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dimanche 15 avril 2012

14EME REUNION : NOS COUPS DE COEUR

LES TEXTES PRESENTANT LES DIFFERENTS LIVRES CI-DESSOUS PROVIENNENT
DES EDITEURS.






Livre recommandé par Joseph

" Sous le voile d'une fiction, Jean Carbonnier nous a laissé un testament intellectuel et spirituel aussi émouvant qu'atypique. Les incertitudes du jeune Saxon livrent à la Lois les secrets d'une mémoire familiale, structurée par cette diagonale ancestrale qui avait relié, au lendemain de la bataille de Leipzig, la Saxe à l'Aquitaine, et ceux d'une créativité de juriste, inspirée par la source vive d'un tempérament de poète. C'est sous l'égide visionnaire de Hölderlin que nous est conté l'héritage d'une double culture, et que se subliment les méditations menées dans l'oeuvre doctrinale sur la religion, l'Histoire, le langage et le Droit. "






Lu par Alain-Pierre

" Maxwell Sim est un loser de quarante-huit ans. Voué à l’échec dès sa naissance (qui ne fut pas désirée), poursuivi par l’échec à l’âge adulte (sa femme le quitte, sa fille rit doucement de lui), il s’accepte tel qu’il est et trouve même certaine satisfaction à son état. Mais voilà qu’une proposition inattendue lui fait traverser l’Angleterre au volant d’une Toyota hybride, nantie d’un GPS à la voix bouleversante dont, à force de solitude, il va tomber amoureux. Son équipée de commis-voyageur, représentant en brosses à dents dernier cri, le ramène parmi les paysages et les visages de son enfance, notamment auprès de son père sur lequel il fait d’étranges découvertes : le roman est aussi un jeu de piste relancé par la réapparition de lettres, journaux, manuscrits qui introduisent autant d’éléments nouveaux à verser au dossier du passé. Et toujours Max pense à la femme chinoise et à sa fille, aperçues dans un restaurant en Australie, dont l’entente et le bonheur d’être ensemble l’ont tant fasciné. Va-t-il les retrouver? Et pour quelle nouvelle aventure? Brouillant joyeusement les cartes de la vérité et de l’imposture, Coe l’illusionniste se réserve le dernier mot de l’histoire, qui ne manquera pas de nous surprendre.
Plus d’une génération va se reconnaître dans ce roman qui nous enchante avec un humour tout britannique, bien préférable au désespoir."                   







Livre lu par Alain Pierre, mais peu apprécié semble-t-il, c'est un roman policier.

" Certains secrets sont inavouables, mais serions-nous prêts à mourir pour les cacher ?
Un homme se réveille au fond d'un gouffre, au coeur d'un environnement hostile, deux inconnus et son fidèle chien comme seuls compagnons d'infortune. Il est enchaîné au poignet, l'un des deux hommes à la cheville et le troisième est libre, mais sa tête est recouverte d'un masque effroyable, qui explosera s'il s'éloigne des deux autres. Qui les a emmenés là ? Pourquoi ? Bientôt, une autre question s'imposera, impérieuse : jusqu'ou faut-il aller pour survivre ?
Pour son 10e roman, Franck Thilliez réussit un tour de force dans ce huis clos étouffant et glacial à la fois, ou il joue à décortiquer l'âme humaine confrontée aux situations de l'extrême. Sans jamais épargner son lecteur, manipulé jusqu'à la dernière ligne, et, qui sait, peut-être plus encore..."






Recommandé par Michel B.

Michel se réfère à un article de commentaires dont les données sont les suivantes :


