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dimanche 2 juin 2013

18EME REUNION - ESSAI DE SYNTHESE DE NOS ECHANGES


Le moins que l'on puisse dire est que Kawabata Yasunari n'a pas fait l'unanimité des participants du Square. Certains d'entre nous ont beaucoup aimé, d'autres ont été beaucoup plus réservés, voire très critiques.

·       Pourquoi le Nobel à Kawabata ?

Après la présentation très complète de Chantal, la question a été posée de l'attribution du prix Nobel de Littérature à Kawabata en 1968. Les deux raisons évoquées ont été les suivantes : aucun écrivain asiatique n'avait encore reçu cette distinction, il devenait politiquement correct d'en choisir un et, qui plus est, un qui corresponde à la représentation de la tradition littéraire asiatique; par ailleurs, Kawabata avait fait connaître officiellement qu'il était candidat à ce prix, il a sollicité d'ailleurs l'aide de son ami Mishima. Dans une lettre du 21 mai 1961, adressée à son ami, il s'exprime en ces termes : « Je suis confus de vous harceler avec la question du prix Nobel, mais si je me borne à envoyer un simple télégramme, cela risque de paraître un peu léger »…

·       Des avis très partagés

Les arguments qui ont été développés par ceux qui ont aimé Kawabata et son roman  "Le grondement de la montagne" sont les suivants :

- Shingo, le personnage principal du livre fait le point sur sa vie au moment où il entend le "grondement de la montagne." Il se considère comme un vieillard, sentant sa fin proche. Il est malade. Il est confronté à ses obsessions : la mort, la solitude et l'amour. Il observe le monde qui l'entoure et il s'interroge sur ses relations avec sa femme, ses enfants, ses petits enfants. Il décrit la vie quotidienne de sa famille sous un angle assez caustique et lucide en même temps. Ses deux enfants mariés vivent chacun des situations difficiles. Pour Shingo, elles s'inscrivent dans un mouvement général de décadence des valeurs traditionnelles. Les couples se séparent, les petits enfants mal dans leur peau témoignent du désastre du couple de leurs parents. Shingo fait le constat : il n'a pas su éviter les situations dans lesquelles se trouvent aujourd'hui sa fille et son fils.

- Seule sa belle-fille Kikuko trouve grâce aux yeux de Shingo. Elle incarne la beauté et la pureté. Aucune trivialité ne transparait dans cette relation subtile, fugace mais transgressive. Et si Shingo et Kinuko sont attirés l'un vers l'autre ce n'est pas pour les même raisons. Ils se reconnaissent.

- Quelques uns d'entre nous ont apprécié la manière originale dont Kawabata, à travers son personnage principal, parle de la nature, la met au cœur de la vie. Le livre semble truffé de symboles et d'allusion à la culture du Japon. Certains d'entre nous ont relevé le fossé existant entre la culture occidentale et la culture nippone. D’où certainement une difficulté pour nous européens à appréhender certains passages, certains allusions, certaines subtilités.

- La question de la traduction du japonais au français a été posée. Comment s'approprier un ouvrage d'un auteur japonais, à travers une traduction en français ? Qu'est-ce qui s'évapore, qu'est ce qui reste du roman original ?

Par ailleurs, plusieurs d'entre nous se sont interrogé sur le sens de certains mots traduits et sur la difficulté à en comprendre le sens dans le contexte de telle ou telle phrase.

·       La poésie, le style et la nature chez Kawabata

- La poésie du "grondement de la montagne" a fait débat. A cet égard, il est important de bien faire la distinction entre le style de l'écrivain et la nature qu'il évoque à chaque instant dans son livre.

- Sur le style, nous avons relevé, des redites, des ruptures, des inégalités. Une des explications données est que " Le grondement" est paru sous forme de courts récits dans diverses publications. Bien entendu à la lecture cela se sent. Plusieurs d'entre nous ont émis des critiques sur le style. Des comparaisons avec d'autres auteurs ont permis de mettre en évidence certaines faiblesses constatées. D'autres auteurs japonais comme Mishima ou Oé (également prix Nobel en 1994) ont été cités.

- En revanche sur le rôle de la nature dans la culture japonaise, il ne fait aucun doute qu'elle est omniprésente dans la vie quotidienne, en tout cas des personnes de la génération de Kawabata. Pour les jeunes générations c'est différent.

·       Du non intérêt … à une vraie séduction

- Quant à l'intérêt suscité par le livre, certains d'entre nous n'en ont éprouvé aucun. Kawabata n'a pas trouvé d'écho chez eux. Pour d'autres participants, la lecture a été aisée, mais ils ne sont pas entrés dans le livre. D'autres ont été plus nuancés en reconnaissant une subtilité dans l'approche de Kawabata tout en relevant une difficulté à s'approprier certains aspects du livre : une certaine insignifiance du quotidien, des liens qui peuvent sembler artificiels entre la pratique de l'introspection et le passage à l'observation de la nature, des plantes, des arbres, des animaux. Au jeu des comparaisons, tel et tel d'entre nous a préféré Romain Gary (sous l'angle du bilan), Garcia Marquez (sous l'angle de la poésie) ou encore Virginia Woolf.

- Ceux qui ont aimé le livre ont relevé la puissance et l'originalité de la démarche par rapport à des questionnements de même nature engagés par des écrivains occidentaux (Roth par exemple…). La vie de Shingo est en effet des plus banales, mais Shingo se pose les questions que tout homme vieillissant devrait se poser. Il fait le bilan de sa vie à l'approche de la mort. Mais il le fait en s'inscrivant dans une culture et dans des valeurs qui sont celles d'un peuple, d'une époque, peut-être d'une génération et d'une classe sociale. L'impact de la guerre et de la défaite a enfin beaucoup marqué les esprits au Japon, cela a été souligné.

