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vendredi 4 octobre 2019

43EME EDITION - ESSAI DE SYNTHESE DE NOTRE DEBAT SUR "A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS" PAR GÉRARD


Le square a eu le plaisir d’accueillir au début de cette 43ème réunion Véronique Djabri, une amie de Marie-Christine qui est aussi une « passionnée de Proust ».
Ensuite, nous avons félicité Claude et Monique pour la naissance de leurs petits-enfants Daria et Léonard autour d’une coupe de Champagne.

Monique a tout d’abord présenté en introduction une biographie de Proust mettant en évidence les moments clés de la vie de l’auteur : la disparition de sa mère et la relation avec son chauffeur Alfred Agostinelli notamment.

Rappelons-nous que nous avons choisi de lire « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » plutôt qu’un autre titre de Proust parce que ce livre a obtenu le prix Goncourt le 10 décembre 1919, il y aura donc bientôt cent ans.
Plusieurs versions de ce roman existent, celle de 1919, l’édition de la Pléiade de 1954 et celle de 1987. La dernière édition, sous la responsabilité de Jean-Yves Tadié, a bénéficié de l’apport de nombreux documents, elle est vraisemblablement plus proche que ce que souhaitait son auteur.



 (c) J. J.

 Dans l’ensemble, notre débat a été animé et riche. Une multitude de thèmes ont été évoqués mais c’est d'abord sur le rapport du lecteur à l’œuvre que le débat s’est concentré.

  • Notre rapport à l‘œuvre

Si nous essayons de dresser une typologie des lecteurs autour de la table, on relève trois catégories :
-      -  Ceux qui ont lu toute l’œuvre de Proust ou presque
-       - Ceux qui ont lu intégralement à l’Ombre des jeunes filles en fleurs (lecture ou relecture)
-       - Ceux qui ont lu partiellement le roman pour différentes raisons.

Ce constat permet de relativiser certains points de vue exprimés.
Plusieurs d’entre nous ont évoqué la difficulté qu’ils avaient eue à entrer dans le roman ou à poursuivre la lecture au-delà d’un certain nombre de pages.
Parmi les raisons invoquées : la difficulté à mobiliser son attention dès les premières pages en raison du style de l’auteur, la longueur des phrases, les digressions systématiques, le manque d’intérêt du fond…
Pour d’autres qui sont allés un peu plus loin dans le roman, c’est une sensation d’ennui entrainant l’abandon de la lecture, qu’ils ont exprimée.
Encore une fois, les conditions dans lesquelles ont eu lieu la lecture ou les tentatives de lecture, l’environnement immédiat, le temps disponible ont largement influé sur l’accès à cette œuvre. Difficile de lire Proust dans le métro ou pendant la journée par tranches successives de vingt minutes par exemple. Si l’on veut pénétrer dans l’univers proustien, il faut du temps, de la disponibilité et une certaine concentration.
Nous avons eu cette discussion plusieurs fois au sein du Square et nous nous sommes questionnés sur la compatibilité entre vie active, vie professionnelle et familiale dense et accès aux œuvres littéraires réputées difficiles, complexes.
D’aucuns ont remarqué qu’on trouve un intérêt à lire de telles œuvres « essentielles » à plusieurs moments de sa vie : en pleine jeunesse, en période active, à maturité et enfin dans le calme de l’âge mûr. A chacun de ces moments de vie la lecture nous enrichit différemment.
Ainsi la « Recherche… » peut être un compagnon de vie pour ceux et celles qui sont des passionné(e)s de ce cher Marcel, comme certains convives autour de cette table.

  • De « l’Ombre… » à la « Recherche… »

Dans notre débat, nous sommes tombés d’accord sur le fait que lire « A l’ombre des jeunes filles … » sans avoir lu préalablement « Du côté de chez Swann » ainsi que les différents volumes postérieurs, de « La Recherche… » ne permettait pas d’apprécier l’œuvre proustienne dans sa spécificité. En effet, beaucoup des personnages de « A l’Ombre » sont présents dans d’autres parties de « La Recherche,… », ils évoluent dans un sens ou dans un autre, témoignant ainsi de l’évolution même de leur créateur.
Mais si la question de l’accès à l’œuvre conditionne en partie notre jugement sur l’œuvre elle-même, elle ne nous a pas empêchés de débattre sur plusieurs autres aspects du roman.



  • Le style de Proust

Comment tout grand écrivain, Proust a un style reconnaissable entre mille. Nous nous sommes interrogés sur les caractéristiques de ce style.