" L’Heure du roi est un conte, une parabole exemplaire sur la responsabilité individuelle face aux événements collectifs, une illustration rigoureuse de l’exergue, tiré du Sentiment tragique de la vie de Miguel de Unamuno, que Khazanov a donné à son livre : « Quelle est donc cette nouvelle mission de Don Quichotte dans le monde moderne ? Son lot est de crier dans le désert.
Et Il l’entendra, même si les hommes ne l’écoutent pas ; un jour, le désert se mettra à parler, comme une forêt : pareille à un grain semé, la voix solitaire deviendra titanesque, et mille voix chanteront la gloire éternelle du Maître de la vie et de la mort ». Dans le royaume ancestral et glacé de Cédric X, les traditions et coutumes sont immuables, notamment celle que l’on nomme « l’heure du roi », au cours de laquelle le souverain, monté sur son cheval blanc, franchit la grille du château, fait le tour de la ville en saluant ses sujets, puis réintègre sa demeure.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Grand Reich envahit une multitude de pays. Vient le tour du royaume miniature. Le roi subit le joug de l’envahisseur, voit s’amenuiser la liberté, le sens de ce qui a constitué sa propre vie, mais également celle de sa lignée, qui remonte loin dans les brumes du temps. Longtemps, lui et son pays vont accepter l’humiliation, courber l’échine, jusqu’au jour où dans la petite nation, aussi, les juifs seront tenus d’arborer l’étoile jaune.
D’aucuns, à la lecture, ont établi un parallèle certain avec l’oeuvre d’Ismaïl Kadaré. « Le cours des événements, pas plus que le mouvement des astres ne dépend de quiconque, bien sûr. Sommes-nous pour autant impuissants devant cet ultimatum permanent ? L’impuissance nous décharge de notre responsabilité, mais envers qui ? Envers les autres ; mais nullement envers nous-même ».       

Khazanov est né en 1928 à Leningrad.
En 1949, il participe à un mouvement antisoviétique, ce qui lui vaut huit ans de travaux forcés. Libéré en 1955, il devient médecin, puis il se consacre à l'écriture. En 1982, il s'établit à Munich, et reçoit, en 1998, le prix " Littérature en exil " de la ville d'Heidelberg.






Recommandé par Michel B.

"Je suis la fille de Robert Linhart, fondateur du mouvement maoïste en France. Mon père est une figure marquante des années 1968. Mais depuis 1981, après une tentative de suicide, il a choisi de se taire définitivement. Pour comprendre ce qu'il avait vécu, j'ai interrogé les enfants de ses anciens compagnons et, à travers leurs souvenirs, c'est ma propre enfance qui a resurgi."







Recommandé par Michel B.

" Kenneth Cook (1929-1987) est l’un des principaux écrivains australiens contemporains.
Cette suite de nouvelles se déroule dans le bush, le désert australien (l’outback). Ce voyage est un vrai dépaysement tant par les paysages, les animaux, les hommes rencontrés, que par les crises de rire que vous provoquera la lecture de certaines nouvelles. Et là attention car la crise de fou rire peut vous amener au bord de l’étouffement tellement l’histoire est invraisemblable.
L’auteur prétend que toutes ces histoires sont authentiques mais tellement extraordinaires qu’il lui semblait impossible de les insérer dans ses romans ou pièces de théâtre.
Le monde de l’outback australien est rempli d’animaux dangereux pour la santé humaine surtout lorsqu’ils paraissent inoffensif comme le koala ou le chameau. Par contre les animaux dangereux pour l’Homme, le serpent ou le crocodile, sont tournés à la dérision."






Recommandé par Michel B.

" Venant de Slavonie, ayant franchi la Save à hauteur de Bosanski Samac, la première difficulté que nous ayons rencontrée ce fut à la sortie de Kakanj, au pied de la centrale thermique qui se dresse sur le côté gauche de la route, un barrage de miliciens dont il n'était pas facile de déterminer l'obédience. Après avoir fouillé la voiture, ils nous taxèrent d'un peu d'argent et de quelques paquets de cigarettes. Ils avaient l'air heureux, sinon vraiment de bonne humeur : c'était le début de la guerre, il faisait beau, les pertes étaient encore limitées de part et d'autre, et tout neuf le plaisir de porter les armes et de s'en servir pour imposer sa loi, terroriser les civils, abuser des filles, enfin jouir gratuitement de toutes ces choses si longues et si coûteuses à se procurer en temps de paix, quand il faut travailler, et encore, pour les obtenir."






