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mardi 7 février 2012

13EME REUNION - NOS COUPS DE COEUR


- " Les nouvelles hypothèses sur l'origine du christianisme - Enquête sur les recherches récentes " Jacques GIRI, Editions Karthala. (Serge)










- " De l'inégalité parmi les sociétés " essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire, Jared Diamond, Gallimard NRF, Essais (Serge)


- " Israel and Palestine " Avi Shlaim, in english, (Serge)


- " Cadix ou la diagonale du fou " Arturo Perez-Reverte, roman édité au Seuil. (Sylvie)


- " Quartier Lointain " de Jîro Tanigushi, manga, adapté par Frédéric Boilet, éditions Casterman. (Monique)


- " L'intégrale Maus ", d'Art Spiegelman, prix Pulitzer 1992 (Monique)


- " Le cas Sneijder ", Jean Paul Dubois, éditions de l'Olivier (Claude)


- " Le sourire étrusque " Jorge Luis Sampedro, éditions Métailié-suites. (Gérard)















- " Trois chevaux " Erri De Luca, (Gérard)







- Article du Monde du 13 janvier 2012 d'Olivier Todd sur Sartre et Camus, à propos du livre de Michel Onfray (Joseph)


- " Cette année, je me prends au mot et j'écris ", Denise Morel, Les Editions Diateino 2004 (Claude)

















- " Les incertitudes du Jeune saxon ", autofiction de Jean Carbonnier, éditions LexisNexis (Joseph)















- "Histoire d'une vie", Editions Points et "Le garçon qui voulait dormir", Editions de l'Olivier, Aharon Appelfeld (Catherine)


- " Une femme fuyant l'amour", David Grossman, Seuil Prix Médicis étranger 2012, (Chantal)



- " L'ange sur le toit",  et "Hamilton Stark",   Russell Banks (Chantal)


- " Le chant pour celui qui désire vivre", Jorn Riel Heq, 10/18 domaine étranger, (Chantal)