L'homme finissant dans sa solitude peut encore, de manière très fugitive, entrevoir la pureté d'un vrai sentiment amoureux. Mais il ne peut se faire d'illusion, plus il se rapproche de la mort et plus ce sentiment devient éphémère, il se transforme en rêve. Nous lecteurs, nous n'avons pas toutes les clés pour entrer dans ce monde et pour le comprendre, mais il y a néanmoins dans ce livre un questionnement universel qui fait qu'il s'adresse aussi à nous occidentaux.

·       Le poids des us et coutumes au Japon

Au cours de nos débats, ceux d'entre nous qui connaissent le Japon ou qui ont des amis japonais ont mis l'accent sur le poids des usages et des coutumes au Japon. En particulier dans les relations matrimoniales et au sein des familles. En tant que lecteur c'est aussi ce poids que nous sentons à chaque page du livre. Shingo vit dans un monde clos, ses enfants aussi, sa belle-fille aussi. Il se débat entre le sentiment qu'il a de la mort qui s'approche et un idéal de pureté et d'amour incarné par Kinuko.

·       Conclusion : d'autres œuvres de Kawabata à découvrir, pourquoi pas ?

" Le grondement de la montagne" n'est peut-être pas le meilleur choix qu'il était possible de faire parmi les œuvres de Kawabata. Chantal nous a parlé du Maître de Go, des Belles Endormies. Nous avons aussi évoqué Kyoto, la Danseuse d'Izu et Tristesse et Beauté.

Pour ceux qui n'ont pas été convaincus, voilà peut-être d'autres opportunités pour découvrir Kawabata.

 

·       Remarque pertinente concernant nos choix littéraires au Square

Nous savons tous que, comme Mishima, son ami, Kawabata s'est suicidé, même si le procédé utilisé a été différent.

Le choix de livres présentant des situations dramatiques (souffrance, suicide, torture, guerres, génocides…) semble revenir régulièrement au Square. La question a été posée de savoir si, à l'avenir, nous ne pourrions pas faire preuve d'une plus grande diversité dans le choix des œuvres soumises à notre sagacité.

Nous avons pris conscience collectivement de cette situation.

Néanmoins, le choix des deux livres à venir s'est porté sur :

- Lisbonne, dernière marge, d'Alexandre Volodine (pas sûr qu'on échappe aux situations décrites plus haut !)

- Martin Eden, de Jack London (la fin du héros n'est pas non plus des plus réjouissantes !)

lundi 27 mai 2013

18 EME REUNION - CHANTAL : LES ROMANS ET NOUVELLES DE KAWABATA


- Nuées d’oiseaux blancs (1949/1952)

Par Mishima

« J’ai relu(…), qui m’a fait une impression complètement différente  de celle ressentie à la première lecture. Il m’a semblé qu’il s’agissait presque d’un roman satirique sur la cérémonie du thé et le raffinement à la japonaise, ce qui m’a procuré un plaisir tout nouveau. »

Par Kawabata

Je ne m’attendais pas à une aussi bonne presse- sans doute est-ce une façon de ménager la littérature japonaise qui passe, aux yeux des étrangers, pour une curiosité. Mais le risque, c’est qu’une œuvre comme celle-là soit considérée à tort comme un échantillon représentatif de la littérature japonaise contemporaine. D’autre part, beaucoup de ces critiques prennent la traductrice, pour un homme. 

« Ce ballet qu’il n’avait jamais vu devenait pour lui comme un art idéal, un rêve d’un autre monde, le paradis de l’harmonie et de la perfection suprêmes, le triomphe de la pure esthétique. Bien que ce fût sous le couvert de travaux de recherches, c’était en réalité son rêve que Shimamura poursuivait au-delà des images et des livres occidentaux. Pourquoi risquer de se heurter à des réalisations décevantes, affronter le ballet concrétisé en spectacle, alors que son imagination lui offrait le spectacle incomparable et infini de la danse rêvée. Il jouissait inépuisablement de délices insurpassables à l’instar de l’amant idéal, cet amoureux sublime et platonique qui n’a jamais rencontré l’objet de sa flamme. Mais là ne s’arrêtaient pas toutes les satisfactions que  Shimamura tirait de cette disposition particulière, car s’il faut tout dire, l’oisif qu’il était ne se voyait pas sans déplaisir accéder au monde littéraire, encore qu’il ne prit vraiment au sérieux ni les travaux qu’il publiait de temps à autre, ni leur auteur. »

L’inconstance des intimités entre les humains.

 L’avis de Kawabata sur la traduction française

« Que peuvent bien donner, une fois traduite en langues occidentales, des œuvres comme Pays de neige ou Nuée d’oiseaux blancs ? Il semble que les éditeurs et les revues littéraires aient bien du mal à les interpréter de façon plausible. »

Réponse de Mishima

Même les Américains sont loin d’être des imbéciles, et je pense qu’ils comprendront ce qu’il y a à comprendre. Est-ce que ce ne sont pas plutôt les Européens, avec leur rigidité d’esprit, qui manquent de la souplesse nécessaire pour apprécier la littérature japonaise ?

 

- Tristesse et Beauté 61/65) adapté au cinéma

L’avis de Kawabata : « le réalisateur (Shinoda Masahiro) vient d’en tirer un film qui m’a surpris. Est-ce vraiment ce type de jeune fille que j’ai dépeint dans mon livre ? »

 

 

- Le grondement de la montagne

Les seize chapitres ont été publiés au long de cinq années sous forme de nouvelles, dans huit revues différentes de1949 à 1954. Ce livre fait partie d’une trilogie des « tragédies du sentiment humain » commencée avec « pays de neige », suivi de « Nuée d’oiseaux blancs. Le livre a reçu deux prix littéraires.

Méditation sur la mort et la solitude

L’histoire d’une famille à Kamakura après la seconde guerre mondiale. Désarroi du personnage du père devant l’échec de sa famille. Désemparé devant ses signes de vieillissement et le sens de ses rêves.

P.47 – description de la nuque d’Eiko

P.247 – description du charme juvénile et de la délicatesse virginale de Kikuko

P.49 - … sentant un froid, une tristesse physique le gagner. Il aurait souhaité la chaleur d’une autre peau. Il lui semblait approcher le temps crucial de la vie – il semblait tâtonner à l’approche d’un impondérable à déterminer.