Recommandé par Serge

" Le choc des civilisations, ce serait : les démocraties occidentales d'un côté, l'Islam de l'autre. Deux mondes, figés dans leurs différences historiques, culturelles, religieuses, et de ce fait voués au conflit. Face à la menace, plus de place pour le dialogue ou pour le mélange. Et pas d'autre alternative que la "fermeté". Voire la guerre. Par tous les moyens. Peut-on vraiment s'assurer, lorsque l'on raisonne ainsi, que la barbarie et la civilisation continueront de se trouver du côté que l'on croit ? S'il est impératif de défendre la démocratie, il est aussi crucial de ne pas se laisser dominer par la peur et entraîner dans des réactions abusives. Car l'Histoire nous l'enseigne : le remède peut être pire que le mal." T.T.
Dans une réflexion qui nous fait traverser des siècles d'histoire européenne, Tzvetan Todorov éclaire les notions de barbarie et de civilisation, de culture et d'identité collective, pour interpréter les conflits qui opposent aujourd'hui les pays occidentaux et le reste du monde. Une magistrale leçon d'histoire et de politique - et une véritable "boîte à outils" pour décrypter les enjeux de notre temps."

" Tzvetan Todorov, directeur de recherche honoraire au CNRS, est historien et essayiste. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels, chez Robert Laffont, Mémoire
du mal, tentation du bien (2000), Le Nouveau Désordre mondial (2003), L'Esprit des Lumières (2006). "







Recommandé par Monique

" C’est à la réalisation d’un faux Condottière, le célèbre tableau
du Louvre, peint par Antonello da Messina en 1475, que s’est
voué depuis des mois le héros de ce livre. Gaspard Winckler
est un peintre faussaire. Maître de ses techniques, il n’est
pourtant qu’un simple exécutant d’un commanditaire, Anatole
Madera. Comme dans un bon polar, dès la première page du
livre, Winckler assassine Madera. Ce roman enquête sur les
mobiles de ce meurtre dont l’une des raisons sera l’échec du
faussaire à rivaliser avec le peintre de la Renaissance. La
question du faux en peinture parcourt toute l’œuvre de Perec,
et le personnage de fiction, nommé Gaspard Winckler,
apparaît aussi dans La Vie mode d’emploi et dans W ou le
souvenir d’enfance. Quant au dernier roman publié du vivant
de Perec, Un cabinet d’amateur (1979, "La Librairie du XXIe
siècle"), il a pour sous-titre "Histoire d’un tableau". Du
Condottière, Georges Perec a dit : il est le "premier roman
abouti que je parvins à écrire". Dans sa préface, Claude
Burgelin, rappelle qu’après le double refus, du Seuil et de
Gallimard, de publier ce roman, Perec écrivait le 4 décembre
1960, à un ami : "Le laisse où il est, pour l’instant du moins.
Le reprendrai dans dix ans, époque où ça donnera un chef-
d’œuvre ou bien attendrai dans ma tombe qu’un exégète fidèle
le retrouve dans une vieille malle…" Plus d’un demi-siècle
après, on va pouvoir enfin découvrir ce roman de jeunesse de
Georges Perec, égaré puis retrouvé "dans une vieille malle".


 



Lu par Gérard

A lire le cas échéant si on aime Marguerite Duras

" Réalisé à partir d’entretiens que Michelle Porte a eus avec Marguerite Duras, à l’occasion de deux émissions de télévision en mai 1976, cet ouvrage présente Marguerite Duras “ par elle-même ”.
En concevant l’ouvrage comme un contrepoint de texte(ceux des romans de Duras mêlés aux textes des entretiens) et de photos, pour la plupart inédites, Michelle Porte est partie d’une démarche concrète : suggérer les différents lieux de Marguerite Duras, la maison, le parc, la forêt, la plage, tels qu’ils apparaissent continuellement dans ses romans, son théâtre ou ses films, tels qu’elle les ressent comme “ porteurs de l’histoire ” et tels qu’elle les vit.
Il ne faut donc pas voir l’iconographie comme une illustration, mais comme un lien au texte. De la même façon qu’il faut lire les textes écrits avec les textes parlés, il faut lire les photos, souvent commentées par Marguerite Duras, comme un prolongement du texte. Ainsi à partir de la photo de la maison de Marguerite Duras à Neauphle-le-Château et de l’entretien réalisé sur ce même lieu, Michelle Porte fait parler l’auteur de son film, Nathalie Granger, tourné lui aussi à Neauphle et Duras exprime toute l’idée d’enfermement qu’elle associe à la maison. Parallèlement, un entretien qui a eu lieu à Trouville, dans l’hôtel où a été écrit Le Ravissement de Lol V. Stein, arrive à exprimer plus précisément ce lieu qu’est la plage et le rôle de l’eau dans l’œuvre de Duras qui est souvent liée à la folie (l’eau des fleuves que descend la mendiante du Vice-Consul ou la noyade d’Anne-Marie Stretter). De même l’entretien tourné pendant une promenade dans la forêt de Neauphle permet Marguerite Duras de parler de la forêt, de l’interdit que ce lieu évoque et notamment dans Détruire dit-elle.
Cet album mis en page par Michelle Porte, est bien plus qu’une introduction en images à l’œuvre de l’un des plus grands écrivains français contemporains, c’est aussi la plus récente de ses œuvres, qui traverse et éclaire toutes les précédentes."


