas), du doute (qui doit être le passage obligé de la réflexion), du rationnel et du visible (murailles contre tous les "complots"), de la faute ou du mal (qui s'imposent pour équilibrer le bien), celui du souvenir (qui forge notre identité), l' "être" qui se dit "paraître" dans le langage des indiens, ...
Mais Saer ne prétend pas donner une leçon d'intelligibilité de la vie ; bien au contraire. Le manichéisme alterne avec l'irrationnel, le réel avec l'imaginaire. La seule vérité semble résider dans la complexité des choses, ce qui oblige à l'humilité et au respect.
 
Extraits :
"La mort et les souvenirs en cela se révèlent égaux. Ils sont pour chaque homme, uniques, et eux qui croient avoir, pour les avoir vécus dans une même expérience, des souvenirs communs, ne savent pas qu'ils ont des souvenirs différents et qu'ils sont condamnés à la solitude des ces souvenirs comme à celle de leur mort."
" Le seul savoir juste est celui qui reconnaît que nous savons seulement ce qui condescend à se montrer."
 
 

"Corsaire de la République Voyages Aventures et Combats" T1, de Louis Garneray, Broché; Editeur : Libretto (20 juin 2011); Collection : LITT FRANCAISE
 
 

"Le négrier de Zanzibar : Voyages, aventures, combats" T2 : même collection

 

En 1802, à la faveur de la paix d'Amiens conclue entre Bonaparte et les Anglais, le jeune Garneray (il n'a pas vingt ans) quitte la compagnie de ses amis corsaires et s'engage à bord de la Petite-Caroline, un brave navire marchand qui se livre à un commerce des plus pacifiques le long des côtes de l'Inde. Le voyage pourtant ne sera pas de tout repos. Mutinerie à bord, rencontre avec le~ pirates indiens, naufrage, sauvetage miraculeux : rien n'y manque. On pourrait croire après cela notre marin quelque peu assagi. Il n'en est rien. Sitôt revenu à la terre, l'incorrigible bourlingueur se fait recruter par un capitaine qui s'avère être un négrier de la pire espèce... On jurerait un roman d'aventures - et quel roman ! Pourtant, tous ces épisodes, Garneray les a vécus et en consigne le détail avec la plus scrupuleuse exactitude, ne nous épargnant rien - et surtout pas l'horreur - de ce que ses yeux ont vu. Pour les aficionados, nul doute, son plus grand livre.

22EME REUNION : LES COUPS DE COEUR DE MARIE-CHRISTINE


Le premier coup de cœur de Marie-Christine fait référence à un personnage très cher à Claude, Valentin Gonzalez, alias "El Campesino", général pendant la Guerre d'Espagne (du côté républicain, cela va sans dire) qu'il a connu lorsqu'il était enfant, sur l'île de Bréhat.

 
 
 
 
 
 
 
"Général El Campesino. La Vie et la mort en U.R.S.S : 1939-1949". Transcription de Julian Gorkin. Traduction de Jean Talbot, Julian Gomez Gorkin , et Valentin Gonzalez, Paris 1950, Les Iles d'Or, Editeur : Plon 
 
 

Un homme, un Espagnol de légende, a réussi ce double exploit: survivre aux pires persécutions en Russie stalinienne et s’évader, après une première tentative sans résultat, de ce qu’il appelle "la plus vaste et infernale prison totalitaire du monde". Cet homme est Valentin Gonzalez, connu sous le nom d’El Campesino, premier commandant communiste pendant la guerre d’Espagne.
     Autre livre sur le même personnage présenté par Marie-Christine :
"Jusqu'à la mort - Mémoires", d'El Campesino, avec la collaboration  de Maurice Padiou,roché; Editeur : Albin Michel (1 octobre 1978).
 
 
 
Claude fera un  aparté pour évoquer, à partir de ses souvenirs, ce personnage haut en couleurs qui a eu une vie tout à fait extraordinaire.
 
Autres coups de cœur de Marie-Christine :
 
Too Much Happiness, publié en français sous le titre :  "Trop de bonheur", d'Alice Munro, nouvelles, 2013, traduit en français par Jacqueline Huet Jean-Pierre Carasso, broché: 315 pages; Editeur : Editions de l'Olivier (11 avril 2013); Collection : OLIV. LIT.
 
