En avant-1ère, je livre à vos orbites cruelles mes 1ères impressions sur ce livre basané (é) allongé sur le sol (ol) un sombréro sur le nez (é)....en guise, en guise de parasol (quel bonheur !)
Je viens de refermer ce livre après l'avoir achevé pour la deuxième fois (achève-t-on un livre comme on achève - bien - les chevaux ?). Qu'en dire ? Les qualificatifs qui me viennent sont : sombre, poétique, surréaliste ; les mots : amour, mort et morts, fantômes, vivants, nostalgie, passé, âme.
Je ne veux pas parler de l'histoire (est-ce possible d'ailleurs ?), mais juste pointer une facette de ce roman à laquelle j'ai été particulièrement sensible.
Ce village, Comala, est abandonné. Pedro Paramo, maître absolu, tyran local victime de sa passion pour Susana la folle, a juré de se venger de Comala quelques jours après sa mort quand il a vu que ce village, assommé de folie par les cloches qui n'ont pas arrêté de sonner pendant trois jours, ripaillait pendant qu'on enterrait sa dernière femme.
Mais les pierres gardent en elles le souvenir de tout ce passé. Rien ne s'efface. Rien ne peut s'effacer. L'espace, les portes, les rues vides conservent tous les détails de l'histoire du lieu et des hommes qui l'ont habité. Mais tout ceci est invisible et ne peut se révéler à nous, êtres vivants provisoires, que si nous savons entendre ce qui est inaudible, voire ce qui est invisible, sentir ce qui n'a plus d'odeur. C'est à dire parvenir à recréer ce qui a disparu par une sorte de communion secrète avec les choses. C'est toute la question de Lamartine : "Objets inanimés avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?"
Tous ces lieux en déshérence possèdent un pouvoir d'attraction fort, mystérieux, poétique. Les espaces jonchés de traces de vie comme autant d'indices, envahis par la végétation, dégradés par les intempéries, nous livrent de vrais trésors...
"Ce village est plein d'échos. Ils semblent avoir été reclus au creux des murs ou sous les pierres. Quand on marche, on a l'impression qu'ils vous emboîtent le pas. On entend des craquements. Des rires. Des rires très anciens comme lassés de rire. des voix usées d'avoir trop servies. On entend tout ça. Je crois qu'un jour viendra où ces bruits s'éteindront."
Quand s'éteindra l'attention ?...
PS : les photos viendront, mais c'est un peu lent ce soir !
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mercredi 27 janvier 2010
jeudi 29 octobre 2009
Des hommes de Laurent Mauvignier

Décidément, c'est presque devenu un rite : je commence ces temps derniers mes commentaires de livre par la même phrase : "Je n'avais jamais lu...", et là, c'est Laurent Mauvignier !
J'ai eu un peu de mal à entrer dans le roman jusqu'à la page 129 (le livre en comporte 281). Et en final, je me félicite pour ma persévérance. Car dès la page suivante qui, contre toute attente est la page 133 (on passe à un autre chapitre du livre et il y a quelques pages blanches), on est saisi par le récit. Après l'atmosphère glauque d'un village banal, une salle des fêtes poisseuse dans laquelle une assemblée d'individus ordinaires liée par une honte partagée, tente de célébrer l'anniversaire d'une Solange, une agression sordide, des odeurs de vinasse - on se croirait par moment dans un tableau de Brueghel, ce qui pourrait être une sorte de compliment - on est précipité dans la guerre d'Algérie et surtout dans toute son horreur. Ames sensibles s'abstenir par moment. Dans un style sans ménagement, sans fioriture, errant, comme habité de la même trouille que le ventre de ces jeunes soldats, tour à tour bourreaux et victimes, Mauvignier parvient à décrire l'insoutenable et l'absurde d'une guerre qui se prolonge au-delà de la défaite, dans la vie de ceux qui ont traversé, par hasard, ces années de cauchemard.
"Je voudrais voir quelque chose qui n'existe pas et qu'on laisse vivre en soi, comme un rêve, un monde qui résonne et palpite, je voudrais, je ne sais pas, je n'ai jamais su, ce que je voulais, (...) seulement ne plus entendre le bruit des canons ni les cris, ne plus savoir l'odeur d'un corps calciné ni l'odeur de la mort - je voudrais savoir si l'on peut commencer à vivre quand on sait qu'il est trop tard."
Juste pour cette phrase, la dernière du roman, "Des hommes" pourrait mériter le Goncourt.
mercredi 30 septembre 2009
Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates (coup de coeur N°2 de Claude)