Avec toutes mes excuses pour les éventuelles omissions.
Gérard



samedi 14 avril 2012

14 EME REUNION : SYNTHESE DES DEBATS SUR LA LECTURE DE L'ACACIA DE CLAUDE SIMON

Cette quatorzième réunion du Square Littéraire a été consacrée à Claude SIMON et plus particulièrement à son roman "L'Acacia".
Claude Simon est réputé comme étant un auteur exigeant et difficile d'accès d'où les difficultés rencontrées par certains d'entre nous pour "entrer dans l'Acacia".























En introduction Claude rappelle la liste des 14 Prix Nobel de Littérature obtenus par des écrivains français :

Année
Ecrivain
1901
Sully-Prudhomme
1904
Frédéric Mistral
1916
Romain Rolland
1921
Anatole France
1927
Henri Bergson
1937
Roger Martin du Gard
1947
André Gide
1952
François Mauriac
1957
Albert Camus
1960
Saint-John Perse
1964
Jean Paul Sartre
1985
Claude Simon
2000
Gao Xingjiang
2008
Jean Marie Gustave Le Clézio

Une rapide présentation de la biographie de Claude SIMON nous permet d'identifier les points-clés de sa vie.
A noter cette phrase extraite du discours de remerciement pour le prix Nobel prononcé à Stockholm le 9 décembre 1985, lue par Claude :
« Je suis maintenant un vieil homme, et, comme beaucoup d'habitants de notre vieille Europe, la première partie de ma vie a été assez mouvementée : j'ai été témoin d'une révolution, j'ai fait la guerre dans des conditions particulièrement meurtrières (j'appartenais à l'un de ces régiments que les états-majors sacrifient froidement à l'avance et dont, en huit jours, il n'est pratiquement rien resté), j'ai été fait prisonnier, j'ai connu la faim, le travail physique jusqu'à l'épuisement, je me suis évadé, j'ai été gravement malade, plusieurs fois au bord de la mort, violente ou naturelle, j'ai côtoyé les gens les plus divers, aussi bien des prêtres que des incendiaires d'églises, de paisibles bourgeois que des anarchistes, des philosophes que des illettrés, j'ai partagé mon pain avec des truands, enfin j'ai voyagé un peu partout dans le monde ... et cependant, je n'ai jamais encore, à soixante-douze ans, découvert aucun sens à tout cela, si ce n'est comme l'a dit, je crois, Barthes après Shakespeare, que " si le monde signifie quelque chose, c'est qu'il ne signifie rien " — sauf qu'il est. »

A noter également la sortie récente de la biographie extrêmement détaillée de Claude SIMON par Mireille CALLE-GRUBER au Seuil. A ne pas lire avant "L'Acacia", mais après.























Que retenir de nos débats ?

- La plupart d'entre nous ont éprouvé des difficultés soit à "entrer" dans le livre, soit à poursuivre sa lecture jusqu'au bout.

Pourquoi ?

