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dimanche 16 juin 2019

42EME REUNION - PRÉSENTATION D'AMOS OZ ET DE SON OEUVRE PAR CATHERINE


Amos Oz, de son vrai nom Amos Klausner est né en 1939 et vient de disparaître en 2018 à l’âge de 79 ans. Il est né à Jérusalem. 
Sa famille est originaire d’Europe centrale. Son père a étudié l'histoire et la littérature à Vilnius. Ses parents émigrent en Palestine au début des années 1930.
Amos décrit sa famille comme pauvre. Mais c’est avant tout une famille d’intellectuels, son père travaille comme bibliothécaire à Jérusalem et sa mère donne des leçons d'histoire et de littérature.
Politiquement, elle se situe dans le camp sioniste révisionniste et antimarxiste. Dans sa famille, on est fier d'être capitaliste et bourgeois. Ce sont des adeptes d’un Grand Israël, incluant même la Jordanie. Pour atteindre ce but une solution : la violence. Il y a récupération de la guerre biblique.
Amos, fils unique, enfant et adolescent, a baigné dans la culture de cette génération. Il est imbibé par ces idées jusqu’à un événement dramatique qui bouleverse sa vie : le suicide de sa mère. Il a alors 12 ans. Il éprouve un très fort sentiment d'abandon.

Adolescent, il prend un virage à gauche et à 15 ans, il entre dans un Kibboutz. Il reste pendant 32 ans avec sa femme et ses enfants au Kibboutz de Houlda.

 En haut à gauche, Tel Aviv. Houlda est signalé par un point rouge

C'est là qu'il commence à écrire, et qu'il gagne le droit de consacrer quelques journées par semaine à ses livres. Ce qui est en quelque sorte contraire aux règles du kibboutz. Car dans un kibboutz on effectue un travail collectif, agricole et manuel.



 Travail à Houlda

Il demeure à Houlda jusqu'à ce que sa femme Nily et lui s'installent à Arad, dans le nord du désert du Néguev, en 1986 car Daniel, leur fils est asthmatique et il a besoin de vivre dans un climat très sec. Le couple a deux autres enfants.
Amos participe aux différentes guerres dans lesquelles est engagé Israël. En 1950, il combat  près de la frontière syrienne. Pendant la Guerre des Six Jours, en 1967, il sert dans une unité de tanks dans le Sinaï et, pendant la guerre du Kippour en 1973, il est affecté sur le plateau du Golan.

C’est aussi un personnage politique. Il s’oppose aux partis de droite et en particulier au Likoud. Il défend la thèse de deux Etats : un Etat israélien et un Etat palestinien.
A noter cependant que son chemin politique n’apparaît pas dans ses livres.

Il a commencé à écrire à 22 ans. Il a publié 18 romans, et plus de 450 articles et essais.

Sur le plan littéraire, l’œuvre d'Amos Oz s'exprime :
-       d’une part, dans le sens d’une lecture lente, évoquant une sorte de bonheur tranquille. Il met le plaisir de la lecture au cœur de son œuvre,
-       d’autre part, à travers des nouvelles qui liées entre elles par l’apparition de personnages communs, s’apparentent à un roman, un "roman de nouvelles" a-t-on dit. En cela, l’œuvre d’Amos Oz se situe dans la suite de celle de l’écrivain américain Sherwood Anderson (1876-1941), dont il revendique une sorte de paternité littéraire.

Ses centres d’intérêt en littérature sont bien sûr le kibboutz et Israël, mais aussi la famille, les relations de couple, l'amitié, et les liens du voisinage. Autant de prismes au travers desquels il cherche à envisager l'humanité dans son ensemble.

lundi 10 décembre 2018

40EME REUNION - PRESENTATION DE LA BIOGRAPHIE D'ERNEST HEMINGWAY PAR MONIQUE

Avant la présentation de Monique, nous sommes très fiers d'avoir fêté, non pas Paris, mais notre "Square Littéraire" qui en est à sa quarantième réunion.

Merci à tous pour votre chaleureuse et assidue participation depuis le 5 juin 2009, date de notre première réunion au Square Trousseau.