Les 65 premières pages sont déroutantes (ça c'est pour Patrice). Ce livre n'est composée que de lettres. Démodé ? C'est vrai : on ne s'écrit plus de lettres de nos jours. Et bien moi, j'ai trouvé que cette façon de correspondre était plutôt sympathique ; n'est-ce pas d'une certaine façon "retrouver du temps" ? Pour finir avec la forme : le style est plutôt de bon niveau, mais l'intention des auteures n'étaient certainement pas de faire une Oeuvre littéraire. Bref, c'est très agréable. Et puis, que demande-t-on à un style : de porter justement les émotions qui traversent un ouvrage. Et bien là, c'est parfaitement réussi !
L'histoire ? me direz-vous. Je ne vais pas vous la raconter bien sûr, ce serait dommage, puisqu'après cette rubrique vous allez vous précipiter chez votre libraire préféré pour ...
L'histoire se passe en 1946 ; au lendemain donc de la 2ème guerre mondiale. Une femme écrivain noue des relations avec différents personnages qui vivent à Guernesey. L'un d'entre eux à retrouver un livre lui appartenant. C'est un membre bien entendu du Cercle littéraire des amateurs de tourtes aux épluchures de patates. Mais au fait : pourquoi ce nom ridicule ? Lisez et vous saurez !
Elle (l'auteure)recherche un sujet pour son prochain livre. (elle va le trouver rassurez-vous !) Pendant ce temps, elle se met à échanger de nombreuses lettres avec tous ces inconnus dont les personnalités et les histoires se dévoilent au fur et à mesure des flux épistolaires. On apprend que le passage des allemands sur ce petit bout de terre d'Angleterre fut terrible pour certains. Et puis les choses ne sont pas ni toutes noires, ni toutes blanches. Il y a de la passion, de la tendresse, de l'amour, du mystère, des pleurs, de la fantaisie, de la tristesse. Il y a toute la vie. Si après ça ....
mardi 29 septembre 2009
Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (coup de coeur N°1 de Claude)

Hervé Kempf, journaliste au Monde et auteur de "Comment les riches détruisent la planète", livre avec "Pour sauver la planète sortons du capitalisme" un nouvel essai cinglant où urgence écologique et justice sociale sont les indissociables composants du projet politique. Il dénonce avec pertinence que le concept de "rivalité ostentatoire" qui est l'un des avatars obligés du capitalisme, par la surconsommation et les inégalités qu'il induit, nous emmène tous dans le mur. Privatisation de l'espace public, névrose des marchés, échange sans parole, perte du lien social, abrutissement médiatique, sont autant de facteurs qui caractérisent cette période de l'Humanité dans laquelle nous sommes entrés au sortir des "Trente glorieuses" : l'anthropocène ; la 1ère fois dans l'histoire de cette planète où l'humanité peut être considérée comme un agent géologique apte à transformer la nature de la biosphère.
Kempf appelle à un sursaut qui n'est pas seulement une démarche intellectuelle, mais une obligation à baisser significativement notre standing de vie ; nous, les riches.
Au passage, il démonte le concept de "croissance verte" qui n'est qu'un énième leurre de l'oligarchie pour déguiser de juteux profits en démarche vertueuse.
Extraits :
"La difficulté propre à la génération (la jeunesse actuelle NDLR)... est de devoir réinventer des solidarités quand le conditionnement social lui répète sans cesse que l'individu est tout."
"La corruption répand dans l'esprit public qu'est le plus estimable non pas le plus vertueux mais le plus malin."
Et 2 citations ;
""Une bonne partie de l'oppression contemporaine est une oppression sur le temps (...)Nous sommes contraints a un temps découpé, discontinu, dispersé, dans lequel la rapidité est l'élément majeur. ce temps n'est pas celui du projet, mais de la consommation, du salariat. le courage pourrait consister à essayer d'imposer une autre temporalité." Alain Badiou. Philosophe
A propos de l'argument consistant à dire qu'il n'y a qu'à "revenir aux bougies", Ingmar Granstedt dit : "Ce ne serait pas un "retour à la bougie", mais la reconnaissance honnête et courageuse qeu le refus de la concurrence sans fin et sans frein nous oblige à inventer une nouvelle modernité technologique, ouverte elle aussi à la curiosité scientifique et à l'imagination technique, mais compatible avec la vie dans des territoires à échelle humaine."
samedi 26 septembre 2009
LES LIVRES DONT JOSEPH NOUS A PARLE

