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dimanche 6 octobre 2013

COUP DE COEUR DE GERARD


  • Nue, de Jean Philippe Toussaint, Editions de Minuit, sept. 2013, 170 pages

La robe en miel était le point d'orgue de la collection automne-hiver de Marie. A la fin du défilé, l'ultime mannequin surgissait des coulisses vêtue de cette robe d'ambre et de lumière, comme si son corps avait été plongé intégralement dans un pot de miel démesuré avant d'entrer en scène. Nue et en miel, ruisselante, elle s'avançait ainsi sur le podium en se déhanchant au rythme d'une musique cadencée, les talons hauts, souriante, suivie d'un essaim d'abeilles qui lui faisait cortège en bourdonnant en suspension dans l'air, aimanté par le miel, tel un nuage allongé et abstrait d'insectes vrombissants qui accompagnaient sa parade.
Nue est le quatrième et dernier volet de l'ensemble romanesque Marie Madeleine Marguerite de Montalte, qui retrace quatre saisons de la vie de Marie, créatrice de haute couture et compagne du narrateur (Faire l'amour, hiver, 2002 ; Fuir, été, 2005 ; La Vérité sur Marie, printemps-été, 2009 ; Nue, automne-hiver, 2013).

Un style éblouissant. Toussaint décrit à merveilles les lumières de la ville la nuit ou l'atmosphère chocolatée et inquiétante d'une île d'Elbe éternelle à un moment où tout bascule. (Gérard)

COUPS DE COEUR DE CATHERINE


  • Entre Amis, de Amos Oz, Gallimard, 2013, 160 pages

«Au début de la fondation du kibboutz, nous formions une grande famille. Bien sûr, tout n’était pas rose, mais nous étions soudés. Le soir, on entonnait des mélodies entraînantes et des chansons nostalgiques jusque tard dans la nuit. On dormait dans des tentes et l’on entendait ceux qui parlaient pendant leur sommeil.» L’idéal de vie en communauté a-t-il résisté à l'érosion du temps pour les habitants du kibboutz Yikha ? Ben Gourion est Premier Ministre, et la société israélienne n’est déjà plus la même que du temps des fondateurs. Alors des questions de principe et de règlement se posent aux kibboutsniks : peut-on par exemple permettre à Henia Kalisch d’envoyer son fils Yotam faire des études à l’étranger - chez son oncle qui, justement, a quitté le kibboutz - et faut-il laisser le petit Youval à la maison des enfants, malgré ses pleurs ? Mais même dans une petite communauté très attachée aux principes idéologiques, les affaires de cœur prennent parfois toute la place. Yoev Carni va-t-il résister au charme de la jeune Nina, surtout quand il la croise pendant ses rondes de surveillance nocturnes ? Nahum Asherov peut-il accepter que son vieil ami David Dagan, excellent professeur et grand séducteur, s’installe avec sa fille Edna, âgée de dix-sept ans à peine ? Et que va faire Ariella, qui déborde d’affection pour l’ex-femme de son amant Boaz ? A Yikha comme ailleurs, l’on se débat avec ses chagrins d’amour et ses désirs irréalisables, mais dans un kibboutz, l’on n’est jamais seul… En huit nouvelles tragi-comiques qui se lisent comme un roman, Amos Oz scrute les passions et les faiblesses de l’être humain, fait surgir un monde englouti et nous offre surtout un grand livre mélancolique sur la solitude.
 
 

COUPS DE COEUR DE MONIQUE



  • Remonter  la Marne, de Jean Paul Kauffmann, Edit. Fayard, 2013, 264 pages

Remonter à pied la Marne depuis sa confluence avec la Seine jusqu’à la source est une odyssée à travers les odeurs, des paysages encore intacts traversés par une étrange lumière, la rambleur. Villages aux devantures vides, églises fermées, communes démeublées mais nullement moribondes, cette France inconnue se découvre pas à pas. Seule la marche permet un rapport profond au temps, au silence, aux rencontres.
Une géographie imprévue se dessine, l’aventureuse histoire de notre pays, riche en coups de théâtre, s’y révèle à la lumière du présent. Vulnérable, la Marne est depuis toujours la rivière du sursaut. La grâce surabonde dans cette Champagne marquée par le jansénisme.
L’auteur y a découvert la France des conjurateurs, ces indociles qui résistent à la maussaderie des temps présents et conjurent les esprits maléfiques d’aujourd’hui.
Remonter la Marne, ce n’est pas revenir en arrière et pleurer le passé, mais au contraire se perdre, chuter pour mieux renaître.
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Yanvalou pour Charlie, de Lyonel Trouillot, Edit. Actes Sud, 174 pages