P.119 – la vie conjugale est un affreux marécage qui finit par engloutir les mauvaises actions de l’un ou l’autre.

P.218 – amorce des « belles endormies ». Quel profond réconfort de tenir dans ses bras une jeune fille qui dormait paisiblement. Le bonheur n’est peut-être que dans l’instant qui fuit.

P.222 – prolonger les souffrances d’une affreuse maladie, c’est lamentable. S’il se savait condamné, du moins voudrait-il choisir son heure.

P.243 – un beau couple, ça ne colle pas toujours, mais l’on prend pitié d’un type moche quand la fille est belle. Laissons donc les beautés aux vieillards.

P.244 – peut-être qu’une nouvelle guerre nous guette. Et peut-être que la dernière nous obsède ! Elle est toujours en nous, comme un spectre.

 

- Elégie (1932) par Mishima

C’est la première œuvre à construire, en se basant sur la beauté et l’amour de la nature japonaise, des rêveries en pleine lumière, à édifier une authentique « Grèce de l’Asie », et à nous éveiller à son existence. Cette nouvelle nous fait percevoir en profondeur l’union du corps et de l’âme. Les gens parlent de la « sensibilité de kawabata », de la poésie de K., et devant ces appréciations je réprime toujours un sourire railleur. Il ne s’agit pas que de poésie et de sensibilité. Dans votre œuvre la chair, les sensations, l’esprit, l’instinct, tout ce qui relève du domaine physique et spirituel se marie dans un subtil accord tacite, comme le ciel bleu avec les nuages qui le teintent. Et le catalyseur de tout cela, c’est sans doute le mystère de cette « tristesse » chuchotante, si familière aux japonais. C’est la littérature d’un homme capable d’entrer vraiment en contact avec la tristesse du « corps », la beauté du « corps », et donc avec la chair de la divinité qui l’habite.

 « Le bras », « La beauté tôt vouée à se défaire », « Les belles endormies », présentent le même thème de l’impossibilité d’une relation pure et belle à la réalité (Mishima).  

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- Journal de ma  seizième année

« Mon grand-père est comme un vieux kimono usagé et défraîchi et plein de gros plis. Son visage a l’air de plus en plus inquiétant. L’état de mon grand-père était encore plus effroyable que le souvenir que j’en avais gardé. Ma mémoire n’avait cessé de  purifier son image. »


- Huile

« De la blessure causée par la mort précoce de mes parents émanait du plus profond de moi un instinct combatif qui me poussait à me dresser contre mon infortune. »


- Récits de la paume de la main

Nouvelle de 1925 – Le culte d’O Nobo

« Il regarda la femme. Et sentit, pour la première fois, la beauté de ce que l’on appelle désir. »

Nouvelle de 1926

Nous sommes bien malheureux d’être nés dans une époque sans foi, où l’on ne réfléchit plus sur la vie après la mort.

« Joindre les mains » évoque un orphelin vivant à la montagne, seul avec son grand-père aveugle. Deux choses lui étaient impossibles par tempérament : dire merci en face et demander pardon en face.

1928 – Tonnerre d’automne

« Ce que je ressentis en tout premier lieu au contact de sa peau fut que la femme contenait quelque chose de la mère »

1930

Le maquillage vu au travers d’une fenêtre des toilettes. L’une des filles pleure : « alors que grâce à cette fille je sentais balayée l’hostilité à l’égard des femmes …à cet instant même, elle sortit un petit miroir auquel elle adressa un sourire narquois, un seul, avant de faire volte-face et de quitter les toilettes.

1932 – Le parapluie

« Ils avaient mûri soudain et s’en retournaient chez eux comme un couple véritable. Et cela, à cause d’une chose

1964

Le père qui passe le nouvel an dans un hôtel, l’hôtel des mirages, la chambre de neige.


- L’adolescent

Pour moi, ce menton blanc et doux ondulait dans le vide de façon suggestive. Nous étions façonnés par l’habitude et hantés par le désir d’être ensemble, mais ce n’était pas un amour homosexuel. Ai-je pu regarder une seule fois un jeune et beau garçon ou une belle fille, sans éprouver de désir charnel ?


- La danseuse d’Izu (nouvelles)

La lune dans l’eau

La jeune femme utilise sa glace à main pour montrer à son mari alité au premier étage, le potager. Elle y travaillait se sachant observée

 





- Lettres à mes parents

« Rares sont les occasions où un homme, se sent bouleversé au point que l’image de quelqu’un vue de dos se grave profondément dans sa mémoire. Le terrible vide que laissât en moi sa mort fut infiniment plus facile à supporter que la tristesse de savoir qu’il allait mourir (grand-père). »


- Le bras et la beauté tôt vouée à se défaire

Même thème de l’impossibilité d’une relation pure et belle à la réalité.

Dans le  premier : « on est si loin. On est toujours à la recherche d’un soi inaccessible. Il y a quelque chose que je comprends mal chez les femmes, c’est leur manière de s’abandonner.

 
- Pays de neige

35 ans d’écriture

Même situation de couple, mais là, c’est une personne extérieure qui observe la femme en jouant avec l’effet de miroir de la vitre du couloir.

Description de femme (Komako). Blanchissage « à la neige » du Chigimi, toile de chanvre tissée. Inconstance des intimités entre les humains. Fin bouleversante avec la mort de Yoko dans l’incendie.


- Nuées d’oiseaux blancs

Lutte entre le fils d’un maître de thé avec son ancienne maîtresse. Il tombe amoureux de sa dernière maîtresse langoureuse et voluptueuse et hésite entre sa fille et la jeune femme présentée par la première.

