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samedi 15 octobre 2016

31EME REUNION - BREF RESUME DE NOS DEBATS PAR GERARD


Avant d’entrer dans le  vif du sujet, précisons que plusieurs d’entre nous ne sont pas véritablement « entrés » dans Orlando : certains sont allés jusqu’au bout du livre, tandis que d’autres ont abandonné après quelques dizaines de pages. Les raisons invoquées sont diverses, elles ont trait au style narratif de Virginia Woolf, au contenu même du livre ou encore aux conditions de lecture. Il est vrai que l’environnement dans lequel on se trouve, la période de vie qui est la nôtre ou encore la disponibilité d’esprit du moment peuvent jouer un grand rôle dans le fait d’entrer ou non en symbiose avec un texte et/ou un écrivain.
Ceux qui ne sont pas entrés dans le roman, n’ont contesté ni le talent de Virginia Woolf, ni l’aspect novateur de son écriture, ils ont pour la plupart remis à plus tard une nouvelle lecture d’Orlando.

Une grande partie de notre groupe a réellement apprécié Orlando. Mais dans l’adhésion à l’œuvre on a pu constater plusieurs niveaux : il y a d’abord les inconditionnels de Virginia qui ont vu dans Orlando une invention narrative sur un mode léger, teinté d’humour, de complicité avec le lecteur et surtout de passion pour Vita d’une part, et pour la littérature d’autre part. il y a ceux qui ont aimé le livre, mais qui lui ont préféré Mrs. Dalloway, œuvre plus accomplie, plus travaillée dans laquelle Virginia Woolf donne la pleine mesure de son talent. Il y a enfin ceux qui ont été séduits par certains aspect de l’œuvre, notamment par les descriptions de paysages, d’atmosphères ou d’instants fugaces, mais qui ont aussi émis des critiques sur telle ou telle partie du roman, la fin notamment, ainsi que sur certaines longueurs.
Des premiers échanges ont eu pour thème différents épisodes de la vie de Virginia Woolf, chacun a pu apporter sa pierre à l’édifice.

S’agissant maintenant d’ »Orlando », plusieurs thèmes ont retenu notre attention et animé nos échanges :
-          Bien sûr le thème de la bissexualité et du transformisme. Ce thème a déjà été traité en littérature, mais nous avons quand même relevé l’audace dont a fait preuve Virginia en en 1927/1928 en mettant sous les projecteurs, dans le livre sa relation passionnée avec Vita Sackville West, une femme très attirante qui brillait de mille feux et qui elle-même écrivait.

-          Aussi  l’importance du temps et de sa perception. Le temps qui est une facette de ce qui périt avant de se renouveler. Plusieurs d’entre nous ont relevé dans le livre les différentes phases de sommeil d’Orlando souvent annoncé par des tintements de cloches

-          Le jeu des couleurs et le caractère impressionniste du roman, nous avons tous été séduits par la scène du dégel de Londres, scène admirable qui donne une idée du talent pictural de l’auteure

-          L’engagement pour le féminisme : à de multiples repris dans le livre est évoqué le positionnement des femmes dans la société, particulièrement à l’époque victorienne.

-          La folie, les symptômes bipolaires, l’irruption permanente de l’imaginaire dans le réel, les dépressions souvent liées à la mort d’êtres chers, sœur, mère, frère, père… et en définitive le suicide. Nous avons d’ailleurs cité dans nos débats le très beau film « The Hours » de Stephen Daldry, sorti en 2002, qui met en scène trois femmes vivant à des époques différentes, dont Virginia sombrant dans la folie, et qui gravitent autour de Mrs Dalloway et dont « The Hours » était le titre d’origine. Dans ce film la scène du suicide est particulièrement émouvante. La prestation des trois actrices est remarquable.

-          Nous avons aussi évoqué le style et la technique narrative de Virginia Woolf à travers Orlando, mais aussi à travers ses autres œuvres. Dans Orlando, nous avons relevé le caractère épique du roman dans les premiers chapitres et aussi le positionnement du narrateur-biographe qui entame des apartés avec le lecteur et le basculement dans les dernières pages du livre vers un monologue intérieur d’Orlando qui s’accompagne de la disparition du narrateur. Ce jeu du monologue intérieur qui apparaît souvent comme la « marque de fabrique » de Virginia a séduit plusieurs d’entre nous.

