Avant d’entrer dans le
vif du sujet, précisons que plusieurs d’entre nous ne sont pas
véritablement « entrés » dans Orlando : certains sont allés jusqu’au
bout du livre, tandis que d’autres ont abandonné après quelques dizaines de
pages. Les raisons invoquées sont diverses, elles ont trait au style narratif de
Virginia Woolf, au contenu même du livre ou encore aux conditions de lecture.
Il est vrai que l’environnement dans lequel on se trouve, la période de vie qui
est la nôtre ou encore la disponibilité d’esprit du moment peuvent jouer un
grand rôle dans le fait d’entrer ou non en symbiose avec un texte et/ou un
écrivain.
Ceux qui ne sont pas entrés dans le roman, n’ont contesté ni
le talent de Virginia Woolf, ni l’aspect novateur de son écriture, ils ont pour
la plupart remis à plus tard une nouvelle lecture d’Orlando.
Une grande partie de notre groupe a réellement apprécié
Orlando. Mais dans l’adhésion à l’œuvre on a pu constater plusieurs niveaux :
il y a d’abord les inconditionnels de Virginia qui ont vu dans Orlando une
invention narrative sur un mode léger, teinté d’humour, de complicité avec le lecteur et surtout de passion pour Vita
d’une part, et pour la littérature d’autre part. il y a ceux qui ont aimé le
livre, mais qui lui ont préféré Mrs. Dalloway, œuvre plus accomplie, plus
travaillée dans laquelle Virginia Woolf donne la pleine mesure de son talent.
Il y a enfin ceux qui ont été séduits par certains aspect de l’œuvre, notamment
par les descriptions de paysages, d’atmosphères ou d’instants fugaces, mais qui
ont aussi émis des critiques sur telle ou telle partie du roman, la fin notamment, ainsi que sur certaines
longueurs.
Des premiers échanges ont eu pour thème différents épisodes
de la vie de Virginia Woolf, chacun a pu apporter sa pierre à l’édifice.
S’agissant maintenant d’ »Orlando », plusieurs
thèmes ont retenu notre attention et animé nos échanges :
-
Bien sûr le thème de la bissexualité et du transformisme. Ce thème a déjà été traité en littérature,
mais nous avons quand même relevé l’audace dont a fait preuve Virginia en en
1927/1928 en mettant sous les projecteurs, dans le livre sa relation passionnée
avec Vita Sackville West, une femme très attirante qui brillait de mille feux
et qui elle-même écrivait.
-
Aussi l’importance du temps et de sa perception.
Le temps qui est une facette de ce qui périt avant de se renouveler. Plusieurs
d’entre nous ont relevé dans le livre les différentes phases de sommeil d’Orlando
souvent annoncé par des tintements de cloches
-
Le jeu
des couleurs et le caractère impressionniste du roman, nous avons tous été
séduits par la scène du dégel de Londres, scène admirable qui donne une idée du
talent pictural de l’auteure
-
L’engagement
pour le féminisme : à de multiples repris dans le livre est évoqué le positionnement
des femmes dans la société, particulièrement à l’époque victorienne.
-
La folie,
les symptômes bipolaires, l’irruption permanente de l’imaginaire dans le réel,
les dépressions souvent liées à la mort d’êtres chers, sœur, mère, frère, père…
et en définitive le suicide. Nous avons d’ailleurs cité dans nos débats le très
beau film « The Hours » de Stephen Daldry, sorti en 2002, qui met en
scène trois femmes vivant à des époques différentes, dont Virginia sombrant
dans la folie, et qui gravitent autour de Mrs Dalloway et dont « The Hours »
était le titre d’origine. Dans ce film la scène du suicide est particulièrement
émouvante. La prestation des trois actrices est remarquable.
-
Nous avons aussi évoqué le style et la technique narrative de Virginia Woolf à travers Orlando,
mais aussi à travers ses autres œuvres. Dans Orlando, nous avons relevé le caractère
épique du roman dans les premiers chapitres et aussi le positionnement du
narrateur-biographe qui entame des apartés avec le lecteur et le basculement dans
les dernières pages du livre vers un monologue intérieur d’Orlando qui s’accompagne
de la disparition du narrateur. Ce jeu du monologue intérieur qui apparaît
souvent comme la « marque de fabrique » de Virginia a séduit
plusieurs d’entre nous.
-
Parlant des grands écrivains nous avons établi
des ponts entre Virginia Woolf :
o
et Henry
James (dont un livre au moins a été publié par Virginia et son mari) qui a
fait récemment l’objet d’une de nos réunions avec « Le motif dans le tapis »
(1896),
o
et James
Joyce dont le livre le plus célèbre « Ulysse » (1918), relate les
pérégrinations de Leopold Bloom et Stephen Dedalus, à travers la ville de
Dublin lors d'une journée ordinaire entre 8h du matin et 3h de la nuit suivante ;
cet auteur totalement novateur recours à un procédé narratif qu’on a coutume d’appeler
le courant de conscience, technique qui
consiste à décrire le point de vue du personnage en projetant au premier plan les
pensées qui viennent à l’esprit de ce dernier, sans suite logique. Virginia Woolf a vertement
critiqué « Ulysses », dans son Journal, « un dévidoir
d’indécences », « grossier », « le livre d’un
manœuvre autodidacte » (16 août 1922) et elle a refusé de le
publier chez Hogarth Press la maison d’édition dont elle était propriétaire
avec son mari.
o
et Marcel Proust, dont l’écriture présente
de nombreux points communs avec celle de Virginia Woolf, en particulier sur les problèmes de la durée romanesque et le souci
d'une forme d'art qui puisse "redessiner", recréer le monde
discontinu de la vie. » (in blog http://republique-des-lettres.fr/virginia-woolf-0000.php)
Nul doute que bien d’autres thèmes ont été abordés lors de cette soirée, malheureusement les notes manuscrites me font défaut, si vous avez des ajouts à effectuer n’hésitez pas à me contacter.