 
Jeune avocat d'affaires dévoré d'ambition, Mathurin D. Saint-Fort a voulu oublier ses origines pour se tenir désormais du meilleur côté possible de l'existence. Jusqu'au jour où fait irruption dans sa vie Charlie, un adolescent en cavale après une tentative de braquage, qui vient demander son aide au nom des attachements à leur même village natal. Débusqué, contraint de renouer avec le dehors, avec la douleur du souvenir et la misère d'autrui, l'élégant Mathurin D. Saint-Fort embarque, malgré lui, pour une aventure solidaire qui lui fait re-traverser, en compagnie de Charlie et de quelques autres gamins affolés, les cercles de la pauvreté, de la délinquance, de la révolte ou de la haine envers tout ce que lui-même incarne.
Mathurin, Charlie, Nathanaël, Anne : quatre voix se relaient ici pour dire, chacune à son échelle, le tribut qu'il incombe un jour à chacun de payer au passé, qu'il s'agisse de tirer un trait sur lui afin de contourner l'obstacle, de l'assujettir à une idéologie - ou, plus rarement, et quoi qu'il en coûte, de demeurer fidèle au "yanvalou", ce salut à la terre ancestrale, en retrouvant les liens qui fondent une communauté.
Voyage initiatique au coeur de la désespérance, Yanvalou pour Charlie est sans aucun doute le roman de l'abandon des hommes par les hommes, et le chant qui réaffirme la rédemption d'être ensemble - en Haïti comme ailleurs.


 

 

 

Une enfance de Jésus, JM. Coetzee, Edit. Seuil, 213, 377 pages

 

Le jeune David et Simon, son protecteur, sont arrivés – on ne sait d’où – par bateau au camp de Belstar, où ils ont été reconditionnés afin de s’intégrer dans leur nouveau pays : nouveaux noms, nouvelles dates de naissance (âge de 5 ans attribué à David, 45 à Simon), mémoire lavée de tous souvenirs, apprentissage rapide de l’espagnol, langue du pays. Puis ils ont traversé le désert et ont atterri au Centre d’accueil de Novilla, où les services publics leur allouent un logement – sans loyer – ainsi que maints services gratuits, et l’aident à trouver un emploi de docker. David ayant perdu en mer la lettre qui expliquait sa filiation, Simon se fait le serment de lui trouver une mère que son intuition seule désignera. Inés, une trentenaire, est l’élue. Elle accapare l’enfant, dont elle fait sa chose et le soustrait au système éducatif, par la fuite vers encore une autre vie. Coetzee s’intéresse-t-il au traitement utopique des réfugiés dans un système bureaucratique efficace et une société purgée de passion ? Aux rapports pédagogiques et tendres entre le gardien Simon et sa charge, David, enfant précoce, parfois cabochard ? Aux effets de l’ignorance dans laquelle se trouve un enfant qui ne connaît pas ses parents biologiques ? Autant de questions qui restent sans réponse, qui en amènent de nouvelles comme dans un cycle éternel.

JM. Coetzee a reçu le prix Nobel de littérature en 2003.
 


 

COUP DE COEUR DE CLAUDE



  • UNE FEMME AIMEE, d'Andréi Makine, Edit. Seuil 2013, 362 pages

Défendre cette femme... Effacer les clichés qui la défigurent. Briser le masque que le mépris a scellé sur son visage. Aimer cette femme dont tant d'hommes n'ont su que convoiter le corps et envier le pouvoir. C'est cette passion qui anime le cinéaste russe Oleg Erdmann, désireux de sonder le mystère de la Grande Catherine. Qui était-elle ? Une cruelle Messaline russo-allemande aux penchants nymphomanes ? Une tsarine clamant son "âme républicaine" ? La séductrice des philosophes, familière de Voltaire et Diderot, Cagliostro et Casanova ? Derrière ce portrait, Erdmann découvre le drame intime de Catherine - depuis son premier amour brisé par les intérêts dynastiques jusqu'au voyage secret qui devait la mener au-delà de la comédie atroce de l'Histoire. L'art de ce grand roman transcende la biographie. L'effervescence du XVIIIe siècle européen se trouve confrontée à la violente vitalité de la Russie moderne. La quête d'Erdmann révèle ainsi la véritable liberté d'être et d'aimer.
 

