Merci à tous pour votre chaleureuse et assidue participation depuis le 5 juin 2009, date de notre première réunion au Square Trousseau.
Monique nous a présente Ernest HEMINGWAY, l'homme et l'écrivain. Voici le texte de sa présentation.
"Ce qui peut
arriver de mieux à un écrivain, c'est de vivre une enfance malheureuse."
Le 21 juillet 1899, un gros bébé de
cinq kilos, prénommé Ernest Miller, voit le jour à Oak Park, commune huppée des
faubourgs de Chicago.
La mère, Grace, est professeur de
chant. Contralto à la carrière avortée ,elle se comporte en diva. Le père,
Clarence Edmonds - surnommé Ed -, est médecin.
Grace
Hemingway a donné à son fils aîné le prénom de son propre père, héros de la
guerre de Sécession. Ernest a quatre sœurs et un petit frère. Leur mère les
initie aux arts mais Ernie ne supporte pas l'ancienne cantatrice devenue...
castratrice. Elle l'appelle "poupée chérie", l'habille en fille et
refuse de lui couper les cheveux. Il la qualifiera plus tard d'égoïste,
d'hystérique et même de "salope".
Ernest
apprécie la compagnie de son père, qui l'emmène pêcher la truite dès l'âge de
trois ans. Il évoquera, dans la nouvelle Père et fils, les merveilleux
moments passés à Walloon Lake, Michigan, en territoire indien.
A
l'école, doué en anglais, en latin mais aussi en sciences et en algèbre, Ernest
est souvent premier de sa classe. Il dévore le Robinson Crusoé de
Defoe, Walter Scott, Dickens, Mark Twain, Kipling, tous écrivains de l'action,
de l'aventure et des grands espaces.
Au
sortir du collège, renonçant à l'université, Hemingway entre comme reporter au
Star de Kansas City. Journaliste, il apprend à « écrire des phrases
claires, éviter les adjectifs passe-partout, faire des récits intéressants, des
phrases courtes dans un anglais vigoureux et souple ». C'est donc dans le
journalisme qu'il apprend ce style sec, rigoureux, ce laconisme de
procès-verbal et cet art de regarder. Ernest Hemingway n'abandonnera jamais le
journalisme : il sera reporter en Europe, en Asie et en Orient.
Trente-cinq ans de journalisme nourrissent son œuvre.
En
1914, Ernest Hemingway rêve de participer à la Grande Guerre. Mais il est
réformé en raison de sa mauvaise vue. Il s'engage comme volontaire de la
Croix-Rouge. Le 8 juillet, il se trouve dans une tranchée avec trois hommes
quand un obus autrichien tombe sur eux. Les jambes d'Hemingway sont criblées
d'éclats. Il parvient à hisser le seul survivant sur son dos et à le porter
sous le feu ennemi.
le jeune Hemingway regagne son pays
en janvier 1919. On accueille en héros le premier Américain à revenir blessé du
front italien. A Chicago, il fait la connaissance de Sherwood Anderson,
écrivain en vogue qui prône la révolution des lettres américaines par le
dépouillement du style. Anderson a vécu à Paris et encourage Hemingway à
l'imiter.
Il rencontre aussi Elizabeth Hadley
Richardson, une jolie rousse de huit ans son aînée. Ils se marient en septembre
1921.
Il suit le conseil d'Anderson et se fait
engager comme correspondant en Europe du Toronto Star, décidé à faire
ses débuts littéraires dans la ville des Lumières.
Sherwood Anderson lui a remis des
lettres de recommandation à l'attention de ses amis Gertrude Stein, Sylvia
Beach, Ezra Pound et James Joyce. Autant dire l'avant-garde de la petite
colonie anglo-saxonne.
En 1919, les Etats-Unis ont ratifié
l'amendement sur la prohibition de l'alcool. Pour les artistes américains, les
Etats-Unis ne sont plus synonymes de liberté mais d'hypocrisie. Et Paris
symbolise la modernité. Ses terrasses de café ne désemplissent pas.
Montparnasse pullule de peintres, de musiciens et de poètes. Un carrefour
obligé pour tout écrivain en mal de reconnaissance. La France offre un avantage
supplémentaire aux Américains : le taux de change est particulièrement
intéressant.
A parcourir les capitales d'Europe
pour le Toronto Star - Hem s'épuise. Cela l'empêche de peaufiner ses
nouvelles et de se lancer, enfin, dans le roman. Il finit par démissionner en
1924 et mettra encore deux ans pour publier Le soleil se lève aussi.
