samedi 29 mai 2010

CLAUDE LANCE LE DEBAT SUR LE STYLE ET ON CONTINUE LE TOUR DE TABLE SUR LE CLEZIO

Désert
Pour Claude, Le Clézio est un écrivain qu'il a envie d'aimer. C'est un humaniste, qui laisse tout sa place au temps. La notion de temps est importante chez lui. Il apprécie également son rythme littéraire. Il observe toutefois quelques faiblesses de style et souvent des répétitions.
Il nous parle de Désert : l'héroïne, Lalla, fille d'un bidonville, émigrée, réfugiée dans la misère marseillaise et dont la beauté lui permet de conquérir la notoriété des couvertures des magazines, tout en étant enceinte d'un berger muet du désert qui sent un peu fort la sueur et le poil de chèvre, mais qui reste son amour éternel, Lalla qui fuit cette vie facile et vient accoucher agrippée à un figuier immense au bord de la mer, a quelques centaines de mètres de son bidonville originel ... Bon, on se dit que Le Clézio est un sacré veinard : capable de croire en tout ça et de le distiller avec une lenteur de contemplatif anémié. Qu'est ce que je suis dur ce soir avec cet écrivain qui m'a enchante avec "L'africain" !...

Vous avez dit le style ?
Alain-Pierre rebondit et précise avec humour qu'il ne comprend l'approche littéraire de certains d'entre nous. Lorsqu'on lit un livre, de deux choses l'une, on le prend comme un tout ou on ne le prend pas. C'est une forme de plaisir global qui se dégage de la lecture. On ne sent pas l'acceptation de l'oeuvre en tant que telle. Disséquer une oeuvre avec d'un côté l'histoire, de l'autre le style etc. c'est gâcher son plaisir.
Monique répond à son tour que tout est dans la manière de lire, il y a d'abord le plaisir de lire, qui est premier pour elle, et le style de l'auteur qui vient en dernier. Elle a lu Onitscha, Ronde et autres faits divers, le Chercheur d'Or, Désert...
Pour Chantal, il y a plusieurs manières de lire. On peut par exemple lire les livres de Le Clézio dans l'optique d'un Cercle littéraire, avec l'idée qu'on va en parler en public.On peut aussi lire pour son propre plaisir personnel. Tout dépend de l'objectif : on ne lit pas systématiquement de la même façon.
Raga
Joseph a une démarche qui se situe entre les deux points de vue. 
Il enchaîne ensuite sur les trois livres de le Clézio qu'il avait à la maison et sur un quatrième qu'il a acheté. Il nous parle de "Raga", roman très documenté qui se passe dans des îles de l'Océanie. Ce qu'il apprécie chez Le Clézio, c'est son ouverture sur le monde. L'ouverture à toutes les cultures. S'agissant de Raga voici quelques indications sur son contenu.
Sur le planisphère, l’île Pentecôte n’est rien – pas même l’infime trace qu’une pointe de crayon laisse sur la feuille de papier. Question d’échelle, bien sûr : que pèse, posé au cœur de l’océan Pacifique, un lambeau de terre de quelques dizaines de kilomètres de long face à l’immensité du monde ? Question d’histoire, aussi : « On dit de l’Afrique qu’elle est le continent oublié. L’Océanie, c’est le continent invisible. Invisible parce que les voyageurs qui s’y sont aventurés la première fois ne l’ont pas aperçue, et parce qu’aujourd’hui elle reste un lieu sans reconnaissance internationale, un passage, une absence en quelque sorte », écrit J.M.G. Le Clézio, en préambule à ce superbe récit, qu’il a intitulé Raga – le nom de l’île Pentecôte en langue mélanésienne.
Claude nous parle ensuite de l'Africain avec un plaisir évident. Ceux qui connaissent l'Afrique s'y retrouvent.

Mondo et autres histoires
Agnès nous parle de ce livre qu'elle a lu avec plaisir. Il s'agit de nouvelles, huit en tout, ayant pour personnages des enfants. Ces enfants sont proches de la nature, ils recherchent avant tout la liberté, leur apprentissage ne se fait pas à l'école mais au contact de la nature. Des récits initiatiques écrits avec talent, un vocabulaire simpple et accessible.