COUP DE COEUR DE JOSEPH


  • W ou le souvenir d'enfance, de Georges Pérec, Edit Gallimard 1993, 224 pages

 


 
Georges Perec remonte le cours asséché de son enfance. Longue marche dans le lit désormais inutile d'une existence à jamais évaporée. Pourtant, aussi disloquées soient-elles, les bribes, une fois rassemblées, finissent par faire sens. Et c'est l'identité organique de Perec qu'elles signifient. Sans doute, fouillant sa mémoire et les vieilles photographies, le choc eût été trop violent, trop enivrant l'encens du passé. Alors l'écrivain mêle la fiction au réel. Petite histoire savamment entrelacée, récit d'aventures qui ne prend sens qu'en regard de l'autre, qui, elle-même, s'appuie sur la première pour exister.

COUP DE COEUR DE SYLVIE


La Symétrie ou les maths au clair de Lune, de Marcus du Sautoy, trad. Raymond Clarinard, Editions Héloïse d'Ormesson, 2012, 519 pages

Qu'y a-t-il de commun entre un flocon de neige, une mosaïque et un rayon de miel ? Leur symétrie, source constante de fascination pour les mathématiciens depuis des millénaires. Car au-delà de ce que l'oeil perçoit, au-delà des illusions d'optique et des mirages, des nombres invisibles unissent tous ces curieux objets symétriques.

Avec l'humour pour sésame, Marcus du Sautoy nous entraîne dans la prodigieuse histoire de ce pan des mathématiques. Il nous raconte les impasses et découvertes fulgurantes de ces chercheurs -les Escher, Gauss, Cauchy-, acariâtres parfois, excentriques souvent, autistes même, qui se sont battus pour trouver les clés de ces équations. Voyage insolite au coeur du langage intrigant de la symétrie, cet essai déchiffre une science qui tente de percer les secrets de la nature - la beauté et la complexité du monde.

MARCUS DU SAUTOY

Né en 1965, Marcus du Sautoy enseigne les mathématiques à l'université d'Oxford et intervient, entre autres, au Collège de France. Il anime une émission sur la BBC 4 et écrit pour le Times, le Daily Telegraph et le Guardian. Ce génial professeur a pour passions le piano, le trombone et son équipe locale de football. Il est l'auteur de La Symphonie des nombres premiers (2005).
 

COUPS DE COEUR DE CHANTAL


  • Le Studio de l'inutilité de Simon Leys, Flammarion, 2012

 


 
Dans sa jeunesse, Simon Leys passa deux ans dans une cahute de Hong Kong en compagnie de trois amis, une période bénie où "l'étude et la vie ne formaient plus qu'une seule et même entreprise". C'est en souvenir de ce gîte régi par l'échange et
l'émulation, surnommé "Le Studio de l'inutilité", qu'il a baptisé ce recueil consacré à ses domaines de prédilection: la littérature, la Chine et la mer. Il y éclaire la "belgitude" d'Henri Michaux, dépeint la personnalité de George Orwell, analyse les rouages du génocide cambodgien, épingle les notes de Barthes visitant la Chine maoïste, débrouille les énigmes du "miracle chinois" à la lumière tragique des analyses de Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix toujours emprisonné. Infligeant de salutaires accrocs à la pensée unique, Leys fait partager ses curiosités et ses admirations, ses enthousiasmes et ses indignations. Ce Studio est une ode au savoir "inutile" et à la quête désintéressée de la vérité.

