« BELLE DU SEIGNEUR » d’ALBERT COHEN
· Broché: 853 pages
· Editeur : Gallimard; Édition :
Gallimard (1983)
· Collection : Blanche
« Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient,
d'eux seuls préoccupés, goûtaient l'un à l'autre, soigneux, profonds, perdus.
Béate d'être tenue et guidée, elle ignorait le monde, écoutait le bonheur dans
ses veines, parfois s'admirant dans les hautes glaces des murs, élégante,
émouvante, exceptionnelle, femme aimée, parfois reculant la tête pour mieux le
voir qui lui murmurait des merveilles point toujours comprises, car elle le
regardait trop, mais toujours de toute son âme approuvées, qui lui murmurait
qu'ils étaient amoureux, et elle avait alors un impalpable rire tremblé, voilà,
oui, c'était cela, amoureux, et il lui murmurait qu'il se mourait de baiser et
bénir les longs cils recourbés, mais non pas ici, plus tard, lorsqu'ils
seraient seuls, et alors elle murmurait qu'ils avaient toute la vie, et soudain
elle avait peur de lui avoir déplu, trop sûre d'elle, mais non, ô bonheur, il lui
souriait et contre lui la gardait et murmurait que tous les soirs ils se
verraient.» Ariane devant son seigneur, son maître, son aimé Solal, tous deux
entourés d'une foule de comparses : ce roman n'est rien de moins que
le chef-d'œuvre de la littérature amoureuse de notre époque.
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« FAUT ÊTRE PRUDENT AU PAYS DE LA LIBERTÉ » de
JAMES KELMAN, traduction de CELINE SCHWALLER
· Broché: 408 pages
· Editeur : Anne-Marie Métailié (24
août 2006)
· Collection : Bibliothèque
Ecossaise
Jeremiah Brown, le narrateur du dernier roman de James
Kelman, a décidé de quitter les États-Unis pour rendre visite à sa mère en
Écosse. Pendant cette dernière nuit dans son pays d'adoption - qui ne sera sans
doute pas sa dernière nuit - Jeremiah échappe à sa sinistre chambre de motel,
au fin fond de nulle part, pour aller faire la tournée des quelques bars du
coin et réfléchir à sa vie, un peu ratée, d'immigré en Amérique. Une vie faite
de petits boulots, de rencontres fortuites avec d'autres immigrés comme lui,
mais animée aussi par son refus de l'ordre établi, quel qu'il soit, et son
amour pour Jasmin, son ex-amie, chanteuse de jazz et mère de son enfant.
Dans un long monologue intérieur, entrecoupé de menus incidents autour des bières qu'il déguste, Jeremiah tente confusément de comprendre sa rupture avec celle qu'il continue à aimer à sa façon, sans emphase et sans fioritures.
Comme tant de personnages dans l'univers romanesque de James Kelman, Jeremiah Brown n'est ni héros ni antihéros : c'est un homme ordinaire, abonné aux jeux de hasard, y compris les plus extravagants (les paris sur les accidents d'avions.), athée et rétif à l'autorité dans un pays étrange, souvent peu accueillant pour l'immigré qu'il est, mais qu'il ne se résout pourtant pas à quitter.
La voix de ce roman, tout comme celle du Poinçonneur Hines ou du Mécontentement, a toujours cette qualité rare, cette énergie puisée dans la vie de tous les jours. Elle tangue entre la violence du refus de Jeremiah d'accepter les contraintes d'une vie de salarié précaire et l'humour anarchique de celui qui n'arrive jamais à se prendre complètement au sérieux. James Kelman est un des grands explorateurs contemporains de l'existence des gens ordinaires.
Dans un long monologue intérieur, entrecoupé de menus incidents autour des bières qu'il déguste, Jeremiah tente confusément de comprendre sa rupture avec celle qu'il continue à aimer à sa façon, sans emphase et sans fioritures.
Comme tant de personnages dans l'univers romanesque de James Kelman, Jeremiah Brown n'est ni héros ni antihéros : c'est un homme ordinaire, abonné aux jeux de hasard, y compris les plus extravagants (les paris sur les accidents d'avions.), athée et rétif à l'autorité dans un pays étrange, souvent peu accueillant pour l'immigré qu'il est, mais qu'il ne se résout pourtant pas à quitter.
La voix de ce roman, tout comme celle du Poinçonneur Hines ou du Mécontentement, a toujours cette qualité rare, cette énergie puisée dans la vie de tous les jours. Elle tangue entre la violence du refus de Jeremiah d'accepter les contraintes d'une vie de salarié précaire et l'humour anarchique de celui qui n'arrive jamais à se prendre complètement au sérieux. James Kelman est un des grands explorateurs contemporains de l'existence des gens ordinaires.


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