Le narrateur
C’est le personnage principal du roman. C’est lui qui écrit. Il s’agit d’un jeune écrivain, réservé, timide, plongé dans un monde imaginaire. C’est à travers son regard, son imagination, que nous découvrons le monde. S’agit-il pour autant d’un roman autobiographique ? Nous nous sommes posés la question. Mais s’il y a du Marcel dans le narrateur et si les points communs entre eux sont multiples, il n’en demeure pas moins que Proust revendique une distance entre lui et le narrateur. Le « je » n’est pas « moi » dit-il dans « L’Esthétique de Marcel Proust ».

L’écriture
Les avis ont été partagés sur ce point. Quelques-uns ont été très sensibles aux « fulgurances » proustiennes et se sont rangés dans le camp des « fans absolus », tandis que d’autres ont constaté des passages très inégaux, des phrases superbes mais aussi d’autres restées incompréhensibles.
Effectivement, ce qui frappe en premier lieu à la lecture de Proust, beaucoup d’entre nous l’ont relevé, c’est la longueur et la complexité de certaines phrases. Certains passages nécessitent une deuxième, voire une troisième lecture pour en découvrir le sens, ce qui peut décourager le lecteur.
Cette longueur et cette complexité s’expliquent par la nécessité pour le narrateur de transcrire le plus fidèlement possible la réalité sensible et tous ses plans (physiques, émotionnels, sensoriels). Pour Proust, la phrase constitue un ensemble vivant, finement ciselé, où chaque mot témoigne d'une réalité sensible. Pour le critique Ramon Fernandez : « C’est assez dire que pour Proust, la phrase est le milieu, la serre bien abritée, où il fait éclore sa pensée totale sur un objet donné, où il dépose et embaume le contenu total de sa conscience. »
La précision d’orfèvre littéraire de Proust a aussi plusieurs fois été mise en évidence, ainsi que le caractère poétique ou caustique de certains passages.

Pour illustrer ces derniers propos, nous avons lu deux extraits du livre :

-       Un passage sur les soles
« Hélas, le vent de mer, une heure plus tard, dans la grande salle à manger — 
tandis que nous déjeunions et que, de la gourde de cuir d’un citron, nous répandions quelques gouttes d’or
sur deux soles qui bientôt laissèrent dans nos assiettes le panache de leurs
arêtes, frisé comme une plume et sonore comme une cithare — il parut cruel à ma 
grand’mère de n’en pas sentir le souffle vivifiant à cause du châssis
transparent mais clos qui, comme une vitrine, nous séparait de la plage tout
en nous la laissant entièrement voir et dans lequel le ciel entrait si
complètement que son azur avait l’air d’être la couleur des fenêtres et ses
nuages blancs un défaut du verre. »
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-       Un second passage sur les pauvres derrière la baie vitrée
Et le soir ils ne dînaient pas à l’hôtel où les sources électriques faisant sourdre à flots la lumière dans la grande salle à manger, celle-ci devenait comme un immense et merveilleux aquarium devant la paroi de verre duquel la population ouvrière de Balbec, les pêcheurs et aussi les familles de petits bourgeois, invisibles dans l’ombre, s’écrasaient au vitrage pour apercevoir, lentement balancée dans des remous d’or, la vie luxueuse de ces gens, aussi extraordinaire pour les pauvres que celle de poissons et de mollusques étranges (une grande question sociale, de savoir si la paroi de verre protégera toujours le festin des bêtes merveilleuses et si les gens obscurs qui regardent avidement dans la nuit ne viendront pas les cueillir dans leur aquarium et les manger).

Pour ceux qui, parmi nous, sont très centrés sur l’importance du procédé narratif, le style proustien ne génère pas une franche adhésion. Il consiste à décortiquer des sentiments, des sensations, des impressions, de manière systématique.
Certains critiques confortent ce point de vue : Proust n’innove pas et ne cherche pas à dérouter son lecteur par des constructions syntaxiques hasardeuses. Il est à l’opposé des tentatives littéraires de déconstruction et du rejet des règles, développées chez les symbolistes ou les surréalistes.
Pour d’autres enfin, ce roman a été qualifié de bavard, long et fastidieux et même de vain.