Monique nous a présente Ernest HEMINGWAY, l'homme et l'écrivain. Voici le texte de sa présentation.
"Ce qui peut arriver de mieux à un écrivain, c'est de vivre une enfance malheureuse."
Le 21 juillet 1899, un gros bébé de cinq kilos, prénommé Ernest Miller, voit le jour à Oak Park, commune huppée des faubourgs de Chicago. 
La mère, Grace, est professeur de chant. Contralto à la carrière avortée ,elle se comporte en diva. Le père, Clarence Edmonds - surnommé Ed -, est médecin.
Grace Hemingway a donné à son fils aîné le prénom de son propre père, héros de la guerre de Sécession. Ernest a quatre sœurs et un petit frère. Leur mère les initie aux arts mais Ernie ne supporte pas l'ancienne cantatrice devenue... castratrice. Elle l'appelle "poupée chérie", l'habille en fille et refuse de lui couper les cheveux. Il la qualifiera plus tard d'égoïste, d'hystérique et même de "salope".
Ernest apprécie la compagnie de son père, qui l'emmène pêcher la truite dès l'âge de trois ans. Il évoquera, dans la nouvelle Père et fils, les merveilleux moments passés à Walloon Lake, Michigan, en territoire indien.
A l'école, doué en anglais, en latin mais aussi en sciences et en algèbre, Ernest est souvent premier de sa classe. Il dévore le Robinson Crusoé de Defoe, Walter Scott, Dickens, Mark Twain, Kipling, tous écrivains de l'action, de l'aventure et des grands espaces. 
Au sortir du collège, renonçant à l'université, Hemingway entre comme reporter au Star de Kansas City. Journaliste, il apprend à « écrire des phrases claires, éviter les adjectifs passe-partout, faire des récits intéressants, des phrases courtes dans un anglais vigoureux et souple ». C'est donc dans le journalisme qu'il apprend ce style sec, rigoureux, ce laconisme de procès-verbal et cet art de regarder. Ernest Hemingway n'abandonnera jamais le journalisme : il sera reporter en Europe, en Asie et en Orient. Trente-cinq ans de journalisme nourrissent son œuvre.
En 1914, Ernest Hemingway rêve de participer à la Grande Guerre. Mais il est réformé en raison de sa mauvaise vue. Il s'engage comme volontaire de la Croix-Rouge. Le 8 juillet, il se trouve dans une tranchée avec trois hommes quand un obus autrichien tombe sur eux. Les jambes d'Hemingway sont criblées d'éclats. Il parvient à hisser le seul survivant sur son dos et à le porter sous le feu ennemi. 
le jeune Hemingway regagne son pays en janvier 1919. On accueille en héros le premier Américain à revenir blessé du front italien. A Chicago, il fait la connaissance de Sherwood Anderson, écrivain en vogue qui prône la révolution des lettres américaines par le dépouillement du style. Anderson a vécu à Paris et encourage Hemingway à l'imiter. 
Il rencontre aussi Elizabeth Hadley Richardson, une jolie rousse de huit ans son aînée. Ils se marient en septembre 1921.
Il suit le conseil d'Anderson et se fait engager comme correspondant en Europe du Toronto Star, décidé à faire ses débuts littéraires dans la ville des Lumières. 
Sherwood Anderson lui a remis des lettres de recommandation à l'attention de ses amis Gertrude Stein, Sylvia Beach, Ezra Pound et James Joyce. Autant dire l'avant-garde de la petite colonie anglo-saxonne. 
En 1919, les Etats-Unis ont ratifié l'amendement sur la prohibition de l'alcool. Pour les artistes américains, les Etats-Unis ne sont plus synonymes de liberté mais d'hypocrisie. Et Paris symbolise la modernité. Ses terrasses de café ne désemplissent pas. Montparnasse pullule de peintres, de musiciens et de poètes. Un carrefour obligé pour tout écrivain en mal de reconnaissance. La France offre un avantage supplémentaire aux Américains : le taux de change est particulièrement intéressant.
A parcourir les capitales d'Europe pour le Toronto Star - Hem s'épuise. Cela l'empêche de peaufiner ses nouvelles et de se lancer, enfin, dans le roman. Il finit par démissionner en 1924 et mettra encore deux ans pour publier Le soleil se lève aussi
En 1927, il divorce pour épouser sa maîtresse Pauline Pfeiffer, journaliste à Vogue, puis entame L'adieu aux armes. "Pendant que j'écrivais le premier jet, mon second fils Patrick vint au monde et pendant que je récrivais l'ouvrage, mon père se tua à Oak Park, Illinois..." 
Pour oublier les fantômes d'Oak Park, le couple Hemingway s'installe à Key West, à la pointe de la Floride. En 1931, Pauline donne un troisième fils à son mari, Gregory. Quand L'adieu aux armes paraît, 80 000 exemplaires s'écoulent en quelques mois. Hemingway devient une célébrité, les journaux s'arrachent ses nouvelles, Hollywood achète les droits et l'argent coule à flots. Il entreprend la tournée des bars, adopte une armée de chats (qui reposent toujours dans le cimetière de son jardin), s'offre un bateau pour pêcher au gros dans la mer des Caraïbes.


