Encore un livre qui s’inscrit dans la toile de fond du nazisme et de la guerre, avec une focalisation originale sur la fin du conflit et l’occupation française dans une contrée rurale demeurée à l’écart des combats.
Ce qu’en dit l’éditeur : Automne 1945***, alors que les Alliés se sont entendus pour occuper Berlin et le reste de l'Allemagne, une compagnie de militaires français emmenée par le capitaine Louyre investit le sud du pays. En approchant de la ville où ils doivent prendre leurs quartiers, une ferme isolée attire leur attention. Les soldats y font une double découverte : une adolescente hirsute qui vit là seule, comme une sauvage, et le corps calciné d'un homme. Incapable de fournir une explication sur les raisons de son abandon et la présence de ce cadavre, la jeune fille est mise aux arrêts. Contre l'avis de sa hiérarchie, le capitaine Louyre va s'acharner à connaître la vérité sur cette affaire, mineure au regard des désastres de la guerre, car il pressent qu'elle lui révélera un secret autrement plus capital.
(***En fait automne 44)
J’avais bien aimé les précédents livres de Dugain, en particulier « la malédiction d’Edgar »
L’a-priori très favorable que j’avais envers celui-ci n’a pas résisté à une intrigue étonnamment simpliste, mettant en scène deux « héros » dessinés à gros traits, des personnages secondaires évanescents, de nombreux attentats contre la vraisemblance et un style souvent grandiloquent ou pour le moins relâché.
• L’intrigue, qu’il convient de ne pas dévoiler… est assez prévisible et n’intrigue guère le lecteur que par les invraisemblances dont elle est constellée. Ainsi de la survie de l’héroïne, puis de sa métamorphose après une alimentation exclusivement composée de pommes de terre et d oignons .Ainsi de la perte de ses lunettes et de ses conséquences en particulier sur le devenir des lettres du père. Quant au lien annoncé comme décisif entre un meurtre initial et le secret de la ville il est simplement expédié au final au motif qu’ « il – le capitaine- n’en avait rien à faire »
• Le personnage du capitaine est celui d’un astronome qui, en effet, pose sur ceux qu’il rencontre le regard de Sirius, alourdi d’un robuste mépris pour " les esprits primaires" cf. p. 91/93 ,123 .
il est habité de considérations plus ou moins lumineuses : « L’héroïsme est une invention de l'homme pour survivre à l'après-guerre, pour justifier du passage en masse de la vie au néant, le droit reconnu au héros de se croire immortel.
Mais cette immortalité là, à l'échelle du temps, n'est même pas le début du commencement de rien.» p. 124
Dugain le décrit simplement « en marche avec l’assurance trompeuse des grands anxieux qui, frappés dès l’enfance par la conscience douloureuse de leur fin, face aux événements chargés de la précipiter s’efforcent de donner l’image d’une solide légèreté. » p. 95
• La jeune fille , adolescente hirsute a demi morte de faim, devient très rapidement désirable aux yeux d’un gardiens qui lui demande de surcroît de l’amour …Mais elle, veut offrir à Dieu un « sacrifice raisonnable » afin qu’il lui accorde « une victoire de l’Allemagne et le retour triomphant de son père » ; Dès lors « elle n’eut plus qu’une idée en tête : se donner au Français, à cet infâme porc au regard plus éteint qu’une fosse à purin. Cette idée comportait un autre avantage, jamais il ne serait dit qu’elle avait été forcée... il ne s’agirait jamais d’un viol. Jamais… Plutôt d’une offrande. » p. 86
• Le texte est riche de formules dont la grandiloquence s’achève parfois en raffarinade :
" Il n'avait pas l'intention de se remettre de cette guerre, ni de l'enfouir dignement comme l'avaient fait ses parents, éponges silencieuses d'un siècle sans espoir. Il voulait toucher au fond, sans jamais se mentir, y patauger, se prétendre l'intime de l'insondable dans sa descente vertigineuse vers l'innommable dont un grand nombre croit s'affranchir par un mutisme salutaire."
Et « Quand le mal atteint de tels sommets, le bien ne connaît plus de plaine ». p. 127
« Le silence prit le chemin de l’éternité » p. 217
Ou « l'idée lui vint que quoi qu’il advienne, les vivants seraient toujours moins nombreux que les morts » p. 225
Il n’est pas non plus exempt de quelques relâchements : « il a allumé une cigarette en aspirant la fumée si fort que je m’attendais à la voir ressortir dans son dos » p. 186, cf aussi p. 138.
• Enfin, et c’est le plus gênant, j’ai été pour le moins surpris par la construction des chapitres où le capitaine se fait délivrer la vérité sur le « mystère » par un protagoniste lequel, à son tour, narre sa version des faits sans même omettre la restitution de dialogues datant de quelques années … cf. p. 180 et suivantes.
Tout cela me laisse supposer que l’auteur n’a pas, cette fois, sollicité à l’excès son talent et qu’il s’est plutôt laissé aller aux facilités du bricolage ; aurait il composé ce livre lors d’insomnies successives ?