Description de la rondeur du bras au niveau de l’épaule. / meurtre de Saburo : « cette plaisanterie qui a mal tournée, n’est-elle pas l’aveu, d’une solitude insondable. Provoquer la mort n’était-ce pas flirter avec la vie. »

Dans ce livre et la nouvelle Pluviers sur les vagues : la même jeune fille symbolise la femme idéale car elle conserve sa virginité

 
- Le maître de go

Transition d’une époque (1938). Shusai, dernier maître à l’ancienne. Né  au début de l’ère Meiji. Les règles du jeu étaient en harmonie avec le raffinement d’une époque. A l’époque « souillée » de Kawabata, plus d’esthétisme. La partie dure six mois dans des conditions violentes, avec des jeux scellés.

 





- Les belles endormies

Les belles endormies ne seraient-elles pas des sortes de Bouddhas ? Peut-être apportent-elles aux tristes vieillards de cette espèce pardon et consolation. Parce qu’il était homme, par moments, il tombait dans le vide de la solitude, dans le dégoût de l’isolement. Mourir en excitant la curiosité, en s’attirant les sarcasmes, n’était-ce pas une façon de finir en beauté.

(Tsubaki)

(lire l’avis de Gabriel Garcia Marquez)


- Kyoto

Histoire de deux jumelles séparées à la naissance. L’une, recueillie par les marchands de kimono. L’autre, par le propriétaire d’une forêt de cryptomère. Description des fêtes, du travail des artisans (les tisserands de ceinture de kimono sur les vieux métiers).


- Tristesse et beauté

Vengeance d’une amante jalouse et perverse.

 
- Les pissenlits

Histoire d’une jeune fille dont la vision de certaines choses ou personnes s’efface. Le père trépignait à l’idée d’être privé du festin de la vie, par un châtiment humain, conséquence de la responsabilité des hommes dans la guerre.

Zen ; la voix des bambous montre le chemin, les fleurs de pêcher illuminent l’esprit.

18EME REUNION - CHANTAL : CORRESPONDANCE KAWABATA MISHIMA ENTRE 1945 ET 1970


Rencontre en 1945 alors que Mishima a 20 ans et Kawabata 25 ans de plus.

La dernière lettre de Mishima est du 6 juillet 1970. A la mort de Mishima, il lira sa lettre du 4.8.1969

- En 1946, Mishima s’exprime sur l’écriture : « l’art ne naît-il pas de l’expérience vécue ? Une expérience d’une dimension plus haute que celle de la vie quotidienne, une expérience portée, par fermentation, à un niveau symbolique. Et cette fermentation a lieu de façon absolument involontaire et instinctive.

- En 1953 : souhait d’écrire des choses différentes – « je suis accablé de mélancolie » -  « Bien abattu à Kyoto : devant l’aspect moderne des maisons particulières des quartiers anciens, j’ai ressenti pour la première fois, toute la pauvreté poignante du Japon ».
A propos du commentaire de Mishima sur la nouvelle de Kawabata « après la blessure » : »Il est bien ennuyeux de se voir ainsi démasqué et disséqué, et je crois donc qu’il est grand temps que je me travestisse de nouveau. Je suis préoccupé par le personnage de la jeune fille, vous savez : celle qui apparaît dans la suite de « Nuée d’oiseaux blancs ». Le passage sur « le nouvel adolescent, dans « amours interdites/plaisirs secrets » de Mishima»  ne serait-il pas un peu trop explicite ? »

E- n 1954 : « après avoir liquidé un travail qui était une véritable torture, bien propre à intensifier le désespoir, je vais rentrer chez moi. Comme chaque année, cette saison où les arbres reverdissent ne me convient ni au physique ni au moral. J’en suis venu à préférer l’hiver. J’aimerai bien trouver un moyen de changer ma façon de travailler car je tends vers un pessimisme radical. Et puis parce « Le Lac » a beau être une œuvre désespérée, rien de ce désespoir ne filtre en surface »

- En 1956 souffrant. S’inquiète des traductions de ses ouvrages. A propos de la couverture du livre en anglais de Pays de neige : « j’ai été surpris du portrait de geisha qui illustre la couverture. ». Après la publication de « Etre une femme » : « j’ai l’impression d’avoir gâché au moins trois ans de ma vie pour un feuilleton journalistique. Désormais, malgré ma paresse, je vais tenter de faire quelque chose d’autre. En partant du point de vue que mes œuvres jusqu’à présent ont été de simples exercices qui n’atteignaient même pas le niveau de «  l’étude » artistique.

On m’a proposé un périple autour du monde au printemps de l’année prochaine, mais la fatigue qu’occasionnera sans doute ce voyage de sourd-muet me pèse d’avance ; d’ailleurs comme ma santé n’est pas bonne depuis environ un mois, qu’adviendra-t-il de ce projet ?

- En 1957, évoque son voyage en Europe comme une libération qui le fait échapper à la saison des pluies au Japon. Il souhaite une nouvelle orientation à son travail

- En 1958 : «  je n’ai pas l’impression que mon travail d’écrivain ait encore véritablement démarré ».

Opération de la vésicule

- En 1959 à l’occasion de la publication du Pavillon d’Or de Mishima : « Je suis rassuré (…) à part l’illustration de la jaquette. C’est encore un portrait de femme, comme pour mes romans Pays de neige et Nuée d’oiseaux blancs ; je me demande s’il s’agit d’une japonaise de la seconde ou de la troisième génération ».

« À part les périples à l’étranger, il n’y a pas grand-chose qui m’amuse… »


 

- En 1962, coma, sevrage somnifères

- En 1964, a soutenu Mishima dans son procès ; ce dernier fait le commentaire suivant : «  il est vrai que  cet échec ne peut s’expliquer que par mon manque de moralité. Je me suis rendu compte à mes dépens à quel point il est terrible de perdre son crédit auprès de la société.