« Sur le quai de la gare, un chat noir croise obliquement leur chemin. Elle déteste les chats. Plus encore les chats noirs. Mais elle ne dit rien et réprime un frisson. Comme pour récompenser cette retenue, il annonce qu'il fera le voyage avec elle jusqu'à Cannes, si elle le veut bien. C'est à peine si elle peut répondre tant elle éprouve de gratitude.»

Les personnages d'Alice Munro courent après le bonheur. Quête vaine, éperdue, étourdissante, mais qu'ils poursuivent sans relâche. Dans ce recueil de nouvelles, on croise une étudiante qui accepte les propositions indécentes d'un vieillard, une mère en deuil qui change d'identité ou une femme affrontant enfin sa part de cruauté. D'une écriture précise et sensible, Alice Munro met en évidence les lignes de force invisibles guidant chaque destin.

Alice Munro est née en 1931 au Canada. Elle est l'auteur d'une douzaine de recueils de nouvelles et d'un roman, traduits dans le monde entier. Lauréate de nombreux prix, dont le Man Booker International Prize, elle a notamment publié, aux Éditions de l'Olivier, Fugitives (2008) et Du côté de Castle Rock (2009).

Alice Munro a reçu le Prix Nobel de littérature en 2013.

 

Autre livre du même auteur cité par Marie-Christine
" Fugitives" d'Alice Munro, broché: 384 pages; Editeur : Points (20 août 2009); Collection : Points Poésie.
 
 
Voir également les coups de cœur de Jean Bernard
 
 

samedi 24 mai 2014

22EME REUNION : LE COUP DE COEUR D'ANNE


"Le jour avant le lendemain" de Jorn Riel, Poche: 141 pages; Editeur : 10 X 18 (2 janvier 2003); Collection : Domaine étranger



Dans le nord-est du Groenland, la tribu de Katingak est sur le point de rejoindre le camp d'été. Pour Ninioq, le temps sera venu de faire ses adieux au monde des vivants. Mais Tornarssuk, le maître de tout, en a décidé autrement. Comme après chaque saison de chasse, il faut aller faire sécher le poisson et la viande sur la petite île de Neqe. Et c'est à elle, la doyenne de la tribu, et à son petit-fils Manik qu'échoit cette mission. Sur cette terre hostile et malgré son grand âge, Ninioq doit prendre soin de l'enfant. Jour après jour, elle apprend au fils de son fils les gestes de la vie et lui transmet les traditions et les légendes de la tribu. Mais quelque chose s'est passé Ninioq le sent. Depuis quelques semaines déjà, ils auraient dû revenir les chercher. Un malheur est-il arrivé ? II faut qu'elle sache, qu'elle aille à leur rencontre, qu'elle retrouve les siens...

« Livre majeur d'un auteur au sommet, Le Jour avant le lendemain fait partie de ces rares romans qui longtemps après la dernière page hante nos songes et nos rêves. On n'oublie pas Ninioq. » L'Humanité

22EME REUNION : LE COUP DE COEUR DE CATHERINE


·        "Istanbul: Souvenirs d'une ville", d'Orhan Pamuk, broché: 448 pages; Editeur : Gallimard (10 mai 2007); Collection : Du monde entier
 

Évocation d'une ville, roman de formation et réflexion sur la mélancolie, Istanbul est tout cela à la fois. Au gré des pages, Orhan Pamuk se remémore ses promenades d'enfant, à pied, en voiture ou en bateau, et nous entraîne à travers ruelles en pente et jardins, sur les rives du Bosphore, devant des villas décrépites, dessinant ainsi le portrait fascinant d'une métropole en déclin. Ancienne capitale d'un vaste empire, Istanbul se cherche une identité, entre tradition et modernité, religion et laïcité, et les changements qui altèrent son visage n'échappent pas au regard de l'écrivain, fin connaisseur de son histoire, d'autant que ces transformations accompagnent une autre déchirure, bien plus intime et douloureuse, celle provoquée par la lente désagrégation de la famille Pamuk - une famille dont les membres, grands-parents, oncles et tantes, ont tous vécus dans le même immeuble - et par la dérive à la fois financière et affective de ses parents. Dans cette œuvre foisonnante, magistralement composée et richement illustrée, Orhan Pamuk nous propose de remonter avec lui le temps de son éducation sentimentale et, in fine, de lire le roman de la naissance d'un écrivain.

