Pourquoi se retrouve-t-on devant un écran d'ordinateur, sur une fenêtre d'écriture, dans un "blog", alors qu'il fait beau dehors, qu'on serait bien mieux à contempler la mer ou a se taper un poulet-bicyclette sur les falaises de Bandiagara ?
D'abord, il est très probable qu'à cet instant précis on n'ait pas le choix. "Ca n'existe pas, ne pas avoir le choix, dans nos situations", m'avait rétorqué un de mes amis qui m'avait annoncé prendre 1 mois de vacances avec ses enfants, et qu'il se foutait bien de savoir si c'était raisonnable ou non vis-à-vis de son boulot. L'essentiel, à ce moment précis de son histoire personnelle, c'était ce projet de partir avec ses enfants et de se consacrer à eux à 100%. "T'as d'la chance, moi je n'ai pas l'choix", lui avais-je dit comme une andouille quelques secondes auparavant.
Fouillons bien derrière nous : combien a-t-il existé d'occasions de saisir la liberté à pleines mains ? Par exemple, là, maintenant : qu'est-ce qui m'empêche de prendre ma moto et de partir voir la mer ? Je ne vais pas tromper ma femme. Je ne vais pas non plus assassiner une petite vieille. Je vais pas gueuler devant un flic "Sarko, je t'ai vu !". Non, juste la mer, au bout d'une course (sauvage) dans la nuit. Les rendez-vous de demain matin qui s'enchainent ? Je pourrais être malade ; le cours des choses n'en serait pas modifié. Les rendez-vous se tiendraient sans moi. Il est probable qu'il serait nécessaire d'en prévoir un supplémentaire en ma présence ; et après ?
J'avoue avoir toujours rêvé de partir sur un coup de tête très loin. La magie des transports aériens associée à la facilité de prendre un billet, vous permettent n'importe quelle ânerie de ce genre ; vous n'avez qu'à essayer !
"Allo, c'est moi." (Je contemple la baie de San Francisco assis sur un banc de la plage de Sausalito, en dégustant un gros hamburger.)
"Oui. Ca va ?" me répond-on. Le téléphone n'est pas encore programmé pour vous dire à quelle distance se trouve votre interlocuteur (ouf !). Moi je suis dans la peau du type qui n'arrive pas à croire que tout le monde ignore que je suis à San Francisco, et non pas à Aix en Provence pour 2 jours comme je l'avais dit ! Alors je trouve ce "ça va ?" étonnant de sérénité. Vais-je dévoiler que je suis sur la Côte Ouest (je veux dire ; un peu au-delà de St Malo) ?
Si je dis rien, il est probable que personne ne va s'inquiéter. Je rentrerai d'Aix (San Francisco) avec un jour de plus que prévu par rapport à mon plan de départ, mais il est tout à faite possible que des ouvriers m'aient séquestré (par les temps qui courent), ou bien que le TGV ait eu une grosse panne (plus vraisemblable).
Si je dis : "Je suis à San Francisco" ; il y a deux scénarios. 1) "On" (vous voyez bien qui je veux dire) ne me croit pas et me raccroche au nez. Ca c'est le "bon" scénario. 2) "On" me croit, et alors c'est le drame ! Là, vous avez compris que c'est le "mauvais" scénario ! Et je m'arrête là car ça me déprime !
Quoiqu'il en soit, je viens (devant vos yeux ébahis) de vous faire la vertigineuse démonstration de ce à quoi peut servir un blog : écrire et penser à des choses qui ne vous seraient jamais venues à l'idée si vous étiez, par exemple, en train de faire l'ascension du Mont-Ventoux par 35°C à l'ombre, ou bien le blaireau questionné par Foucault (pas Michel) dans "Qui veut gagner des millions ?".