 

 

  • L'Homme qui savait la langue des serpents" d'Andus KIVIRAHK, trad. Jean Pierre Minaudier, Edit. Attila, 440 pages


 
 
Voici l'histoire du dernier des hommes qui parlaient la langue des serpents, de sa soeur qui tomba amoureuse d'un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, de son oncle qu'il aimait tant, d'une jeune fille qui croyait en l'amour, d'un sage qui ne l'était pas tant que ça, d'une paysanne qui rêvait d'un loup-garou, d'un vieil homme qui pourchassait les vents, d'une salamandre qui volait dans les airs, d'australopithèques qui élevaient des poux géants, d'un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons un peu horrifiés par tout ce qui précède. Peuplé de personnages étonnants, empreint de réalisme magique et d'un souffle inspiré des sagas islandaises, L'homme qui savait la langue des serpents révèle l'humour et l'imagination délirante d'Andrus Kivirhk. Le roman, qui connaît un immense succès en Estonie depuis sa parution en 2007, retrace dans une époque médiévale réinventée la vie d'un homme qui, habitant dans la forêt, voit le monde de ses ancêtres disparaître et la modernité l'emporter. Une fable ? Oui, mais aussi, comme le souligne dans une postface bien renseignée le traducteur, un regard acéré sur notre époque.

COUPS DE COEUR DE SERGE


  • Engineers of Victory: The Problem Solvers Who Turned The Tide in the Second World War, de Paul KENNEDY

 
 
Paul Kennedy, award-winning author of The Rise and Fall of the Great Powers and one of today’s most renowned historians, now provides a new and unique look at how World War II was won. Engineers of Victory is a fascinating nuts-and-bolts account of the strategic factors that led to Allied victory. Kennedy reveals how the leaders’ grand strategy was carried out by the ordinary soldiers, scientists, engineers, and businessmen responsible for realizing their commanders’ visions of success.

In January 1943, FDR and Churchill convened in Casablanca and established the Allied objectives for the war: to defeat the Nazi blitzkrieg; to control the Atlantic sea lanes and the air over western and central Europe; to take the fight to the European mainland; and to end Japan’s imperialism. Astonishingly, a little over a year later, these ambitious goals had nearly all been accomplished. With riveting, tactical detail, Engineers of Victory reveals how.

Kennedy recounts the inside stories of the invention of the cavity magnetron, a miniature radar “as small as a soup plate,” and the Hedgehog, a multi-headed grenade launcher that allowed the Allies to overcome the threat to their convoys crossing the Atlantic; the critical decision by engineers to install a super-charged Rolls-Royce engine in the P-51 Mustang, creating a fighter plane more powerful than the Luftwaffe’s; and the innovative use of pontoon bridges (made from rafts strung together) to help Russian troops cross rivers and elude the Nazi blitzkrieg. He takes readers behind the scenes, unveiling exactly how thousands of individual Allied planes and fighting ships were choreographed to collectively pull off the invasion of Normandy, and illuminating how crew chiefs perfected the high-flying and inaccessible B-29 Superfortress that would drop the atomic bombs on Japan.
 
 
 
 
  • RUBICON, de Tom HOLLAND, vers. angl.





Tom Holland (né en 1968 à Salisbury, Angleterre) est un écrivain britannique. Il a adapté Hérodote, Homère et Virgile pour la BBC. Il a publié des ouvrages sur la fin de la République romaine et l'installation de l'Empire - Rubicon, Little, Brown, 2004 - ; sur le choc entre l'Empire perse et les cités grecques au Vème siècle avant J.-C. - Persian Fire (Le feu perse), Little, Brown, 2006 - ; ainsi que sur une période relativement récente selon ses critères : celle de la grande panique de l'an 1000 en Europe - Millenium, Little, Brown, 2009 - Dans son quatrième ouvrage historique - In the Shadow of the Sword (Dans l’ombre de l’épée), Doubleday, 2012 -, Holland s'intéresse à la civilisation qui a porté un coup fatal aux Romains et aux Perses : la civilisation islamique arabe.
The Roman Republic was the most remarkable state in history. What began as a small community of peasants camped among marshes and hills ended up ruling the known world. Rubicon paints a vivid portrait of the Republic at the climax of its greatness - the same greatness which would herald the catastrophe of its fall.
It is a story of incomparable drama. This was the century of Julius Caesar, the gambler whose addiction to glory led him to the banks of the Rubicon, and beyond; of Cicero, whose defence of freedom would make him a byword for eloquence; of Spartacus, the slave who dared to challenge a superpower; of Cleopatra, the queen who did the same.
Tom Holland brings to life this strange and unsettling civilization, with its extremes of ambition and self-sacrifice, bloodshed and desire. Yet alien as it was, the Republic still holds up a mirror to us. Its citizens were obsessed by celebrity chefs, all-night dancing and exotic pets; they fought elections in law courts and were addicted to spin; they toppled foreign tyrants in the name of self-defense. Two thousand years may have passed, but we remain the Romans' heirs.
 