22EME REUNION : LES COUPS DE COEUR DE CHANTAL


·        "La vie secrète de Walter Mitty", de James Thurber, broché: 266 pages; Editeur : Robert Laffont (8 janvier 2009); Collection : Pavillons poche

James Thurber (1894-1961) fut un des précurseurs de la caricature au second degré, un des piliers du New Yorker. Sa redoutable clairvoyance a fait de cet écrivain et dessinateur un des plus grands humoristes de notre monde moderne. Découvrir la Vie secrète de Walter Mitty est un plaisir rarissime. A partir de petits incidents d'une banalité affligeante qui tissent le quotidien de Walter Mitty, Thurber va distiller un humour pur malt : rien que de la litote, de l'euphémisme, du soustrait, de la demi-teinte, du flou et du vaporeux. Du grand art !

 


 

"Le Sourire de l'agneau" de David Grossman, Paris, broché, 350 pages; Editeur Seuil, 1998; Collection : Cadre Vert

Kan-ya-ma-kan, il était une fois... Ouri et Shosh vivent en amoureux dans leur village de Cisjordanie. Autour d'eux la guerre broie les corps et les âmes. Alors ils inventent des contes: pour les enfants de l'institution psychiatrique où travaille Shosh, pour les vieux du village, pour eux aussi... Raconter des histoires, n'est-ce pas une façon de semer une lueur d'espoir dans le chaos du monde ?

Né à Jérusalem en 1954, David Grossman est l'auteur de nombreux livres traduits en plusieurs langues et distingués par d'importants prix. Une femme fuyant l'annonce a reçu le prix Médicis étranger en 2011. Le Sourire de l'agneau est son premier roman.
 

 


 
 
 
Autre livre du même auteur :
"Une femme fuyant l'annonce" - prix Médicis étranger 2011, Broché: 666 pages; Editeur : Seuil (18 août 2011); Collection : Cadre Vert
 
 
Ora, une femme séparée depuis peu d’Ilan, son mari, quitte son foyer de Jérusalem et fuit la nouvelle inéluctable que lui dicte son instinct maternel : la mort de son second fils, Ofer, qui, sur le point de terminer son service militaire, s’est porté volontaire pour « une opération d'envergure » de 28 jours dans une ville palestinienne, nouvelle que lui apporteraient l’officier et les soldats affectés à cette terrible tâche. Mais s’il faut une personne pour délivrer un message, il en faut une pour le recevoir, pense Ora. Tant que les messagers de la mort ne la trouvent pas, son fils sera sauf. Aussi décide-telle, sans aucune logique, pour conjurer le sort, de s’absenter durant ces 28 jours en se coupant de tout moyen de communication qui pourrait lui apporter la terrible nouvelle. Ayant prévu une randonnée à travers le pays avec Ofer, elle part malgré tout. Au passage, elle arrache à sa torpeur Avram, son amour de jeunesse (le père d’Ofer ?) et l’emmène avec elle sur les routes de Galilée pour lui raconter leur fils. Elle espère maintenir en vie son enfant par la trame de mots qui dessinent sa vie depuis son premier souffle, et lui éviter ainsi le dernier. Le périple ici est l’occasion d’évoquer le passé : à mesure qu'Ora et Avram arpentent le pays à la beauté étonnante, se reconstitue le fil de la mémoire et des secrets qui enserrent les personnages. Ora, Ilan et Avram s’étaient liés, adolescents, pendant la guerre des Six Jours, dans un hôpital où ils étaient tous trois à l'isolement, alors que les combats faisaient rage à l’extérieur. C’est là que se sont noués les destins de chacun. Le stratagème de la mère réussira-t-il à préserver la vie du fils ? Quoi qu’il lui arrive, le récit le fait renaître avec une vigueur nouvelle.
 