- En 1966 : je suis ravi à la perspective de retrouver un jour dans votre roman (la mer de la fertilité) ces vues sur le bouddhisme (…) Je suis en train de lire Saint Sébastien, en en savourant chaque passage. »

- En 1967, souffre d’insomnies : « depuis le temps que je vis ainsi, dans un état proche du gâtisme, j’ai perdu toute confiance en ma capacité d’écrire quoi que ce soit. Affecté par les péripéties des journaux littéraires : « je vais finir par ne plus rien écrire, je me sens quelque peu perdu. »

- En juin 1970, fait un œdème pulmonaire. Evoque ses obligations contraignantes (réunions et congrès du Pen club).

18EME REUNION - CHANTAL : ETATS D'AME DE KAWABATA ET PENSEES SUR LE SUICIDE


  • Etats d’âme de Kawabata

Dans ses lettres à ses parents, il évoque « la désolation d’un enfant orphelin ». « Depuis ma plus tendre enfance, cette angoisse est profondément enfouie en moi. C’est vous qui en êtes responsable puisque vous avez planté en moi cette angoisse irraisonnée. »Ce n’est pas que j’aie été malheureux, mais je crains de ne pouvoir rendre heureux ceux qui me sont proches. Il est très difficile pour un homme qui ignore ce qu’est l’amour de ses parents, de croire à sa propre capacité d’aimer. Personne au monde n’a plus que vous le don de me plonger dans l’extase du néant. Vous avez gravé dans mon cœur d’enfant, la peur de tomber malade et de mourir jeune. »On pouvait porter à mon crédit que mon cœur était naturellement enclin à la douleur.

A propos des enfants : »plutôt que de donner naissance à mon propre enfant, en adopter me rassurerait. J’ai l’impression que devenir père comporte un grand danger. »
« Vivre avec mon grand-père c’était vivre avec un père qui ne m’aurait montré sa silhouette que de dos. »
Dans la nouvelle « le bras » : on est toujours à la recherche  d’un soi inaccessible.

 Après la guerre et la défaite du Japon (1944), Kawabata déclarait : « désormais, je n’écrirai plus que des élégies (poèmes tragiques, voués aux morts).
Dans « le maître de Go », il déplore la fin du raffinement d’une époque, le jeu « est souillé », sans esthétisme, les règles sont devenues violentes.
Il se plaint de sa femme neurasthénique. 

 


                                             Kawabata en 1932
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  • Sur le suicide
Kawabata avait écrit : « quel que soit le point d’aliénation que l’on puisse atteindre, le suicide n’est pas une forme de révélation ; même s’il se montre digne d’admiration, l’homme qui se suicide est loin d’atteindre au royaume du saint.

Dans « Nuées d’oiseaux blancs » : mourir, c’est refuser toute compréhension, et pour toujours, de la part des autres. Nul ne peut plus comprendre les actes d’un mort ; personne n’est jamais plus en mesure de les excuser.

Dans « les belles endormies » : parce qu’il était homme, par moments, il tombait dans le vide de la solitude, dans le dégoût de l’isolement. Mourir en excitant la curiosité, en s’attirant les sarcasmes, n’était-ce pas une façon de finir en beauté ? 

 

18EME REUNION - CHANTAL : BIOGRAPHIE DE KAWABATA ET LE PRIX NOBEL ( à suivre)

Chantal a fait un travail impressionnant pour nous présenter Kawabata et "Le grondement de la montagne".
Pour ceux qui souhaitent approfondir l'œuvre de cet écrivain, voici quelques points de repère qu'elle nous propose. Pour en faciliter la lecture sur ce blog, un découpage par thèmes a été retenu.
Gérard


Biographie

Né le 11 juin 1899 à Osaka

Orphelin à 15 ans (parents décédés de la tuberculose avant ses trois ans). Perte de sa sœur placée dans une autre famille à l’âge de 16 ans (lui en a 11).

Marié, deux enfants (une fille)

Suicidé le 16 avril 1972 (deux ans après Mishima) à l’âge de 72 ans

Le père médecin fin lettré, la mère appartient à une famille fortunée, tous deux décèdent de tuberculose, la sœur est de quatre ans son aînée. Confié à la garde des grands-parents. Scolarité brillante malgré une santé précaire. Son grand-père est féru de science divinatoire et de médecine chinoise.

En 1912, décide de devenir écrivain, consacre son temps libre à la lecture et à des essais de création littéraire, poésie en vers libres, haiku, tanka, rédactions diverses.

En 1914, à la mort du grand-père, est confié à la famille maternelle. Ecrit : journal de ma seizième année.

En 1915, envoie des tanka et de courts essais dans différents quotidiens et revues ; certains textes sont publiés.

En 1920, université de Tokyo, faculté de littérature, section littérature anglaise et japonaise. Rencontre avec l’écrivain Kikuchi Kan qui deviendra son protecteur.

En 1957, premier voyage en Europe

En 1960, reçoit en France le titre d’officier des Arts et des lettres.

En 1962, milite pour la paix dans le Monde.

En 1967, milite contre la révolution culturelle en Chine

Prix Nobel de la littérature en 1968 (première demande en 1961)


Lettre de recommandation de Mishima :

« Les œuvres de M.Kawabata allient la délicatesse à la fermeté, l’élégance à la conscience des tréfonds de la nature humaine ; leur clarté recèle une insondable tristesse, elles sont modernes quoique directement inspirées de la philosophie du Moyen âge. La manière dont l’écrivain choisit ses mots démontre à quelle subtilité, à quel degré de sensibilité frémissante peut atteindre la langue japonaise ; son style sans pareil est capable, avec une promptitude infaillible, d’aller droit au cœur d’un sujet pour en exprimer la substance –qu’il s’agisse de l’innocence d’une très jeune fille ou de l’effrayante misanthropie du grand âge. Une concision extrême –la concision chargée de sens des symbolistes – le cantonne dans des œuvres courtes qui, en dépit de cette brièveté, englobent tous les aspects de la nature humaine. Pour beaucoup d’écrivains du japon moderne, les impératifs de la tradition et le désir de créer une littérature nouvelle se sont révélés quasi inconciliables. M. Kawabata pourtant, avec une intuition de poète, a dépassé cette contradiction pour parvenir à une synthèse. Dans tous ses écrits, depuis son jeune âge jusqu’à nos jours, se retrouve comme une obsession le même thème : celui du contraste entre la solitude fondamentale de l’homme et cette inaltérable beauté que l’on saisit par intermittence dans les fulgurations de l’amour, de même qu’un éclair peut soudain révéler, au cœur de la nuit, les branches d’un arbre en pleine floraison. »

 

NB - Dans une lettre du 21 mai 1961, Kawabata sollicitait l’aide de Mishima : « Je suis confus de vous harceler avec la question du prix Nobel, mais si je me borne à envoyer un simple télégramme, cela risque de paraître un peu léger ». Mishima répondait : « je me demande si une lettre écrite par quelqu’un de mon espèce ne risque pas plutôt de vous desservir ».

