HONORE DE BALZAC
Jeunesse et milieu familial
(1799-1806)
Honoré de Balzac
est l’ainé des quatre enfants de Bernard François Balssa et
d’Anne-Charlotte-Laure Sallembier. Du côté paternel : la réussite d'un
berger de l'Albigeois, parti à pied, devenu secrétaire du Conseil du roi puis
ayant fait carrière comme directeur des vivres Du côté maternel : une
lignée de commerçants, une jeune mal mariée, jetée pour des raisons de fortune
à un quinquagénaire ; des liaisons, un fils adultérin (le dernier).
Né le 20 mai
1799, Honoré est mis en nourrice immédiatement et ne regagnera la maison
familiale qu'au début de 1803. Cet épisode de la première enfance lui donnera
le sentiment d'avoir été délaissé par sa mère
Il a une
affection particulière pour sa sœur Laure.
La formation d'un jeune philosophe
(1807-1818)
De huit à quatorze ans, Honoré est pensionnaire du
collège des oratoriens de Vendôme, Au cours des six ans qu'il y passe,
sans jamais rentrer chez lui, même pour les vacances, le jeune Balzac dévore
des livres de tout genre : la lecture était devenue pour lui « une espèce de faim que rien ne pouvait assouvir ».Atteint de
troubles nerveux attribués à l’abus de lecture il quitte le collège de Vendôme.
A partir de 1814, il étudie au collège de Tours. Puis il continue ses
études à Paris, bientôt rejoint par sa famille. Honoré se passionne pour la
philosophie, obtient son baccalauréat, suit des cours de Droit puis devient
clerc de notaire.
Les débuts et l’écriture alimentaire (1819-1822)
Son père âgé de 73 ans ayant été mis à la
retraite, la famille n'a plus les moyens de vivre à Paris et déménage à Villeparisis.
Le jeune Balzac ne veut pas quitter Paris et dit vouloir se consacrer à la littérature,
il veut faire sa fortune par une œuvre littéraire. Ses parents le logent alors,
en août 1819, dans une mansarde, au 9, rue de Lesdiguières, et lui laissent deux ans
pour écrire. Balzac rappellera dans Illusions
perdues cette période de sa vie. Il
écrit une tragédie, Cromwell (1819), péniblement imitée des
maîtres classiques, il écrit aussi sous pseudonymes. Pour vivre, il travaille
pour des officines qui ravitaillent en romans les cabinets de lecture. Le jeune
homme apprend à connaître le monde des éditeurs et des petits journaux ;
il découvre ce par quoi doit passer le talent lorsqu'on n'a pas l'indépendance
et la fortune.
Les affres de
l’éditeur-libraire-imprimeur (1823-1828)
Fin 1823, Balzac fait la connaissance de l’écrivain Horace Raisson
(1798-1852), qui le fait pénétrer dans de nouveaux cercles de la vie
parisienne. Tous deux collaborent au Feuilleton littéraire, qui soutient
d'abord Saint-Aubin, puis le brise comme les petits journaux briseront son
futur personnage Lucien de Rubempré.
Au début de 1824, il a publié deux brochures anonymes, certainement bien
payées, peut-être provocatrices : Histoire impartiale des Jésuites
et Du droit d'aînesse. Travaux de libraire, mais dans lesquels l'auteur
expose des idées directement antilibérales sur l'unité, sur l'autorité, et
auxquelles il ne renoncera jamais.
Après l’échec de Wann Chlore, en 1825, Balzac, malade, abandonne la
littérature. Il trouve une aide financière auprès de Laure de Berny
(1777-1836), femme mûrissante qui lui tient lieu à la fois de mère et
d'initiatrice amoureuse et mondaine, et il se fait imprimeur, puis fondeur.
L'expérience durera deux ans, tournant elle aussi au désastre. Seul un prêt de
sa mère empêchera le déshonneur, mais ce prêt ne sera jamais remboursé et
pèsera sur sa vie entière.
Premiers succès (1828-1830)
En 1828, ayant totalement échoué comme « industriel », Balzac reprend
la plume.
Il écrit un roman sur les guerres civiles de Vendée : le Dernier
Chouan et que Balzac publie en 1829. Le modèle est évidemment l'écrivain
écossais Walter Scott, mais Balzac,
admirateur récent des saint-simoniens, nourrit son
roman historique de deux thématiques nouvelles : celle de la vie privée
(la femme abandonnée, la femme dans la Révolution) et celle de la critique
antilibérale.
Il revient de manière plus sérieuse dans les milieux de la presse et de la
librairie. Ses activités se développent dans deux directions : il devient
l'un des animateurs du Feuilleton des journaux politiques, feuille
saint-simonienne, et collabore à la première Presse de Girardin, ayant ses
entrées à la Silhouette et à la Caricature, vivant alors
l'expérience qu'il prêtera plus tard à Lucien de Rubempré dans Illusions
perdues. Par ailleurs, il écrit une Physiologie du mariage (commencée en
1826, mais qui n'est achevée que fin 1829) et entreprend une série de Scènes
de la vie privée, dont les premières paraissent en mars 1830.
Le tournant (1830-1831)
Renonçant
au genre « vie privée », il devient une célébrité par ses récits
fantastiques et philosophiques, dont le couronnement est, en 1831, la
Peau de chagrin. Cette fois, Balzac est lancé. Il est l'une des figures du
nouveau Paris, il gagne de l'argent, et le dépense sans compter.
