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dimanche 16 juin 2019

42EME REUNION - "ENTRE AMIS" D'AMOS OZ - SYNTHESE DE NOS DEBATS PAR GERARD

Tout d'abord, les quatorze participants autour de la table ont le plaisir d'accueillir François DARNAULT, un ami de longue date de Monique et Claude. Qu'il soit le bienvenu parmi nous !

Catherine lance le débat en présentant les caractéristiques de ce "roman de nouvelles" d'Amos OZ, intitulé "Entre amis" qui est en fait le titre de la deuxième nouvelle du recueil.
Les huit nouvelles se passent dans un kibboutz imaginaire appelé YIKHAT.
Dans ces textes courts, Amos Oz raconte pour une bonne part ce qu'il a vécu à Houlda. Il jette un regard sur le passé en posant des questions sur le monde réel et l'utopie.

Voyons sous une forme synthétique et ordonnée le contenu de nos échanges.

- Les principaux thèmes abordés dans le livre

La solitude dans le groupe

Chacun a relevé la solitude comme thème majeur du livre, quelqu'un a même parlé de "l'infinie solitude" des personnages mis en scène par l'auteur. Les enfants comme les adultes. Le contraste est d'autant plus puissant que cette solitude s'exprime dans un contexte très collectif où chacun vit avec les autres en permanence.
Cette solitude interroge, elle peut être liée à la situation même des personnages qui pour un grand nombre ont connu des événements ou des échecs qui sont à la source d'un sentiment profond de solitude.
Ainsi le jardinier du kibboutz, Tsvi Provizor est célibataire, il passe son temps à recenser les catastrophes qui interviennent dans le monde, Luna Blank quant à elle est veuve, Osnat a été plaquée par Boaz, Ariella est divorcée... A cinquante ans, Nahum Asherov est veuf. Quant à Moshe Yashar, il est emprisonné dans sa solitude, son père ne le reconnaît pas et il se méprise soi-même. Youval Shindlin, le fils de Roni, à cinq ans il est le souffre douleur de se camarades d'école. Quant à Nina, elle est dégoûtée par son mari au point de quitter la maison familiale. Enfin, Martin Vandenberg, l'utopiste est peut-être le plus seul d'entre tous, surtout quand on lui fait comprendre qu'il ne peut plus exercer son métier de cordonnier dans le kibboutz en raison de son état de santé. etc. De la solitude à la tristesse, il n'y a qu'un pas. Nous sommes plusieurs à avoir ressenti ce sentiment de tristesse transpercer les existences des "amis" du kibboutz. Tristesse renforcée par l'état de délabrement et de saleté des lieux...

La fêlure dans le rêve

La solitude n'est pas le seul thème dominant. Dans cette microsociété du kibboutz, plusieurs d'entre nous ont perçu une analogie avec une sorte de "comédie humaine".(Voir ci après le texte de Claude)
Qu'est devenu le rêve des fondateurs du kibboutz ? Cette question est maintes fois posée sous des angles différents par l'auteur. Elle n'est pas formulée sous un forme rationnelle, ce n'est pas le registre d'Oz, mais elle s'incarne dans des démarches individualistes, des craintes pour l'avenir, des doutes sur le bien fondé des règles ou encore de sentiments qui amènent à rompre le pacte du kibboutz.
Celui qui exprime au plus profond de son être cette fêlure dans le rêve, c'est Martin l'utopiste, le professeur d'esperanto, qui veut encore y croire.
Il meurt à la fin de la dernière nouvelle, faut-il croire qu'avec lui l'utopie des fondateurs disparaît également ? Mort de Martin, mort du kibboutz ? On peut être amenés à le croire.