En tant que journaliste, il a assisté, lucide, à la montée de l'extrême droite en Europe et annonce, dès 1934 : "La tragédie est proche."Ses séjours en terre ibérique lui ont fait aimer le peuple espagnol. Il va s'engager dès 1936 aux côtés des républicains : "Le fascisme est un mensonge, il est condamné à la stérilité littéraire. Un écrivain qui n'a pas le sentiment de la justice ou de l'injustice ferait mieux de se consacrer à l'édition d'un annuaire." 
Hemingway offre pour 40 000 dollars de matériel sanitaire à l'armée loyaliste et devient correspondant de guerre de la North American Newspaper Alliance pour couvrir la guerre civile espagnole.
L'écrivain retourne plusieurs fois dans Madrid assiégé, sous le feu des batteries allemandes, et y retrouve Martha Gellhorn, une correspondante de guerre "qui en a". Elle deviendra sa troisième épouse. 
Selon la petite histoire, il se serait entendu avec André Malraux, rencontré sur place : l'un écrirait sur le début de la guerre d'Espagne, l'autre sur la fin. Cette entente cordiale donnera L'espoir et... Pour qui sonne le glas
Comme Hemingway l'avait prophétisé, la victoire du franquisme a affaibli les démocraties européennes et entraîné la Seconde Guerre mondiale. Il lui faut poursuivre le combat contre les nazis. Il monte un réseau de contre-espionnage à Cuba .
On le retrouve en Normandie, immortalisé par le photographe Robert Capa lors du Débarquement. Hemingway se l'était juré : être toujours là où l'Histoire s'écrit ! Sa propre "division", composée d'admirateurs des FFI, lui permet de participer à la libération de Rambouillet.
Après la guerre, Hemingway n'est plus le même. L'action lui manque.
Ses proches décrivent un être hâbleur, gavé de succès, ivrogne, colérique et volontiers bagarreur. Martha le trouve pathétique et demande le divorce. Complètement à la dérive, il ingurgite un litre de whisky par jour et voit des nazis sans visage dans ses cauchemars. Incompris, il s'exile pour se consacrer à la pêche, à ses chats et à l'écriture. Il épouse Mary Welsh, plus dévouée, plus effacée que Martha. 
Il a découvert Cuba dans les années 1930 : l'île se situe juste en face de Key West. Son cadre lui avait inspiré En avoir ou pas, adapté au cinéma par Howard Hawks sous le titre Le port de l'angoisse .
Il achète une vaste propriété sur les hauteurs, la Finca Vigia, réplique de la Spanish House de Key West, et reçoit les stars d'Hollywood au bord de sa piscine. Son installation à Cuba attire les soupçons du FBI. Edgar Hoover, l'un des hommes les plus puissants d'Amérique, met l'écrivain sous surveillance.
Le monde littéraire le croyait fini quand Hemingway publie Le vieil homme et la mer en 1952. Ce chef-d'oeuvre de dépouillement lui vaut le prix Pulitzer. Puis la presse annonce la mort du grand écrivain dans un accident d'avion en Afrique. Cela l'amuse : il conserve les articles nécrologiques laudateurs dans un album relié en peau de lion. Les séquelles empêcheront l'écrivain de se rendre à la remise de son prix Nobel de littérature, décerné en 1954
Hemingway quitte son paradis tropical après la révolution cubaine, il ne supporte plus l'antiaméricanisme de l'île. 
Retranché dans sa maison aux airs de bunker, dans l'Idaho, il souffre d'hypertension, de diabète, d'impuissance sexuelle, d'une cirrhose, d'un début de la maladie d'Alzheimer et surtout d'une dépression. Devenu paranoïaque, il voyait des agents du FBI partout.
Hemingway met fin à ses jours peu avant son soixante-deuxième anniversaire.


