mercredi 10 juin 2009

LA CHAGRIN DE LA GUERRE DE BAO NINH PRESENTE PAR MICHEL BAC
























Quelques mots sur Bao Ninh « le Chagrin de la guerre » éd. Philippe Picquier 1990
Titre imposé par la censure : « le destin de l’amour », rectifié par l’association des écrivains vietnamiens qui lui décernent leur prix du roman en 1993 sous le titre « le chagrin de la guerre » ; lequel relève de la litote au vu de la dévastation dont traite le livre.

· Celle d’abord des fantassins vietnamiens qui ont affronté la toute puissante machine de guerre américaine avec ses bombardiers stratégiques et son aviation d’assaut, avec ses troupes d’élite et ses hélicoptères, et l’inépuisable ressource technologique des USA.
Le texte de Bao Ninh mérite d’être lu en regard de « l’incandescent » « Putain de mort » de Michael Herr, œuvre de référence sur la guerre américaine.
Le contraste est violent entre le déploiement des hélicoptères et des armadas d’avions ,maîtres du ciel et du feu, et la piétaille vietnamienne qui marche indéfiniment dans la jungle et les rizières, creuse des tranchées pour se protéger du napalm et de toutes les variétés de bombes inventées pour mieux blesser ou anéantir les corps humains.
La terre, protectrice et nourricière, dans la culture vietnamienne est déchiquetée par les bombes venues du ciel ou des obus tirés par les navires US croisant au large des côtes. Les abris qu’elle offre, temporairement dans les hôpitaux souterrains n’ont bien sûr rien à voir avec les infrastructures accueillant les victimes américaines …
Bao Ninh dit la détresse et la peur de ceux qui sont soumis à la violence du feu mais aussi aux pièges de la jungle à commencer par la meurtrière malaria ; cela n’exclut pas l’héroïsme, mais, quitte à agacer les bureaucrates qui se repaissent de celui des autres, il n’est pas le sujet du roman.

· D’autant que la guerre dévaste non seulement la chair des combattants mais aussi les liens sacrés qui attachent les vietnamiens à leur famille et en particulier le lien amoureux. Comme d’autres, Bao Ninh dit l’horreur qu’inspirent les « âmes hurlantes » de ceux qui sont morts sans sépulture, pulvérisés, brûlés ou perdus à jamais. Mais ceux qui ont réchappé de la tuerie sont d’une autre façon détruits.
Par exemple par l’impossibilité de vivre ensemble pour ceux qui se sont quittés sur des amours adolescentes et se retrouvent seulement 7 ou 10 ans après, hébétés, blessés, parfois dans leur corps souvent dans leur âme …

Il n’est donc guère étonnant que Bao Ninh ait eu maille à parti avec certains représentants d’une société arc boutée sur la victoire au terme de 40 ans de luttes sanglantes et d’incroyables sacrifices … Or, la vie, une autre forme de vie, a pris le dessus. Comme le remarque Pomonti dans un article du « Monde diplomatique », 65% des vietnamiens sont nés après ces guerres et leurs préoccupations sont tout autres …
Il ne reste plus à ceux des survivants qui ont été tellement meurtris que l’attente de la fin du crépuscule …




BAO NINH

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