 

Chantal nous parle aussi de l'initiative récente de Bertrand Tavernier qui pilote une nouvelle collection de livres Western  :

"J'ai choisi ces romans pour leur originalité, pour leur fidélité aux événements historiques, pour leurs personnages attachants, le suspense qu’ils créent, – mais aussi pour leur art d’évoquer des paysages si divers dont leurs auteurs sont amoureux : Oregon, Dakota, Texas, Arizona, Wyoming... L’Ouest, le vrai : quel irrésistible dépaysement ! "


Bertrand Tavernier


http://www.actes-sud.fr/l-ouest-le-vrai

22EME REUNION : LES COUPS DE COEUR DE SERGE

Serge nous présente plusieurs livres traitant de la Guerre de 1914 et de ses origines.
La question posée est : Qui est responsable de cette guerre ? Serge se réfère à l'école allemande et à l'historien Fritz Fischer qui soutenait que l'Allemagne était entièrement responsable de la guerre.

Sur cette question,Serge nous recommande la lecture de :

"The Guns of August" 1962, de Barbara Tuchman, Paris, Presses de la Cité, 1962
 

Voici une analyse de ce livre trouvée sur un blog

Le récit de B. Tuchman commence avec les funérailles d'Édouard VII le 20 mai 1910. La belle-sœur du roi, l'épouse de l'empereur de Russie, Maria Feodorovna, épouse d'Alexandre III, était là. De même que l'archiduc François-Ferdinand, héritier du vieil Empereur François-Joseph d'Autriche. Ainsi que le neveu le moins préféré d'Edward, Guillaume II d'Allemagne. Guillaume aimait et admirait les Anglais et ils adoraient le Kaiser : à lui, selon le Times, revenait « la première place parmi tous les étrangers en deuil », même lorsque les relations se sont « tendues », il « n'a jamais perdu sa popularité auprès de nous ». Quatre ans avant Armageddon l'empereur allemand n'était décidément pas l'antéchrist qu’il allait devenir. Le livre se termine avec la bataille de la Marne – « l'une des batailles décisives de la guerre » - qui a mis fin aux espoirs allemands d’une victoire rapide et qui a ouvert la voie à quatre ans de blocage et de désastre.

B. Tuchman ne dit rien de l'Autriche-Hongrie ni de la Serbie à la veille de la guerre, et rien sur les fronts russo-autrichiens et serbo–autrichiens, une fois qu'elle a commencé. « Le problème interminable des Balkans se détache naturellement du reste de la guerre », pense-t-elle, et en tout cas pas grand-chose ne s'est passé là-bas dans la période qu’elle couvre. Plus surprenant est le fait que dans le premier tiers du livre, il n'est pas dit un mot de la Serbie. L'assassinat de l'archiduc à Sarajevo le 28 Juin 1914 est traité en deux phrases, dont l'une, une citation de l'oracle Bismarck, est peut-être tout ce dont elle a besoin : c’est « quelque chose de sacrément stupide dans les Balkans » qui déclencherait la prochaine guerre.
Serge nous recommande un autre livre de l'historienne américaine :
 
          Un lointain miroir, le XIVe siècle des calamités de Barbara W. Tuchman, Denise Meunier broché: 562 pages; Editeur : Fayard (6 août 1991); Collection : Le club Express

 
 

Barbara Tuchman est une historienne américaine qui a connu à son époque beaucoup de succès dans le monde anglo-saxon. Ici elle utilise le personnage central d'Enguerrand Sire de Coucy pour raconter certains aspects d'un des pires siècles de l'histoire de l'humanité; le 14° siècle, le siècle de la grande peste noire, de la guerre de 100 ans, de la conquête turque des Balkans.

Le livre se termine par la désastreuse campagne de Nicopolis ou le 28 septembre 1396 les croisés français emmenés par Jean de Vienne et le comte de Nevers furent écrasés par les turcs de Bayezid.
Enguerrand de Coucy eut la chance d'être conservé prisonnier contre une forte rançon mais il mourut de la peste en captivité.
Mais qu'est ce que les français étaient allé faire dans cette galère, en pleine guerre de 100 ans !