 
  • CONGO de David Van Reybrouck, trad. Isabelle Rosselin, Prix Médicis Essai 2012, Edit. ACTES-SUD

 
 
Ce livre est l'histoire, fidèle, rigoureuse, éminemment documentée et absolument romanesque d'un pays. L'histoire d'un peuple, d'une nation, d'un fleuve sur lequel s'aventurèrent Stanley et les premiers marchands d'esclaves, les envoyés du roi des Belges, et ceux venus tracer les lignes frontalières de cette immensité géographique appelée Congo. Ainsi David Van Reybrouck retrace-t-il le destin tumultueux de ce pays, de la préhistoire à nos jours. De la colonisation à l'indépendance, il entremêle les faits historiques et le récit de ses rencontres, son livre prend alors une dimension très personnelle où l'empathie à l'égard de ses interlocuteurs est fondamentale. Parmi ces figures généreuses, le lecteur se souviendra de ces anciens qui content au jeune Belge des aventures extraordinaires remontant jusqu'à l'époque précoloniale. Alternant passages explicatifs et narratifs, David Van Reybrouck prend tour à tour sa plume d'historien, de romancier, de journaliste et d'auteur de théâtre - quatre "territoires" d'écriture - qu'il travaille avec virtuosité, passant de l'ample rigueur d'une Histoire du Congo à la sensibilité littéraire d'un grand récit de voyageur : une construction qui donne à ce livre son rythme, sa vivacité, sa singularité. Au fil du temps, il rencontre des acteurs essentiels des débuts de l'indépendance, de l'ère Mobutu et des guerres qui ont éprouvé le pays depuis l'arrivée au pouvoir des Kabila, il retrouve des victimes et des bourreaux - tel ce seigneur de guerre au Kivu - qui se confient à lui et offrent des témoignages inédits où le tragique le dispute à un comique féroce. Mais Congo, une Histoire est aussi un hymne jubilatoire à la vitalité de tout un peuple, à sa créativité musicale et artistique, à sa capacité de survie dans une économie de la débrouillardise qui, en l'absence de structures, se mondialise naturellement : alors que s'installent déjà une population chinoise venue exploiter les richesses du sous-sol, certains importateurs congolais vont aujourd'hui se fournir à Guangzhou. Le XXIe siècle sera peut-être celui de l'âge d'or du Congo... Paru à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance du Congo, ce grand livre a valu à son auteur le prix Ako (le Goncourt belgo-néerlandais). Véritable best-seller en V. O. (plus de 300 000 exemplaires vendus), Congo est traduit dans de nombreux pays. Pourquoi cet engouement international ? Parce que nous avons tous en Europe un passé colonial et l'histoire du Congo est le symbole même de la mainmise européenne sur l'Afrique, de ses succès, de ses excès, de ses échecs et des conséquences brûlantes de nos récentes interventions sur le continent africain.
 
 

COUPS DE COEUR DE MICHEL



  • CANADA de Richard Ford traduction : Josée Kamoun, Ed. de l'Olivier, Paris

Voici les impressions de lecture de Michel :