Le 17 avril 1962, Kawabata écrit : « les atermoiements de la Commission de recommandation pour le prix Nobel sont amusants, vous ne trouvez pas ? J’ai reçu notamment une lettre de Paris disant que certains écrivains français, par qui le Japon n’est apparemment pas très emballé, allaient pousser le candidat japonais. Mais pour que nous ayons le Nobel, sans doute faudra-t-il attendre un écrivain de votre génération.

(1994 Kenzaburo Oe recevra à son tour le prix Nobel)

 

Discours prononcé par Kawabata

« Le disciple zen reste assis de longes heures, silencieux, immobile, les yeux fermés. Bientôt il pénètre un état d’impassibilité, libéré de toute conception, de toute pensée. Il quitte le soi pour entrer dans le domaine du rien. Ceci n’est pas le Rien ou le Vide occidental. Plutôt le contraire, un univers de l’esprit où tout communique en toute liberté avec tout, transcendant les frontières, sans limites. »

« La neige, la lune, les cerisiers en fleurs, mots qui expriment la beauté des saisons se transformant l’une en l’autre, englobent toute la tradition japonaise de la beauté des montagnes, des rivières, des plantes et des arbres, les milliers de manifestations où se révèlent la nature, aussi bien que les innombrables sentiments humains. »

 


                             Remise du prix Nobel 1968, Kawabata à droite




Commentaire de Mishima sur ce texte

Le « Beau Japon en moi » est un texte qui explicite, avec une admirable lucidité, ce qui constitue le noyau de votre œuvre littéraire, et je pense que tout ce qui a pu être publié en matière « d’essais sur Kawabata » va être à jamais balayé par cet opuscule. Il y a, dans la manière dont vous exposez vos réflexions, une sorte de magie qui vous permet, en parlant de la vanité de l’effort, ou encore du néant, d’en imposer directement la sensation au lecteur. D’ailleurs, cette notion de néant – et c’est bien la première fois- vous en évoquez l’essence dans ce qu’elle a de lumineux et de porteur de vie en des termes faciles à comprendre pour les Occidentaux, produisant ainsi une impression analogue à celle de votre « Chanson d’Italie » (symbole de la volonté sereine de continuer à vivre envers et contre tout (brûlures), une impression qui se prolonge aussitôt, me semble-t-il, dans les premières pages de « Présence et découverte du beau » , lorsque vous évoquez la beauté de verres aux reflets éblouissants.

En fait, « Le Beau japon en moi » m’apparaît comme une anthologie admirable et sans égale dans le sens où ce texte capte et expose tel quel, de façon claire et concise, ce que personne jusqu’à présent n’avait jamais mis en lumière de façon cohérente : les infimes courants bleutés qui forment l’eau vive de la littérature japonaise. Parmi les multiples citations fort intéressantes qui se succèdent dans votre texte, et que j’ignorais faute de connaissances suffisantes, il en est une qui reste gravée en moi, et que je n’oublierai pas : celle des « Contes d’Ise » qui parle des grappes de glycine de trois pieds six pouces (récit poétique du 10ème siècle entrelaçant tanka (31 syllabes) et textes en prose. Ces grappes, ployant sous leur propre poids au point de dépasser des pages de votre essai, viennent recouvrir de leur floraison l’univers bouddhique, et envahissant notre monde par leur exubérance, l’occupent en silence.

Les quelques pages merveilleuses consacrées aux verres, tout au début de votre conférence sur « Présence et découverte du Beau », ont dû certainement, ne serait-ce que par la fraîcheur de l’expérience sensorielle qui s’en dégage, tenir sous le charme le public venu vous entendre parler du « Dis du Genji » (11ème siècle, composé par une femme, Murasaki Skikibu). (…Proust). En même temps, j’ai trouvé intéressant de constater que vous, l’auteur de Pays de neige, vous étiez aussi attaché à une forme de beauté luminescente, comme si vous vous rappeliez l’acuité et le lustre de votre jeunesse, au sein du mouvement « sensations nouvelles ». Ces quelques  pages m’ont   également fait penser à votre nouvelle « Illusions de cristal » (nouvelle : la sensation de décalage éprouvée par une jeune femme désœuvrée, qui incorpore dans ses fantasmes  le discours scientifique de son mari généticien, est transmise à travers des collages d’images qui donnent à cet œuvre  singulière le chatoiement d’un jeu de miroirs).

Par ailleurs, j’ai été frappé de la manière que vous avez, tout en évoquant en apparence des sujets d’une  grâce extrême, de lancer parfois au détour d’une phrase certaines réflexions

 -notamment sur le lien prédestiné et donc terrifiant qui existe entre une littérature et son époque, ou sur l’usage inquiétant que fait Kyoshi du « bâton » en l’objectivant dans l’un de ses poèmes (« année qui passe et qui vient et que traverse/comme un bâton).

dimanche 26 mai 2013

18EME REUNION : COUP DE COEUR DE GERARD




- "Œuvres complètes", Albert Londres, Edit. Arléa (30 août 2007), 900 pages
Disparu en mai 1932 dans l'incendie du paquebot Georges-Philipar qui le ramenait de Shanghai, Albert Londres n'en finit pas de fasciner aussi bien les journalistes que ses lecteurs. Prince incontesté du grand reportage, voyageur infatigable et hardi redresseur de torts, il ne cessa sa vie durant de " porter la plume dans la plaie ". On trouvera rassemblés ici les onze livres-événements de celui qui - selon son biographe Pierre Assouline, qui présente cette édition - " nous montra la grand'route ".