-          Parlant des grands écrivains nous avons établi des ponts entre Virginia Woolf :

o   et Henry James (dont un livre au moins a été publié par Virginia et son mari) qui a fait récemment l’objet d’une de nos réunions avec « Le motif dans le tapis » (1896),

o   et James Joyce dont le livre le plus célèbre « Ulysse » (1918), relate les pérégrinations de Leopold Bloom et Stephen Dedalus, à travers la ville de Dublin lors d'une journée ordinaire entre 8h du matin et 3h de la nuit suivante ; cet auteur totalement novateur recours à un procédé narratif qu’on a coutume d’appeler  le courant de conscience, technique qui consiste à décrire le point de vue du personnage en projetant au premier plan les pensées qui viennent à l’esprit de ce dernier, sans  suite logique. Virginia Woolf a vertement critiqué « Ulysses », dans son Journal, « un dévidoir d’indécences », « grossier », « le livre d’un manœuvre autodidacte » (16 août 1922) et elle a refusé de le publier chez Hogarth Press la maison d’édition dont elle était propriétaire avec son mari.

o   et Marcel Proust, dont l’écriture présente de nombreux points communs avec celle de Virginia Woolf, en particulier sur les problèmes de la durée romanesque et le souci d'une forme d'art qui puisse "redessiner", recréer le monde discontinu de la vie. » (in blog  http://republique-des-lettres.fr/virginia-woolf-0000.php)


Nul doute que bien d’autres thèmes ont été abordés lors de cette soirée, malheureusement les notes manuscrites me font défaut, si vous avez des ajouts à effectuer n’hésitez pas à me contacter.

31 EME REUNION - QUELQUES MOTS SUR LA VIE DE VIRGINIA WOOLF PAR GERARD


La famille et l’enfance

Virginia Woolf est née à Londres le 25 janvier 1882, dans une maison située 22 Hyde Park Gate à Kensington.

Son père Leslie Stephen était entre autres lui-même écrivain et éditeur. Il s’est marié une première fois avec la fille ainée de l’écrivain Thackeray. C’était également un alpiniste d’une grande renommée. Il écrivit des ouvrages précisément sur l’alpinisme, mais aussi sur l’histoire de la pensée, ainsi que des biographies. De ce premier mariage Leslie aura eu une fille, Laura, handicapée mentale qui sera internée en 1891.

Sa mère, Julia Jackson, de son nom de jeune fille, a également été mariée une première fois avec  Herbert Duckworth un avocat londonien réputé, dont elle eut trois enfants : Georges qui deviendra secrétaire de Chamberlain (1868), Stella (1869) et Gerald qui fondera une maison d’édition réputée.(1870).

Quatre enfants naîtront du mariage de Leslie et Julia : Vanessa (1879), Thoby (1880), Virginia (1882) et Adrian(1883).

Pour mémoire :

-          Vanessa deviendra un peintre réputé connue sous le nom de Vanessa Bell. En 1907, elle épouse Clive Bell, avec qui elle a rapidement deux fils, le poète Julian Bell et le peintre et critique d'art Quentin Bell. Membre du Bloomsbury Group, comme Vanessa.

 

-          Thoby, meurt de la typhoïde à 26 ans. Il a lui aussi été membre du Bloomsbury Group




-          Adrian, fut écrivain et psychanalyste et médecin, lui aussi appartint au Bloomsbury Group

Julia meurt de la grippe en 1895, Virginia a alors 13 ans. La maison d’été de St Ives, Talland House est vendue et Virginia tombe en dépression : « L’effet de la mort sur ceux qui survivent au défunt est toujours étrange et souvent terrible en ce qu’il cause comme dégâts sur les désirs innocents de ces derniers ».
Stella meurt le 17 juillet 1897 d’une péritonite, juste après son mariage. Pour Virginia c’est le début de 7 années de malheur.
Son père, Leslie décède le 22 février 1904 après des mois de souffrance.

Ces disparitions troublent profondément Virginia. Elle connaîtra des dépressions à répétition.