L’omniprésence de la métaphore
L’un de nos participants a mis l’accent sur l’abondance des métaphores dans « A l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Il s’agit d’un procédé qui, comme la réminiscence (la fameuse "madeleine" que nous avons évoquée), sert à superposer une sensation à une autre sensation surgie de la mémoire ou de l’imagination du narrateur. La métaphore est plus efficace que la description réaliste du roman classique. 
C’est le moyen de construire une œuvre d’art (un roman) en arrêtant la fuite du temps. Ainsi dans l’œuvre de Proust la métaphore a-t-elle une importance considérable : « en rapprochant une qualité commune à deux sensations, l’auteur dégage leur essence commune en les réunissant l’une et l’autre pour les soustraire aux contingences du temps, dans une métaphore » (Le temps retrouvé, p. 468)


(c) J. J.

  • Le fond

La dimension psychologique
Nous avons tous noté la dimension psychologique et introspective du roman. C’est à travers le regard, les sensations, les souvenirs du narrateur que le monde extérieur est perçu. Souvent le décalage entre le monde intérieur et la réalité génère de nouvelles sensations. Ainsi avons-nous parlé de la tragédienne la Berma, totalement idéalisée par le jeune écrivain et qui, lorsqu’il se rend au théâtre pour assister à une représentation de Phèdre, ne retrouve aucune des sensations qu’il a éprouvées dans son imaginaire. De même les relations amoureuses avec Gilberte, puis avec Albertine sont vécues si intensément dans l’imaginaire que le réel ne peut que renvoyer le narrateur à sa perception de lui-même.

Un microcosme de l’aristocratie et de la bourgeoisie de l’époque
Les personnages que décrit Proust dans son roman appartiennent au monde de l’aristocratie, ainsi croise-t-on au fil des pages princes et princesses, ducs et duchesses, comtes et comtesses, marquis et marquises, mais aussi un monde de la haute bourgeoisie, notables, hommes d’affaires, médecins, juges…
En ce sens, on peut dire que l’œuvre est datée et qu’elle ne génère pas, quant au fond, un grand intérêt pour le lecteur d’aujourd’hui plongé dans un monde extraordinairement différent.
Mais, ont objecté certains, dans la façon dont le narrateur décrit ses sentiments et ses émotions et ceux des personnages du livre, l’œuvre est intemporelle. C’est en quelque sorte une œuvre à double face. On peut être sensible à l’une ou à l’autre ou aux deux à la fois.

Proust, témoin de son temps
On accorde souvent une grande importance à l’œuvre de Proust dans le domaine littéraire, mais il est aussi un domaine où cet auteur excelle, celui du témoignage historique. Deux exemples pour illustrer ce propos : l’affaire Dreyfus et la guerre de 1914-1918. Un parallèle a été établi avec un autre écrivain, plus facile d’accès, et d’une autre époque, Casanova. « Histoire de ma vie », rédigée en français constitue en effet « l'une des plus authentiques sources à propos des coutumes et de l'étiquette de la vie sociale de l'Europe du XVIIIe siècle. » (Babelio) 


  • Proust, le personnage

Que dire du personnage de Marcel Proust ?
Nous avons, tour à tour, utilisé de divers qualificatifs pour décrire le personnage : asthmatique, névrosé, handicapé, timide, gentil, complexe, généreux, délicat, attentionné, caustique…
Nous avons également abordé l’homosexualité de l’écrivain qui s’incarne dans plusieurs de ses personnages, masculins ou féminins. Mais contrairement à d’autres écrivains, Proust vivait mal son homosexualité qu’il considérait néanmoins comme inéluctable. Elle était, de plus, difficilement admise dans le milieu que fréquentait Proust.

Si Proust a été un mondain, dans la deuxième partie de sa vie, il a surtout vécu comme un reclus enfermé dans sa chambre du boulevard Haussmann, sorte de cage de liège. Mais c’est cet isolement qui a fait que la « Recherche », une fois les 7 volumes rédigés, a été considérée comme l’un des plus grands romans du XXème siècle.

Une autre caractéristique de Proust est son sens de l’autodérision. L’un des participants a évoqué cet aspect de sa personnalité qui nous rend peut-être l’homme plus sympathique.

Nous aurions pu continuer notre débat pendant des heures, tellement le thème est vaste et complexe. Le constat qu’on peut faire est que les avis sont souvent différents les uns des autres, certains sont tranchés, d’autres beaucoup plus nuancés, c’est ce qui fait à la fois l’intérêt et le charme de nos débats.