 
 
 
 
 
 

- "La Guerre à Shanghai : Dernier reportage", d'Albert Londres, Edit. Arléa (7 mai 2008), 104 pages

Un petit livre qui se lit très vite et qui permet de prendre la mesure du style d'Albert Londres !
 
A la fin du mois de janvier 1932, à Shanghai, Chinois et Japonais s'affrontent autour de la zone internationale des légations étrangères. Le grand reporter va consacrer vingt-six articles à la guerre qu'il télégraphie au rythme d'un câble par jour. Il ne sait pas que ce sera son dernier reportage. Albert Londres se lance ensuite dans une vaste enquête sur les trafics chinois (armes, drogues, etc.), avant d'embarquer, à destination de la France sur le Georges-Philippar. On connaît la suite, l'incendie, le 16 mai 1932, du paquebot dans la mer Rouge et la disparition du grand reporter. Sur le chemin du retour, le journaliste s'était confié au maître d'hôtel des premières classes : " Ce travail sera le couronnement de ma carrière... " Les circonstances plus que suspectes de la mort d'Albert Londres susciteront en France une violente polémique, mais ce mystère ne sera jamais élucidé.
 
 

 

 
 

18EME REUNION : LES COUPS DE COEUR DE MONIQUE




- "La Formule préférée du professeur", de Yôko Ogawa, trad R.M. Makino-Fayolle, Actes-Sud édit., (31 août 2005), 246 pages

 Une aide-ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d'une soixantaine d'années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l'autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes. Chaque matin en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter - le professeur oublie son existence d'un jour à l'autre - mais c'est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d'attention qu'elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans. Commence alors entre eux une magnifique relation. Le petit garçon et sa mère vont non seulement partager avec le vieil amnésique sa passion pour le base-ball, mais aussi et surtout appréhender la magie des chiffres, comprendre le véritable enjeu des mathématiques et découvrir la formule préférée du professeur... Un subtil roman sur l'héritage et la filiation, une histoire à travers laquelle trois générations se retrouvent sous le signe d'une mémoire égarée, fugitive, à jamais offerte... (source éditeur)

Autres livres de la même écrivaine cités par Monique :

- 1990, La piscine,

- 1991, Les abeilles

- 1991, La grossesse
 
 
 
 
 

 
 
- "Lumières de Pointe Noire", d'Alain Mabanckou, Edit du Seuil (3 janvier 2013), 304 pages
Après vingt-trois ans d'absence, Alain Mabanckou retourne à Pointe-Noire, ville portuaire du Congo. Entre-temps, sa mère est morte, en 1995. Puis son père adoptif, peu d'années après. Le fils unique ne s'est rendu aux obsèques ni de l'un, ni de l'autre. Entre le surnaturel et l'enchantement, l'auteur nous ouvre sa petite valise fondamentale, celle des années de l'enfance et de l'adolescence dans ses lieux d'origine. Au moment de repartir, il se rend compte qu'il n'est pas allé au cimetière. Sans doute était-ce inutile. Car c'est ce livre qui tient lieu, aussi, de tombeau. Et de résurrection. (source éditeur)
 . Critique de France Inter
Pointe-Noire, c'est la capitale économique du Congo Brazzaville et c'est aussi la ville natale de l’écrivain Alain Mabanckou, celle qui, selon ses termes «lui a dicté» son dernier ouvrage. L’écrivain et essayiste, qui est aussi professeur de littérature francophone aux Etats-Unis, avait 23 ans quand il a quitté Pointe-Noire et pendant 23 ans il n’y a plus remis les pieds. Ni en 1995, à la mort de «maman Pauline», ni même 10 ans plus tard à la mort de «Papa Roger». Et puis, l’été dernier, l’Institut Français l’invite à venir donner des conférences dans la cité ponténégrine. Jusqu’à présent, Alain Mabanckou avait toujours refusé ce genre de proposition. De peur, dit-il, «d'affronter ses souvenirs et d'anéantir la source d'inspiration de ses livres». Cette fois, il l’accepte. Et c’est lors de «ce retour au bercail», lors de cette expérience à la fois douloureuse et libératrice, qu’est né Lumières de Pointe-Noire. Le récit nostalgique, drôle, plein d’humilité et sacrément émouvant, d’un homme qui n'avait pas encore dit adieu aux héros de son « royaume d’enfance »…
 
 

 

18EME REUNION : LES COUPS DE COEUR D'ANNE




"Le dernier lapon", d'Olivier Truc, Editions Métailié (13 septembre 2012), 453 pages

 Kautokeino, Laponie centrale, 10 janvier. Nuit polaire, froid glacial. Demain le soleil, disparu depuis 40 jours, va renaître. Demain entre 11h14 et 11h41, Klemet va redevenir un homme, avec une ombre. Demain le centre culturel va exposer un tambour de chaman légué par un compagnon de Paul-Émile Victor.
Mais dans la nuit, le tambour est volé. Les soupçons iront des fondamentalistes protestants aux indépendantistes sami. La mort d'un éleveur de rennes n'arrange rien à l'affaire. La Laponie, si tranquille en apparence, va se révéler terre de conflits, de colères et de mystères. Klemet, le Lapon, et sa jeune coéquipière Nina, enquêteurs de la police des rennes, se lancent dans une enquête déroutante. Mais à Kautokeino, on n'aime guère les vagues. Ils sont renvoyés à leurs patrouilles en motoneige à travers la toundra, et à la pacification des éternelles querelles entre éleveurs de rennes.

Les mystères du 72e tambour vont les rattraper. Pourquoi en 1939 l'un des guides sami a-t-il confié à l'expédition française ce tambour, de quel message était-il porteur?