Que dire de l’enfance de Virginia sinon qu’elle se passa dans une maison d’un quartier chic de Londres, au milieu de ses frères et sœurs et dans un milieu on l’aura compris très intellectuel. Virginia sera élevée dans cette maison où elle aura accès à une magnifique bibliothèque qui l’amènera très vite à plonger dans les œuvres des grands écrivains, mais elle n'aura pas droit aux même études que ses frères. Ce qui dès cette époque lui donnera une sensibilité très féministe

Quelques mots sur le Bloomsbury Group.
Après le décès de Leslie Stephen, toute la famille part habiter au 46 Gordon Square dans le quartier de Bloomsbury. C’est à cette adresse que se réunira pour la première fois un groupe d’intellectuels ayant pour noyau les frères et sœurs Stephen, dès 1910. Virginia a alors 28 ans.
Le Groupe de Bloomsbury provenait essentiellement de familles où les professions exercées entrainaient l appartenance aux couches supérieures de la classe moyenne.

Si quelques-uns — Forster, Virginia Woolf et Vanessa Bell — disposaient de revenus qui assuraient leur indépendance, d'autres, comme Lytton Strachey, Leonard Woolf, les MacCarthy, Duncan Grant et Roger Fry, avaient besoin de travailler pour vivre. Clive Bell quant à lui était assez fortuné.


Un point commun, les études à Cambridge

Hormis Duncan Grant, tous les membres masculins du Bloomsbury des débuts étaient passés par Cambridge. C'est à Trinity College qu'en 1899 Lytton Strachey, Leonard Woolf, Saxon Sydney-Turner et Clive Bell étaient devenus de grands amis de Thoby, lequel les présenta à Londres à ses sœurs Vanessa et Virginia ; c'est ainsi que le groupe de Bloomsbury vit le jour.

Le Bloomsbury Group, une « nébuleuse insaisissable» de talents avant la guerre de1914-1918. « Il n’était rien qu’on ne peut dire, rien qu’on ne put faire au 46 Gordon Square » écrira Virginia.

Les Apostles

Tous les anciens de Cambridge, mis à part Clive Bell et les frères Stephen, étaient membres d'une société secrète réunissant des étudiants du premier cycle et connue sous le nom de «Cambridge Apostles» ; c'est là qu'ils rencontrèrent leurs aînés, comme MacCarthy et Roger Fry aussi bien que E. M. Forster et J. M. Keynes, qui tous venaient de Kings College.

Par l'intermédiaire des « Apostles », les membres de Bloomsbury rencontrèrent également des philosophes comme G. E. Moore et Bertrand Russell, qui devaient révolutionner la philosophie britannique au tournant du siècle.

En Economie et en philosophie, une influence mutuelle s'exerça durablement entre cinq des plus illustres Apostles : l'économiste John Maynard Keynes d'une part, et d'autre part les quatre grands philosophes, Wittgenstein, Whitehead, Moore et Bertrand Russell. Là encore, des liens annexes avec le groupe de Bloomsbury semblent avoir été très étroits.


Le canular du Dreadnought

Il  s’agit d’une grosse farce organisée par Horace de Vere Cole en 1910. Cole réussit à tromper la Royal Navy, qui fit visiter le navire amiral de la flotte, le HMS Dreadnought, à une délégation de la famille royale d'Abyssinie.
 


le HMS Dreadnought
 
Le 10 février 1910, Cole fit envoyer par un complice un télégramme au HMS Dreadnought. indiquant que le navire devait se tenir prêt à recevoir la visite de princes abyssins et il était signé (faussement bien sûr) par le sous-secrétaire au Foreign Office, sir Charles Harding. Le contenu (traduit) était le suivant : « Prince Makalen d’Abyssinie avec suite arrive à Weymouth 16 h 20. Désire voir Dreadnought. Désolé improviste. Oublié télégraphier avant. Interprète accompagne. »
Cole avec son entourage se rendit à la gare de Paddington ; là il affirma qu'il était « Herbert Cholmondeley » du Foreign Office et il exigea un train spécial pour Weymouth. Le chef de gare mit à sa disposition une personne habituée à recevoir les hautes personnalités. A Weymouth, la marine accueillit les princes avec une garde d'honneur. Malheureusement, personne n'avait trouvé un drapeau abyssin, si bien que la Royal Navy se résolut à utiliser celui de Zanzibar et à jouer l'hymne national zanzibarien. Les illustres visiteurs ne parurent pas s'en apercevoir.
Les membres de la délégation inspectèrent la flotte. Ils distribuèrent des papiers imprimés en swahili et se parlèrent entre eux en latin de cuisine. Pour montrer leur admiration, ils lançaient à haute voix des mots qu'ils inventaient. C'est notamment la première apparition attesté du terme « bunga bunga»[]. Ils demandèrent des tapis d prières et distribuèrent de fausses décorations militaires à certains officiers. Un officier qui connaissait à la fois Cole et Virginia Stephen manqua de peu de reconnaître un des deux, peut-être parce qu'il avait entendu le fort accent allemand de l'interprète, mais il se contenta de se demander, inquiet, si un espion allemand n'était pas monté à bord. Quand ils furent revenus dans le train, Anthony Buxton éternua, ce qui fit s'envoler ses fausses moustaches, mais il réussit à les remettre avant que ce fût remarqué. Cole déclara au chef de train que ce dernier ne pourrait servir à déjeuner à la famille royale que s'il portait des gants blancs. C'était, bien sûr, pour éviter tout problème avec le maquillage.