Raymond Roussel, né à Paris, le 20 janvier 1877 et mort à Palerme, Italie, le 14 juillet 1933, était un écrivain, dramaturge et poète français.
Ses premiers livres, La Doublure, La Vue, Impressions d'Afrique, ne rencontrent aucun succès. Tous ses autres livres, comme Locus Solus ou L'Étoile au front, seront perçus comme des œuvres déroutantes.
En 1932, il fait paraître ses Nouvelles Impressions d'Afrique, suivies de 59 énigmatiques dessins à la plume d'Henri-Achille Zo.
Dans Comment j'ai écrit certains de mes livres (1935), Raymond Roussel explique les mécanismes de son écriture imaginaire, notamment basée sur :
- l'homophonie, exercice relevant de la Langue des oiseaux,
- l'enchâssement, mode d'écriture consistant à placer des incises dans des incises, à l'image de la règle dite des parenthèses en calcul algébrique.
Son faible succès auprès de ses contemporains l'amena à publier à compte d'auteur, d'où le jeu de mots dans le titre de son ouvrage Impressions d'Afrique, à comprendre « impressions à fric », conformément aux mécanismes de construction /décon-struction du langage et du double sens employés dans ses ouvrages.
Précurseur des surréalistes, admiré par André Breton, Jean Cocteau, Louis Aragon, Michel Leiris, Paul Éluard, ou Georges Perec, cet écrivain fut assez peu lu, compte tenu de la très grande complexité de ses ouvrages. (source Wikipedia)

Ses premiers livres, La Doublure, La Vue, Impressions d'Afrique, ne rencontrent aucun succès. Tous ses autres livres, comme Locus Solus ou L'Étoile au front, seront perçus comme des œuvres déroutantes.
En 1932, il fait paraître ses Nouvelles Impressions d'Afrique, suivies de 59 énigmatiques dessins à la plume d'Henri-Achille Zo.
Dans Comment j'ai écrit certains de mes livres (1935), Raymond Roussel explique les mécanismes de son écriture imaginaire, notamment basée sur :
- l'homophonie, exercice relevant de la Langue des oiseaux,
- l'enchâssement, mode d'écriture consistant à placer des incises dans des incises, à l'image de la règle dite des parenthèses en calcul algébrique.
Son faible succès auprès de ses contemporains l'amena à publier à compte d'auteur, d'où le jeu de mots dans le titre de son ouvrage Impressions d'Afrique, à comprendre « impressions à fric », conformément aux mécanismes de construction /décon-struction du langage et du double sens employés dans ses ouvrages.
Précurseur des surréalistes, admiré par André Breton, Jean Cocteau, Louis Aragon, Michel Leiris, Paul Éluard, ou Georges Perec, cet écrivain fut assez peu lu, compte tenu de la très grande complexité de ses ouvrages. (source Wikipedia)

