jeudi 14 décembre 2023

Présentation de "L'échiquier" de Jean-Philippe TOUSSAINT (55ème séance du Square du 13/12/2024)

 









Livre présenté par Michel Espagnon

Présents :

Michel E. (le « rapporteur)

Catherine

Marie-Odile

Chantal M

Lorraine

Monique

Michel B.

Jean-Paul

Jean-Bernard

François D.

Claude

Claude ouvre la séance en témoignant du plaisir de retrouver François autour de la table. Il rappelle que Jean-Bernard est l’auteur d’un nouveau livre, « Les nuits de Kaboul sentent la menthe et l’ordure », disponible sur internet. La version papier devrait arriver sous peu.

https://www.librinova.com/librairie/jean-bernard-veron/les-nuits-de-kaboul-sentent-la-menthe-et-l-ordure-1

Claude évoque le fait que c’est toujours un peu compliqué (pour lui et pour la réservation) de savoir à l’avance que nous pourrons être au moins une douzaine, bien que la date de la prochaine séance soit annoncée suffisamment tôt. Si les participants connaissent des personnes intéressées, prêtes à venir régulièrement : ne pas hésiter. Michel E. et Jean-Paul semblent en connaître. À suivre.

Michel E. présente « L’échiquier ». Il indique qu’il a eu la chance d’assister à une rencontre en présence de Jean-Paul Toussaint dans la librairie près de chez lui. Cette rencontre lui a permis de « nourrir » son propos. D’entrée, il souligne la très grande différence, voire l’opposition sur le plan littéraire, entre « Vie et destin » - le livre précédent du Square - et « L’échiquier ». Une épopée historique foisonnante de personnages dans le 1er cas et un livre intimiste, minimaliste, « présentant des états d’âme » pour le second.

Michel E. rappelle que Toussaint est né en 1957 à Bruxelles d’un père rédacteur en chef du quotidien « Le Soir » et d’une mère qui tient une belle librairie à Bruxelles. Il fait des études à Science Po Paris puis part 2 années en tant qu’enseignant de français en Algérie.

Il commence à écrire dans les années 80. Il est découvert par l’éditeur Jérôme Lindon (Éditions de Minuit) et le succès arrive avec son premier livre publié : « La salle de bains ». Le succès ne se départira pas pour la suite de sa production littéraire. Celle-ci est couronnée par de très nombreux prix.

Toussaint est très introduit dans les cercles culturels. Il est reçu à l’Académie Belge de la littérature française.

Parallèlement à son activité très intense d’écriture, il réalise des films et des documentaires, fait de la photographie et participe à des expositions (celle du Louvre autour du célèbre tableau de Fantin-Latour représentant les grands créateurs de son temps, par ex.).

Il attache beaucoup d’importance à la question du travail d’écriture. Comme il l’écrit dans « L’échiquier », il retravaille énormément ces textes. Il développe une très grande exigence dans l’élaboration de ses livres. C’est un « styliste ». Elle correspond à la très haute idée qu’il a de la littérature. Un échange se fait autour de la table sur la question de l’opinion qu’il se fait de lui-même, écrivain : assez haute également, pour certains. Mais n’est-ce pas une attitude courante chez les créateurs ?

Toussaint revendique de ne pas faire de « récit » à proprement parlé. Ces romans ne présentent pas non plus une dimension psychologique au sens traditionnel.

Pour Michel E., ses romans fourmillent d’images et sont très cinématographiques. « Il écrit comme un peintre ». Il développe également un certain art de l’ellipse. Michel E. parle d’une vision « caléidoscopique » de son écriture.

Ses écrivains de référence sont, entre autres, Nabokov, Borges et Kafka.

Les thèmes abordés dans son œuvre sont : 1) l’éloignement, la solitude, une certaine distanciation vis-à-vis des gens et du monde 2) l’effacement de la mémoire et son corollaire : la mélancolie (Les souvenirs engendrent la mélancolie » écrit-il) 3) le travail de l’écrivain (« Le livre, pendant que je l’écris, est un sanctuaire »).

« L’échiquier » présente 2 chronologies : celle de la Covid et celle de la mémoire enfouie. Dans celle-ci, son père, associé à la figure de Stefan Zweig, et ses amis morts jeunes (3) occupent une place importante. Une question légitime est de se demander s’il s’agit d’une autobiographie. Toussaint semble s’en défendre, bien que … Michel E. suggère que ce roman pourrait représenter une introduction à une autobiographie qui viendrait plus tard.

Ce que Michel E. apprécie en particulier dans les romans de Toussaint, ce sont ces personnages qui perdent leurs marques et leurs repères. Des observateurs-spectateurs d’évènements qui semblent leur échapper.

Lors de la présentation du livre, il a posé la question suivante à Toussaint : « Est-ce que vous avez été inspiré par Julien Green ? » La réponse de Toussaint : « C’est drôle car un ami, ce matin, m’a dit que je devrais livre Julien Green ; que je n’ai jamais lu. »

 

Résumé des échanges :

Lorraine s’est demandé si l’échiquier avec ses 64 cases et le jeu lui-même n’étaient pas une métaphore de la vie. Elle a vu une dimension très psychanalytique dans ce livre et une certaine noirceur. La question de la mort (notamment avec la Covid) est très présente en filigrane. Ne serait-ce pas un testament plutôt qu’une autobiographie ? Et la vie est-elle un jeu ?

Marie-Odile a détesté le livre. Elle évoque un autre roman de Toussaint « Fuir », dans lequel les textes, dit-elle, sont très beaux. Chantal M. n’est pas loin de partager l’avis de Marie-Odile. Elle s’interroge sur l’accueil dithyrambique et quasi unanime du livre par la critique.

François partage le point de vue de Marie-Odile sur « Fuir ». Il a juste parcouru « L’échiquier », mais n’a pas souhaité aller plus loin. Un livre qui ne l’intéressait pas a priori.

Catherine évoque « Les mots » de Sartre qu’elle est en train de relire et le parallèle entre les 2 auteurs pour ce qui est d’écrire et de lire. Elle attire notre attention sur un petit livre de Toussaint », « La disparition du paysage », qu’elle a trouvé remarquable et dont la lecture est très complémentaire de « L’échiquier ».

Monique n’a pas été emballée par le livre. Les questions existentielles que Toussaint se posent sont des questions de « boomers » : le retour vers le passé, la peur de la mort et de la pandémie, etc.

Jean-Bernard a, semble-t-il, été davantage séduit par le style de Toussaint que par le fond du livre. C’est un peu l’avis de Michel B. également.

Claude a bien aimé « L’échiquier » mais beaucoup moins que « Tout sur Marie » qu’il a relu à cette occasion. Il a trouvé au livre des accents « proustiens », notamment dans cette trace de damier repéré sur le sol du hall de l’école et qui contribue à déclencher l’exercice de mémoire auquel il se livre dans le roman. Il a noté quelques très beaux passages comme la conquête de sa compagne, Madeleine, et sa description de sa méthode d’écriture (le parallèle avec une plongée « abyssale »). Pour plus de commentaires sur le point de vue de Claude : Everybody Knows: « L’échiquier » de Jean-Philippe Toussaint (pergame-shelter.blogspot.com)

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