 
Je viens de le terminer et ne dispose ni du temps ni du recul pour en parler convenablement.
Mais il fera partie des livres majeurs lus cette année, surtout la première de ce livre, fascinante et qui témoigne de la toute puissance du genre romanesque.
D’emblée, les évènements clé sont énoncés et le narrateur peut alors tisser la trame d’une vie, reconstituer les moments qui auraient pu s’inscrire dans un tout autre destin si …
Si les parents des jumeaux n’avaient pas commis une infantile sottise qui les a tous projetés dans une tout autre vie que celle qui s’annonçait.
Le thème est riche, l‘écriture d’une profonde simplicité, pour la narration captivante des petits moments de petites vies .
J ‘ai dévoré cette première partie, lu de très bon cœur la seconde, même si elle me semble beaucoup plus convenue.
Je demeure perplexe toutefois quant à la psychologie des personnages ; l’inceste ou ce qui advient aux parents en prison ne semblent pas laisser de traces dans la construction de la personnalité de l’adolescent.
Mais une relecture  à tête reposée devrait permettre d’affiner cette remarque.

 

 
 
 
 
  • YELLOWS BIRDS, de Kevin POWERS, paru chez Stock - Prix littéraire Le Monde 2013
 
Le thème du retour du jeune soldat a déjà été tellement traité qu’il peut par instants donner une impression de déjà lu. …

Mais fort bien construit, très bien écrit, avec d’étonnants accents poétiques, ce livre donne à sentir la peur d’avant le combat, la terreur dans l’engagement et le dégoût de l’après

L’essentiel n’est pas là, mais dans la douleur de ne pas avoir tenu une promesse. La mère de son ami ne reverra jamais son fils et attendra longtemps avant d’en savoir plus.

 J'ai été particulièrement sensible à la façon dont l’auteur révèle l’incommensurable gouffre qui sépare les Irakiens des soldats américains.  Les premiers ne sont que silhouettes ou cadavres et les deux seuls personnages vivants ne le resteront pas longtemps.

Dans le décor de ses années d’enfance et d’innocence,

Le retour au pays du soldat Bartle ne fera que prolonger le cauchemar.
 
 


19 EME REUNION : ESSAI DE SYNTHESE DE NOS DEBATS SUR VOLODINE

Nous avions rendez-vous aux Papilles, rue Gay Lussac, restaurant sélectionné par Claude et Monique, quel plaisir de parler littérature entre des bibliothèques de bouteilles d'excellents vins !

 



Premier constat, la quasi-totalité des participants (en dehors de Catherine et Serge) n'a jamais lu une ligne de cet écrivain français né à Chalon sur Saône en 1949 ou 1950 (?) et de son vrai nom Jean Desvignes.
Or, Catherine, qui le connaît bien, nous révèle que certains spécialistes de littérature ont évoqué son nom pour un futur Prix Nobel. Il a reçu en 2000, le 26ème Prix du livre Inter pour son livre "Des anges mineurs" paru aux Editions du Seuil.

Catherine nous parle de cet écrivain atypique, inclassable, fondateur du "post-exostime", écrivant sous une multitude de pseudonymes (Antoine Volodine, Lutz Bassmann, Manuela Draeger, Elli Kronauer, entre autres...). Comme il le dit lui-même : " Il s'agit de faire naître des voix multiples d'une même expérience. Ce que je cherche, c'est démolir l'idée romantique de l'écrivain dominateur, maître du monde ; c'est une figure de l'écrivain qui me met mal à l'aise. L'obscurité me met plus à l'aise que la lumière des projecteurs."

Ayant eu la chance de le côtoyer il y a quelques années, Catherine nous parle du personnage, de ses humeurs, de ses convictions, de sa manière d'écrire… Elle évoque la mère de Volodine qui est également un écrivain. Lucette Desvignes, est née à Mercurey en Saône-et-Loire en 1926, elle est licenciée en droit, agrégée d'anglais et docteur-ès-lettres. Elle sera notamment professeur de littérature comparée  et d'histoire du théâtre à l'université de Lyon et à l'université de Saint Etienne. Des universitaires américains ont fondé une revue annuelle en son hommage et publient aux États-Unis sa production presque inconnue en France.
Elle se rattache au courant littéraire français de "l'Ecole de Brive" qui regroupe un certain nombre d'écrivains autour du thème de la ruralité. Parmi ceux-ci : Gilbert Bordes, Colette Laussac, Claude Michelet, Martine Marie Muller, Michel Peyramaure, Yves Portier-Réthoré, Jean-Guy Soumy, Denis Tillinac,Yves Viollier. On parle aujourd'hui de la NEB, Nouvelle Ecole de Brive autour de Michelet, Bordes, Soumy et Viollier. (http://www.quidneb.com/)

 


Un univers littéraire difficile d'accès
Pour en revenir à Volodine-Desvignes, les participants ont dans l'ensemble éprouvé des difficultés à entrer dans "Lisbonne, dernière marge" publié en 1990 et même dans "Le Port intérieur" publié en 1996. Les mots qui sont revenus sont : souffert, résignation, rejet, absence de plaisir de lire … Volodine cherche à embrouiller le lecteur.