ESSAI DE SYNTHESE DE NOS DEBATS SUR "LE GUEPARD" DE LAMPEDUSA


Nos débats ont été très ouverts, parfois contradictoires, et souvent animés, à propos du "Guépard" de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.
Roman sombre, roman plein d'humour ?
D'abord le ton. Le Guépard a été perçu par certains d'entre nous comme un roman sombre, expression du regard assez amer d'un vieil homme sur un monde en changement. On a relevé le pessimisme profond de l'auteur qui décrit la disparition d'un monde, celui de l'aristocratie, et l'arrivée d'un autre, celui de la société bourgeoise et libérale, dans le contexte infiniment particulier de l'Italie en train de se construire et de la Sicile profondément ancrée dans sa nonchalance quasi-divine depuis au moins 20 siècles. Le leit-motiv du livre n'est-il pas exprimé par Fabrizzio en ces termes : " J'appartiens à une génération malheureuse; à cheval entre les temps anciens et les nouveaux, et qui se trouve mal à l'aise dans les deux." Le Guépard n'est il pas le récit de" l'agonie de l'aristocratie sous le soleil millénaire de la Sicile".
On peut également opposer à cette sentence, celle ô combien célèbre prononcée par Tancredi et que Fabrizzio cherche à faire sienne :
 " Si nous ne sommes pas là nous non plus, ils vont nous arranger la république. Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change". Expression d'une clairvoyance cynique dont seule la jeunesse aristocratique sans le sous et ambitieuse pouvait se faire l'écho. Tout cela finira par une alliance entre classes, symbolisée par le mariage entre Tancredi et Angelica, dont on sait en définitive qui sortira vainqueur.
D'autres parmi nous ont insisté sur l'humour de l'auteur, plutôt que sur son pessimisme, relevant ça et la dans le récit quelques scènes cocasses, comme celle où la tendre épouse de Fabrizzio se signe à chaque fois que son auguste mari lui rend hommage ou encore lorsque les représentants de son Eminence le cardinal de Palerme rend visite à Concetta, longtemps après la mort du Prince, tels des rapaces, déchiquettent les derniers vestiges d'un culte aveugle et de la bigoterie maladive de la triste Princesse.
Roman sensuel
On a également souligné l'aspect sensuel du livre notamment à l'occasion de l'exploration de la grande maison du Prince à Donnafugata lorsque Tancredi et Angelica visitent tour à tour les lieux cachés de cette antre magique, de la cave au grenier en se courant après, en éclatant de rire et en s'étreignant étroitement dans une sorte de danse érotique étourdissante. Aspect sensuel encore illustré par ce propos : « Elle était grande et bien faite, sur la base de critères généreux ; sa carnation devait posséder la saveur de la crème fraîche à laquelle elle ressemblait, sa bouche enfantine celle des fraises. »
Point de vue d'un conservateur
Il a été remarqué par certains d'entre nous que la vision de Lampedusa est celle d'un aristocrate et d'un conservateur. L'Italie naissante et la république sont perçues plus comme un désastre imminent que comme un progrès politique et social. Il est facile pour le lecteur de se laisser enfermer dans ce piège, d'autant plus que Lampedusa fait œuvre d'un grand talent de narrateur, même si certains d'entre nous n'ont pas reconnu en lui un grand écrivain; ni un historien d'ailleurs. Rappelons que Lampedusa n'a écrit au cours de sa vie qu'un seul et unique roman, dont n ombre d'éditeurs lui ont refusé la publication. Il n'a été publié qu'à titre posthume, et il ne fait aucun doute que le célèbrissime film de Visconti a largement contribué à son renom. Ses autres œuvres sont des nouvelles, des biographies de Byron, Shakespeare, un journal et des lettres.
Grand roman ? Grand écrivain ?
Ce point a cependant fait débat, puisqu'une partie d'entre nous a considéré qu'il s'agissait d'un grand écrivain, rappelant également qu'il a obtenu le prix Strega en Italie, à titre posthume, et que le Guépard était une œuvre étudiée dans les programmes de l'Éducation nationale en France ces dernières années, pour d'autres au contraire Lampedusa n'est pas à classer dans les écrivains majeurs. Il est vrai que tous les passages du livre ne sont pas d'une qualité égale et que certaines descriptions sont parfois un peu plates.
Quant au style de Lampedusa, difficile d'en juger, là aussi, les avis sont partagés, mais  comment avoir une impression juste à travers une traduction, fut-elle remarquable comme celle de Jean Paul Manganaro ? Nous avons repris un débat déjà entamé au tout début de la vie du Square. Il fut également observé qu'il y avait une certaine harmonie entre le style du Guépard et le décor baroque des villes siciliennes, harmonie entre lieux et style, harmonie également entre noirceur et style.
A l'évidence, nous nous accordons pour constater que le roman s'inscrit dans la tradition litteraire du XIXème siècle, même si certains passages du livre font allusion curieusement à des situations plus récentes.