En 1927, il divorce pour épouser sa
maîtresse Pauline Pfeiffer, journaliste à Vogue, puis entame L'adieu
aux armes. "Pendant que j'écrivais le premier jet, mon second fils
Patrick vint au monde et pendant que je récrivais l'ouvrage, mon père se tua à
Oak Park, Illinois..."
Pour oublier les fantômes d'Oak
Park, le couple Hemingway s'installe à Key West, à la pointe de la Floride. En
1931, Pauline donne un troisième fils à son mari, Gregory. Quand L'adieu
aux armes paraît, 80 000 exemplaires s'écoulent en quelques mois.
Hemingway devient une célébrité, les journaux s'arrachent ses nouvelles,
Hollywood achète les droits et l'argent coule à flots. Il entreprend la tournée
des bars, adopte une armée de chats (qui reposent toujours dans le cimetière de
son jardin), s'offre un bateau pour pêcher au gros dans la mer des Caraïbes.
En tant que journaliste, il a
assisté, lucide, à la montée de l'extrême droite en Europe et annonce, dès 1934
: "La tragédie est proche."Ses séjours en terre ibérique lui ont fait
aimer le peuple espagnol. Il va s'engager dès 1936 aux côtés des républicains :
"Le fascisme est un mensonge, il est condamné à la stérilité littéraire.
Un écrivain qui n'a pas le sentiment de la justice ou de l'injustice ferait
mieux de se consacrer à l'édition d'un annuaire."
Hemingway offre pour 40 000 dollars
de matériel sanitaire à l'armée loyaliste et devient correspondant de guerre de
la North American Newspaper Alliance pour couvrir la guerre civile espagnole.
L'écrivain
retourne plusieurs fois dans Madrid assiégé, sous le feu des batteries
allemandes, et y retrouve Martha Gellhorn, une correspondante de guerre
"qui en a". Elle deviendra sa troisième épouse.
Selon la petite
histoire, il se serait entendu avec André Malraux, rencontré sur place : l'un
écrirait sur le début de la guerre d'Espagne, l'autre sur la fin. Cette entente
cordiale donnera L'espoir et... Pour qui sonne le glas.
Comme Hemingway
l'avait prophétisé, la victoire du franquisme a affaibli les démocraties
européennes et entraîné la Seconde Guerre mondiale. Il lui faut poursuivre le
combat contre les nazis. Il monte un réseau de contre-espionnage à Cuba .
On le retrouve en Normandie,
immortalisé par le photographe Robert Capa lors du Débarquement. Hemingway se
l'était juré : être toujours là où l'Histoire s'écrit ! Sa propre
"division", composée d'admirateurs des FFI, lui permet de participer
à la libération de Rambouillet.
Après la guerre, Hemingway n'est
plus le même. L'action lui manque.
Ses proches décrivent un être
hâbleur, gavé de succès, ivrogne, colérique et volontiers bagarreur. Martha le
trouve pathétique et demande le divorce. Complètement à la dérive, il ingurgite
un litre de whisky par jour et voit des nazis sans visage dans ses cauchemars.
Incompris, il s'exile pour se consacrer à la pêche, à ses chats et à
l'écriture. Il épouse Mary Welsh, plus dévouée, plus effacée que Martha.
Il a découvert Cuba dans les années
1930 : l'île se situe juste en face de Key West. Son cadre lui avait inspiré En
avoir ou pas, adapté au cinéma par Howard Hawks sous le titre Le port
de l'angoisse .
Il achète une vaste propriété sur
les hauteurs, la Finca Vigia, réplique de la Spanish House de Key West, et
reçoit les stars d'Hollywood au bord de sa piscine. Son installation à Cuba
attire les soupçons du FBI. Edgar Hoover, l'un des hommes les plus puissants
d'Amérique, met l'écrivain sous surveillance.
Le monde littéraire le croyait fini
quand Hemingway publie Le vieil homme et la mer en 1952. Ce chef-d'oeuvre
de dépouillement lui vaut le prix Pulitzer. Puis la presse annonce la mort du
grand écrivain dans un accident d'avion en Afrique. Cela l'amuse : il conserve
les articles nécrologiques laudateurs dans un album relié en peau de lion. Les
séquelles empêcheront l'écrivain de se rendre à la remise de son prix Nobel de
littérature, décerné en 1954
Hemingway quitte son paradis tropical
après la révolution cubaine, il ne supporte plus l'antiaméricanisme de
l'île.