L’un d’entre nous, il y a une quarantaine d’années s’est fâché avec l’un de ses meilleurs amis à propos de sa perception de Proust, cela ne signifie-t-il pas que cet auteur, malgré son style, malgré les milieux qu’il fréquentait, malgré son isolement, est terriblement actuel ?

Enfin, Proust est une homme d'une grande sensibilité artistique, il est extraordinairement cultivé, son œuvre regorge de citations et de références artistiques aussi bien dans les domaines de la sculpture, de la peinture que de la musique. Un numéro hors série du Figaro sur "Marcel Proust, Cent ans après le Goncourt" décrit le musée intérieur proustien. Dans notre livre, il cite par exemple le portrait de Savonarole par Fra Bartolomeo à propos de Mme Blatin, ou  "La procession de mariage" de Giotto, ou encore le ciel sombre et tourmenté d'une Crucifixion de Véronèse ou de Mantegna.


(c) J. J.

  • Conclusion

« Si j'essayais de me rendre compte de ce qui se passe […] en nous au moment où une chose nous fait une certaine impression […] je m'apercevrais que, pour exprimer ces impressions, pour écrire ce livre essentiel, ce seul livre vrai, un écrivain n'a pas dans le sens courant à l'inventer, puisqu'il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d'un écrivain sont ceux d'un traducteur. »
Savoir traduire le grand livre de nos sensations coexistant en nous-mêmes, tel est le message de Proust. L'écrivain, n'a pas à créer, mais à recréer, à faire revivre ce qu'il a éprouvé ; il n'y a pas connaissance, mais reconnaissance.

Nous avons cité plusieurs livres en rapport avec Proust :

-       « Proust, prix Goncourt » de Thierry Laget chez Gallimard
-       « Proust sous l’empire de la photographie » de Brassaï, chez Gallimard
-       « Les mémoires maudites : Juifs et homosexuels dans l'oeuvre et la vie de Marcel Proust (Figures) » de Patrick Mimouni, édit. Grasset

Des films :
-       « A la Recherche du temps perdu », téléfilm de Nina Campaneez
-       « L’œuvre sans auteur » de Florian Henckel von Donnersmarck
Une bande dessinée :
-       « A la Recherche du temps perdu », série de Stéphane Heuet, édit. Delcourt
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jeudi 3 octobre 2019

43EME REUNION : COUPS DE COEUR DE JEAN-BERNARD




« Vers la guerre : L'Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide? » de Graham Allison

  • Broché: 416 pages
  • Editeur : Odile Jacob (20 février 2019)
  • Collection : OJ.DOCUMENT

La Chine et les États-Unis se dirigent vers une guerre dont ils ne veulent pourtant ni l’un ni l’autre. Pour éclairer ce paradoxe, Graham Allison invoque ce qu’il appelle le Piège de Thucydide, qui se met en place quand une puissance émergente vient défier la puissance régnante. C’est Athènes se dressant face à Sparte.
Au cours des cinq derniers siècles, cette configuration mortelle s’est présentée seize fois ; à douze reprises, elle s’est soldée par une guerre. Aujourd’hui, alors que Xi Jinping comme Donald Trump prétendent « restaurer la grandeur » de leur pays, la dix-septième occurrence se profile à l’horizon de manière sinistre.
À moins que Pékin n’accepte de modérer ses ambitions ou que Washington ne renonce à sa suprématie dans le Pacifique, un conflit commercial, une cyberattaque ou un simple incident maritime pourraient bien entraîner une rapide escalade vers la guerre…
Vers la guerre offre la meilleure grille de lecture pour comprendre les relations sino-américaines au XXIe siècle. En s’appuyant sur de nombreux cas historiques, Graham Allison rappelle que les puissances rivales d’hier ont su bien souvent préserver la paix. Reste à espérer que la Chine et les États-Unis sauront prendre les difficiles mesures qu’il préconise, seules à même d’éviter le désastre.