De retour à Londres, ils révélèrent la ruse en envoyant une lettre et une photo du groupe au Daily Mirror. Ridiculisée pendant un court moment, la Royal Navy exigea l'arrestation de Cole. Cependant, Cole et ses complices n'avaient enfreint aucune loi. La Marine envoya deux officiers pour bâtonner Cole en punition, mais ce dernier fit valoir que c'étaient eux qui auraient dû recevoir des coups de bâton pour s'être laissé tromper les premiers.

La dissolution du groupe

Thoby qui avait joué un rôle essentiel dans les débuts du Bloomsbury Group grâce à ses condisciples de Cambridge, meurt de la fièvre typhoïde en 1906 et Vanessa se marie avec Clive Bell, donnant naissance ensuite à Julian Bell. Virginia et son frère Adrian emménagent 29 Fitzroy Place.

Le mariage avec Leonard et les grandes œuvres littéraires

Virginia se marie avec Leonard Woolf, membre du Bloomsbury Group le 10 août 1912, elle a alors 30 ans. Une polémique récente, à  la suite de la biographie de Viviane Forrester, est née sur l'antisémitisme de Virginia. Il ne faut pas oublier que son mari est juif, mais elle a conscience d'avoir elle-même hérité d'un antisémitisme de classe.
 
En 1913, elle est victime d’une grave dépression, elle entend les corneilles chanter en grec !

1915 – Virginia et son mari s’installent à Hogarth House à Richmond dans la banlieue sud ouest de LONDRES pour 9 ans. Elle commence à écrire son journal.

1917 - juillet droit de vote pour les femmes

1922 - La chambre de Jacob. Rencontre avec Vita Sackville-West qui servira de modèle à Orlando. Expression de l’amour de Virginia pour Vita.

1925 - Publication de Mrs Dalloway

1927 - "Vers le Phare" parait

1928 - C'est le tour d'"Orlando"

1929 - "Une chambre à soi", essai sur le féminisme

1931 - "Les Vagues"

1932 - "Flush" (chien)

1935 - Virginia et son mari découvrent l’Allemagne nazie

1937 - "Les Années", roman

1938 - "Trois guinées", essai

1939 - "Instants de vie" – Un dessin est caché dans l’ouate

1940 - Bombardement de Londres

1941 - Suicide de Virginia dans la rivière Ouse

31 EME REUNION - PRESENTATION D'ORLANDO PAR GERARD



Orlando se présente comme un conte fantastique et historique. Fantastique parce qu'il survole plusieurs époques en s'affranchissant  du temps et historique, pare qu'il se nourrit de personnages politiques ou littéraires ayant réellement existé. 
Mais le narrateur soi-même, à la page 65 de l’édition de Poche, estime qu'il est biographe.

Le roman est construit à partir de certains événements de la vie de Vita Sackville-West. Cette dernière trouvera dans Orlando à la fois un fabuleux poème se nourrissant de la relation amoureuse entre les deux femmes et un récit totalement novateur marquant une véritable rupture avec les techniques narratives de l’époque.