Toutefois, personne ne semble nier que nous avons affaire à un vrai écrivain, maniant une langue riche avec aisance, allant jusqu'à inventer des mots, introduisant des ruptures soudaines dans ses phrases, se lançant dans des envolées lyriques, mais aussi, et peut-être de manière trop répétitive, se complaisant dans la description de mondes glauques.

 
La question est de savoir si, en tant que lecteur, nous entrons dans l'univers de Volodine, ou si nous restons en dehors, rebutés par l'architecture romanesque même, le monde imaginaire mis en scène par l'auteur et l'errance des personnages dans un univers glauque, fermé et sans espoir. Sur ce point, une majorité des participants est restée à l'extérieur de l'univers de Volodine.



 
Voici ce qu'en pense Michel, qui étant absent, a pris le soin de nous transmettre par écrit son point de vue après la lecture de "Port Intérieur" :

C'est donc dans les moiteurs et les puanteurs d’un bidonville de Macau que Breughel  est venu "vivre "la dernière étape de sa poisseuse déchéance et psalmodier Gloria .

Entre un abattoir de volailles, un cimetière et un asile psychiatrique .
Même la chaleur y est malodorante, même les tas de ferraille sont puants. Les cafards, les rats et les blattes eux sont bien vivants, malgré les poisons disséminés ici et là. La nuit est déchirée par des cris de souffrance dont on ne sait s'il viennent d'un animal ou d'une fillette.

Les Chinois sont d'une profonde et hostile indifférence, exception faite de quelques fous. Quant aux rêves, ils mettent en scène des foules animales, dégradées en "gueusaille", prises aux pièges meurtriers de la soldatesque. Comme si cela ne suffisait pas, un éléphant a trouvé le moyen de venir longuement agoniser entre les blessés et les morts.
Bref, les effluves et remugles de ce décor dantesque et suffocant ont pour moi un peu éclipsé la trame du livre, le face a face entre le tueur et le fuyard
, et le jeu fiction/réalité .
J'
ai bien aimé de fulgurantes formulations et le recours à l'exténuation des phrases, la référence aux subtilités de la langue ton
ale et aux opéras du Guangdong
J'ai bien noté que : « la fiction pouvait rep
rendre, c'est-à-dire ma vie. »
J'ai lu ensuite des articles fort savants et appris qu'un colloque de Cerisy avait consacré sept journées à l'œuvre de Volodine.

 


Ceux d'entre nous qui connaissent Macau, ont retrouvé dans les descriptions de certains quartiers l'atmosphère qu'ils avaient pu ressentir et ont reconnu le talent de Volodine pour transcrire celle-ci.

Lors de nos débats, nous avons fait référence à d'autres livres de Volodine à l'accès plus facile peut-être : "Des anges mineurs" (suite de narrats) qui date de 1999, "Le nom des singes" de 1994;
 

Plusieurs questions ont été posées à la suite de la lecture de "Lisbonne…"

- Pourquoi une telle haine de la social-démocratie ?

"La social-démocratie est un totalitarisme pire que les autres, car sans faille (…) les sociaux-démocrates servent de paravent aux véritables puissances, celles du complexe militaro-industriel"

La réponse peut-être trouvée certainement dans l'itinéraire politique de Volodine, d'abord "gauchiste" et familier des mouvements de révolte qu'ont connu en 1968 et après différents pays européens.

- Pour qui Volodine écrit-il ?