Les règles et les contraintes de la vie collective

Plusieurs d'entre nous ont été sensibilisés aux contraintes générées par l'application des règles du kibboutz. Beaucoup de frustrations sont liées à l'application de ces règles de la vie collective, qu'il s'agisse de la difficulté de suivre des études à l'étranger, de se rendre auprès de sa famille, de ne pas concrétiser son désir ou encore de ne pas garder ses enfants avec soi la nuit...
Oz en décrivant cette réalité au quotidien, en s'intéressant à la manière dont les individus vivent et perçoivent le collectif, rompt avec l’idée que les lois et les règlements peuvent modifier l’être humain, comme en rêvent toutes les utopies.
Finalement la vie dans un kibboutz n'est pas si contraignante que cela, si l'on compare à ce qu'on vivait autrefois dans les campagnes de la France profonde où le moindre écart dans la vie quotidienne de l'un ou dans le comportement fautif de l'autre était "jugé", "condamné" et se traduisait souvent par une mise au ban du village. A cet égard le rôle de la religion a été extrêmement contraignant pendant des siècles.
Au kibboutz, si les règles collectives s'appliquent avec rigueur, elles ne sont pas fondées sur la religion. Elles tendent à préserver la fondation future d'un monde meilleur.L'un d'entre nous a vu dans cette force du collectif un phénomène plutôt optimiste. La solidarité et l'absence de propriété individuelle confortent cet optimisme.

 
L'éducation des enfants

Les règles du kibboutz sont contraignantes mais elles ont aussi des effets positifs qui sont à prendre en compte. 
Ces effets concernent l'éducation des enfants. C'est en tout cas ce qui a été observé par Bruno Bettelheim dans son remarquable livre intitulé "les enfants du rêve".
Pour simplifier, on peut reprendre ce que dit Jacques Trémintin du livre de l'éminent psychanalyste :
"Très vite, dès ses 6 mois, l’enfant est sevré. La communauté prend alors le relais des parents en proposant une sécurité, une satisfaction des besoins et une affection qui sont pris en charge par le groupe de pairs. Le collectif d’enfants du même âge représente en effet le seul élément stable et permanent: sa stimulation devient alors la source essentielle d’équilibre et d’épanouissement. Les relations avec les parents sont volontairement limitées, tout comme celles avec les adultes en général qui sont délibérément non-privilégiées.
L’absence du sentiment de possession et la prégnance du groupe aboutissent à la fois à une diminution de la violence et de l’effet du complexe d’oedipe: il n’y a plus de sens de la propriété et la place de chacun étant garantie, il n’est plus nécessaire de se battre pour l’obtenir.

Mais une telle société ne peut fonctionner que repliée sur elle-même. Hors du Kibboutz, il n’y a pas de perspective d’avenir. Les initiatives individuelles, et souplesse personnelle ne sont guère admises, sous peine d’expulsion de la communauté. Cela aboutit en final à un fonctionnement statique et rigide." 
Il n'y a plus de compétition entre les personnes, les gens peuvent vivre en paix.
Amos Oz s'interroge, il n'exprime pas la réalité du kibboutz de cette manière, il la suggère à travers le vécu de situations quotidiennes personnelles. Il dépeint aussi la cruauté en action, notamment chez les enfants, la résignation, la souffrance et la lâcheté... 

 
La famille

Obsession de la famille a relevé l'un d'entre nous. Thème proche de l'éducation des enfants, la famille transparaît dans la plupart des nouvelles du recueil. Elle génère des ambiguïtés. C'est à la fois un lieu de résistance et de contestation du collectif. C'est aussi pour certains une structure pesante source de frustrations et de souffrance. Dans le livre, on sent cependant qu'elle peut être un danger pour la vie collective.

