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lundi 14 mai 2018

37EME RÉUNION - ESSAI DE SYNTHÈSE DES DÉBATS

 Débat sur la nouvelle de Joseph Conrad, "Au coeur des ténèbres" écrite en 1899.

JEAN BERNARD nous a présenté la nouvelle et l'écrivain, avec son aisance et son acuité habituelle.

- Style et traduction
Plusieurs d'entre nous ont trouvé le style de Conrad puissant et particulièrement original par rapport à ce type de nouvelle. Nous avons toutefois évoqué les problèmes de traduction, générateurs d'incompréhension.
Une mise en parallèle entre plusieurs traductions sur le thème de la description de la femme sauvage a montré les écarts existant entre l'une et l'autre version. La question de la traduction revient souvent dans nos débats du Square, mais cette fois-ci, il y a eu vraiment un problème. Est-ce du à l'écriture même de Conrad, pour qui l'anglais n'est pas sa langue d'origine, est-ce du aux traducteurs eux-même face à des difficultés d'interprétation ?
Nous avons observé également qu'il existe plusieurs plans narratifs dans le livre : il y a la situation dans laquelle se trouve Marlow, à bord d'un bateau navigant sur la Tamise et l'histoire qu'il raconte de la remontée du fleuve Congo à la recherche de Kurtz, qui s'est déroulée il y a une vingtaine d'années. Ainsi le vrai thème du livre est-il le récit d'un récit d'un voyage.

- Nature de l’œuvre
"Au cœur des ténèbres est une œuvre atypique. Ce n'est ni un roman d'aventure, ni une livre politique et encore moins un récit philosophique. Et pourtant la nouvelle flirte avec ces trois thèmes. Certains d'entre nous ont considéré qu'il s'agissait d'un voyage initiatique dans un univers essentiellement symbolique. Seuls les deux personnages principaux, Marlow et Kurtz sont désignés par un patronyme, les autres sont désignés par leur fonction ou leur appartenance sociale ou ethnique.
L'aspect autobiographique de l’œuvre a été souligné par beaucoup d'entre nous.

- Un écrit contre le colonialisme
Plusieurs passages des "Ténèbres" constituent une sévère critique du colonialisme et contre la volonté d'annexer des parties du monde peuplées par des hommes très différents des occidentaux. L'objectif premier consistait avant tout à piller les richesses de ces pays plutôt que de les civiliser à l'occidental. Certaines descriptions du livre décrivent la condition terrifiante des populations du Congo du roi Léopold. Rappelons que la nouvelle a été écrite en 1899, date à laquelle le Congo était la propriété privée du souverain belge.
Au cours des débats ont été cités plusieurs livres traitant du régime colonial du Congo à l'époque de Léopold et du sort atroce qui était réservé aux populations indigènes. Certains sont cités dans les coups de coeur.

- Un texte à caractère philosophique
Marlow en partant à la recherche de Kurtz, part à la recherche de lui-même. Peu à peu, en remontant le fleuve, il découvre l'ambiguïté propre à l'être humain. Kurtz, homme intelligent, doué et efficace dans ses actions est à la fois un héros, mais c'est aussi un tyran, qui se prend pour un dieu et qui assoit son pouvoir sur la peur, sur la terreur.
" Je voyais l'inconcevable mystère d'une âme qui ne connaissait contrainte, ni foi, ni crainte, et qui pourtant luttait à l'aveugle avec elle-même." 
Nous avons évoqué une parenté intellectuelle entre Conrad et Nietzsche, tous deux grands admirateurs de Schopenhauer. Kurtz est l'incarnation même de la volonté de puissance nietzschéenne. C'est en quelque sorte un surhomme qui s'affranchit de la morale, du bien et du mal. Marlow, lorsqu'il découvre cela, réalise que lui aussi, au coeur de ses ténèbres intérieures est à la fois une homme intelligent et doué et en même temps un homme qui peut devenir un criminel pour aboutir à ses fins. Appollo, dieu de la lumière et de la mesure parfaite, d'un côté et Dyonisos, dieu de l'extase et de l'ivresse, de l'autre, comme dans Les Origines de la Tragédie de Nietzsche.

- Un roman d'aventure à caractère autobiographique
La vie aventureuse de Conrad nous a été présentée par Jean Bernard. Nous avons pu mesurer les similitudes entre ce qu'a vécu l'auteur lui même et les situations dans lesquelles évolue le personnage de Marlow.

mardi 31 mars 2015

24 EME REUNION : "CENT ANS DE SOLITUDE" DE GABRIEL GARCIA MARQUEZ

Pour cette reprise de nos travaux, après 6 mois d'interruption, notre programme prévoyait la lecture de "100 ans de solitude".
Dans ce premier article vous trouverez la biographie de l'auteur présentée par Agnès.


Colombien , surnommé « Gabo » dans toute l'Amérique latine,  Gabriel Garcia Marquez, Prix Nobel de littérature 1982, est mort à Mexico en 2014. Il était âgé de 87 ans. Son œuvre a été traduite dans toutes les langues ou presque, et vendue à quelque 50 millions d'exemplaires.

On retrouve dans la biographie de GGM beaucoup d’éléments de "100 ans de solitude".

Aîné de onze enfants, il  est né le 6 mars 1927, à Aracataca, un village perdu entre les marigots et les plaines poussiéreuses de la côte caraïbe colombienne.  Dans son œuvre, Aracataca deviendra Macondo, un endroit mythique mais réel, L'espagnol sud-américain a fait de « macondiano » un adjectif pour décrire l'irrationnel du quotidien sous ces latitudes.

Aracataca, le village et la maison c’est un endroit très important pour GGM : « pleine de monde - grands-parents, hôtes de passage, serviteurs, indiens -, mais également pleine de fantômes » (celui de sa mère absente en particulier).

Juste après la naissance de Gabriel, en 1929, ses parents quittent Aracataca.

Gabo sera élevé par ses grands-parents.

Sa formation intellectuelle ainsi qu'un certain sens de la démesure lui viennent du colonel Marquez, son grand-père libre-penseur qui, pour meubler l'ennui d'un temps immobile, lui ressassait inlassablement ses souvenirs de la guerre des Mille Jours : une dévastatrice guerre civile qui, entre 1899 et 1902 opposa le camp « libéral » (dont il faisait partie) et celui des « conservateurs », et se solda par la victoire de ces derniers.

Il doit aussi à ce grand père  les fondements de sa conscience politique et sociale. Le colonel faisait en effet partie des personnalités colombiennes qui s'étaient élevées contre le « massacre des bananeraies » : en décembre 1928, 1500 ouvriers agricoles en grève avaient été tués par l'armée colombienne, sous la pression des Etats-Unis qui menaçaient d'envahir le pays avec leur marines si le gouvernement n'agissait pas pour protéger les intérêts de la compagnie américaine United Fruit. On retrouve cet épisode dans 100 ans de solitude.

Le culte du surnaturel, des fantômes et des prémonitions lui vient de sa grand-mère qui se levait la nuit pour lui raconter les histoires les plus extraordinaires de revenants sorcières et nécromanciennes. Il va de fait s’insérer naturellement dans le courant du réalisme magique.

Après une scolarité chez les jésuites, il abandonnera ses études de droit pour le journalisme. En 1955, GGM découvre la vérité sur la catastrophe du Caldas : ce destroyer de la marine colombienne, le pont surchargé de marchandises de contrebande, avait perdu huit hommes d'équipage dans la mer des Caraïbes lorsque les câbles de cette cargaison illicite avaient lâché. Les officiers avaient prétendu avoir affronté une terrible tempête. Il écrit 14 articles à la première personne qui s’arrachent mais le mettent en danger. Son journal l’envoie à Paris.

Il arrive à Paris en pleine guerre d'Algérie, fréquente les milieux du FLN , il est proche des communistes , visite les pays de l’Est. Son journal est interdit, il se retrouve sans emploi et rentre en Colombie.

Il y épouse son amour d’enfance en 1958 et a deux fils.

Il travaille pour l’agence de presse cubaine, se rend à Cuba, espère partir au canada, puis finalement décide de partir au Mexique avec sa famille.


LE CHOC DE « CENT ANS DE SOLITUDE »

 Le roman va bouleverser la vie de GGM et de sa famille.

A 38 ans, et après quatre livres publiés depuis que j'en avais 20, je me suis assis devant ma machine et j'ai écrit: "Des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendía devait se rappeler ce lointain après-midi au cours du quel son père l'emmena faire connaissance avec la glace.'' Je n'avais pas la moindre idée de ce que voulait dire cette phrase ni d'où elle venait ni où elle allait me conduire. Ce que je sais aujourd'hui, c'est que durant dix-huit mois je n'ai jamais passé un seul jour sans écrire, jusqu'à terminer le livre. [...]

En fait la dactylographe a failli perdre des feuilles du romans , cette période est une période d’extrême pauvreté pour la famille.

[...] Enfin, au début du mois d'août 1966, Mercedes et moi sommes allés à la Poste centrale de Mexico pour envoyer la version achevée de «Cent Ans de solitude» à Buenos Aires, un paquet de 590 feuillets écrits à la machine, avec double espacement et sur du papier ordinaire, adressé à Francisco Porrúa, le directeur littéraire des éditions Sudamericana. L'employé des postes a posé le paquet sur la balance, a fait ses calculs et a dit:

"Ca fait 82 pesos."

Mercedes a compté les billets et les pièces de monnaie qui restaient dans son sac et affronté la réalité:

"Nous n'en avons que 53."

Nous avons ouvert le paquet, divisé le contenu en deux parties égales et en avons envoyé une à Buenos Aires sans même nous demander comment nous allions trouver l'argent pour expédier l'autre. Plus tard, nous nous sommes aperçus que nous avions envoyé non pas la première moitié du roman, mais la deuxième. Avant que nous trouvions de quoi l'expédier, Paco Porrúa, notre homme aux éditions Sudamericana, anxieux de lire la première moitié du livre, nous avait avancé l'argent.

C'est ainsi que nous sommes nés une deuxième fois à notre nouvelle vie d'aujourd'hui.»

Dès sa publication en 1967, à Buenos Aires, l'engouement rencontré par Cent ans de solitude (publié en français par Le Seuil en 1968) est extraordinaire. Tous les lecteurs d'Amérique Latine connaissent de mémoire sa première phrase : « Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'emmena faire connaissance avec la glace. Pablo Neruda a qualifié le roman du « plus grand roman écrit en langue espagnole depuis Don Quichotte ».
Cinq ans après sa sortie, Cent ans de solitude aura déjà été publié dans vingt-trois pays et se sera vendu à plus d'un million d'exemplaires rien qu'en langue espagnole. On sait que Garcia Marquez fut sincèrement abasourdi par le succès de ce livre.

Garcia Marquez, meurtri et révolté par la dictature installée au Chili depuis le coup d'Etat du général Pinochet en septembre 1973, se refuse, pour un temps, à écrire de nouveaux romans et préfère s'engager dans ce qu'il appelle « la guerre de l'information ». Il contribue dans son pays à la création d'une revue indépendante, Alternativas, fustige le capitalisme et l'impérialisme, prend la défense du tiers-monde et soutient publiquement, sans états d'âme apparents, le régime de Fidel Castro.

En 1982, les jurés de Stockholm lui décernent le prix Nobel. Il assistera à la cérémonie vêtu du « liqui-liqui », le costume blanc traditionnel de la côte caraïbe, au lieu du smoking protocolaire. Son discours de réception est un fougueux plaidoyer pour l'Amérique latine dont il décrit la « solitude » face « à l'oppression, au pillage et à l'abandon », alors même que les dictatures s'y multiplient.

Après le Nobel, Garcia Marquez tourne le dos à Macondo et à l'univers prodigieux de son enfance. Désormais, sa production se situera, pour l'essentiel, à mi chemin entre le journalisme, l'histoire et le roman populaire.