« Toute personne désirant se vouer à l’écriture d’un roman devrait lire Orlando en réfléchissant à toute la force créatrice de la vie que doit apporter la création littéraire. J’insiste sur le verbe « devoir », car les livres de Virginia Woolf respirent la nécessité intrinsèque d’exister. Ces textes devaient être écrits, imprimés, lus et ressentis, et défendus pour être de nouveau imprimés, lus et ressentis. Tout auteur qui respecte le geste d’écrire doit rédiger avec l’encre de cette nécessité, plus forte que le silence. » Richard Dalla Rosa (http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/virginia-woolf/review/1799184-n-ayons-pas-peur-de-virginia-woolf)
 Photo de VITA-ORLANDO
·       Chapitre  1 : les fastes de la Cour et la passion amoureuse

L'intrigue débute au XVIème siècle. Orlando est un adolescent, aristocrate qui bénéficie des largesses de la reine Elizabeth 1er, dernière de la dynastie des Tudor (1558-1603), en contrepartie de ses bienveillants respects. La reine lui donne des terres, des maisons. C’est à la fois la période de l’innocence des origines et de la sérénité.

Lors du grand gel qui s'abat sur l'Angleterre durant le règne de Jacques Ier et qui donne lieu à un extraordinaire tableau brossé par l’auteure, Orlando tombe éperdument amoureux d'une princesse russe : Sacha (prénom pour le moins ambigu) Il connaît alors les fulgurances d’une passion dévorant, avec tous ses éclairs de bonheur indicible, mais aussi ses gouffres insondables. La jeune princesse tant aimée le trahit subitement en s’enfuyant sur un navire avec un beau marin. Trahison, terrible déception.

·       Chapitre 2 : désenchantement et amour de la littérature

, banni de la Cour et en grande disgrâce se retire dans sa grande maison, à la campagne. Il y vit en totale solitude. Un matin il ne se réveille pas de son sommeil, signe d’une mutation intérieure. Il tombe ensuite malade. Cette maladie qui le mine n’est rien d’autre que l’amour de la littérature. Ici, Orlando c’est Virginia. Il se consacre à la poésie (premières tentatives de reprendre Le Chêne qu’il commença à composer dès 1586).

Vient ensuite à sa rencontre un personnage très curieux et que l’on  retrouvera à une autre époque. Il s’agit de Nick Greene, sorte de critique littéraire ridicule et infatué de lui-même grâce auquel Virginia nous plongeons dans la période littéraire des Elisabéthains avec Shakespeare, Ben Jonson, Marlowe, Greene et Fletcher. Et Greene de critiquer avec sévérité et condescendance : « L’âge d’or de la littérature est fini ; l’âge d’or de la littérature c’était l’âge grec. Les Elisabéthains étaient inférieurs aux Grecs à tout point de vue » énonce-t-il p.613

Orlando rencontre ensuite l’archiduchesse Harriet Griselda de Finster Aarhorn et Scand op Boom et leur relation plutôt fuyante donne lieu à des scènes humoristiques. Plus loin dans le roman, ladite archiduchesse deviendra l’archiduc Harry, confortant ainsi le thème central du livre, l’androgynie et la bissexualité.

Orlando cherche à fuir cette archiduchesse qui envahit sa vie et il demande au roi Charles II de l’envoyer à Constantinople comme ambassadeur extraordinaire.




·       Chapitre 3 : Constantinople et la transformation

Ambassade mouvementée, toute en magnificence et en fêtes.

L’auteur décrit le charme d’Orlando : «C’est un mystérieux pouvoir où entrent la beauté, la naissance et un don plus rare : appelons ça le charme sans chercher plus loin. « Un million de chandelles » comme l’avait dit Sasha, brûlaient en lui et sans qu’il dût se préoccuper d’en allumer une seule… Il devint le dieu de bien des femmes et de quelques hommes. »

Le mariage illégitime, mais attesté par un écrit avec la danseuse bohémienne Rosita Lolita suivi d’une insurrection locale contemporaine d’une longue phase de sommeil, de léthargie, déclenchée lors de la supposée et incertaine nuit de noces, débouche sur la métamorphose d’Orlando en femme.

« Et, là-dessus Orlando s’éveille.

Il s’étire, il se lève. Il apparaît totalement nu à no yeux et, tandis que les trompettes clament « la Vérité ! la Vérité ! », force nous est de l’avouer, il est devenu femme. »

Orlando, femme, part avec les Bohémiens et vit avec eux.