« Jusqu’à ce que les pierres deviennent plus douces que l’eau » d’Antonio Lobo Antunes et Dominique Nédellec, traduction

·      Broché : 571 pages
·      Editeur : Christian Bourgois Editeur (31 janvier 2019)
·      Collection : LITTERATURE ETR

 

Un jeune sous-lieutenant, après avoir servi en Angola pendant vingt-sept mois, rentre au pays où il ramène un tout jeune orphelin. Cet enfant noir, qui a survécu à la destruction de son village et au massacre des siens par l'armée portugaise, il va l'élever comme son propre fils. Plus de quarante ans plus tard, le vétéran et sa femme ont fait le trajet depuis Lisbonne pour rejoindre la vieille maison de famille, dans un village reculé et quasi abandonné, quelque part au pied des montagnes. Dans trois jours, conformément à la tradition, on tuera le cochon. Comme chaque année, leur fille, leur fils adoptif et son épouse, les rejoignent pour l'occasion. Dès le prologue, on apprend que ces retrouvailles connaîtront un dénouement tragique : le jour de la tue-cochon, l'animal ne sera pas le seul à se vider de son sang. Dans les vingt-trois chapitres que compte le livre, à mesure que l'on s'approche du terme fatal de ces trois journées, on entendra alternativement les voix des différents membres de la famille, tout particulièrement celles du père, que l'Angola " ne lâche pas ", et de son fils adoptif. L'ancien militaire n'en finit pas de revivre les horreurs de la guerre : toutes les attentions de sa femme, pourtant elle-même forcée de se battre contre un cancer, et les séances collectives de psychothérapie à l'hôpital n'y font rien. Quant à son fils, c'est une autre guerre qu'il mène : sans cesse renvoyé à son identité de " Nègre ", il est en butte à l'hostilité générale et au racisme le plus vil, y compris de la part de sa propre épouse, qui le méprise et l'humilie. Après des décennies de non-dits, de souvenirs escamotés, d'interrogations refoulées, quelles relations ces êtres peuvent-ils encore entretenir ? Dans ce nouveau livre de Lobo Antunes, poignant, brutal, violent, mais qui sait également être tendre, délicat, une fois encore chacun fait de son mieux pour sauver sa peau – et sa part d'humanité.






« L’amante anglaise » de Marguerite Duras
·      Poche: 210 pages
·      Editeur : Gallimard (11 septembre 1986)
·      Collection : L'Imaginaire

Le même fait divers a inspiré L'Amante anglaise et Les Viaducs de la Seine-et-Oise. Au départ il s'agit du même coup de dés : même crime, mêmes personnages, même lieu. Voici donc, entre beaucoup d'autres possibles, une seconde approche - cette fois sous la forme d'un récit - de la même énigme.

43EME REUNION : COUP DE COEUR D'ANNE




« Hotel Adlon » de Philippe Kerr

  • Poche: 672 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche (3 janvier 2013)
  • Collection : Policiers

 

Berlin, 1934. Bernie Gunther, chassé de la Kripo, gangrenée par les nazis, en raison de ses sympathies pour la république de Weimar, s’est reconverti : il est maintenant responsable de la sécurité de l’Hôtel Adlon. Alors qu'il s’échine à effacer de sa généalogie un quart de sang juif, le patron d'une entreprise de construction est assassiné dans sa chambre après avoir passé la soirée avec un homme d'affaires américain véreux, ami de hauts dignitaires nazis. Une séduisante journaliste, chargée par le Herald Tribune d’enquêter sur la préparation des Jeux olympiques de Berlin, engage Bernie. Le sort d’un boxeur juif dont le corps a été repêché dans la Spree lui semble le bon moyen pour rendre compte du climat de démence meurtrière et de répression antisémite qui règne sur la capitale allemande. Le sixième volet des enquêtes de Bernie Gunther par Philip Kerr, l’auteur de la célèbre Trilogie berlinoise.

 

43EME REUNION : COUPS DE COEUR DE CATHERINE





« Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » de Jean Paul Dubois

  • Broché: 256 pages
  • Editeur : L'Olivier (14 août 2019)
  • Collection : Littérature Française


Cela fait deux ans que Paul Hansen purge sa peine dans la prison provinciale de Montréal. Il y partage une cellule avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre.

Retour en arrière : Hansen est superintendant a L'Excelsior, une résidence où il déploie ses talents de concierge, de gardien, de factotum, et – plus encore – de réparateur des âmes et consolateur des affligés. Lorsqu'il n'est pas occupé à venir en aide aux habitants de L'Excelsior ou à entretenir les bâtiments, il rejoint Winona, sa compagne. Aux commandes de son aéroplane, elle l'emmène en plein ciel, au-dessus des nuages. Mais bientôt tout change. Un nouveau gérant arrive à L'Excelsior, des conflits éclatent. Et l'inévitable se produit.

Une église ensablée dans les dunes d'une plage, une mine d'amiante à ciel ouvert, les méandres d'un fleuve couleur argent, les ondes sonores d'un orgue composent les paysages variés où se déroule ce roman.


