
Ah mes amis, ce fut une rude bataille ! Soudain, du haut de la colline un preux Chevalier Noir fonça bille en tête en pourfendant celui dont nous ne découvrîmes le visage que lorsque son heaume lui fut arraché, après une terrible joute. Peu après le lever du soleil, dans le lointain, une cavalerie armée et fière jaillit de la brume. On entendit sonner dans toute la contrée les trompettes du prince Blanc qui annonçaient la riposte sanglante contre l'odieux provocateur. Debout sur son cheval immaculé et empanaché, l'oriflamme claquant au vent, le cœur battant, le visage conquérant, le prince brandit son épée et harangua sa troupe. A son tour, il défia le Rebelle qui avait osé jeter à terre le plus grand des chroniqueurs. Devant ses troupes qui buvaient ses paroles, il sut trouver les mots qui soulevèrent les âmes et galvanisèrent les caractères. Le chevalier Rebelle fut renvoyé dans son camp à la force des épées. Bientôt on se prépara à négocier, considérant que l'outrage pouvait être lavé dans autre chose que le sang impur de l'outrecuidance et de la calomnie.
A la question posée par le messager ailé du camp adverse "Où est le bec ?", notre prince défenseur du chroniqueur répondit avec la plus mâle assurance : "Que n'était pas né celui qui l'attraperait, tant il était habile à l'esquive, tant il se déplaçait avec la vitesse d'une flèche." Le prince bien aimé, au courage légendaire, à la bravoure vantée de Saint Jean d'Acre jusqu'aux portes du Louvre, sut alors trouver les arguments qui firent vibrer les cœurs des uns et des autres et qui réhabilitèrent l'offensé. Celui à qui l'on avait fait mettre un genou à terre par surprise, fut qualifié de clerc exceptionnel, d'aristocrate jetant son regard sur le monde, de prince de l'élégance et de grand-prêtre de l'ironie et de la distanciation. Révoltés par tant d'assurance et de propos fallacieux, les plus virulents du camp adverse invoquèrent la consistance molle (de quoi d'ailleurs ?), l'excentricité déplacée, l'artiste du "départ en vrille", le fantasmeur frigide laissant en plan une somptueuse Olga assoiffée d'amour farouche, devant la mine ébahie de Dame Chazal et des sbires de la Papauté médiatique : Pernod le franchouillard, Le Lait grossier, Le Perse l'érudit ou endore Frédéric le Bègue. En définitive, fut démasqué le stratagème indigne de l'imposteur qui se gaussait de ceux qu'il avait pris dans ses filets : "Je vous ai bien eus " disait-il, en ricanant dans sa robe de bure, avant d'aller se jeter une goulée de son picrate préféré en provenance des terres lointaines du Chili (là il y a un anachronisme, mais c'est pour la bonne cause! Dieu nous pardonnera mes frères !)
De qui s'agissait-il en fait, d'un nouveau Villehardouin, que nenni ! D'un nouveau Joinville, moins encore ! Ou bien tout simplement d'un mercenaire vaniteux, d'un grand ratisseur remplissant son contrat en amenant à sa cause le plus grand nombre au moyen des procédés les plus vils et les plus raccoleurs ?
Les deux mon connétable ! Nous sommes dans le royaume de l'Ubiquité, dans le labyrinthe emmiroité de l'ironie sans fin qui fait briller mille fois l'atroce médiocrité du monde avant de la piétiner, de la laminer, de l'écraser sans pitié.
Les deux mon connétable ! Nous sommes dans le royaume de l'Ubiquité, dans le labyrinthe emmiroité de l'ironie sans fin qui fait briller mille fois l'atroce médiocrité du monde avant de la piétiner, de la laminer, de l'écraser sans pitié.
La question la plus existentielle du siècle fut à nouveau posée : "Ou est le bec réellement", s'agit-t-il du peintre favori de la Cour, inventeur de la cartographie montferrandaise, du chroniqueur écartelé, dépecé et - qui sait - peut être dévoré par une horde de loups affamés au fin fond d'une terre de France en perpétuelle mutation, ou n'est-ce pas l'Arlequin rusé et perfide qui se dissimule sous le masque du Prévôt zêlé enquêtant sur l'infâme assassinat de celui qui n'était autre que lui-même ? (Tout le monde suit j'espère !)
Dans ce monde en décadence, le bec semble être partout, surtout là où on ne l'attend pas, est-il dans ses chroniques ou bien ailleurs ? Est-il bouffon ? Est-il le prieur intègre d'une énigmatique confrérie se préparant pour la Grande Croisade ? Est-il dans un camp, est-il dans l'autre ? D'aucuns prétendent qu'il sait parfaitement défendre ses intérêts au mépris de toutes les vexations et de toutes les critiques. N'a-t-il pas appris au fil de l'expérience, et après l'absorption maintes fois répétée de l'élixir d'un druide celte, à savoir comment soudoyer les Valeureux Chevaliers de la Table Ronde, afin qu'ils le reconnaissent enfin comme un de leurs pairs et qu'ils le consacrassent prince de Drouant, ad vitam eternam ?
La bataille eut bien lieu en définitive, elle dura trois heures sur le champ des Batignolles. On ne fit pas de quartier. Mais tous, heureusement, ne périrent pas sous les coups funestes des plus fanatiques des détracteurs du chroniqueur maudit. Les quelques survivants errant dans les brumes givrantes de la forêt de Brocéliande, l'air hagard, le teint blême et la mine dépitée entendirent dans le lointain un rire sarcastique qui virevoltait entre les cîmes des arbres : "Le bec est loin... le bec est loin..."
N'est-ce pas là une belle fin ?
La bataille eut bien lieu en définitive, elle dura trois heures sur le champ des Batignolles. On ne fit pas de quartier. Mais tous, heureusement, ne périrent pas sous les coups funestes des plus fanatiques des détracteurs du chroniqueur maudit. Les quelques survivants errant dans les brumes givrantes de la forêt de Brocéliande, l'air hagard, le teint blême et la mine dépitée entendirent dans le lointain un rire sarcastique qui virevoltait entre les cîmes des arbres : "Le bec est loin... le bec est loin..."
N'est-ce pas là une belle fin ?
NON, c'est franchement d'un goût douteux ! Bon, on fait ce qu'on peut !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire