samedi 21 décembre 2013

20EME REUNION - MARTIN EDEN - ESSAI DE SYNTHESE DE NOS ECHANGES


Nous accueillons avec un grand plaisir Jean Bernard, un ami de Serge et Catherine, passionné de littérature et auteur de plusieurs livres.


                          (c) M. Bac


  • " Martin Eden " de Jack London

Serge introduit notre réunion en évoquant la naissance de son intérêt pour cet écrivain lorsqu’il était étudiant en seconde.
Martin Eden, c’est en quelque sorte un appel à la vie, à l’aventure, au grand large. Jack London, l'auteur, était déjà lui-même un aventurier à l’âge de vingt ans. C’était un jeune homme inculte, issu d’un milieu modeste, qui aspirait à la grande vie.

Martin Eden, est un personnage qui emprunte pour une bonne part à la vie de Jack London. Il découvre l’amour en la personne de Ruth Morse. Il tombe éperdument amoureux et pour être à la hauteur de cet amour, il décide de changer de vie. Ce changement passe par l’écriture. Martin Eden devient écrivain, c’est aussi un autodidacte qui cherche à sortir de sa classe sociale pour aller à la rencontre de la beauté incarnée par Ruth.
Le roman est l’histoire d’une tragédie, celle d’un jeune aventurier écrivain, qui accède à la gloire et qui un jour doit payer. C’est aussi un livre sur la perte des repères qui se termine sur un mythe, le retour vers les mers du sud.

Ce roman est intemporel, Martin Eden peut faire penser à Rastignac, et à bien d'autres personnages littéraires encore plus anciens, mais tout le monde n’est pas d’accord sur la référence au personnage de Balzac. Le débat s'anime.
Certains évoquent plutôt une parenté avec Barry Lyndon et avec le Bouvard et Pécuchet de Flaubert, livre auquel nous avons naguère consacré une séance du square.

Pour  une partie d'entre nous, Martin Eden est une découverte, pour d’autres il s’agissait d’une relecture. Globalement ce livre fait l’objet d’un consensus, même si certaines réserves sont émises au cours des débats, notamment sur le style de London. Merci à Serge d'avoir choisi Jack London et Martin Eden.

 

·         Rappel de l’histoire ( source : wikipedia)

Le roman se déroule au début du XXe siècle. Martin Eden est un jeune marin d'Oakland né dans les bas-fonds (ainsi que dans l'ignorance et la violence). Sa vie est faite d'aventures, de voyages, mais aussi de brutalité et de travail. C'est ainsi, qu'il défend un jeune homme lors d'une rixe. Celui-ci issu de la classe aisée, l'invite chez lui à dîner pour le remercier. À cette occasion Martin rencontre sa sœur Ruth Morse, jeune fille délicate issue d'une famille bourgeoise dont il tombe amoureux. Il décide de s'instruire pour la conquérir. Petit à petit, d'abord pour plaire à la jeune fille qu'il aime, puis par goût réel de l'étude, il se forge une culture encyclopédique et s'efforce de devenir célèbre en devenant écrivain. Mais malgré le talent qu'il pense avoir, il n'arrive pas à vivre de sa plume. Ruth, qui devient sa fiancée, préférerait qu'il trouve une situation sûre, plutôt que de continuer à écrire. Il constate que la bourgeoisie qui était son modèle initial ne comprend rien à la culture, seules quelques personnes comme son ami Russ Brissenden, dialoguent réellement avec lui. À la suite de la parution d'un article dans un journal local dans lequel il est présenté comme socialiste, ce qu'il n'est pas, Ruth le quitte. Brissenden meurt alors qu'Eden a fait paraître son poème. Il n'a plus le goût d'écrire, mais brusquement il devient un auteur à succès. Il envoie aux revues les œuvres qu'il avait soumises précédemment mais cette fois-ci, les éditeurs les acceptent et en demandent plus, le propulsant au sommet. Voulant se libérer de l'hypocrisie envahissante, Martin Eden part pour s'établir sur une île du Pacifique. Sur le bateau, n'ayant plus le goût à rien, il se laisse glisser à la mer.

 

·         Martin Eden : un livre d’actualité ou un roman d'aventure classique ?

