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mercredi 10 juin 2009

MICHEL LEBRUN NOUS A PARLE DE LEON WERTH


En attendant que Michel nous adresse quelques lignes sur cet écrivain dont il nous a fait un portrait élogieux, voici quelques mots de son éditeur et une photo de lui en noir et blanc.

"Léon Werth est né à Remiremont en 1878. L’indépendance d’esprit que manifestent ses ouvrages – un antimilitarisme virulent dans Clavel soldat, paru en 1919, ou un anticolonialisme peu à la mode en 1926, quand sort Cochinchine − suscite toujours de vives polémiques. Ce refus des partis – très tôt il dénonce l’imposture stalinienne alors qu’il est considéré comme un homme de gauche – effraie les éditeurs qui craignent que « cet indépendant farouche » ne soit pas défendu par la presse.
En 1931, chez des amis, il rencontre Saint-Exupéry. Les deux hommes que tout semble séparer deviennent de très grands amis. Et en 1943 « Tonio » lui dédiera Le Petit Prince. Léon Werth est mort à Paris le 13 décembre 1955.

L'œuvre de Werth était restée trop confidentielle, que ce soient ses romans, ses récits ou ses écrits sur l'art. Les Éditions Viviane Hamy s'efforcent de faire découvrir cet écrivain injustement méconnu en rééditant ses livres et en publiant ses inédits.
"



Léon WERTH
Quelques extraits de presse :
« Je découvre un écrivain inexplicablement exclu de nos mémoires. »
Jean Lacouture

« On n’arrête pas de découvrir, ou de redécouvrir, Léon Werth, et c’est chaque fois aussi réjouissant. Décidément, l’auteur de Déposition – Journal 1940-1944 est un visionnaire hors du commun. Il décortique l’état des choses, il transperce les apparences pour mettre à nu cette réalité qui le blesse. Ici, il ressent déjà ce que l’Europe coloniale peut porter comme poison. Et ce magnifique prosateur voyage comme il écrit, avec grâce. »
André Rollin, Le Canard enchaîné

« Quand il se rend en Cochinchine, en 1925, Léon Werth n'a pas le projet explicite d'écrire un pamphlet contre la présence française dans cette partie du monde. Cochinchine ne procède d'aucun esprit de système, mais d'une curiosité sincère, ce qui en fait à la fois un magnifique récit de voyage et un bel exercice de liberté. Bien sûr, Léon Werth n'est pas vraiment surpris par le comportement de la grande majorité des colons, dont il dénonce la stupidité et la brutalité à l'égard des Annamites. Mais, même sur ce point, il se garde de généraliser. »
Gérard Meudal, Le Monde des Livres

LA CHAGRIN DE LA GUERRE DE BAO NINH PRESENTE PAR MICHEL BAC
























Quelques mots sur Bao Ninh « le Chagrin de la guerre » éd. Philippe Picquier 1990
Titre imposé par la censure : « le destin de l’amour », rectifié par l’association des écrivains vietnamiens qui lui décernent leur prix du roman en 1993 sous le titre « le chagrin de la guerre » ; lequel relève de la litote au vu de la dévastation dont traite le livre.

· Celle d’abord des fantassins vietnamiens qui ont affronté la toute puissante machine de guerre américaine avec ses bombardiers stratégiques et son aviation d’assaut, avec ses troupes d’élite et ses hélicoptères, et l’inépuisable ressource technologique des USA.
Le texte de Bao Ninh mérite d’être lu en regard de « l’incandescent » « Putain de mort » de Michael Herr, œuvre de référence sur la guerre américaine.
Le contraste est violent entre le déploiement des hélicoptères et des armadas d’avions ,maîtres du ciel et du feu, et la piétaille vietnamienne qui marche indéfiniment dans la jungle et les rizières, creuse des tranchées pour se protéger du napalm et de toutes les variétés de bombes inventées pour mieux blesser ou anéantir les corps humains.
La terre, protectrice et nourricière, dans la culture vietnamienne est déchiquetée par les bombes venues du ciel ou des obus tirés par les navires US croisant au large des côtes. Les abris qu’elle offre, temporairement dans les hôpitaux souterrains n’ont bien sûr rien à voir avec les infrastructures accueillant les victimes américaines …
Bao Ninh dit la détresse et la peur de ceux qui sont soumis à la violence du feu mais aussi aux pièges de la jungle à commencer par la meurtrière malaria ; cela n’exclut pas l’héroïsme, mais, quitte à agacer les bureaucrates qui se repaissent de celui des autres, il n’est pas le sujet du roman.