Elle éprouve à nouveau le besoin d’écrire. L’incompatibilité entre les deux cultures, britannique et bohémienne fait qu’Orlando quitte ceux-ci.


Chapitre 4 : retour au pays

Orlando-femme retourne alors en Angleterre au moment où s'éveille le XVIIIème siècle.

Enfin vêtue en femme après avoir porté des vêtements asexués et ambivalents au cours de sa vie errante tzigane, elle découvre la différence des rapports masculin-féminin, les clefs de la séduction et des artifices de la femme (par exemple les mouches), la condition inférieure de son sexe et les pesanteurs sociales.

Nous sommes passés au début du XVIIIe siècle, à la fin du règne d’Anne (1702-1714) et Virginia Woolf en profite pour placer la rencontre d’Orlando avec les écrivains importants Pope, Swift et Addison.

Orlando est une femme en procès, spoliée, dépossédée de ses droits et de ses titres. Elle se trouve, dans ses errances en habit d’homme, confrontée aux femmes de condition modeste, aux prostituées.




Chapitre 5: le XIXe siècle

Très beau passage : mise en parallèle de la tombée de la nuit, du changement de journée via les douze coups de minuit, et du passage d’un siècle (le XVIIIe) à l’autre. Virginia Woolf met cette accélération du temps à profit pour développer son aversion pour l’époque victorienne qu’elle juge ténébreuse.

Voici un extrait de ce formidable morceau de littérature :

«  L’humidité pénétra à fond. Le froid gagna le cœur des hommes, l’humidité leur monta à la tête. Dans un effort désespéré pour donner à leurs sentiments un nid plus chaud, ils essayèrent de tous les moyens, tour à tour. On emmaillota l’amour, la naissance et la mort dans de multiples belles phrases. Les sexes s’éloignèrent de plus en plus l’un de l’autre. On ne toléra plus la moindre discussion ouverte. Dans chaque camp on pratiqua assidûment la dissimulation et l’échappatoire. Aux orgies de lierre et de verdure dans le sol détrempé de l’extérieur, correspondait une fécondité équivalente à l’intérieur. L’existence de la femme moyenne était une succession de grossesses. Elle se mariait à dix-neuf ans et, à trente ans, elle avait quinze ou dix-huit enfants ; car les jumeaux abondaient. C’est ainsi que naquit l’Empire britannique. Ainsi, (car on n’arrête pas l’humidité : elle s’introduit dans l’encrier tout comme dans les boiseries) les phrases gonflèrent, les adjectifs se multiplièrent, les sonnets devinrent des épopées et les petits essais, ces fantaisies longues d’une colonne, furent désormais des encyclopédies en dix ou vingt volumes. » p. 223

Orlando, par une sorte de refus, se réfugie dans l’espace privé de sa vieille demeure de Blackfriars, où elle se replonge dans l’écriture du poème Le Chêne.

Elle critique très sévèrement cette époque où le rôle réservé aux femmes est tout simplement révoltant.

Orlando rencontre subitement Marmaduke Bonthrop Shelmerdine, sorte d’aventurier des mers et d’explorateur.

« Le cheval était presque sur elle. Elle se redressa. Au-dessus d’elle, elle vit une ombre qui se détachait sur le ciel strié de jaune de l’aurore, dans un envol de vanneaux : c’était un homme à cheval. Il sursauta. Le cheval s’arrêta.

« Madame ! » s’écria l’homme en sautant à terre, « vous êtes blessée ! »

« Monsieur, je suis morte ! » répondit-elle.

Quelques minutes plus tard, ils étaient fiancés. » p. 242

Orlando a rencontré celui qu’elle attendait, elle ne peut s’épanouir qu’avec un être du même acabit. Chaque trait de caractère étant précisément attribué à un sexe au XXe siècle encore, sa sensibilité et la fantaisie de son esprit le rapproche en effet des femmes. Dans cette union se lit en filigrane l’amour véritable de Virginia Woolf pour Vita Sackville West.

Le chapitre 5 s’achève sur la scène des noces.