Autre livre sur la Guerre de 1914 :




"The War That Ended Peace: The Road to 1914", Hardcover – Deckle Edge
de Margaret MacMillan, Profile books, 2013
·        "Vers la grande guerre. Comment l'Europe a renoncé à la paix", broché, 864 pages; Editeur : AUTREMENT (29 janvier 2014); Collection : L'atelier d'histoire
 
 
 
Rivalités de tous ordres, course aux armements, impérialisme : quelle est la part de responsabilité de chaque pays dans le déclenchement de la Grande Guerre ?
En Europe, une poignée de dirigeants, diplomates et responsables parfois inconnus ont aussi, à un moment précis, fait le choix de la guerre.
Quelle a été la part humaine, donc émotionnelle et irrationnelle, dans ce choix ?
De tempérament faible, le tsar Nicolas II pouvait-il résister aux généraux russes ?
Si le chancelier allemand n'avait pas perdu sa femme au début de l'été 1914, aurait-il été moins fataliste ?
Le chef d'état-major des armées austro-hongroises voulait la gloire pour son propre pays, mais peut-être aussi pour la femme qu'il voulait épouser ?
La fresque de Margaret MacMillan décrit magnifiquement les mécanismes politiques, technologiques, stratégiques, mais aussi humains, qui ont mené à ce moment de l'été 1914 où la guerre est devenue plus probable que la paix. "Vers la Grande Guerre" est le récit virtuose de cette résistible descente aux enfers d'un continent en paix. (note de l'éditeur)
Margaret MacMillan est l'arrière-petite-fille du Premier ministre britannique David Lloyd George.
 
Enfin, dernier titre sur la Grande Guerre  et sur ses origines :
 
·        "Les Somnambules" de Christopher Clark, traduction Marie-Anne de Béru, broché: 668 pages, Editeur : Flammarion (24 août 2013); Collection : Au fil de l'Histoire.
 
 
Le 28 juin 1914, dans Sarajevo écrasée de soleil, un certain Gavrilo Princip se réfugie à l'ombre d'un auvent pour guetter le cortège officiel de l'archiduc François-Ferdinand... Cinq semaines plus tard, le monde plonge dans une guerre qui entraînera la chute de trois empires, emportera des millions d'hommes et détruira une civilisation.
Pourquoi l'Europe, apparemment prospère et rationnelle, était-elle devenue si vulnérable à l'impact d'un unique attentat perpétré à sa périphérie ?
Quels formidables jeux d'alliances géopolitiques toujours fluctuantes et d'intérêts nationaux contradictoires se mêlaient-ils ?
Quelles craintes ancestrales, quelles mythologies nationales animaient les opinions publiques et influencèrent les décisions des diplomates ?
C'est ce que raconte cette fresque magistrale. Multipliant les points de vue et faisant dialoguer avec brio études classiques et sources inédites (en anglais, allemand, français, bulgare, serbe et russe), Christopher Clark replace les Balkans au coeur de la crise la plus complexe de l'histoire moderne et en décrit minutieusement les rouages. Plus clairement que jamais, il montre que rien n'était écrit d'avance : l'Europe portait en elle les germes d'autres avenirs, sans doute moins terribles. Mais de crise en crise, les personnages qui la gouvernaient, hantés par leurs songes et aveugles à la réalité des horreurs qu'ils allaient déchaîner, marchèrent vers le danger comme des somnambules. (Note de l'éditeur)
 
 






jeudi 22 mai 2014

22 EME REUNION: ESSAI DE SYNTHESE DE NOS DEBATS ET ELEMENTS COMPLEMENTAIRES AU DEBAT

THEME DU DEBAT : "SOUS LE VOLCAN" DE MALCOLM LOWRY

Je prie les participants au débat de m'excuser d'avoir ajouté quelques compléments nous permettant d'avoir un meilleur éclairage sur certains aspects de la forme du roman et sur ses traductions en français.
GM

Sur le fond :
- Le thème de l'amour et de l'incommunicabilité
Nous en convenons tous, "Sous le volcan" est avant tout un roman d'amour entre deux personnages, un mari alcoolique, le consul Geoffrey Firmin et sa femme Yvonne qui l'aime passionnément, mais l'un et l'autre sont incapables de partager cet amour aujourd'hui. L'un des obstacles majeurs est l'alcoolisme de Geoffrey.
L'un et l'autre cherchent à aller l'un vers l'autre, mais ils sont tous les deux prisonniers d'eux-mêmes.