Volodine apporte lui-même la réponse dans un extrait lu par Gérard : " Pendant longtemps, pendant près de quinze ans, j’ai donc écrit des livres pour un public minuscule. Des livres bizarres, fantastiques, oniriques et clandestins, qui s’adressaient à un unique lecteur.
Ensuite, un premier roman est paru, « Jorian Murgrave », et je me suis mis à travailler pour satisfaire un véritable public. J’ai commencé à imaginer les lecteurs que je pouvais avoir : un public réel, formé d’hommes et de femmes qui partageaient la même sensibilité littéraire et les mêmes goûts que moi. Ils partageaient avec moi la même vision du monde, les mêmes peurs, les mêmes certitudes, ils désiraient partager les mêmes rêves et, disons‑le tout de suite, la même révolte contre le monde tel qu’il est, contre la condition humaine dans ses aspects politiques et métaphysiques.
"

- Volodine : séduisant et caustique

Nous avons relevé lors de nos échanges que Volodine avait un côté caustique et souvent très dur, dans les "Anges mineurs" par exemple, que Chantal a apprécié.

Quant à la séduction "Port Intérieur" on a pu observer que l'histoire d'amour entre les deux personnages principaux donnait une véritable tension au récit et en facilitait peut-être la lecture.

Cette séduction se traduit aussi, très souvent dans le style et dans les images. Le personnage qui de révèle être un oiseau par exemple…

- Volodine : des mondes imaginaires qui ont à voir avec le XXème siècle

En réalité, Volodine-Desvignes crée des mondes avec des constantes : des personnages qui se situent hors de la société, des révolutionnaires et des combattants, plutôt  égalitaristes, généreux et anarco‑communistes, il les place dans des situations d'interrogatoire souvent difficilement supportables. Situation très porteuse de sens et intéressante à décortiquer. " Le XXe siècle malheureux est la patrie de mes personnages, c’est la source chamanique de mes fictions, c’est le monde noir qui sert de référence culturelle à cette construction romanesque." On a fait référence dans nos échanges aux mondes imaginaires de jeux vidéo dans lesquels les personnages, englués, semblent prisonniers de leur destin.



 


- Une référence omniprésente à la langue et à l'écriture

Nous avons relevé que le point commun de la plupart des personnages de Volodine est la langue et l'écriture. Lisbonne d'ailleurs commence par l'évocation du roman écrit par Ingrid et par son projet d'écriture : "J'ai toujours voulu démarrer ainsi mon roman, par une phrase qui les gifle. Et lui : Ton roman ? Tu as vraiment l'intention de l'écrire ? Qui gifle qui ? Et elle : Qui les gifle, eux, les esclaves gras de l'Europe, et les esclaves boudinés et cravatés, et les patrons militarisés par l'Amérique, et les serfs du patronat, et tous ces pauvres types asservis par tous, et les sociaux-traitres et leur dogues…"

S'agissant de la langue, nous avons noté que Volodine était un féru de langue chinoise et qu'on retrouvait dans son écriture les traces de cet intérêt. La maîtrise de son style a été relevée par la plupart d'entre nous. Certains passages, brillants, ont été lus.

Comment mieux clore le débat sur Volodine qu'en le citant lui-même :

"La langue de mes livres porte, avant tout, la culture de mes personnages, des écrivains-chamanes que je mets en scène et des lecteurs que j’imagine. Elle véhicule leur culture subversive, cosmopolite et marginale, une culture de rêveurs et de combattants politiques qui ont perdu toutes leurs batailles et qui ont encore le courage de parler, alors qu’ils ont aussi perdu la bataille contre le silence. C’est pourquoi ici je ne suis pas ambassadeur de la langue française. Je suis seulement ambassadeur de mes personnages. À quoi ressemble le langage dans lequel ils s’expriment ? À une langue variée et parfois pauvre, parfois mutilée ou, au contraire, luxuriante et baroque. Leur langue n’est pas une langue nationale, mais la langue transnationale des conteurs d’histoires, des exclus, des prisonniers, des fous et des morts. Je suis ici porte‑parole de leurs voix. Dans mes livres, je traduis en français les fictions qu’ils produisent pour protester contre le réel, pour saboter le réel ou pour transformer le réel."

Volodine, un écrivain à multiples facettes, difficile d'accès, exigeant, ne faisant pas de concessions, avec un réel projet littéraire.

Un écrivain à relire !