En même temps,
Balzac rêve de fortune politique. Jusqu'alors, il avait été « de
gauche », tout en ayant montré par ses écrits son hostilité fondamentale
au libéralisme
en tant que système économique et social. Les problèmes consécutifs à la
révolution de Juillet précipitent son évolution dans un sens en apparence
inattendu. Trop réaliste pour accepter l'idéalisme saint-simonien ou
républicain, il ne saurait admettre la consécration du pouvoir bourgeois. Sans
perspectives du côté de la gauche, refusant le « juste milieu »,
Balzac ne voit de solution que dans un royalisme
moderne, fonctionnel, organisateur et unificateur, chargé d'intégrer les forces
vives et d'assurer le développement en mettant fin à l'anarchie libérale et à
l'atomisation du corps social par l'argent et les intérêts. C'est la fameuse
« conversion ».
L’année charnière (1834)
Janvier
1834 début de la liaison avec la comtesse polonaise, Mme
Hanska, qui lui avait écrit une lettre d'admiration signée l'Étrangère
en 1832
À la
fin de cette année 1834 se produit l'événement décisif, la grande
cristallisation. Pour la Revue de Paris, Balzac écrit Le Père Goriot, scène de la vie privée, scène de la vie parisienne, roman
d'éducation. Balzac applique pour la première fois un système appelé à devenir
fameux, celui du retour des personnages : on retrouve le Rastignac
de la
Peau de chagrin, mais à vingt ans, lors de son arrivée à Paris. Balzac, par
ce moyen technique, découvre un moyen d'unifier son œuvre à venir et constate
l'unité profonde de ce qu’il a déjà écrit ; il n'y a plus qu'à débaptiser
quelques personnages, qu'à arranger quelques dates (ce sera souvent du
bricolage, et les invraisemblances ne disparaîtront jamais toutes) pour que les
récits sortent de leur isolement et tendent à constituer les fragments d'une
fresque.
L’école du roman-feuilleton (1836-1841)
En 1836 deux
nouveaux journaux sont lancés : « la Presse » et « Le
Siècle », journaux bons marchés à
« grands tirages », utilisant la formule du roman-feuilleton.
Il s'agit là d'une mutation capitale, qui va fournir à Balzac un nouveau
support, un moyen d'étonnante multiplication de soi (publication d'abord en
feuilleton, ensuite en volume isolé, puis reprise dans des publications
collectives) et lui permettre de toucher un tout nouveau public. Balzac
renonce, vers cette époque, au conte philosophique, et il est exact que le
roman-feuilleton condamnait ce genre quelque peu élitiste, qu'il appelait de
l'intrigue, voire du mélodrame, qu'il privilégiait les sujets parisiens, les
bas-fonds, etc
C'est
le feuilleton qui va, chose étrange, permettre, dans ses bas de pages
quotidiens et sur son papier sale, cette explosion et cette diffusion : les
Employés et César
Birotteau (1837), la Maison Nucingen (1838), Une fille d'Ève
(1838-1839), le
Curé de village (1839-1841), Béatrix (1839), Pierrette
(1840), Une
ténébreuse affaire, la
Rabouilleuse, Ursule Mirouet (1841) sont tous des carrefours de
personnages balzaciens, mais aussi des diffuseurs des anciennes théories
désormais incarnées, marchant dans leur force et leur singularité personnelles.
Le grand auteur de la Comédie humaine
(1842-1848)
La
Comédie humaine est d'abord une entreprise de librairie : édition
compacte, suppression des préfaces, des alinéas, des chapitres, souscription.
C'est aussi une entreprise d'unification un peu extérieure aux textes :
beaucoup de romans réédités seront remaniés de manière à entrer dans le système
de reparution des personnages ; les plus anciens, comme les
Chouans ou la
Peau de chagrin, subiront les modifications les plus importantes ;
souvent les personnages réels disparaîtront et céderont la place à leurs
homologues de l'univers balzacien (le plus intéressant est le poète Canalis,
qui remplace sans problème apparent, du moins Balzac le pense-t-il, Lamartine
et Victor Hugo).
Le
point le plus important est évidemment la naissance d'un espace biographique
imaginaire, aucun personnage n'étant connaissable dans un seul roman, et
surtout les périodes les plus anciennes de sa vie n'étant données à lire
qu'après les périodes les plus récentes : ainsi pour Rastignac,
dont le passé le plus lointain figure dans le Père Goriot, dont la
période 1830 est contée dans la Peau de chagrin, la période
intermédiaire dans la Maison Nucingen et l'Interdiction, et dont
l'aboutissement politique se trouve dans les Comédiens sans le savoir.
Le contrat fut signé en 1841, les premiers
volumes parurent en 1842. Il devait y avoir dix-sept volumes, dont le dernier
devait paraître en 1848. Désormais, Balzac, dans ses lettres à Mme
Hanska, pouvait parler de lui comme du « grand auteur de la Comédie
humaine ».
Les dernières années (1848-1850)
En
1846-1847, une œuvre capitale, les Parents pauvres (le Cousin
Pons, la
Cousine Bette) accomplissent la prouesse de rejoindre le temps : la
date de l'intrigue est la même que la date de l'écriture. Le temps est rattrapé
au moment où règnent les nouveaux maîtres dont le lecteur connaissait le passé.
Ensuite,
la production se ralentit, puis se tarit. Balzac, épuisé, est pris tout entier
par son idée fixe d'épouser Mme Hanska, pour qui il installe à
Paris, rue Fortunée, un invraisemblable palais.
Pendant
les deux années qui suivent, Balzac cesse d'écrire. En 1850, il finira par
épouser sa comtesse, mais mourra presque aussitôt d'épuisement, salué par Victor
Hugo. Après sa mort, sa veuve paiera ses dettes et fera éditer ou terminer
les manuscrits disponibles. Balzac avait corrigé de sa main un exemplaire de sa
Comédie. C'est celui qui devait servir aux éditions ultérieures.