" Tu n'as donc plus un petit peu de tendresse ou d'amour pour moi, dis, plus du tout ? demanda tout à coup Yvonne l'implorant presque d'un ton pitoyable, et il pensa : Oh ! que si je t'aime, je t'aime encore de tout l'amour du monde, mais mon amour est tellement loin de moi, si tu savais, tellement étrange qu'on dirait presque que je l'entends au loin, très loin, comme une machine sourde ou comme des sanglots, et c'est une musique triste qui s'est perdue et qui approche peut-être ou peut-être qui s'éloigne, je n'en sais rien vraiment. (p. 222, édit Grasset)
C'est un très beau roman sur l'amour, un roman tragique qui exprime avec une grande force émotionnelle l'impossibilité de communiquer existant entre Geoffrey et Yvonne. Et Lowry, de par son parcours personnel sait de quoi il parle !
 
- La dépendance à l'alcool et la souffrance
Geoffrey sombre dans l'alcool, il est en permanence dans un état second, loin du réel, quand à Yvonne, elle est partie il y a un an, loin, elle a fui l'invivable, elle a rencontré d'autres hommes, en particulier Jacques Laruelle, mais rien n'y fait, elle aime toujours Geoffrey .
 
Mais en buvant en permanence, Geoffrey s'isole et découvre l'enfer.  Chacun devient alors conscient que cette longue marche errante et titubante le conduira inévitablement à la mort. C'est ce qui contribue aussi à la difficulté de lire ce roman très "accidenté", où a chaque instant le lecteur se trouve confronté à l'addiction  et à la souffrance du consul.
 
- Un roman ésotérique ?
Plusieurs d'entre nous ont relevé dans le livre des références à l'ésotérisme. Ainsi Geoffrey écrit-il (ou tente-t-il d'écrire) un livre sur la kabbale. Dans de nombreuses pages également sont présentes des références à la mythologie, aux civilisations aztèques  etc. Le roman établit ainsi de multiples correspondances entre des signes, des symboles et le vécu des personnages.
La construction même du livre s'inscrit dans cette dimension ésotérique sur laquelle il faudrait revenir.
 
- Des personnages vulnérables et complexes
Chaque personnage est composé et étudié avec minutie, Lowry fait de ceux-ci des êtres vulnérables et complexes dont les comportements s'expliquent par l'histoire qu'ils ont vécue.
Ainsi le roman consacre-t-il des chapitres spécifiques à chacun de ces différents personnages, Geoffrey assurant bien sûr le lien entre les trois autres. Lowry évoque la vie de Laruelle dans le chapitre 1, celle d'Hugh dans le chapitre 6, et celle d'Yvonne dans le 9. Chacun d'entre eux a un lien privilégié avec le Consul, chacun constate sa déchéance avec une totale impuissance.
Nous avons observé que le style de Lowry varie en fonction du  personnage dont il parle ou qu'il fait parler, en particulier lorsqu'il utilise le procédé du monologue intérieur. C'est aussi un procédé technique intéressant du livre.
- Un livre difficile d'accès
Dans notre groupe on obserce deux types de lecture de "Sous le volcan".
Il y a d'une part ceux qui ont lu le livre il y a longtemps, qui en ont gardé le souvenir et qui soit n'ont pas voulu le relire, soit l'ont relu sans motivation particulière, et d'autre part, ceux qui ont découvert le roman et qui ont été désorientés par l'œuvre… parmi ces derniers, la plupart ne sont d'ailleurs pas allés jusqu'au bout !
Cela veut-il dire que nos modes de lecture ont changé entre hier et aujourd'hui et que certaines œuvres sont devenues peu lisibles aujourd'hui ?
Nous répondons que c'est d'abord notre environnement qui a changé (rythmes de vie, nouvelles technologies, multiplication des medias... Chaque jour nous avons à répondre à des sollicitations multiples. En conséquence, notre disponibilité pour lire des livres de 600 pages est donc moins grande qu'il y a quarante ans.
Mais lorsqu'en plus, comme l'ont relevé certains d'entre nous, l'auteur par sa composition romanesque, par les procédés qu'il utilise rend difficile au lecteur l'accès au livre, un phénomène d'abandon apparaît.
Parmi les procédés qui entravent l'accès au roman, nous avons relevé : l'intégration de phrases entières en langue étrangère (l'espagnol en particulier, sans traduction), des constructions de phrases parfois incompréhensibles (expression souvent d'un délire alcoolique), notamment dans le cas des monologues intérieurs du Consul, le recours à différents niveaux de lecture qui amènent le lecteur à s'interroger en permanence, des références ésotériques…
Lowry était conscient des problèmes rencontrés par ses lecteurs. Un petit texte écrit par lui permet de faire la lumière sur certains aspects du livre :
«Le roman peut être abordé comme un simple récit dont on sautera certains passages à son gré, ou comme un récit d’autant plus profitable qu’on ne sautera rien. Il peut aussi être abordé comme une sorte de symphonie, ou encore un opéra - voire un soap opera de cow-boys. C’est une musique syncopée, un poème, une chanson, une tragédie, une comédie, une farce, etc. Il est superficiel, profond, divertissant et ennuyeux selon les goûts. C’est une prophétie, une mise en garde politique, un cryptogramme, un film grotesque et un graffiti sur un mur. On peut même l’envisager comme une sorte de machine : ça marche aussi, vous pouvez me croire, j’en ai fait les frais.»
En conclusion sur ce point, aucun d'entre nous n'a mis en doute la qualité même de l'œuvre !
Beaucoup partagent le sentiment que c'est un livre qui se mérite, auquel il faudra revenir.
D'autres le laissent et le laisseront dans un tiroir, en raison du côté glauque du récit et de son aspect désespérant.
 