STYLE :

« La plus grande difficulté, dit-il, c'était de décrire ce qui s'était réellement passé au moment de l'événement. Quand on écrit pour un journal, on raconte ce qui s'est passé et, à l'aide d'un procédé ou d'un autre, on arrive à communiquer l'émotion au lecteur, car l'émotion confère toujours une certaine vérité au récit d'un événement du jour. Mais la chose réelle, la succession mouvante des phénomènes qui produit l'émotion, cette réalité qui serait valable dans un an ou dans dix ans et, avec de la chance et assez de pureté d'expression, pour toujours, j'en étais encore loin et je m'acharnais à l'atteindre. » « J'essayais, ajoute-t-il, d'écrire en commençant par les choses les plus simples. »
C'est alors qu'il met au point son célèbre style, glacé, simple, rigoureux, qui note les faits avec une objectivité de procès-verbal. D'abord il remplace les développements psychologiques par le récit de l'action et du comportement des personnages. Puis il utilise les mots vrais, techniques. Enfin, il tisse un réseau de correspondances qui crée une ambiance climatique ou linguistique. « La prose, écrit-il, n'est pas de la décoration, c'est de l'architecture. »
Les techniques de style sont, chez Hemingway, de la même nature que les techniques de chasse, de pêche, de boxe, de tauromachie ou de stratégie. Il s'agit à la fois d'évasion et de discipline. Le style de Hemingway n'admet pas plus de chiqué que celui du torero : il passe au ras des choses comme l'autre au ras des cornes. Il est célèbre et très imité.
Ainsi, Hemingway décrit non pas une émotion, mais le geste et l'objet qui la matérialisent et la symbolisent. Ce nouveau roman, qui remplace l'analyse par la vision et met un terme à la littérature d'introspection et au romancier omniscient, doit naturellement beaucoup au cinéma.
Cette vision objective, ces gestes sans rime ni raison, ces actions sans commentaires ni projets sont ceux d'êtres perdus qui agissent à tâtons dans un univers où personne ne juge, n'espère, ne projette ni ne regrette, parce que rien n'a de sens. L'homme est réduit à ses faits et gestes, n'a plus ni espoir ni personnalité ; il ne cherche le combat que par goût du suicide, sachant que le néant – « nada » – triomphera toujours.
« Dans la pleine lumière d’un style clair, compact, sans épaisseur et transparent malgré sa densité, dans la franchise de cette prose dont un critique américain a dit que “chaque mot y était aussi frais et aussi résistant qu’un caillou ramassé au fond d’un ruisseau”, d’une simplicité dépouillée, d’une objectivité “à trois dimensions”, le message spirituel d’Ernest Hemingway prend une extraordinaire éloquence, établit le critique littéraire Marcel Brion dans son article de novembre 1954.  Il s’adresse à ce qu’il y a de plus secret et de plus universel à la fois en chaque homme.

OEUVRES 
Romans

Récits autobiographiques

Recueils de nouvelles
160 nouvelles

QUELQUES PHOTOS EN COMPLÉMENT



 Ernest en 1923

Ernest et Hardley en 1921

Gertrude STEIN devant son portrait peint par Picasso

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vendredi 28 septembre 2018

39EME REUNION - PRESENTATION D'"AMERICANAH" PAR CLAUDE


Chimamanda Ngozi ADICHIE

 L'AUTEURE

"Americanah", c’est le surnom que les nigérians donnent à leurs expatriés qui se sont un peu trop américanisés, est le 3ème roman de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi ADICHIE. Le livre est paru en mai 2013 aux US et a connu immédiatement un très grand succès, lauréat du Prix 2013 du Cercle des critiques littéraires aux US, et il a reçu de très bonnes critiques dans les grands journaux américains comme le NY Times ou le Chicago Tribune. On trouve des lauréats célèbres de ce prix comme Philip Roth, Ian McEwan, Toni Morrison, etc.

Americanah a été tiré à plus de 500 000 exemplaires.  Il a été traduit en français en 2014 et est paru la même année chez Gallimard.

Chimamanda Adichie a été comparé à Tolstoï surtout avec son 2ème roman qui semble être le plus beau « L’autre moitié du soleil » dont pourra nous parler Monique qui l’a lu.

Elle est considérée aujourd’hui comme l’une des plus importantes écrivaines d’Afrique noire, dans la lignée du Prix Nobel de littérature nigérian Soyinka.

Elle vient tout juste d’avoir 41 ans le 15 septembre et a donc écrit Americanah à 36 ans.

Il est intéressant de s’arrêter sur ses origines car elles ont une influence importante dans sa production littéraire et dans son personnage lui-même, assez médiatique.

