A la suite de la
présentation de Claude nos débats ont porté d’abord sur la forme puis sur les
différents thèmes du livre.
Sur le style
Pour quelques participants, le livre est facile à
lire, le style est agréable, naturel et léger. On se laisse bercer par
l’histoire.
On peut penser que l’auteure fait preuve d’une
grande maîtrise du récit dans la mesure où le lecteur ne soupçonne pas le
travail d’écriture qu’il a fallu mettre en œuvre. L’auteure a en quelque sorte
gommé son travail de rédaction. Ceux qui ont lu le livre dans sa version
originale en anglais ont également relevé cette qualité d’écriture.
Nous avons évoqué une écriture à la Murakami.
N’oublions pas qu’Obinze, le personnage masculin principal est un admirateur de
J.H Chase.
On s’est posé aussi la question du public des
lecteurs. Chimamanda vise–t-elle un public nord-américain plus
particulièrement ?
Dans l’ensemble, nous n’avons pas émis de critiques
négatives sur le style. Parfois nous avons évoqué une certaine facilité
notamment en ce qui concerne les relations finalement assez conventionnelles
entre Obinze et Ifemelu.
Certains passages en revanche sont d’une grande
beauté littéraire, comme celui lu par Claude.
Chimamanda joue également très habilement de
l’ironie et de l’humour. Le ton est parfois sarcastique. Mais la vraisemblance
des situations du quotidien rend le livre attrayant et excite notre curiosité
de lecteur.
Plusieurs d’entre nous ont trouvé que le livre
contenait des longueurs et que la dernière partie n’était pas à la hauteur des
deux premières.
Nous avons relevé également l’importance du
vocabulaire utilisé dans les différentes classes sociales. Il y a des mots qui
masquent des phénomènes ou qui permettent de cultiver une certaine bonne
conscience.
Sur l’aspect « découverte d’une vision du
monde » beaucoup de participants ont été sensibles aux situations décrites
par l’auteure, tant celles qui se passent au Nigeria que celles se déroulant
aux Etats-Unis ou en Angleterre.
On n’imagine pas le quotidien d’une femme noire
« africaine » aux USA. Le livre est l’occasion de le découvrir.
Un lecteur en particulier a apprécié le choix de ce
livre qui lui a permis de découvrir le monde des relations inter-raciales aux
USA.
Sur la nature du livre
Il y a certes des aspects très romanesques dans le
livre, mais beaucoup d’entre nous ont parlé d’un écrit à caractère plutôt
sociologique.
La composition du livre, notamment les différentes
rencontres entre Ifemelu et les hommes, ressemble à une sorte de catalogue de
situations archétypales. Les personnages sont sans nuances. On sent parfois un
système derrière le récit.
Néanmoins, cela ne nuit pas à la fluidité de la
lecture.
Sur les personnages
Les comportements des personnages posent parfois
aussi des problèmes de cohérence et de crédibilité. Ainsi Obinzé apparaît comme
un moraliste dans certains passages, alors que dans d’autres il n’hésite pas à
avoir un comportement hors la loi. Il peut s'agir également d'un effet
destructeur lié à la situation d'émigré dans un pays comme la Grande Bretagne.
Le débat reste ouvert.
Les thèmes du livre
S’agissant des thèmes, nous avons évoqué : le
racisme aux Etats-Unis dans sa diversité et dans sa complexité, les modèles
sociaux dominants, la décentration qu’opère chez le lecteur blanc européen le
monde américain décrit par une femme noire immigrée, l’exil et la condition de
ceux qui reviennent dans leur pays d’origine, la société nigériane des gens
aisés et le rôle des femmes dans cette société. On sait que Chimamanda est une
féministe engagée.
« Americanah » a l’avantage de poser de
nombreuses questions, sous un angle différent de ce qu’on trouve habituellement
dans la littérature. Ces questions sont totalement celles de notre époque. On
remarque aussi que l’auteure apporte des réponses.
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