Sur la forme :
-  l'écriture de Lowry
Chacun a pu se faire son idée sur le talent d'écriture de Lowry et il m'est difficile de citer les différentes réactions des participants du Square. Il s'agissait avant tout de ressentis.

Pour éclaircir ce point important néanmoins, vous me pardonnerez d'aller au-delà de la synthèse de notre débat et de faire référence à des textes susceptibles de faciliter l'appréhension de l'écriture de Lowry.
Wikipedia donne une bonne synthèse de l'écriture de Lowry :
"À la fois monument du modernisme tardif et précurseur du post-modernisme, "Sous le Volcan"  illustre de manière éclatante la méthode d'écriture de Lowry, qui puise largement aux sources autobiographiques pour mieux transfigurer les souvenirs intimes grâce à de multiples allusions littéraires, philosophiques, mythologiques, cinématographiques et musicales, tissant une trame symbolique d'une grande densité."
(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Malcolm_Lowry .
 Un autre texte nous apporte un éclairage intéressant qui explique l'état dans lequel peut se trouvre le lecteur de "Sous le Volcan"
" La structure narrative enchevêtre solidement les nombreux retours sur le passé, les longues immersions dans le flux de conscience et la « voix intérieure » des personnages, l’alternance des points de vue, les références cycliques, les récits parallèles, la superposition et la confusion des actions réelles et des pensées, tout cela créant, chez le lecteur, un état largement contemplatif, voire légèrement éméché. Sans doute le style de Lowry est-il moins celui d’un romancier que celui d’un poète, et il n’est pas surprenant non plus qu’il ait souhaité donner une allure cinématographique à son récit, qu’il ait défini son style comme « un expressionnisme proche du jazz », et ait décrit son livre en termes d’« accords » et de « notes ».
(Source : http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/a/article-i-sous-le-volcan-i-l-ecriture-alcoolique-27870.php)
 Cette synthèse ne serait pas complète si l'on ne citait d'autres écrits de Malcolm Lowry, en particulier ses poèmes et ses nouvelles.
Malcolm Lowry. Romans, nouvelles et poèmes, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », Paris, 1995. Joseph fait référence à des niveaux d'écriture différents dans une nouvelle (Chambre d'hôtel à Chartres).
 