Que racontent les joïks traditionnels que chante le vieil oncle de Klemet ?

Que vient faire en ville ce Français qui aime trop les très jeunes filles et qui a l'air de si bien connaître la géologie de la région ? À qui s'adressent les prières de la pieuse Berit ? Que cache la beauté sauvage d'AsIak, qui vit en marge du monde moderne avec sa femme à moitié folle ?

Dans un paysage incroyable, des personnages attachants et forts nous plongent aux limites de l'hypermodernité et de la tradition d'un peuple luttant pour sa survie culturelle. Un thriller magnifique et prenant, écrit par un auteur au style direct et vigoureux, qui connaît bien la région dont il parle.
 
 
 
 
 
- "Etranges rivages" de Arnaldur Indridason, trad Eric Boury, Editions Métailié (7 février 2013), 298 pages
Extraits de critiques de presse
Le paysage, sa beauté autant que sa sauvagerie, en constitue le personnage principal. Indridason a l'art de faire résonner les silences, attentif à chaque geste, à chaque regard. Tout fait sens dans ce chant douloureux et âpre, inspiré, économe de ses mots. Et c'est sans doute le plus beau livre de la série : il s'en dégage une poésie noire et profondément mélancolique, mais aussi, au bout du compte, la lumière vacillante d'une paix possible.
(Michel Abescat - Télérama du 6 février 2013 )
Indridason replonge son commissaire hanté dans la région des fjords où il a grandi...
Etranges Rivages est la septième occurrence de ce cycle et sans aucun doute son acmé. D'ailleurs, une suite est-elle encore possible ? Le dénouement renforce le doute, ce «matin limpide» qui engloutit Erlendur dans une inhabituelle sérénité. Donc, on sait déjà tout, il n'y a même pas de mobile ou de coupable à découvrir, et pourtant tel l'enfant fasciné par le conte, sitôt la lecture finie, on voudrait s'y replonger. Etranges Rivages est un livre-sirène, au chant tragique magnétique....
A la fois sonar hypersensible du sentiment humain et très archaïque, Erlendur est aussi attachant et effrayant que cette nature dont il sait la cruauté mais dont il déplore la domestication par l'industrialisation.
(Sabrina Champenois - Libération du 7 février 2013 )
Il fallait bien que ça arrive un jour. Comme Harry Bosch a eu besoin de parler de l'assassinat de sa mère, comme Kurt Wallander a dû faire la paix avec les fantômes de sa vie, le commissaire Erlendur affronte le drame qui le hante depuis toujours : la disparition de son jeune frère, âgé de 8 ans... Pourtant, le roman touche au but et au coeur parce que l'intrigue tricote et détricote les mystères et les drames de l'amour, surtout parce qu'il dévoile, en de très belles séquences, cette fameuse randonnée sous la neige, la tempête, le froid, et la main de Bergur échappant à Erlendur. Ce geste, ce vide, cette mort vont faire de lui l'homme qu'il est. Et le personnage qu'il deviendra.
(Eric Libiot - L'Express, février 2013 )

18EME REUNION : COUP DE COEUR D'AGNES



(On peut feuilleter, mais sur le site d'Amazon ou de Babelio par exemple)

 
"Avenue des Géants" de Marc Dugain, Gallimard (13 avril 2012), 368 pages

Al Kenner serait un adolescent ordinaire s'il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n'était pas supérieur à celui d'Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d'une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l'habite. Inspiré d'un personnage réel, Avenue des Géants, récit du cheminement intérieur d'un tueur hors du commun, est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s'illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam

18EME REUNION : COUP DE COEUR DE CHANTAL




"Enfant de fer", de Mo Yan, prix Nobel, édit. Seuil (5 février 2004), 288 pages

 Chacune des nouvelles rassemblées ici a pour narrateur un enfant. Né dans une famille de paysans pauvres, Mo Yan a dit un jour qu'une enfance malheureuse est une source d'inspiration infinie. Par les yeux d'un enfant, le monde est décrit dans une grande poésie, sans l'écran, la prudence et les lâchetés de l'adulte. La vie rude et douloureuse, parfois gouailleuse, mais toujours intense du petit peuple de Gaomi, territoire natal de l'auteur, dans les années cinquante et soixante, nourrit ses récits tour à tour cruels et tendres, fantastiques ou érotiques.
 
Ces courts chefs-d'œuvre livrent les clefs intimes du génie narratif et de l'univers poétique de Mo Yan. L'auteur a choisi de réunir dans ce recueil, parmi ses très nombreux écrits, contes et récits consacrés à l'enfance, publiés tout au long de ces vingt dernières années, les seize nouvelles qu'il préfère.

18EME REUNION : COUP DE COEUR DE MARIE-CHRISTINE




- "Notre-Dame du Nil" - Prix Renaudot 2012, de Scholastique Mukasonga, Editions Gallimard (9 novembre 2012), 222 pages (format Kindle également)

 Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2 500 mètres d'altitude, près des sources du grand fleuve égyptien. Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d'accès difficile, loin des tentations de la capitale, leurs filles parviendront vierges au mariage négocié pour elles dans l'intérêt du lignage. Les transgressions menacent au cœur de cette puissante et belle nature où par ailleurs un rigoureux quota 'ethnique' limite à 10 % le nombre des élèves tutsi.

 Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un 'vieux Blanc', peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé. Avec passion, il peint à fresque les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d'insoumises reines Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires. Non sans risques pour sa jeune vie, et pour bien d'autres filles du lycée, la déesse est intronisée dans le temple qu'il a bâti pour elle.


Le huis clos où doivent vivre ces lycéennes bientôt encerclées par les nervis du pouvoir hutu, les amitiés, les désirs et les haines qui traversent ces vies en fleur, les luttes politiques, les complots, les incitations aux meurtres raciaux, les persécutions sournoises puis ouvertes, les rêves et les désillusions, les espoirs de survie, c'est, dans ce microcosme existentiel, un prélude exemplaire au génocide rwandais, fascinant de vérité, d'une écriture directe et sans faille.