lundi 24 mars 2014

21 EME REUNION - LES COUPS DE COEUR DE MICHEL


  • SVETLANA ALEXEIVITCH

"LA FIN DE L'HOMME ROUGE"

·        Broché: 544 pages

·        Editeur : ACTES SUD (31 août 2013)

·        Collection : Lettres russes

 


Armée d’un magnétophone et d’un stylo, Svetlana Alexievitch, avec une acuité, une attention et une fidélité uniques, s’acharne à garder vivante la mémoire de cette tragédie qu’a été l’URSS, à raconter la petite histoire d’une grande utopie. “Le communisme avait un projet insensé : transformer l’homme «ancien», le vieil Adam. Et cela a marché… En soixante dix ans et quelques, on a créé dans le laboratoire du marxisme-léninisme un type d’homme particulier, l’Homo sovieticus.” C’est lui qu’elle a étudié depuis son premier livre, publié en 1985, cet homme rouge condamné à disparaître avec l’implosion de l’Union soviétique qui ne fut suivie d’aucun procès de Nuremberg malgré les millions de morts du régime.
Dans ce magnifique requiem, l’auteur de
La Supplication réinvente une forme littéraire polyphonique singulière, qui fait résonner les voix de centaines de témoins brisés. Des humiliés et des offensés, des gens bien, d’autres moins bien, des mères déportées avec leurs enfants, des staliniens impénitents malgré le Goulag, des enthousiastes de la perestroïka ahuris devant le capitalisme triomphant et, aujourd’hui, des citoyens résistant à l’instauration de nouvelles dictatures…
Sa méthode : “Je pose des questions non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse. Sur la musique, les danses, les coupes de cheveux. Sur les milliers de détails d’une vie qui a disparu. C’est la seule façon d’insérer la catastrophe dans un cadre familier et d’essayer de raconter quelque chose. De deviner quelque chose... L’histoire ne s’intéresse qu’aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n’est pas l’usage de les laisser entrer dans l’histoire. Moi, je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne.”
À la fin subsiste cette interrogation lancinante : pourquoi un tel malheur ? Le malheur russe ? Impossible de se départir de cette impression que ce pays a été “l’enfer d’une autre planète”.
Du même auteur, Michel recommande également "Le cercueil de zinc" et "La supplication".
 
 
  • WILLIAM MARCH
 
"COMPAGNIE K"
·        Broché: 230 pages
·        Editeur : Editions Gallmeister (12 septembre 2013)
·        Collection : AMERICANA
 

William March (1893-1954) est né en Alabama. En 1917, il s'engage dans l'US Marine Corps et combat en France pendant la Première guerre mondiale d'où il reviendra décoré de la Croix de guerre, de la Navy Cross et de la Distinguished Service Cross. Hanté par ce conflit, il mettra dix ans à écrire Compagnie K, son premier roman publié en 1933.

Décembre 1917. Une compagnie de l'US Marines Corps débarque en France et est envoyée au front. Pour la première fois, les hommes de la Compagnie K découvrent la guerre : attaques de nuit, balles qui sifflent, obus qui explosent, ordres absurdes, grondement de l'artillerie, tentation de déserter. Les cent treize soldats qui composent cette compagnie prennent tour à tour la parole pour raconter leur guerre, toutes les guerres. L'un après l'autre, ils décrivent près d'un an de combats, puis le retour au pays pour ceux qui ont pu rentrer, traumatisés, blessés, marqués à jamais par ce qu'ils ont enduré.

Inspiré par l'expérience de son auteur, Compagnie K est un livre inoubliable qui s'inscrit dans la droite ligne d'À l'ouest rien de nouveau d'Erich Maria Remarque. Salué comme un chef-d'oeuvre lors de sa sortie, ce tableau saisissant de la Grande Guerre telle que l'ont vécue les soldats américains est traduit en français pour la première fois.

Le livre de March est le cri de milliers de gorges anonymes. [...] Sa prose est brute, lucide, sans artifice littéraire.
GRAHAM GREENE
 
Ce roman est un chef-d'oeuvre, reconnu comme tel aux Etats-Unis depuis sa parution en 1933 et inédit en français jusqu'à aujourd'hui. William March, l'auteur né en 1893 et mort en 1954, est un ancien combattant de la guerre de 14 d'où il est revenu avec de hautes décorations américaines et la croix de guerre française. Compagnie K est composé de cent treize brefs textes (deux pages en moyenne) à la première personne du singulier mais dont le narrateur change à chaque fois, quoique parfois plusieurs voix racontent le même épisode...
Tous les textes disent une aventure, un caractère ou un destin, avec une simplicité apparente qui les rend bouleversants...
Il y a quelque chose d'extraordinaire dans le courage de William March écrivain, sa capacité à ne jamais s'enfuir, ne jamais reculer face à aucun événement ni aucune sensation. (Mathieu Lindon - Libération du 12 septembre 2013)