Pierre Rabhi (Kenadsa, Algérie 1938) est un agriculteur, homme politique, écrivain et penseur français d'origine algérienne, inventeur du concept « Oasis en tous lieux ».
Il défend un mode de société plus respectueux des populations et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles respectueuses de l'environnement et préservant les ressources naturelles, l'agroécologie, notamment dans les pays arides Il est intervenu dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne comme le Burkina, le Mali, le Sénégal, le Togo, le Bénin, la Mauritanie…
Joseph a établi une comparaison entre l'Afrique fantasmée de Roussel, l'Afrique réelle de Rabbi et celle présentée par Kapucinski. Il a également évoqué le Courrier international n° 978 du 1er août 2009 : l'Afrique telle qu'elle s'écrit et notamment un article intitulé "Ah, ces fantasmes de Blancs !", par Binyavanga Wainaina.
Il défend un mode de société plus respectueux des populations et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles respectueuses de l'environnement et préservant les ressources naturelles, l'agroécologie, notamment dans les pays arides Il est intervenu dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne comme le Burkina, le Mali, le Sénégal, le Togo, le Bénin, la Mauritanie…
Joseph a établi une comparaison entre l'Afrique fantasmée de Roussel, l'Afrique réelle de Rabbi et celle présentée par Kapucinski. Il a également évoqué le Courrier international n° 978 du 1er août 2009 : l'Afrique telle qu'elle s'écrit et notamment un article intitulé "Ah, ces fantasmes de Blancs !", par Binyavanga Wainaina.
lundi 20 juillet 2009
BONE de George CHESBRO

Bone, c'est le nom de ce homme retrouvé prostré au milieu de Central Park, et qui va rester 3 jours immobile, sans parler, accroupi avec un os fossilisé de fémur humain dans la main. Mais Bone n'est pas tout à fait un inconnu puisqu'il a été repéré depuis un an par un tandem de bénévoles de l'aide sociale, errant dans un petit périmètre au coeur de Manahattan. Personne ne sait d'où vient Bone. Bone ne parle pas. La paume de ses mains est comme brûlée. Il a de multiples cicatrices au visage et sur le corps. Au bout du 3ème jour, Anne - la femme du tandem - parvient à décider Bone de la suivre pour se faire prendre en charge par les services sociaux.
Depuis quelque temps, plus d'une dizaine de meurtres par décapitation ont été commis dans la population des SDF de Manhattan. Les victimes sont choisies parmi les plus déshérités.
Bone, qui se remet progressivement à communiquer, mais qui semble totalement amnésique, ne serait-il pas en réalité un dangereux psychopathe qui joue un jeu pervers avec la police et les services sociaux ?
Chesbro nous entraine dans un polar palpitant, où il nous donne à méditer sur cette société capable de produire des dizaine de milliers de marginaux dont une partie tente de survivre sous terre, dans le ventre de Manhattan.
Les 10 femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi

Puisque je sais que vous n'irez pas sur mon blog, mon blog vient à vous !
Dernière livraison d'Arto Paasilinna, l'auteur du "Lièvre de Vatanen" et de "La forêt des renards pendus", assez jubilatoire, il faut bien le dire. Ou l'on voit l'épopée d'un fantasque patron de gauche, qui plus est conseiller économique (titre qui ne veut rien dire bien entendu), auprès d'une dizaine de femmes qu'il honore avec succès (et successivement), au prétexte qu'il fête ses soixante ans ... Au passage quelques "tacles" bien sentis à l'encontre de la société capitaliste (la distribution de stock-options conduit à la rapacité, la spéculation contre productive et polluante, la cotation en bourse qui excite les carnassiers, ...), l'encadrement ("ce n'était pas parce qu'elle était neurasthénique et cinglée qu'elle ne pouvait pas réussir dans la profession d'ingénieur. Il y avait de nombreux exemples édifiants dans différentes branches de l'industrie, en Finlande et ailleurs dans le monde." "Si un cadre veut quitter une firme, tant pis pour lui. Ce sont les ouvriers qui assurent la production, pas les supposées têtes pensantes. Jamais une société ne s'est trouvée à court de dirigeants (...) il y a toujours quelqu'un pour vouloir s'y coller."), et la relation homme-femme (mais là, je laisse la dégustation aux lecteurs).
Mon avis : Un super livre de vacances (oubliez Marc Lévy !!!
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