 
Souffrance, cruauté et "lâcheté"

Dans les nouvelles, nous avons été frappés par deux situations génératrices d'émotions fortes admirablement amenées par Amos.
L'une concerne Youval Shindlin, le fils de Roni et de Léa. Comme la règle l'exige le jeune Yoyval qui a 5 ans, va dormir avec les autres enfants dans un dortoir. Il emporte avec lui un "doudou", un petit canard en plastique. Le groupe des autres enfants se moque de lui, le chahute et finalement décapite le petit canard. Le jeune Youval prostré quitte le dortoir et revient chez ses parents. Son père le réconforte et v faire justice en s'en prenant à un autre gamin, très jeune qui n'y est pour rien. Cruauté d'un côté, violence de l'autre, violence qui sera sanctionnée. Quant à Léa, elle s'occupera désormais de son fils et elle le renverra à la maison des enfants, pour son bien dit-elle.
L'autre situation traite de la "lâcheté" d'un père, Nahum, qui refuse d'admettre que sa fille puisse aller vivre chez le professeur Dogan, son ami, qui a le même âge que lui. Il se rend chez Dogan pour mettre fin à cette situation. Mais finalement il ne se passe rien et lorsque sa fille, Edna, lui dit "Ne t'inquiète pas, je me sens bien ici". Nahum commence à regretter sa démarche : "L'amour était un obstacle dans l'existence, médita-t-il : mieux valait faire le gros dos que de l'affronter." Et il s'en va, sans même claquer la porte. Le lecteur détecte chez Nahum de la faiblesse et de la lâcheté. Contrairement à la situation précédente, il n'y aura pas de violence, mais il y aura beaucoup de souffrance.
Amos Oz, ne veut rien démontrer, il exprime une certaine difficulté de vivre chez les un et les autres. Ça se passe ici dans un kibboutz, mais ça pourrait se passer ailleurs. C'est ce constat qui a pu décevoir certains d'entre nous. Mais nous y reviendrons.

 
Le rôle des femmes au kibboutz

L'image de la femme en Israël est souvent perçue dans les pays occidentaux comme très progressiste. Nous avons cité le rôle des femmes dans Tsahal par exemple. 
La réalité est parfois très différente et même si l'égalité des sexes est prônée depuis l'indépendance d'Israël, même si une femme a été premier ministre, dans les nouvelles d'Amos Oz, les femmes du kibboutz se consacrent plutôt à des tâches d'exécution. Même s'il n'y a pas de hiérarchie dans le groupe, ce sont les hommes qui assument la gestion du kibboutz, ce sont les hommes, et notamment Dogan, le don Juan, qui exercent une domination intellectuelle et morale sur l'ensemble du groupe.
La seule qui ait un esprit subversif parmi les personnages du livre est Nina. Elle abandonne son mari qui la dégoûte, elle part habiter ailleurs, elle exprime son désir sexuel, elle se moque du qu'en dira-t-on. Elle est pressentie pour devenir la future secrétaire du comité exécutif. Mais n'est-elle pas l'exception ?
L'auteur nous est apparu comme étant plus sévère à 'égard des hommes que des femmes dans la description de ses personnages.

- Style et traduction

Cette question n'a pas été vraiment abordée en détail. Nous avons apprécié l'accès très facile à la lecture du livre ainsi que la précision du style.
Amos Oz a une capacité a générer des émotions chez le lecteur très impressionnante. Nous avons cité la situation du petit garçon, celle de la "lâcheté" de Nahum ou encore celle de l'enterrement de Martin.
La question de la traduction a été évoquée par Claude. Certaines phrases écrites en hébreu sont proprement intraduisibles en français, ce qui fait qu'on a reproché à Sylvie Cohen, la traductrice, de faire du Sylvie Cohen, plutôt que de l'Amos Oz. Mais pouvait-elle faire autrement ?