Elle est donc née au Nigéria en 1977 dans l’état d’Anambra au sud du Nigeria, une région où l’ethnie Igbo est majoritaire. Chimamanda Adichie parle Igbo, et elle dit que pour être satisfaite d’une phrase, il lui arrive de la dire en Igbo. L’Anambra faisait partie du Biafra, toute cette région du sud-est du Nigéria, riche en pétrole, qui avait décidé de faire sécession en 1967 et qui fut finalement victime d’une guerre de 2,5 ans et en particulier d’un blocus terrible qui fit entre 1 et 1,8 millions de morts dont 80% de faim. Et tout ça dans une relative indifférence des grandes nations. C’est encore une histoire de religion et de fric car cette région avait été christianisée par les britanniques, mais dès la déclaration d’indépendance du Nigéria en 1960, un fort sentiment d’identité ethnique s’exacerbe opposant cette population multi-ethniques aux ethnies originaires du nord, principalement musulmanes, qui ont le pouvoir. Du fric car c’était une région traditionnellement riche (exportation d’huile de palme et esclavage) et amplifiée par les découvertes de pétrole.

Pour la petite histoire, les Anglais et les Américains étaient du côté des troupes fédérales et nous étions avec les Russes pour le Biafra.

La guerre s’achève en 1970 et le Biafra disparait. C’est ce qu’Obinze l’un des principaux personnages du roman évoque lorsqu’il dit qu’ils appartiennent à un peuple vaincu.

Le grand-père de l’auteure était un aristocrate qui fut envoyé dans un camp par les troupes fédérales et qui y mourut après avoir été humilié et ultime humiliation, son corps fut jeté dans une fosse commune.

C’est parce qu’elle a été nourrie de ces drames humains faits de guerre et de paix, de ruptures et de recollages que Chimamanda écrit aujourd’hui sur le thème du déracinement.

Pour revenir à son histoire, car Americanah, comme tous ses autres livres, est largement inspiré des évènements et des personnages de sa vie, Chimamanda a commencé par étudier la médecine et la pharmacie au Nigéria avant de partir à 19 ans à Philadelphie pour étudier la communication et les sciences politiques avant de s’orienter vers des études d’art et de littérature. Elle est surdiplômée. En 2008, elle reçoit le prix Mac Arthur qui, aux aux Etats-Unis, est aussi appelé « le prix des génies ». Elle a déjà publié ses deux premiers romans : « L’hibiscus pourpre » et « L’autre moitié du soleil ».

Il est important de souligner son engagement féministe qui est un des thèmes forts du livre. La place de la femme dans la société, au Nigéria. Elle a fait un TED en 2013 dont le thème était « nous devrions tous être féministes » qui a connu un succès énorme avec plus de 8 millions de vues.
https://www.ted.com/talks/chimamanda_ngozi_adichie_we_should_all_be_feminists?language=fr
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Elle se définit comme « Africaine Féministe Heureuse ».

Elle est l’invitée du Monde Festival le dimanche 7 octobre à l’Opéra Bastille à 17h30.

Depuis 2019, elle partage sa vie entre les Etats-Unis et le Nigéria.

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LE LIVRE
 

Je vous propose d’extraire du roman 3 thèmes pour lancer la discussion ;

1er thème : être noir aux USA et la question du racisme

2ème thème : le sens de la vie

3ème thème : la question du roman et de la littérature



1er thème : être noir aux USA et la question du racisme

C’est un des thèmes majeurs du livre. Et c’est une condition – le fait d’être classé noir - que Chimamanda-Ifemelu découvre en mettant le pied pour la 1ère fois aux USA. Et si Ifemelu veut retourner au Nigéria, ce qui parait totalement irrationnel,  c’est peut-être parce qu'être noire aux Etats-Unis peut être psychologiquement difficile à supporter.

Elle tient d’ailleurs un blog sur ces questions. « Raceteenth Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les negres) par une noire non américaine. »

Une sorte de refouloir. Blog qui va finir par la rendre célèbre et financièrement à l’aise. Tout au long du roman elle livre des articles de son blog qui sont autant de conseils à des noirs confrontés à la société américaine, ou de violents attaques contre le racisme « les jeux Olympiques de l’oppression » : « En réalité, les jeux Olympiques de l’oppression se déroulent sous nos yeux. Les minorités raciales en Amérique - … - sont toutes couvertes de merde par les Blancs, des merdes différentes, mais de la merde quand même. »


Encore aujourd’hui, les Américains ne parviennent pas à régler leur problème entre blancs et noirs. Et il y a en plus un problème entre noirs américains et noirs africains.