" Compagnie K ", de William March, classique américain des tranchées jusqu'ici inédit en français, n'a pas pris une ride...
Formé de 113 fragments, éclaté en autant de points de vue, ce récit kaléidoscopique épouse la chronologie de l'engagement militaire de William Campbell. Débarqué en France en février 1918, le petit gars de l'Alabama rejoignit la ligne de front à Verdun, participa à la meurtrière bataille du Bois Belleau, prit part à celles de Soissons, de Saint-Mihiel, du Blanc Mont, où, blessé lui-même, il secourut un camarade et tint à repousser une contre-attaque de l'ennemi... Publiés dans plusieurs magazines, ces fragments furent rassemblés en recueil au début de 1933, retrouvant ainsi leur unité d'ensemble et l'ordre de leur composition. Hormis quelques voix scandalisées par cette vision brute et désespérée, qui ne ménage ni le lecteur ni la réputation de l'armée américaine, la presse fut enthousiaste. " Le livre de March est le cri de milliers de gorges anonymes ", commenta Graham Greene. Plusieurs critiques notèrent que, en comparaison, A l'ouest rien de nouveau (1929), de l'Allemand Erich Maria Remarque, paraissait gentil, presque idyllique. C'est dire la noirceur de ce recueil, qui ne cèle rien du quotidien des soldats : la faim, le froid, la peur, les atrocités vues et commises des deux côtés, les blessures physiques et les traumatismes psychologiques...
Par la sécheresse de son style, sa forme chorale et fragmentaire, Compagnie K, fresque pointilliste exécutée au fusain et à la sanguine, préfigure Sous les bombes, de l'allemand Gert Ledig. On en sort la gorge nouée. (Macha Séry - Le Monde du 12 septembre 2013)

Scènes de quelques secondes, ­séquences de plusieurs semaines, bru­talité de l'instant ou attentes inter­minables, ces temps différents se déclinent au long de ces témoignages fictifs, qui composent un roman magistral, pulvérisant tous les bons sen­timents. Mais sont-ils fictifs, vraiment ?...
La guerre qu'il raconte est effroyable, stupide, incohérente, hasardeuse, ­menée par des hommes qui condensent toute la palette d'une humanité condamnée à l'inhumanité. En 1933, quand il publie ce livre - demeuré inédit en français jusqu'à ce jour -, March a fait dire à cent treize soldats tout ce que contient la guerre : quelques secondes d'effroi et des années à souffrir. (Gilles Heuré - Télérama du 18 septembre 2013)

D'une confession à l'autre, l'Américain (1893-1954) dépeint les carnages dans leurs moindres détails, une danse macabre où l'Histoire ricane en dévorant des innocents...
Compagnie K est un récit apocalyptique, où les morts surgissent d'outre-tombe en dénonçant la guerre, toutes les formes de guerre. Et où les rescapés ne trouvent pas de mots assez forts pour nommer l'innommable. Froide comme un linceul, l'écriture de William March nous glace d'effroi : requiem pour un monde en flammes, lorsque le cauchemar patrouille dans les tranchées, entre les cadavres. Avec ce commentaire d'un des soldats de la Compagnie K : "J'aimerais qu'ils puissent savoir que j'ai honte pour l'humanité entière." (André Clavel - Lire, octobre 2013)
 
 
 
 
 
  • JAMES FINN  GARNER
"Politiquement correct : Contes d'autrefois pour lecteurs d'aujourd'hui"
·        Relié: 104 pages
·        Editeur : Grasset (4 octobre 1995)
 

Aveuglés par d'absurdes partis pris rétrogrades, nous avons mal compris le Petit Chaperon rouge. Quand le loup lui demande : "Tu n'as pas peur de te promener ainsi toute seule ?" elle se rend parfaitement compte du caractère honteusement sexiste de la remarque. La prend-on pour quelqu'un de mentalement désavantagé ? Simplement, elle répond poliment parce qu'elle tient compte du fait que le loup lui-même, rejeté depuis des siècles par la morgue des "animaux humains", a droit à la considération que méritent toutes les victimes des oppresseurs. D'ailleurs un peu plus tard, chez la Mère-Grand, quand elle se battra avec lui et que voudra intervenir un technicien sylvestre qui passait par là (traduisez : un bûcheron ; et ajoutez : indélicat envers les bûches qui, elles aussi, ont droit au respect), elle enverra paître ce représentant honni du machisme blanc : les minorités n'ont besoin de personne pour régler leurs comptes. Voulez-vous d'autres exemples qui vous aideront à lire ou relire les contes de fées ? Les mauvaises soeurs de Cendrillon ne sont pas des laiderons (ignoble considération phallocrate) mais des jeunes personnes devant relever un défi esthétique. Blanche-Neige n'est pas entourée des sept nains, mais de sept compagnons à la verticalité contrariée...
 
 
 
 
 
 
 

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