Poisson d'Or
Quant à Gérard, il avoue avoir été séduit par les idées de Le Clézio et par son écriture. Dans Poisson d'Or qui contient de nombreuses similitudes avec Désert, l'auteur décrit le parcours initiatique d'une jeune fille qui n'a pas de passé et qui cherche son identité dans le voyage. Peu à peu, elle construit ses valeurs : le respect, la liberté, la solidarité des opprimés, jusqu'à la certitude que ses racines sont bien là où elle a passé son enfance, dans le sud marocain. Alors elle peut entamer sa vraie vie.
Agnès retrouve des points communs avec les héros des nouvelles. Finalement Le Clézio ne cherche-t-il pas l'oeuvre parfaite en tentant de réécrire la même histoire de multiples fois ?
Anne a lu Poisson d'Or, la Ritournelle de la faim et, en partie, l'Africain. Elle a aimé particulièrement Poisson d'Or. Elle observe que les héros de Le Clézio sont souvent des jeunes femmes qui se font exploiter et qui se construisent au fil du temps. Ainsi Leïla dans Poisson d'Or, ainsi Ethel dans la Ritournelle de la faim. On pourrait ajouter la Lalla de Désert. Pourquoi ce choix des jeunes filles ? Anne relève également des ruptures asserz caractéristiques dans l'écriture de Le Clézio.

Le Désert, l'Africain et Révolutions
Patrick a lu Désert et l'Africain. Il a été frappé aussi par le côté répétitif du récit, mais cela n'a pas d'inconvénient à la lecture, notamment lorsqu'il décrit le désert. Le langage est simple, accessible.
Michel Bac nous parle de Révolutions : il cite notamment la partie consacrée à la bataille de Valmy. Le Clézio cherche à rompre avec l'ordre établi, il opère un retour à l'essentiel. Il dit des choses très profondes.
Voici d'ailleurs un extrait d'une critique de l'Express qui abonde dans le sens de Michel : " Le récit s'appuie sur des noms magiques, calices toponymiques où macèrent les songes, les regrets, les désirs d'aventure et de solitude à la Robinson. Citons-en quelques-uns: la Kataviva, Ipah (Malaisie), Odessa, sur la mer Noire, Chichester, Trieste, Ekaterinbourg, Palma de Majorque, Rozilis, Ebène, etc. A Gethsémani, un ange passe. D'autres noms, plus inattendus chez Le Clézio, appellent l'Histoire et la font vivre au présent. Châlons, Les Islettes, la forêt d'Argonne. Les soldats de l'an II sont la Révolution en marche. Ils traversent la France à pied pour sauver la République. Sous les ailes du moulin de Valmy, le «voisinage du sang» et le «bourdonnement d'abeilles des boulets» bercent étrangement les cœurs et métamorphosent ces fils de rien venus de leurs provinces lointaines défendre la patrie et la liberté."
Michel Lebrun reprend à son compte les propos de Claude sur Le Clézio et nous parle d'un écrivain ouvert à toutes les cultures, engagé, et qui sait mettre en oeuvre un beau style d'écriture.

Onitscha
Christine évoque un livre déjà cité, mais dont on n'a pas encore parlé : Onitscha. C'est l'histoire d'un garçon qui part avec sa mère retrouver son père en Afrique. Le garçon ne connaît ni son père, ni l'Afrique. Sa mère pense à une Afrique idyllique. Elle est déçue par le pays. Le Clézio raconte l'itinéraire de cette famille éclatée. Christine est véritablement entrée dans le livre et a été séduite. Un regret, l'épilogue qui se passe 20 ans plus tard et qui n'apporte rien.

Le Procès-verbal
Christine a lu éle Procès-verbal, Sylvie également. Elles nous en parlent. Le Procès-Verbal a été publié en 1963, il a obtenu à l'époque le prix Renaudot. Le Clézio avait alors 23 ans. Le procès-verbal est difficile à raconter. C'est écrit dans le style du nouveau roman. Adam Pollo, c'est un peu Pierrot-le-fou. Le livre a été écrit à l'époque de la guerre d'Algérie. Une sorte de "roman-puzzle" d'après l'auteur. Adam Pollo vit retranché dans une maison abandonnée. Est-ce un évadé d'un hôpital psychiatrique ? Ou encore un déserteur ? Toujours est-il qu'il entretient un rapport particulier avec le monde qui l'entoure... On ne sait pas d'où vient le personnage principal. Tout se conjugue sur le thème de l'errance qui est un des thèmes clé de l'oeuvre de Le Clézio. Curieusement chaque chapitre commence par une lettre de l'alphabet dans l'ordre chronologique.
En cet instant nous mesurons tous la richesse de cet auteur. En écrivant ce compte-rendu je me demande si je ne suis pas passé à côte d'oeuvres importantes. J'ai envie d'aller plus loin sur le chemin de Le Clézio.

Prochaine rubrique : le roman policier.



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