Histoire d'une vie, Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon est l'un des plus beaux livres de Jean-Paul Dubois. On y découvre un écrivain qu'animent le sens aigu de la fraternité et un sentiment de révolte à l'égard de toutes les formes d'injustice.








« L’archipel français » de Jérôme Fourquet
  • Broché: 384 pages
  • Editeur : Le Seuil (7 mars 2019)
  • Collection : Sciences humaines (H.C.)



En quelques décennies, tout a changé. La France, à l'heure des gilets jaunes, n'a plus rien à voir avec cette nation soudée par l'attachement de tous aux valeurs d'une république une et indivisible. Et lorsque l'analyste s'essaie à rendre compte de la dynamique de cette métamorphose, c'est un archipel d'îles s'ignorant les unes les autres qui se dessine sous les yeux fascinés du lecteur.

C'est que le socle de la France d'autrefois, sa matrice catho-républicaine, s'est complètement disloqué. Jérôme Fourquet envisage d'abord les conséquences culturelles et morales de cette érosion, et il remarque notamment combien notre relation au corps a changé (le développement de certaines pratiques comme le tatouage et l'incinération en témoigne) ainsi que notre rapport à l'animalité (le veganisme et la vogue des théories antispécistes en donnent la mesure). Mais, plus spectaculaire encore, l'effacement progressif de l'ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet d'" archipelisation " de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d'un réduit catholique, instauration d'une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes.

À la lumière de ce bouleversement anthropologique, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique : dans ce contexte de fragmentation, l'agrégation des intérêts particuliers au sein de coalition larges est tout simplement devenue impossible. En témoignent, bien sûr, l'élection présidentielle de 2017 et les suites que l'on sait...
Cette exploration inédite de la France nouvelle est fondée sur la combinaison originale de différents outils (sondages, analyse des prénoms, géographie électorale, enquête-monographie de terrain), méthode permettant de demeurer au plus près de l'expérience de celles et de ceux qui composent la société française d'aujourd'hui.

Avec de nombreuses cartes, tableaux et graphiques originaux réalisés par Sylvain Manternach, géographe et cartographe.


Jérôme Fourquet est analyste politique, expert en géographie électorale, directeur du département Opinion à l'IFOP.









« Le piège américain » de Frédéric Pierruci, avec Mathieu Aron

  • Broché: 480 pages
  • Editeur : JC Lattès (16 janvier 2019)
  • Collection : Essais et documents



Qui le sait ? Depuis la fin 2014 la France a perdu une partie du contrôle de ses centrales nucléaires au profit des Américains.


Je m’appelle Frédéric Pierucci et je me suis retrouvé, bien malgré moi, au cœur de ce scandale d’État. Ancien patron d’une des filiales d’Alstom, je connais les dessous de ce thriller à 12 milliards de dollars. Après avoir été longtemps contraint au silence, j’ai décidé, avec le journaliste Matthieu Aron, de les révéler.


 En avril 2013, j’ai été arrêté à New York par le FBI et poursuivi pour une affaire de corruption. Je n’ai pas touché un centime dans cette transaction, mais les autorités américaines m’ont enfermé pendant plus de deux ans – dont quatorze mois dans une prison de très haute sécurité.
Un véritable chantage pour obliger Alstom à payer la plus gigantesque amende jamais infligée par les États-Unis, et à se vendre à General Electric, son grand concurrent américain.

Mon histoire illustre la guerre secrète que les États-Unis livrent à la France et à l’Europe en détournant le droit et la morale pour les utiliser comme des armes économiques. L’une après l’autre, nos plus grandes sociétés (Alcatel, Total, Société Générale et bientôt d’autres) sont déstabilisées. Ces dernières années, plus de 14 milliards de dollars d’amende ont ainsi été payés par nos multinationales ces dernières années au Trésor américain. Et ce n’est qu’un début…

Frédéric Pierucci ancien haut cadre dirigeant d’Alstom aux Philippines, sa vie bascule lorsque le 4 avril 2013, le FBI l’arrête en vertu du Foreign Corruption Practice Act qui permet d’arrêter n’importe qui, n’importe où pour suspicion de corruption



Matthieu Aron est journaliste, ancien directeur adjoint de la rédaction de l’Obs et ancien directeur de la rédaction de France Inter, il a suivi l’affaire Alstom et Frédéric Pierucci depuis ses débuts.
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