Chapitre 6 : le XXème siècle

Orlando habite maintenant à Mayfair, après Blackfriars, lorsqu’elle retrouve Nick Greene, qui, par esprit de contradiction, encense désormais les grands écrivains élisabéthains pour mieux rejeter les poètes et écrivains les plus célébrés du milieu du XIXe siècle, à savoir Tennyson, Browning et Carlyle

L’histoire nous emmène de manière rapide à la date du jeudi 11 octobre 1928. L’on passe en quelques lignes de Victoria au XXe siècle, via une brève évocation du règne d’Edouard VII. Orlando est maintenant un écrivain primé, reconnu pour Le Chêne, une poétesse émancipée ;

Orlando revient dans sa grande maison  encore habitée par les ombres, les illusions des siècles qu’elle a traversés, où le moindre objet et ustensile s’est imprégné des traces des personnages illustres qu’elle connut, en successions fugitives de fragments de scènes se télescopant dans sa mémoire, avec cette extraordinaire mise en perspective, en plans de plus en plus distants, éloignés dans le temps, jusqu’à ce mystérieux moine, spectre le plus lointain (remonterait-il à Chaucer ?). Tout finit par s’évanouir, galerie et personnages, sous les coups d’une horloge.
Le roman s’achève par la perception et l’évocation nocturne de paysages et d’autres fantômes du passé, jusqu’à ce que le vol de l’avion ramène Orlando en 1928 alors que minuit sonne.


Le style

Le texte est baroque, excessif, d’un excès assumé, presque surréaliste, par l’accumulation labyrinthique des détails égarant les lecteurs peu accoutumés à ce style.

C’est un immense poème symphonique ramassé, condensé, où la prolifération est rendue nécessaire par la volonté de Virginia Woolf de ne pas s’étendre sur des volumes entiers.

L’écriture ressemble à une promenade à travers les âges, comme souvent chez l’auteure qui délaisse l’action conventionnelle au profit des déambulations physiques et psychologiques d’Orlando.

La narration est de facture relativement classique dans la première partie de l’œuvre.

Dans les derniers chapitres on retrouve le monologue intérieur cher à l’auteur.

Orlando exprime sa propre voix, et prend le pas sur le narrateur à la fin du livre.


La liberté de l’écriture

Une immense variété de styles et de tons dans ce livre. C’est comme si le roman retraçait le cours de l’histoire de la littérature, à laquelle Virginia Woolf a consacré plusieurs articles réunis dans son Art du roman.




Le temps

Orlando est l’expression littéraire de la relativité. Le calendrier, le marquage des heures, le passage des époques, par une translation accélérée, la présence des horloges sonnantes, sont des motifs obsédants, presque permanents dans le livre sur lequel rode une odeur de mort omniprésente. L’heure de minuit, que l’on prétend fatidique, en leitmotiv, est chaque fois celle des événements importants émaillant le récit, jusqu’à sa conclusion.

Il y a de nombreux passages dans le livre qui évoquent le temps et son élasticité.
" Malheureusement le temps, qui apporte aux animaux et aux légumes épanouissement et déclin avec une ponctualité étonnante, n'a pas un effet aussi simple sur l'esprit humain. De plus, l'esprit humain métamorphose avec une égale bizarrerie le corps du temps. Une heure, dès qu'elle s'abrite dans le curieux habitacle de l'esprit humain peut s'allonger jusqu'à durer cinquante ou cent fois ce qu'indique l'horloge; par ailleurs une seconde peut suffire pour représenter avec précision une heure à la pendule que nous avons dans la tête. On ne connaît pas assez ce décalage extraordinaire entre le temps de l'horloge et le temps de l'esprit; il mériterait une enquête approfondie." p. 98. Bref, Virginia nous fait du Bergson ("Les données immédiates de la conscience" thèse de doctorat 1889).

vendredi 14 octobre 2016

QUELQUES CLICHES DE NOTRE AUGUSTE ASSEMBLEE SIGNES JOSEPH


La soirée commence par un condensé biographique de Virginia Woolf



Chacun a l'occasion de donner son point de vue sur Orlando.


Certains ont aimé, d'autres ont eu du mal à entrer dans le roman.


Monique parle de Mrs Dalloway.


Joseph repère les meilleurs angles...


Pendant que d'autres convives cherchent à pénétrer les secrets de la technique narrative de Virginia, du moins c'est ce qu'on pourrait croire !


Là on parle de l'empereur de Russie et du cadeau qu'il a fait au grand-père de Jean Bernard... au CREUSOT !!!