Rédacteur : Jean-Bernard Véron
1-
Introduction
La réunion du Square Littéraire de ce jour
a mis l’accent sur une écrivaine française et un de ses ouvrages.
La personne
en question est la dénommée Colette, Sidonie-Gabrièle Colette de son vrai nom. Laquelle
a été retenue, car l’année 2023 est le
cent cinquantième anniversaire de sa date de naissance
Quant à l’ouvrage, il a pour titre Le blé en herbe.
Colette et l’ouvrage en question ont fait l’objet d’une présentation*, dont il convient de souligner tant le choix d’une approche multiforme que la minutie remarquablement détaillée de la dite présentation.
Ensuite, ainsi qu’il est de coutume lors des réunions du Square, ce qui fait d’ailleurs son intérêt, les participants prirent la parole.
Enfin, chacun de ceux-ci a indiqué quels
avaient été ses coups de cœur depuis la dernière réunion du Square.
2- Colette
Le parcours de vie de Colette, ainsi que sa production littéraire sont d’une richesse et d’une diversité que l’on ne soulignera jamais assez.
En ce qui concerne ce parcours, deux points méritent d’être soulignés.
Le premier est sa vie de femme. Une femme
qui s’est mariée à trois reprises et a eu nombre de liaisons amoureuses, le
plus souvent avec des hommes, mais pas uniquement. Il est d’ailleurs
intéressant de noter que certaines de ces relations, donc bien réelles, ont en
quelque sorte enfantée des personnages et des histoires dans les ouvrages de Colette. Tel est par
exemple le cas de la Dame en Blanc qui, dans Le blé en herbe, a une relation sexuelle avec le dénommé Philippe,
nettement plus jeune qu’elle. Or, dans la réalité, tel fut le cas de Colette
avec un garçon lui aussi beaucoup plus jeune qu’elle.
Ce à quoi s’ajoute cette même diversité dans ce que l’on pourrait qualifier de parcours d’écriture. Ainsi, pour reprendre l’exemple du Blé en herbe, l’ouvrage a connu trois vies, d’abord au théâtre, puis en feuilleton dans un journal, Le Matin, et enfin sous forme de livre.
Le second point est la richesse de ses écrits.
En effet ses œuvres, hors ses correspondances qui ont fait l’objet d’une
publication, sont au nombre de vingt-deux telles qu’elles figurent dans les
quatre volumes de la Pléiade consacrés à Colette pour ce qui est de ses œuvres
majeures.
Et ce au cours des cinquante années de production, qui vont de la série des Claudine entamée en 1900, quand elle avait 27 ans, jusqu’à O.C., son dernier ouvrage, qui fut publié en 1950, donc quatre ans avant son décès.
3 - Le blé en herbe
Deux personnages sont au cœur de cet ouvrage. Il s’agit de Philippe, un garçon et de Vinca, une fille. De vacances en vacances, de l’enfance jusqu’à l’adolescence sur les franges de l’âge adulte, ils se retrouvent chaque année et le passage du temps tisse entre eux des liens si forts qu’il ne serait pas déraisonnable de penser qu’ils pourraient un jour les conduire jusqu’au mariage.
Oui mais, l’adolescence fonctionne comme une période intermédiaire entre ces deux étapes de la vie que sont l’enfance et l’âge adulte. Période qui voit naître non seulement l’amour, mais également l’impérieux besoin de , pour laquelle tous deux sont disponibles.
C’est alors qu’un troisième personnage se glisse dans le récit, Madame Dalleray, la dénommée Dame Blanche, grande consommatrice de jeunes hommes. Elle veut Philippe et elle l’obtient pour cette raison que ce dernier a faim d’un autre corps en raison de son appétit pour ce qu’une femme peut offrir à un homme dans le domaine du sexe.
S’agissant de la relation entre Vinca et Philippe, ils ne sont pas mariés et on ne saurait donc formellement employer le terme d’adultère pour qualifier la liaison entre celui-ci et la Dame Blanche. Néanmoins, la dite liaison, que Vinca découvre rapidement, est vécue comme telle, notamment par la jeune fille qui se sent trahie par celui qui pourrait être son amoureux.
In fine malgré cet incident de parcours qu’arpentent ensembles Philippe et Vinca, malgré la blessure que cette trahison a creusé chez la jeune fille ainsi que la gêne que ressent plus ou moins le jeune homme, il est presque évident qu’ils ne se détourneront pas l’un de l’autre. Et que la damer Blanche passe aux abonnés absents.
3- Opinion personnelle
Dans l’ensemble, les participants à cette réunion du Square ont plutôt apprécié cet ouvrage.
Pour ma part, j’ai une appréciation plus
nuancée. Certes il est vrai que la thématique du basculement de l’enfance vers
l’adolescence n’est pas inintéressante et que Colette la déroule d’une façon
assez originale. Tout particulièrement en ce qui concerne le personnage de
Vinca, habilement mise en scène dans ce qu’elle dit et ce qu’elle fait.
En revanche, les outils et procédés
narratifs utilisés, qu’il s’agisse des réflexions, des échanges verbaux, de l’usage
de la voix off par la narratrice, viennent parfois perturber le récit. Ceci
résulte notamment, et assez paradoxalement, de la richesse et de la diversité
du vocabulaire employé. Au point que l’attention du lecteur est parfois aspirée
par la forme mise en œuvre, aux dépens du fond de l’histoire.