On découvre dans le roman qu’une façon (amusante) d’aller au-delà de la seule identité que vous donne la couleur de la peau, pour les noirs, c’est par la coiffure. Le roman débute d’ailleurs dans un salon de coiffure et celui-ci revient régulièrement dans le livre comme s’il représentait un concentré de la communauté africaine en Amérique. Chimamanda a d’ailleurs déclaré que si Micheline Obama n’avait pas eu la coiffure qu’elle avait, si elle avait eu des dread-locks ou une coiffure afro, son mari n’aurait jamais été élu !

Quand je pense à ce thème «être noir aux Etats-Unis », je pense au musée que nous avons visité cet été à Washington et qui est le premier musée consacré à la culture afro-américaine. En dehors du fait que ce musée est absolument remarquable tant sur le plan architectural que muséographique, il est intéressant de remarquer que 2/3 des visiteurs de ce musée sont des noirs quand dans les autres musées, ils doivent être à peine 10%.

Par ailleurs, il faut aller voir le film de Spike Lee « Blackkklansman » pour se rappeler de cette profonde fracture dans la société américaine.



2ème thème : le sens de la vie

A plusieurs reprises Ifemelu s’interroge sur sa vie. Elle passe de situations très confortables avec des hommes qui semblent l’aimer vraiment – mais qu’est-ce que les hommes blancs aiment en elle ? – à des moments de déprimes extrêmes. Elle ne parait absolument pas rationnelle dans ses décisions. Elle est tiraillée entre le désir de vivre une vie de femme libre aux USA et celui de retourner au Nigéria ; et en particulier de retrouver son amour d’enfance, Obinze. Lui aussi est tiraillé par le sens de la vie. Après un échec pitoyable en Angleterre et un mariage blanc qui tourne au fiasco, Obinze est revenu au Nigéria où il a épousé une femme magnifique plutôt dans le rôle d’épouse modèle et de femme au foyer, il a une superbe situation mais s’interroge, notamment dans ce passage en page 41 : «  il descendit de la voiture. Il avait une démarche raide, levait les jambes avec difficulté. Depuis quelques mois, il avait l’impression d’être surchargé par tout ce qu’il avait acquis - la famille, les maisons, les voitures, les comptes en banque -,et était pris de temps en temps, de l’envie de crever cette bulle avec une épingle, de tout faire dégonfler pour être libre. Il ne savait plus avec certitude, il n’avait jamais su en réalité, s’il aimait vraiment cette existence ou s’il l’aimait parce qu’il était censé l’aimer. »

Une autre femme importante dans le récit est la tante Uju qui est médecin (comme la sœur de Chimamanda qu’elle est allée rejoindre à Philadelphie dans la vraie vie). C’est à la fois une confidente, mais également une femme faible qui s’acoquine avec des hommes médiocres.



3ème thème : la question du roman et de la littérature

A plusieurs reprises Chimamanda évoque cette question. Qu’est-ce que la littérature ? Qu’est-ce que le roman ?


C’est une première critique au travers des lectures de Blaine : « Les romans qu’il aimait étaient supérieurs, des romans écrits par des hommes jeunes et juvéniles, avec de la matière, une accumulation fascinante , déconcertante de marques, de musiques, de bandes dessinées et d’icônes, saupoudrée d’un zeste d’émotion, et dont chaque phrase était élégamment consciente de sa propre élégance. »

Dans un autre passage, c’est une rencontre entre Obinze et un jeune journaliste. « Il comprit rapidement qu’un livre pour Yemi n’était pas de la littérature à moins de contenir des mots polysyllabiques et des passages incompréhensibles. « Le problème est que le roman est trop simple » dit Yemi.

La première fois qu’Ifemelu et Obinze se voient, ils s’inquiètent l’un l’autre de ce qu’ils lisent et même si Ifemelu dit qu’elle n’aime que les policiers de James Hadley Chase, Obinze, qui est fils d’universitaire, a cette réponse : « Ah chouette : elle lit ! Il y a de l’espoir ! »

Quand elle arrive en Amérique elle se met à lire également beaucoup de livres dans les bibliothèques. Elle finit par écrire : « Au fur et à mesure, les mythologies américaines commencèrent à avoir un sens. Les tribalismes américains – races, idéologie, région – se clarifièrent. Et sa nouvelle compréhension des choses la réconforta."




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