D'une part, en raison de la longueur des phrases et de la multiplication des parenthèses. Certaines phrases font en effet plus de deux pages, quant aux parenthèses elles se situent parfois à un double niveau : des parenthèses sont insérées dans une phrase elle-même-déjà inscrite entre deux parenthèses. Cela donne une impression de longueur infinie et le lecteur se perd vite dans un tel labyrinthe. Par ailleurs SIMON utilise parfois la ponctuation (ou l'absence de ponctuation) d'un manière singulière.

D'autre part, en raison de la structure même du roman et de l'enchaînement des chapitres et des paragraphes. Claude SIMON passe d'une époque à une autre, d'un lieu à un autre, d'un personnage à un autre, en cassant les codes habituels. Ce qui a désemparé certains d'entre nous, provisoirement cependant.

Enfin, l'absence d'histoire et de personnages romanesques, au sens classique du terme, fait que le lecteur peut vite se perdre dans la matière même du texte, compte tenu de son agencement très particulier.


- Nous nous sommes alors posé la question : " est-il utile de perdre le lecteur avec de tels artifices ? " ou encore : " quelle est l'efficacité de cette écriture, quelle est son efficience ? "

Par efficacité, il faut entendre l'atteinte du but recherché, sans prendre en compte les moyens utilisés. Par efficience on peut entendre l'atteinte du but recherché rapportée aux moyens dont on a disposé.
La réponse à cette question suppose de s'interroger sur le but recherché par SIMON.
Quel est-il ?
Il s'agit d'expulser la fable du roman, d'expulser la fable dont le texte était supposé être porteur au profit du texte en lui même:

" En d'autres termes, alors que dans le roman traditionnel le sens préexiste au travail de l'écrivain, c'est au contraire du sens qui va maintenant se trouver généré par ce travail, sens pluriel est-il besoin de le dire, non explicité, de sorte que d'univoque le texte se fait polysémique, exclut donc toute prétention à un enseignement, tout "message", respecte la liberté du lecteur en s'efforçant seulement de lui proposer (de même avec les Impressionnistes) une image expressément donnée pour subjective, de ce monde qui, selon la formule de Robbe-Grillet, n'est ni signifiant, ni absurde, mais qui simplement, est." ( "Quatre Conférences", p 90)


La teneur même de nos échanges montre que SIMON a atteint son but, chacun d'entre nous ayant projeté sa propre sensibilité sur un texte très riche, puissant, d'une forte densité.

A cet égard, et pour répondre à la question posée, on peut parler semble-t-il d'efficacité de l'écriture de SIMON.



- S'agissant du contenu du roman, de sa matière, nous avons eu un débat. Tandis que les uns considèrent qu'il n'y a ni histoire, ni intrigue à proprement parler, mais qu'il y a une matière constituée du vécu de SIMON, de ses souvenirs, de sa documentation, d'autres pensent qu'il y a bien une histoire et des personnages qui servent de support au roman.
Il n'y a peut-être pas de réelle contradiction entre ces points de vue puisque ce qui est important chez SIMON, c'est l'écriture, le texte même, et selon lui : " écrire, c'est seulement chercher par et dans cette langue qui me constitue en tant qu'être parlant et pensant, comment s'associent les éléments apparemment dispersés de ce magma d'émotions, de sensations et de souvenirs qui me constituent en tant qu'être sensible... " (Quatre Conférences, p 90)
C'est donc le texte lui-même qui est création, c'est la description qui est au coeur de l'écriture. Il faut expulser la fable.
On remarque d'ailleurs qu'aucun des personnages du roman ne porte de nom patronymique que seuls quelques lieux sont clairement identifiés (la gare de Culmont Chalindrey, l'hôtel Ibrahim Pacha) et que les paroles prononcées par les uns ou les autres sont rares et souvent sous forme d'onomatopées ou de jurons traduisant des émotions plutôt que des idées ou des concepts.
- Autre caractéristique relevée par nous : SIMON écrit comme un peintre, qui plus est comme un peintre cubiste. Rappelons qu'il a été lui-même peintre et qu'il a été initié au cubisme. Dans les situations qu'il décrit, on pourrait dire dans les tableaux qu'il peint, Claude Simon étudie tout sous tous les angles. Il décrit aussi bien des paysages, les objets singuliers comme la plaque d'immatriculation du soldat ou des cartes postales ou des relations entre deux personnes avec une palette de couleurs, de sons, d'odeurs très riche.