C’est la question qui a certainement fait le plus débat dans l’assemblée.
Les partisans du « modernisme » ou plutôt de l’"actualité" du roman prennent en compte les thèmes traités par l’auteur : l’individualisme forcené de Martin Eden, la société des apparences et des beaux discours, l’hypocrisie systématique de la bourgeoisie, le marketing littéraire, la critique des journalistes etc.
Sous certains côtés les descriptions de la société bourgeoise des Etats-Unis du début du 20ème siècle pourraient être transposées au 21ème siècle.

En revanche, sur l’architecture romanesque, sur le récit en tant que tel, Jack London ne fait preuve d’aucune innovation remarquable. Martin Eden est le récit d’une histoire sur un mode chronologique, sans recherche particulière. A  noter qu'à cette époque, Proust, qui commençait à écrire la Recherche et Joyce, qui publie les Gens de Dublin en 1909, avaient déjà engagé une révolution littéraire majeure.
Quant au style, même si la traduction a paru aux anglicistes, très critiquable, il est très inégal et imparfait. Le roman est très dense, il aurait pu être plus condensé.

La description de certaines situations a également été source de débat. Ainsi la scène du suicide de Martin a pu apparaître à une partie d’entre nous comme totalement surréaliste et à des années lumière de la réalité, tandis que pour d’autres, elle est source d’émotion et de beauté.
Il a également été noté que les personnages secondaires du livre manquaient singulièrement d’épaisseur. Martin, en revanche est un personnage très fort, très puissant.

Cela étant, et malgré ces réserves, le livre de Jack London a été considéré comme facile d’accès (ce qui change avec quelques livres précédents). Il décrit  une histoire quasi-universelle. C‘est un roman écrit pour le lecteur, comme cela a été souligné.


·         Les thèmes du livre

Le thème principal est l’amour, c’est celui qui insuffle la vie au roman. Amour, différencié du sexe ici, comme on l’a fait remarquer.

Autre thème majeur : la volonté de s’arracher à sa classe pour accéder à une  « élite » sociale. C’est, comme on l’a déjà dit, un thème récurrent dans la littérature mondiale, mais qui est traité ici sous un angle original où l’ambition, la volonté de réussir sont subordonnées en quelque sorte à l’amour avec un grand A.
La description de la bourgeoisie américaine de l’époque est féroce, notamment si on la replace dans son contexte en 1909, d’autant plus féroce qu’elle se joue en deux temps : la fascination d’abord et la superficialité, l'hypocrisie ensuite.

Eden attache une grande importance à la connaissance. Mais comme il n'a pu suivre des études pendant sa jeunesse, il se rattrape avec un appétit digne de Bouvard et Pécuchet. Ruth l'encourage. En autodidacte hypermotivé, il acquiert très rapidement une culture qui lui permet d'être l'égal des intellectuels bourgeois.

Autre thème clé du livre : l'argent. Dans le monde ouvrier, l'argent sert avant tout à avoir un toit et à manger. Mais pour Martin l'argent devient un élément de reconnaissance sociale. L'écrivain gagne de l'argent plus qu'il n'en a besoin, lorsqu'il est reconnu.
Mais est-il reconnu pour lui-même ? Quelle est la vraie valeur des choses ? Telles sont les questions posées par London.
Le thème de la perte des repères est également traité par l’auteur de manière très accentuée. Si tout n’est qu’illusion que reste-t-il d’authentique ?

Les thèmes politiques et philosophiques que l'on trouve dans le roman ont attiré l’attention de certains d’entre nous. Jack London parle en effet de socialisme, d'économie, de Nietzsche et de l'individualisme, il parle aussi des poètes. A cet égard, nous avons attaché une importance particulière au personnage de Brissenden qui est aussi un écrivain génial et riche en même temps. C'est un double d'Eden et leurs échanges ont une importance capitale dans la progression de la réflexion de Martin.
Formidable enfin est ce sentiment d’incompréhension éprouvé par Martin. C'est en quelque sorte la clé du livre puisqu’elle débouche sur une fin tragique : avant on me refusait tous mes écrits et aujourd’hui que je suis célèbre, on les publie tous et pourtant mes livres ont été écrits avant, je suis le même je n’ai pas changé.

Un livre sur les désillusions et sur la désespérance et en même temps d'une grande tonicité.

 A noter pour ceux qui aiment Jack London

  • Un livre magnifique « Jack London photographe » paru chez Phébus, 13 octobre 2011, 275 pages
 

  • Une biographie de Jack London par Yves Simon,  publiée par Société des Editions Mengès , 10 septembre 2009, 158 pages
 

1 commentaire:

Pergame a dit…

Bravo pour ton travail Gérard !