Retranché dans sa maison aux airs
de bunker, dans l'Idaho, il souffre d'hypertension, de diabète, d'impuissance
sexuelle, d'une cirrhose, d'un début de la maladie d'Alzheimer et surtout d'une
dépression. Devenu paranoïaque, il voyait des agents du FBI partout.
Hemingway met fin à ses jours peu
avant son soixante-deuxième anniversaire.
STYLE :
« La plus grande difficulté,
dit-il, c'était de décrire ce qui s'était réellement passé au moment de
l'événement. Quand on écrit pour un journal, on raconte ce qui s'est passé et,
à l'aide d'un procédé ou d'un autre, on arrive à communiquer l'émotion au
lecteur, car l'émotion confère toujours une certaine vérité au récit d'un
événement du jour. Mais la chose réelle, la succession mouvante des phénomènes
qui produit l'émotion, cette réalité qui serait valable dans un an ou dans dix
ans et, avec de la chance et assez de pureté d'expression, pour toujours, j'en
étais encore loin et je m'acharnais à l'atteindre. » « J'essayais,
ajoute-t-il, d'écrire en commençant par les choses les plus simples. »
C'est alors qu'il met au point son
célèbre style, glacé, simple, rigoureux, qui note les faits avec une
objectivité de procès-verbal. D'abord il remplace les développements
psychologiques par le récit de l'action et du comportement des personnages.
Puis il utilise les mots vrais, techniques. Enfin, il tisse un réseau de
correspondances qui crée une ambiance climatique ou linguistique. « La
prose, écrit-il, n'est pas de la décoration, c'est de l'architecture. »
Les techniques de style sont, chez
Hemingway, de la même nature que les techniques de chasse, de pêche, de boxe,
de tauromachie ou de stratégie. Il s'agit à la fois d'évasion et de discipline.
Le style de Hemingway n'admet pas plus de chiqué que celui du torero : il
passe au ras des choses comme l'autre au ras des cornes. Il est célèbre et très
imité.
Ainsi, Hemingway décrit non pas une
émotion, mais le geste et l'objet qui la matérialisent et la symbolisent. Ce
nouveau roman, qui remplace l'analyse par la vision et met un terme à la
littérature d'introspection et au romancier omniscient, doit naturellement
beaucoup au cinéma.
Cette vision objective, ces gestes
sans rime ni raison, ces actions sans commentaires ni projets sont ceux d'êtres
perdus qui agissent à tâtons dans un univers où personne ne juge, n'espère, ne projette
ni ne regrette, parce que rien n'a de sens. L'homme est réduit à ses faits et
gestes, n'a plus ni espoir ni personnalité ; il ne cherche le combat que
par goût du suicide, sachant que le néant – « nada »
– triomphera toujours.
« Dans la pleine lumière d’un
style clair, compact, sans épaisseur et transparent malgré sa densité, dans la
franchise de cette prose dont un critique américain a dit que “chaque mot y
était aussi frais et aussi résistant qu’un caillou ramassé au fond d’un
ruisseau”, d’une simplicité dépouillée, d’une objectivité “à trois dimensions”,
le message spirituel d’Ernest Hemingway prend une extraordinaire éloquence,
établit le critique littéraire Marcel Brion dans son article de novembre
1954. Il s’adresse à ce qu’il y a de plus secret et de plus universel à
la fois en chaque homme.
OEUVRES
Romans
- The Torrents of Spring (1926)
- The Sun Also Rises (1926) Le soleil se lève aussi,
- A Farewell to Arms (1929) L'Adieu aux armes,
- To Have and Have Not (1937) En avoir ou pas,
- For Whom the Bell Tolls (1940) Pour qui sonne le glas,
- Across the River and into the Trees (1950) Au-delà du fleuve et sous les arbres
- The Old Man and the Sea (1952) Le Vieil Homme et la Mer
- Islands in the Stream (1970), roman posthume Îles à la dérive,
- The Garden of Eden (1986), roman posthume Le Jardin d'Éden,
Récits
autobiographiques
- Death in the Afternoon (1932) Mort dans l'après-midi,
- Green Hills of Africa (1935) Les Vertes Collines d'Afrique,
- A Moveable Feast (1964), récit posthume Paris est une fête,
- True at First Light (1999), récit posthume La Vérité à la lumière de l'aube
Recueils de
nouvelles
160 nouvelles
QUELQUES PHOTOS EN COMPLÉMENT
Ernest en 1923
Ernest et Hardley en 1921
Gertrude STEIN devant son portrait peint par Picasso



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