- Impressions de lecture des membres du square

Sans empiéter sur le thème "A quoi sert la littérature ?", en lisant ce livre plusieurs d'entre nous ont regretté de pas découvrir ce qu'était vraiment un kibboutz. De même que lorsqu'on lit un livre dont l'intrigue ou l'action se situe en Afrique, dans le Grand Nord ou dans un village français, on cherche à se repérer dans un monde qu'on découvre, de même on aurait aimé découvrir la réalité du kibboutz. Or là, nous sommes confrontés à une description des rapports humains dans une micro-société qui pourrait très bien avoir pour décor une communauté de baba cool après 1968 ou "Christiania" au Danemark. D'où une certaine frustration. 
Il y a peut-être contresens sur l'interprétation du livre, lorsqu'on formule ce type d'attente chez un lecteur, mais la littérature, comme tout art, n'est elle pas d'abord une rencontre entre un écrivain et un lecteur? Le lecteur n'a-t-il pas la possibilité de projeter son désir sur une œuvre ? Dans certains cas, la rencontre s'opère entre projet de l'écrivain et projet du lecteur, dans d'autres elle ne s'opère pas parce que le lecteur ne trouve pas dans le texte une satisfaction à ses attentes. La magie de l'art se trouve dans la rencontre de deux (ou plus) subjectivités.



- Correspondances et associations d'idées

La lecture d'"Entre amis" a permis à quelques uns d'entre nous d'établir des relations entre ce livre et d'autres créations ou initiatives artistiques.

Ainsi Joseph a évoqué un film documentaire intitulé "Divine Daycare" qui se passe à Tel- Aviv qui a pour thème une garderie pour les enfants de réfugiés du sud de Tel Aviv à travers les yeux de Lula, une fille érythréenne et de son institutrice Blessing. Le directeur est entraîné dans la réalité complexe des réfugiés en Israël.

Michel E. à été fasciné par la composition du livre, il a perçu une analogie avec une composition musicale à la J.S. Bach. Oz, comme un orfèvre, procède par petites touches, avec une grande subtilité, avec une économie de moyens, il décrit des situations simples tout en finesse et lentement il progresse, il élargit le cercle, rappelle les thèmes et termine sur la mort de l'utopiste. Michel considère ce livre comme un chef-d’œuvre. 


- Conclusion

Au final, même si "Entre amis" n'a pas fait une totale unanimité au sein du Square, c'est un livre qui, dans l'ensemble, été apprécié. C'est un livre atypique, qui est tout sauf provocateur, qui ne cherche pas à démontrer, qui a pour ambition de montrer la réalité dans la relation complexe entre individu et collectif, en suscitant une lecture tranquille. 
Oz est un écrivain qui croit aux pouvoirs du langage littéraire pour décrire fidèlement la réalité. Il n'est pas en rupture avec une certaine tradition littéraire.

- Autres livres du même auteur dont nous avons parlé
 
  • "Une Histoire d'amour et de ténèbres"
 «Tu veux jouer à inventer des histoires ? Un chapitre chacun ? Je commence ? Il était une fois un village que ses habitants avaient déserté. Même les chats et les chiens étaient partis. Et les oiseaux aussi... »

Le petit garçon qui joue ainsi à inventer des histoires à la demande de sa mère est devenu un grand romancier. Sa mère n'est plus là, mais il tient malgré tout à poursuivre la relation de l'existence tumultueuse de sa famille et de ses aïeux.
Son récit quitte donc le quartier modeste de Jérusalem où il est né, remonte le temps, retourne en Ukraine et en Lituanie, et fait revivre tous les acteurs de cette tragi-comédie familiale, qu'ils soient prophète tolstoïen, séducteur impénitent, mauvais poète, kibboutznik idéaliste ou vrai savant. Leurs vies sont parfois broyées par la grande Histoire — l'Europe les rejette, l'Orient se montre hostile — et toujours marquées par leurs propres drames intimes, illusions perdues et rêves avortés.
Au coeur d'une narration riche, d'une ampleur et d'une puissance romanesques jusque-là inconnues dans l'oeuvre d'Amos Oz, la disparition tragique de la mère demeure la question à laquelle ce roman cherche une réponse. Une histoire d'amour et de ténèbres est un livre bouleversant où la vie d'un peuple et la vérité d'un homme se confondent.