- la question de la traduction : un débat dans le débat
A l'évidence le livre de Lowry intègre des dimensions rythmiques, picturales… auxquelles la traduction ne nous donne pas accès.
Il existe deux traductions de "Au-dessous/Sous le volcan", l'une, la première chronologiquement, de Stephen Spriel et une plus récente de Jacques Darras.
Stephen Priel est en fait le pseudonyme de Michel Pilotin (indication donnée par Jean Bernard), auteur proche des surréalistes, ami de Boris Vian et surtout écrivain de science fiction.
En réalité, Pilotin a écrit sa traduction en collaboration avec Clarisse Francillon et… Malcolm Lowry soi-même.
Je ne résiste pas à citer un texte de Pilotin dans lequel il décrit sa collaboration avec Lowry :
"Que ce fût dans cette maison-là ou dans la mienne, le rite était le même. Après son opaque sommeil, qui se prolongeait jusqu'à une heure avancée du matin, il enfilait impatiemment, fiévreusement, son chandail de laine grise à col roulé, son unique souci étant de. gagner la cuisine au plus vite. Les tremblements nerveux qui secouaient ses membres ne se calmaient qu'une fois absorbés les premiers verres de vin rouge coupé d'eau. On lui préparait cette boisson dans une petite carafe dont le bouchon, heurtant le goulot, rythmait toute une partie de la journée. Dans nos esprits inquiets, ce tintement prenait des proportions démesurées, il s'enflait, il devenait celui d'une sonnette d'alarme, d'une cloche de navire errant parmi les brumes. Cela durait jusqu'au moment où, effectivement, Lowry disparaissait, et quoi que nous puissions dire ou faire, nous échappait."
(Source : http://networkedblogs.com/PG5ak)
Une partie d'entre nous a lu la traduction de Spriel-Pilotin et l'autre celle de Darras.

Darras s'explique également sur sa traduction. Dans un texte adressé à Maurice Nadeau, j'ai relevé cette phrase qui donne la ligne directrice du traducteur :
" Ici l'orchestre joue plus haut, plus loin, plus fort que les héros eux-mêmes dont la partition individuelle jamais ne permet d'oublier la musique qui les enveloppe. La musique est leur chair, l'étoffe dont ils sont faits. Il n'est pas surprenant non plus que la conscience centrale du roman soit celle de l'alcoolique Geoffrey Firmin. Sa fuite délibérée de la lumière du jour dont il s'abrite derrière ses lunettes noires, sa transformation de la réalité dans l'alambic monstrueux de son imagination suscitent une météorologie interne qui fait écho à celle du monde extérieur. L'univers ainsi créé est de correspondances. L'orage gronde au-dedans comme au dehors…"
(Présentation de Darras adressée à Maurice Nadeau.
Certains reprochent à la dernière traduction de Jacques Darras (traducteur de poésie) d’être moins proche du texte original. Celui-ci explique dans l'émission "Les chemins de la connaissance" (France Culture du 6 sept. 2010) que, pour lui, "l'obscurité dans la première traduction est complaisante, on en a rajouté, on en a remis une couche en quelque sorte (dans la traduction) alors que j'ai été frappé par la grande clarté de ce texte en anglais. La langue est claire."
C'est dire si la traduction d'un roman comme "Sous le Volcan" pose problème.
Cette difficulté nous l'avons pressentie et nous nous sommes livrés à un exercice extrêmement intéressant qui a consisté à faire une lecture comparée des deux traductions d'un même passage du livre.
Après la comparaison, notre étonnement fut grand car entre les deux traductions il y avait parfois plus qu'un fossé. En quelques instants nous avons mesuré l'importance de la traduction et le poids du traducteur dans l'interprétation du texte d'un écrivain.
Un débat s'est engagé ensuite entre nous : faut-il privilégier les traductions au plus proche du texte de l'auteur, ou faut-il retrouver le souffle de l'œuvre original en prenant quelque liberté avec le texte ?
Victor Hugo, Baudelaire, André Gide et bien d'autres ont-ils été des traducteurs fidèles par exemple ?
 
Le débat reste ouvert. Peut-être pourrait-on faire venir lors d'une prochaine réunion un traducteur renommé comme Jean Guiloineau, directeur de la revue Siècle 21, qui pourrait nous faire part de ce qu'est pour lui l'essence d'une bonne traduction.