jeudi 7 octobre 2010

MARIO VARGAS LLOSA , PRIX NOBEL DE LITTERATURE 2010

STOCKHOLM (Reuters) - Le prix Nobel de littérature 2010 a été décerné jeudi au romancier et essayiste Mario Vargas Llosa, ancien candidat à la présidence du Pérou et chroniqueur des luttes humaines face aux pouvoirs autoritaires d'Amérique latine.
Mario Vargas Llosa est récompensé "pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses représentations incisives de la résistance, de la révolte et de la défaite de l'individu", dit un communiqué du comité suédois.

C'est aussi l'auteur de la Fête au Bouc. Un livre remarquable sur l'époque Trujillo en république dominicaine.
C'est un livre, qu'on m'a offert l'été dernier et que j'ai dévoré de la première à la dernière page. Et pourtant il fait 581 pages.

Le thème : comment la didacture fonctionne de l'intérieur, comment des hommes et un peuple entier peuvent-ils subir sans broncher la tyrannie d'un seul homme et de sa famille ?
On en revient toujours à la même question, quel que soit le livre, quelle que soit la situation : qu'est-ce qui fait que nous acceptons l'intolérable ?
" Le Bouc (Trujillo) avait retiré aux hommes l'attribut sacré que Dieu leur avait concédé : le libre-arbitre".
Certains toutefois ne l'acceptent pas, et, même s'ils atteignent leur objectif, ils le paient très cher. Se révolter, dire non dans une dictature, c'est signer son arrêt de mort et celui de sa famille, de ses amis après avoir subi les pires humiliations, la torture physique et morale ... Cela aussi explique beaucoup de choses.
Le dictateur ici c'est Trujillo qui a régné plus de 30 ans sans partage sur Saint-Domingue. Vargas Llosa, en romancier averti, jongle avec les politiciens serviles, les hommes de main à la botte du Bienfaiteur, les militaires imbéciles tous inféodés au Généralissime, les libérateurs courageux, et les civils, femmes, enfants, victimes avant tout. La plupart ont réellement existé, d'autres ont été inventés par l'auteur, ils comblent des vides en quelque sorte et permettent à l'intrigue de prendre toute sa dimension romanesque.


Extrait :
( Une jeune femme,victime des agissements du dictateur avec la complicité de son propre père - président du Sénat sous Trujillo - ne pardonnera jamais à ce dernier sa lâcheté) :
" Elles étaient assez hypocrites tes lettres? Tu parlais toujours avec des détours, des allusions, qu'elles n'aillent pas tomber sous des yeux étrangers et que d'autres apprennent cette histoire. Sais-tu pourquoi je n'ai jamais pu te pardonner ? Parce que tu n'as jamais vraiment regretté. Après avoir servi le Chef durant tant d'années, tu avais perdu tout scrupule, toute sensibilité, toute trace de rectitude. A l'image de tes collègues. Et peut-être du pays tout entier. Etait-ce la condition sine qua non pour se maintenir au pouvoir sans mourir de dégoût ? Perdre son âme, devenir un monstre comme ton Chef..." p. 156
Je n'en dirai pas plus, sinon il me faudrait des pages pour parler de ce livre. Il est préférable de le découvrir page par page, et d'en ressortir plus lucide, peut-être plus intelligent pour décrypter le réel, et plus fort pour lutter contre les dérives d'une société autocratique.
Llosa a remarquablement atteint son but, je conseille ce livre à tous ceux qui cherchent à comprendre pourquoi et comment un seul homme avec une poignée de sbires peut imposer sa loi à tout un peuple, avec la complicité des Etats-Unis et de l'Eglise.
Un grand livre.




VARGAS LLOSA, aujourd'hui.

1 commentaire:

Pergame a dit…

Je crois n'avoir lu que "La guerre de la fin du monde" de Llosa, mais j'en garde un souvenir impérissable et le classe certainement parmi mes dix livres préférés.