  • "Seule la mer"
 Albert Danon est seul. Sa femme Nadia vient de mourir d'un cancer, et son fils Rico est parti pour le Tibet. Bettine, une vieille amie, veuve elle aussi, s'inquiète pour Albert. Surtout lorsque Dita, la petite amie de Rico, emménage chez lui.
Un certain Doubi Dombrov veut produire le scénario de Dita, mais il veut surtout Dita. Qui couche avec Guigui, en pensant à Albert, ou à Rico. Qui pense à sa mère, et ne veut pas rentrer du Tibet.
Un chassé-croisé de voix et d'histoires que le narrateur, affranchi de toute contrainte formelle, tisse, tout en nous parlant de lui, en un poème bouleversant qui se lit comme un roman - ou est-ce un roman qui se lit comme un poème ? - pour serrer au plus près la quintessence de nos vies, le désir, la nostalgie d'un bonheur perdu, la mort qui nous cueille.


  • "Judas"
Le jeune Shmuel Asch désespère de trouver l’argent nécessaire pour financer ses études, lorsqu’il tombe sur une annonce inhabituelle. On cherche un garçon de compagnie pour un homme de soixante-dix ans ; en échange de cinq heures de conversation et de lecture, un petit salaire et le logement sont offerts.
C’est ainsi que Shmuel s’installe dans la maison de Gershom Wald où il s’adapte rapidement à la vie réglée de cet individu fantasque, avec qui il aura bientôt des discussions enflammées au sujet de la question arabe et surtout des idéaux du sionisme.
Mais c’est la rencontre avec Atalia Abravanel qui va tout changer pour Shmuel, tant il est bouleversé par la beauté et le mystère de cette femme un peu plus âgée que lui, qui habite sous le même toit et dont le père était justement l’une des grandes figures du mouvement sioniste. Le jeune homme comprendra bientôt qu’un secret douloureux la lie à Wald...

Judas est un magnifique roman d’amour dans la Jérusalem divisée de 1959, un grand livre sur les lignes de fracture entre judaïsme et christianisme, une réflexion admirable sur les figures du traître, et assurément un ouvrage essentiel pour comprendre l'histoire d’Israël. Un chef-d’œuvre justement acclamé dans le monde entier.



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POINT DE VUE DE CLAUDE SUR "ENTRE AMIS"

"Entre amis" d'Amos Oz


En huit courtes nouvelles apparemment anodines, l'auteur israélien Amos Oz disparu en décembre dernier et dont l’œuvre fut couronnée par de très nombreux prix (mais hélas pas le Prix Nobel, comme Léonard Cohen ...), livre une galerie de personnages comme un condensé d'humanité.
Ils appartiennent tous au kibboutz Yikhat, même si certains sont en rupture de banc comme l'oncle qui a fait fortune en Italie dans des commerces douteux, Luna la veuve éconduite qui décide de refaire sa vie ailleurs (dans la "vraie vie" ?) ou encore le vieux père sénile hospitalisé auquel son fils vient rendre visite et qu'il ne reconnait pas.
Appartenir est le terme juste car au kibboutz rien ne se décide en dehors de l'assentiment du Conseil, garant de la vie communautaire. L'individu n'existe que par la place qui lui a été affectée et sa contribution au collectif.
Amos Oz a lui-même vécu plusieurs années dans un kibboutz, celui de Houlda qu'il a rejoint volontairement à l'âge de 15 ans, 3 ans après le suicide de sa mère, rompant par-là sa relation avec un père "looser" et afin d'assouvir son désir d'engagement en faveur des idéaux de gauche et de défense d'Israël.
Plusieurs thèmes traversent ces récits parmi lesquels la solitude, l'utopie, le devoir, la liberté ou la lâcheté. On est tenté de qualifier le style d'essentiel tant rien ne parait devoir être enlevé de ces phrases le plus souvent courtes, sans aucune emphase, d'une sobriété en accord avec celle du décor du kibboutz et d'une simplicité toute apparente qui fait écho aux personnages eux-mêmes.
C'est un livre sur lequel plane un parfum de mélancolie ou de regret : celui qui accompagne les occasions ratées entre les individus. Mais il y a aussi beaucoup de tendresse et de générosité, d'abnégation même, dans la description de certains personnages. Les hommes sont souvent des lâches et certains des rustres primaires. Les femmes sont plutôt mises en valeur même si l'une d'entre elles se révèle d'une méchanceté insigne.
 

