Livre présenté par Michel Espagnon
Présents :
Michel E. (le « rapporteur)
Catherine
Marie-Odile
Chantal M
Lorraine
Monique
Michel B.
Jean-Paul
Jean-Bernard
François D.
Claude
Claude ouvre la séance en témoignant du
plaisir de retrouver François autour de la table. Il rappelle que Jean-Bernard est
l’auteur d’un nouveau livre, « Les nuits de Kaboul sentent la menthe et l’ordure »,
disponible sur internet. La version papier devrait arriver sous peu.
Claude
évoque le fait que c’est toujours un peu compliqué (pour lui et pour la
réservation) de savoir à l’avance que nous pourrons être au moins une douzaine,
bien que la date de la prochaine séance soit annoncée suffisamment tôt. Si les
participants connaissent des personnes intéressées, prêtes à venir
régulièrement : ne pas hésiter. Michel E. et Jean-Paul semblent en
connaître. À suivre.
Michel
E. présente « L’échiquier ». Il indique qu’il a eu la chance d’assister
à une rencontre en présence de Jean-Paul Toussaint dans la librairie près de
chez lui. Cette rencontre lui a permis de « nourrir » son propos. D’entrée,
il souligne la très grande différence, voire l’opposition sur le plan
littéraire, entre « Vie et destin » - le livre précédent du Square -
et « L’échiquier ». Une épopée historique foisonnante de
personnages dans le 1er cas et un livre intimiste, minimaliste, « présentant
des états d’âme » pour le second.
Michel
E. rappelle que Toussaint est né en 1957 à Bruxelles d’un père rédacteur en
chef du quotidien « Le Soir » et d’une mère qui tient une belle
librairie à Bruxelles. Il fait des études à Science Po Paris puis part 2 années
en tant qu’enseignant de français en Algérie.
Il
commence à écrire dans les années 80. Il est découvert par l’éditeur Jérôme
Lindon (Éditions de Minuit) et le succès arrive avec son premier livre publié :
« La salle de bains ». Le succès ne se départira pas pour la suite de
sa production littéraire. Celle-ci est couronnée par de très nombreux prix.
Toussaint
est très introduit dans les cercles culturels. Il est reçu à l’Académie Belge
de la littérature française.
Parallèlement
à son activité très intense d’écriture, il réalise des films et des
documentaires, fait de la photographie et participe à des expositions (celle du
Louvre autour du célèbre tableau de Fantin-Latour représentant les grands créateurs
de son temps, par ex.).
Il attache
beaucoup d’importance à la question du travail d’écriture. Comme il l’écrit
dans « L’échiquier », il retravaille énormément ces textes. Il
développe une très grande exigence dans l’élaboration de ses livres. C’est un « styliste ».
Elle correspond à la très haute idée qu’il a de la littérature. Un échange se
fait autour de la table sur la question de l’opinion qu’il se fait de lui-même,
écrivain : assez haute également, pour certains. Mais n’est-ce pas une
attitude courante chez les créateurs ?
Toussaint
revendique de ne pas faire de « récit » à proprement parlé. Ces
romans ne présentent pas non plus une dimension psychologique au sens
traditionnel.
Pour
Michel E., ses romans fourmillent d’images et sont très cinématographiques. « Il
écrit comme un peintre ». Il développe également un certain art de l’ellipse.
Michel E. parle d’une vision « caléidoscopique » de son écriture.
Ses
écrivains de référence sont, entre autres, Nabokov, Borges et Kafka.
Les
thèmes abordés dans son œuvre sont : 1) l’éloignement, la solitude, une
certaine distanciation vis-à-vis des gens et du monde 2) l’effacement de la
mémoire et son corollaire : la mélancolie (Les souvenirs engendrent la
mélancolie » écrit-il) 3) le travail de l’écrivain (« Le livre,
pendant que je l’écris, est un sanctuaire »).
« L’échiquier »
présente 2 chronologies : celle de la Covid et celle de la mémoire
enfouie. Dans celle-ci, son père, associé à la figure de Stefan Zweig, et ses
amis morts jeunes (3) occupent une place importante. Une question légitime est
de se demander s’il s’agit d’une autobiographie. Toussaint semble s’en
défendre, bien que … Michel E. suggère que ce roman pourrait représenter une introduction
à une autobiographie qui viendrait plus tard.
Ce
que Michel E. apprécie en particulier dans les romans de Toussaint, ce sont ces
personnages qui perdent leurs marques et leurs repères. Des observateurs-spectateurs
d’évènements qui semblent leur échapper.
Lors
de la présentation du livre, il a posé la question suivante à Toussaint : « Est-ce
que vous avez été inspiré par Julien Green ? » La réponse de
Toussaint : « C’est drôle car un ami, ce matin, m’a dit que je
devrais livre Julien Green ; que je n’ai jamais lu. »
Résumé
des échanges :
Lorraine s’est demandé si l’échiquier avec ses 64 cases et le jeu
lui-même n’étaient pas une métaphore de la vie. Elle a vu une dimension très psychanalytique
dans ce livre et une certaine noirceur. La question de la mort (notamment avec
la Covid) est très présente en filigrane. Ne serait-ce pas un testament plutôt
qu’une autobiographie ? Et la vie est-elle un jeu ?
Marie-Odile
a détesté le livre. Elle évoque un autre roman de Toussaint « Fuir »,
dans lequel les textes, dit-elle, sont très beaux. Chantal M. n’est pas loin de
partager l’avis de Marie-Odile. Elle s’interroge sur l’accueil dithyrambique et
quasi unanime du livre par la critique.
François
partage le point de vue de Marie-Odile sur « Fuir ». Il a juste
parcouru « L’échiquier », mais n’a pas souhaité aller plus loin. Un
livre qui ne l’intéressait pas a priori.
Catherine
évoque « Les mots » de Sartre qu’elle est en train de relire et le
parallèle entre les 2 auteurs pour ce qui est d’écrire et de lire. Elle attire
notre attention sur un petit livre de Toussaint », « La disparition
du paysage », qu’elle a trouvé remarquable et dont la lecture est très
complémentaire de « L’échiquier ».
Monique
n’a pas été emballée par le livre. Les questions existentielles que Toussaint
se posent sont des questions de « boomers » : le retour vers le
passé, la peur de la mort et de la pandémie, etc.
Jean-Bernard
a, semble-t-il, été davantage séduit par le style de Toussaint que par le fond
du livre. C’est un peu l’avis de Michel B. également.
Claude a bien aimé « L’échiquier » mais beaucoup moins que « Tout sur Marie » qu’il a relu à cette occasion. Il a trouvé au livre des accents « proustiens », notamment dans cette trace de damier repéré sur le sol du hall de l’école et qui contribue à déclencher l’exercice de mémoire auquel il se livre dans le roman. Il a noté quelques très beaux passages comme la conquête de sa compagne, Madeleine, et sa description de sa méthode d’écriture (le parallèle avec une plongée « abyssale »). Pour plus de commentaires sur le point de vue de Claude : Everybody Knows: « L’échiquier » de Jean-Philippe Toussaint (pergame-shelter.blogspot.com)

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