· D’autant que la guerre dévaste non seulement la chair des combattants mais aussi les liens sacrés qui attachent les vietnamiens à leur famille et en particulier le lien amoureux. Comme d’autres, Bao Ninh dit l’horreur qu’inspirent les « âmes hurlantes » de ceux qui sont morts sans sépulture, pulvérisés, brûlés ou perdus à jamais. Mais ceux qui ont réchappé de la tuerie sont d’une autre façon détruits.
Par exemple par l’impossibilité de vivre ensemble pour ceux qui se sont quittés sur des amours adolescentes et se retrouvent seulement 7 ou 10 ans après, hébétés, blessés, parfois dans leur corps souvent dans leur âme …

Il n’est donc guère étonnant que Bao Ninh ait eu maille à parti avec certains représentants d’une société arc boutée sur la victoire au terme de 40 ans de luttes sanglantes et d’incroyables sacrifices … Or, la vie, une autre forme de vie, a pris le dessus. Comme le remarque Pomonti dans un article du « Monde diplomatique », 65% des vietnamiens sont nés après ces guerres et leurs préoccupations sont tout autres …
Il ne reste plus à ceux des survivants qui ont été tellement meurtris que l’attente de la fin du crépuscule …




BAO NINH

PREMIERS RETOURS CONCERNANT LA REUNION DU 5 JUIN




















Voici un texte de Claude sur "Itinéraire d'enfance" de Duong Thu Huong :

" Concernant l'auteur, je renvoie le lecteur à internet où il trouvera de nombreux sites qui satisferont sa curiosité. Juste dire que Duong Thu Huong a eu une vie caractérisée par une éduction très traditionnelle et rigide et qu'elle qualifie de "féodale", un engagement fort pour les idées communistes dans lesquelles elle voyait une arme contre l'injustice, une très grande honnêteté intellectuelle et beaucoup de courage qui lui ont valu d'être exclue du PC, exclue de l'Union des Ecrivains Vitenamiens et contrainte - malgré sa popularité au Vietnam - à l'exil en France, où elle vit depuis 2006.
"Itinéraire d'enfance" est le 1er roman de Duong Thu Huong. C'est le réçit d'un périple effectué par deux jeunes filles d'une douzaine d'année, en rupture de ban avec leurs familles respectives, à travers le Nord-Vietnam, dans les années 60. L'un d'elle, Bé - sans doute un double de l'auteur - a pour objectif d'aller retrouver son père, chef d'un poste frontière tout au Nord dont les permissions ne sont que tous les 3 ans.
Ce voyage est initiatique pour les deux jeunes filles : elles y croisent des hommes et des femmes remarquables comme des individus sinistres. A chaque fois Bé porte sur ces événements un regard plein d'intelligence. L'auteur nous invite à une réflexion (sans prétention) sur la Vie, les choses essentielles (qui sont souvent des "petites choses").
Le style est très simple, mais il suffit et "colle" bien au fait que l'histoire est vue au travers du regard d'une jeune adolescente. Le livre parvient parfaitement à nous plonger dans les paysages, les odeurs, les couleurs, les sons de ce Vietnam meurtri par les plaies encores vives de la guerre coloniale contre les français.
C'est aussi un livre de gastronomie vietnamienne où, à presque chaque page, il est question de petits plats, de préparations traditionnelles, qui accompagnent souvent une rencontre, une attention, ...
Voilà, j'ai trouvé : c'est un livre sur l'Attention ; à ce qui nous entoure en général, aux autres en particulier. C'est un livre plein de fraîcheur, parfois naïf et souvent poétique.