On aurait envie de placer ce recueil au registre "Comédie humaine".



 

42EME REUNION - PRÉSENTATION D'AMOS OZ ET DE SON OEUVRE PAR CATHERINE


Amos Oz, de son vrai nom Amos Klausner est né en 1939 et vient de disparaître en 2018 à l’âge de 79 ans. Il est né à Jérusalem. 
Sa famille est originaire d’Europe centrale. Son père a étudié l'histoire et la littérature à Vilnius. Ses parents émigrent en Palestine au début des années 1930.
Amos décrit sa famille comme pauvre. Mais c’est avant tout une famille d’intellectuels, son père travaille comme bibliothécaire à Jérusalem et sa mère donne des leçons d'histoire et de littérature.
Politiquement, elle se situe dans le camp sioniste révisionniste et antimarxiste. Dans sa famille, on est fier d'être capitaliste et bourgeois. Ce sont des adeptes d’un Grand Israël, incluant même la Jordanie. Pour atteindre ce but une solution : la violence. Il y a récupération de la guerre biblique.
Amos, fils unique, enfant et adolescent, a baigné dans la culture de cette génération. Il est imbibé par ces idées jusqu’à un événement dramatique qui bouleverse sa vie : le suicide de sa mère. Il a alors 12 ans. Il éprouve un très fort sentiment d'abandon.

Adolescent, il prend un virage à gauche et à 15 ans, il entre dans un Kibboutz. Il reste pendant 32 ans avec sa femme et ses enfants au Kibboutz de Houlda.

 En haut à gauche, Tel Aviv. Houlda est signalé par un point rouge

C'est là qu'il commence à écrire, et qu'il gagne le droit de consacrer quelques journées par semaine à ses livres. Ce qui est en quelque sorte contraire aux règles du kibboutz. Car dans un kibboutz on effectue un travail collectif, agricole et manuel.



 Travail à Houlda

Il demeure à Houlda jusqu'à ce que sa femme Nily et lui s'installent à Arad, dans le nord du désert du Néguev, en 1986 car Daniel, leur fils est asthmatique et il a besoin de vivre dans un climat très sec. Le couple a deux autres enfants.
Amos participe aux différentes guerres dans lesquelles est engagé Israël. En 1950, il combat  près de la frontière syrienne. Pendant la Guerre des Six Jours, en 1967, il sert dans une unité de tanks dans le Sinaï et, pendant la guerre du Kippour en 1973, il est affecté sur le plateau du Golan.

C’est aussi un personnage politique. Il s’oppose aux partis de droite et en particulier au Likoud. Il défend la thèse de deux Etats : un Etat israélien et un Etat palestinien.
A noter cependant que son chemin politique n’apparaît pas dans ses livres.

Il a commencé à écrire à 22 ans. Il a publié 18 romans, et plus de 450 articles et essais.

Sur le plan littéraire, l’œuvre d'Amos Oz s'exprime :
-       d’une part, dans le sens d’une lecture lente, évoquant une sorte de bonheur tranquille. Il met le plaisir de la lecture au cœur de son œuvre,
-       d’autre part, à travers des nouvelles qui liées entre elles par l’apparition de personnages communs, s’apparentent à un roman, un "roman de nouvelles" a-t-on dit. En cela, l’œuvre d’Amos Oz se situe dans la suite de celle de l’écrivain américain Sherwood Anderson (1876-1941), dont il revendique une sorte de paternité littéraire.

Ses centres d’intérêt en littérature sont bien sûr le kibboutz et Israël, mais aussi la famille, les relations de couple, l'amitié, et les liens du voisinage. Autant de prismes au travers desquels il cherche à envisager l'humanité dans son ensemble.