Fabrizzio, Un grand personnage ancré dans les traditions de sa Sicile natale 

En définitive, c'est essentiellement le personnage de Fabrizzio qui a marqué nos esprits. C'est un personnage ambigu, c'est un rêveur. Peut-être être exprime-t-il, tous les mystères de la Sicile au delà-même de son appartenance à l'aristocratie : "En Sicile, peu importe faire bien ou mal : le péché que nous Siciliens, nous ne pardonnons jamais est simplement celui de "faire". Nous sommes vieux Chevalley, très vieux. Cela fait au moins vingt cinq siècles que nous portons sur nos épaules le poids de magnifiques civilisations hétérogènes, toutes venues de l'extérieur, il n'y en a aucune qui ait germé chez nous, aucune à laquelle nous avons donné le la; nous sommes des Blancs autant que vous Chevalley, et autant que la reine d'Angleterre; et pourtant depuis deux mille cinq cents ans, nous sommes une colonie. Je ne le dis pas pour me plaindre : en grande partie c'est de notre faute; mais nous sommes quand même fatigués et vidés."
Tancredi, quant à lui, nous n'en avons pas beaucoup parlé, si ce n'est pour le qualifier d'opportuniste et d'ambitieux. Il est aussi lucide, comme Fabrizzio. C'est en quelque sorte un Fabrizzio des temps modernes.
Un roman puissant, à plusieurs entrées
L'une des clés du roman n'est-elle pas dans les accès multiples qu'il propose d'ordre géopolitique, sociologique et psychologique et historique bien sûr.
Géopolitique, il s'agit de l'Italie en train de se construire avec d'un côté le roi bourbon, de l'autre le roi Victor Emmanuel soutenu par les Cavour, Mazzini et par Garibaldi. Il s'agit également de la Sicile envahie par de multiples ennemis au court des siècle et restée pourtant totalement et invariablement elle-même de par sa divine force d'inertie. Il s'agit enfin d'un épisode de la lutte des classes entre une aristocratie moribonde qui voit ses privilèges s'effriter sous l'œil anxieux du clergé qui voit également vaciller son éternité et d'une bourgeoisie politicienne naissante, avide mais suffisamment clairvoyante et tricheuse (Cf. les résultats truqués du plébiscite à Donnafugata) pour arriver à ses fins.
Sociologique, car à travers les personnages du roman, ce sont les postures des différentes couches sociales qui sont examinées : aristocrates terriens, aristocratie militaire, politiciens, haut clergé et clan des jésuites, petit peuple et serviteurs fidèles des seigneurs féodaux...
Dans le chapitre consacré au jésuite Pirrone, on découvre une Sicile pauvre en proie aux haines familiales et à la vengeance qui anime les générations. On mesure également l'habileté du jésuite à manipuler les uns et les autres, tandis que devant les Princes il se transforme en conseiller prudent.
Psychologique, Fabrizzio n'est pas un aristocrate lambda, il a une âme, il a un regard sur les événements et sur les êtres qui l'entourent qui n'appartient qu'à lui, il a pleine conscience de ce qui se passe, il décrypte les comportements des uns et des autres, il n'est pas dupe. Même en ce qui concerne, son neveu Tancredi, il le comprend, il l'encourage, mais il sait très bien qu'à terme le combat est perdu. Alors, il se tourne vers les étoiles et le monde de l'abstraction où enfin il peut jouir de sa solitude. Quant à son fils Paolo, à ses filles, ils les regardent avec distance et même avec dureté. Ils n'ont pas l'intelligence et l'habileté de Tancredi.
Historique enfin. Un roman historique comme le furent certains de ceux de Dumas, de Stendhal oude Victor Hugo. Pas vraiment semble t-il, certains d'entre nous oui contestent cette dimension historique au profit d'une approche plus politiquique. Lampedusa lui-même a affirmé dans une lettre à Laiolo qu'il ne s'agissait pas d'un roman historique : " Le protagoniste Don Fabrizio exprime complètement mes idées. Le Guépard est l’aristocratie vue de l’intérieur sans complaisances, mais aussi sans intentions narratives comme De Roberto." Une chose est certaine, l'Histoire n'est pas le sujet principal du roman, ellle en constitue le décor et le contexte.
Il ressort de nos débats, qu'il s'agit certainement d'un grand roman, ancré dans l'histoire d'une époque, à multiples entrées, empreint d'humour et de nostalgie et qui met en scène un personnage fascinant, le Prince de Salina, évoluant sur les terres d'une Sicile éternelle.



Tomasi di Lampedusa

vendredi 20 janvier 2012

NOTRE 13EME REUNION CHEZ MONSIEUR LE PRINCE

Monique a trouvé un restaurant pour nous accueillir le Vendredi 3 Février, il s'agit du

restaurant Monsieur le Prince
12 rue Monsieur le Prince
PARIS 6
Parking : Ecole de Médecine à 200m

Ci-dessous deux photos de l'intérieur.



mercredi 30 novembre 2011

LE CHOIX DU THEME DE NOTRE 13e REUNION

Le thème principal de la soirée était l'écrivain britannique Jonathan COE et plus particulièrement son roman le plus célèbre : "Testament à l'anglaise".
Autour de la table des "Amis de Messina", nous étions un peu moins nombreux que d'habitude, mais à l'évidence la passion pour les livres était bien palpable.

En premier lieu nous avons évoqué les thèmes possibles pour nos prochaines réunions. Un débat s'est engagé : fallait-il proposer uniquement des auteurs contemporains ou choisir de temps en temps des auteurs classiques. Une alternance a semblé recueillir la majorité des suffrages.
Pour la prochaine réunion, plusieurs auteurs ont été proposés lors d'un tour de table :
- Romain Gary/Emile Ajar
- Marguerite Duras
- Coetzee et Brink (littérature sud africaine)
- La littérature des Balkans à la suite des articles de Siècle 21.
- Albert Camus
- Stendhal
- Julien Gracq ...
En définitive, et sans doute parce que nous avions prévu de consacrer la 13ème réunion à la littérature italienne, nous avons choisi à une très grande majorité de nous consacrer à la lecture du roman "Le Guépard" de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.