- Nous avons parlé aussi de la sensualité parfois extrême de Simon. Les scènes érotiques sont présentes dans le roman et parfois elles sont décrites en termes assez crus ainsi la scène de masturbation de l'une des prostituées que va voir le jeune brigadier de retour dans sa ville. Cette sensualité, cet érotisme fait partie de l'univers et donc du vécu de l'écrivain. Là aussi il exprime son ressenti, ses émotions en choisissant les mots appropriés, sans aucune autocensure, ce qui n'aurait aucun sens dans sa démarche d'ailleurs.

 
- Il y a aussi de la géométrie dans les descriptions de Simon, on ne compte plus les cubes, les angles, les triangles, les vides, les espaces. Toutefois ce monde de figures n'est pas figé, il évolue, il se produit des frottements, des explosions...
Un exemple : celui de l'accostage du bateau qui revient des îles avec à bord l'homme, la femme, l'enfant et la nourrice :
" Elle regarde l'étendue d'eau formant un angle qui sépare encore du quai le flanc du long courrier maintenant immobile... Lentement le long navire pivote sur lui-même et les côtés de l'angle de rapprochent... Les larmes coulent lentement sur ses joues. Entre le flanc noir du navire maintenant tout à fait immobile et le quai, il ne reste plus au fond de la profonde tranchée qu'une étroite bande d'eau sale où flottent des détritus."

- La construction des phrases, l'agencement des mots, les figures de styles, les répétitions, mais aussi les rythmes, les couleurs et les sons avec lesquels jongle SIMON contribuent à donner à son roman une puissance extraordinaire. Nous en sommes tous convenus.
Ainsi de ce roman, il reste à l'évidence quelque chose. Certaines descriptions restent ancrées dans nos mémoires.
- Au cours de nos discussions nous avons observé différentes stratégies de lecture chez les uns et les autres.
  • Le style "spectateur". Le lecteur lit le roman de bout en bout, en étant perturbé parfois par la longueur des phrases et le recours aux parenthèses, mais sans que cela induise un comportement d'enquête, de recherche de souci d'explication.
  • Un style de lecture assez proche et qui s'apparente à de la lecture rapide est la lecture en survol. C'est plus l'impression générale qui est recherchée qu'une approche analytique.
  • Il existe aussi une lecture contemplative, esthétique, qui s'apparente à la contemplation d'un tableau. Le lecteur est à l'écoute des émotions des impression que génère le texte en son for intérieur.
  • Il y a enfin la lecture analytique, page par page qui consiste à décortiquer le texte, les procédés d'écriture, la construction du récit et des phrases, dont le moteur est la volonté de comprendre le projet littéraire et la démarche de Claude SIMON.

- Certains parmi nous ont évoqué enfin l'art de l'évocation de Claude SIMON. Les situations décrites par l'écrivain ont une puissance évocatrice extraordinaire, qu'il s'agisse du quotidien de ces deux femmes d'une grande pauvreté qui n'ont qu'un seul objectif dans leur vie : assurer la promotion sociale de leur frère, des tribulations d'un jeune homme à l'école militaire confronté à des congénères issus d'un milieu social privilégié, de jeunes soldats à peine embarqués qui découvrent la peur à proximité des champs de bataille etc. SIMON, ont noté certains d'entre nous à une très belle façon d'écrire, un peu affectée parfois, mais extraordinairement construite.
Au demeurant, une question reste cependant posée : avons-nous éprouvé un réel plaisir à la lecture de ce livre ?

Les avis sont partagés, même si nous sommes à peu près tous convaincus que Claude SIMON est un grand écrivain et que " l'Acacia " est un grand roman.

dimanche 11 mars 2012

CLAUDE SIMON... ALORS ?

Au programme de notre prochaine réunion :" l'Acacia" de Claude SIMON.
Cet auteur est réputé comme n'étant pas très facile d'accès. La lecture d'un livre récent paru aux Editions de Minuit permet incontestablement de faciliter cet accès.
Je vous le recommande, il s'agit de " Quatre Conférences".