Il restera une référence. On le sollicite - notamment à plusieurs reprises comme médiateur lors des pourparlers de paix engagés avec la guérilla colombienne -, on le consulte sur tous les sujets. Garcia Marquez n'est pas dupe. « Je suis un romancier, disait-il, et nous, les romanciers, ne sommes pas des intellectuels, mais des sentimentaux, des émotionnels. Il nous arrive à nous, Latins, un grand malheur. Dans nos pays, nous sommes devenus en quelque sorte la conscience de notre société. Et voyez les désastres que nous provoquons.


jeudi 7 juin 2012

RAY BRADBURY : LE BONHEUR D'ECRIRE

Voici le message qui est apparu hier sur le site Internet de Ray Bradbury :

JUNE 6, 2012

Ray Bradbury, recipient of the 2000 National Book Foundation Medal for Distinguished Contribution to American Letters, the 2004 National Medal of Arts, and the 2007 Pulitzer Prize Special Citation, died on June 5, 2012, at the age of 91 after a long illness. He lived in Los Angeles.

In a career spanning more than seventy years, Ray Bradbury has inspired generations of readers to dream, think, and create. A prolific author of hundreds of short stories and close to fifty books, as well as numerous poems, essays, operas, plays, teleplays, and screenplays, Bradbury was one of the most celebrated writers of our time. His groundbreaking works include Fahrenheit 451, The Martian Chronicles, The Illustrated Man, Dandelion Wine, and Something Wicked This Way Comes. He wrote the screen play for John Huston's classic film adaptation of Moby Dick, and was nominated for an Academy Award. He adapted sixty-five of his stories for television's The Ray Bradbury Theater, and won an Emmy for his teleplay of The Halloween Tree. In 2005, Bradbury published a book of essays titled Bradbury Speaks, in which he wrote:

" In my later years I have looked in the mirror each day and found a happy person staring back. Occasionally I wonder why I can be so happy. The answer is that every day of my life I've worked only for myself and for the joy that comes from writing and creating. The image in my mirror is not optimistic, but the result of optimal behavior."

He is survived by his four daughters, Susan Nixon, Ramona Ostergren, Bettina Karapetian, and Alexandra Bradbury, and eight grandchildren. His wife, Marguerite, predeceased him in 2003, after fifty-seven years of marriage.

Throughout his life, Bradbury liked to recount the story of meeting a carnival magician, Mr. Electrico, in 1932. At the end of his performance Electrico reached out to the twelve-year-old Bradbury, touched the boy with his sword, and commanded, Live forever! Bradbury later said, I decided that was the greatest idea I had ever heard. I started writing every day. I never stopped.

http://www.raybradbury.com/






Les romans de Bradbury traduits en français :

Chroniques martiennes, Denoël coll. Présence du futur N°1, 1954, trad. Henri Robillot
Fahrenheit 451, Denoël coll. Présence du futur, 1955, trad. Henri Robillot
Le Vin de l'été, Denoël coll. Jaune, 1959, trad. Georges Dupont
La Foire des ténèbres, Denoël coll. Présence du futur, 1964, trad. Richard Walters
L'Arbre d'Halloween, Le Seuil, 1994, trad. Alain Dorémieux
La Solitude est un cercueil de verre, Denoël coll. Arc-en-ciel, 1986, trad. Emmanuel Jouanne
Le Fantôme d'Hollywood, Denoël coll. Présences, 1992, trad. Alain Dorémieux
La Baleine de Dublin, Denoël coll. Présences, 1993, trad. Hélène Collon
Ahmed et les prisons du temps, Mille et une nuits coll. la Petite collection, 1998, trad. Bernard Hoepffner
De la poussière à la chair - Souvenirs d'une famille d'immortels, Denoël coll. Lunes d'encre, 2002, trad. Patrick Marcel
Il faut tuer Constance, Denoël coll. & d'ailleurs, 2004, trad. Philippe Rouard
Un écrivain à mettre au programme d'une prochaine réunion de notre square, pourquoi pas ?