dimanche 27 septembre 2009

DEUX AUTRES LIVRES CONSEILLES PAR PATRICE

Si je ne me trompe pas, Patrice nous a parlé des deux livres ci-dessous ainsi que d'une trilogie d'un auteur suédois dont je n'arrive pas à retrouver le nom.
Pouvez-vous m'aider pour compléter ces références ?



Nous sommes en Alabama dans les années 1930 de la Dépression. Un avocat modéré, personnage inspiré par le père de l'auteur, lui-même homme de loi, défend un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. On n'est pas loin de Sanctuaire, de Faulkner. En plus solaire, et plus velouté. Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, nourri de mythes et de légendes - d'où sans doute l'universalité de son succès -, est le roman d'une double initiation. Celle de deux enfants du Sud à la découverte du monde, de ses beautés et de sa brutalité, du Mal omniprésent à travers préjugés et mensonges; celle d'un adulte, leur père qui, veuf, les élève seul et redécouvre alentour une cruauté que son cœur d'humaniste intègre, un rien idéaliste, tendait à occulter. L'un des deux enfants, la fille, est la voix du livre, son chant profond. De l'ouvrage, magistral par sa poésie, son ampleur et sa lucidité, un film a été tiré, en 1962: le méconnu Du silence et des ombres de Robert Mulligan. Gregory Peck y a gagné l'oscar, et Robert Duvall un début de notoriété dans un personnage secondaire inspiré par Truman Capote, ami d'enfance de Harper Lee. «Je considère Truman comme le meilleur écrivain des années soixante», disait volontiers Harper. Pour la remercier, l'incorrigible Truman prétendit aussitôt qu'il avait écrit les trois quarts de son (unique) livre... On ne trouvera, semble-t-il, aucun autre manuscrit d'elle à publier quand miss Lee fermera les yeux pour toujours. Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur restera donc sans descendance. Un vrai miracle en Alabama.


Michel Grisolia
Lire, février 2005




Trente-cinq années durant, Gilbert Sorrentino a exprimé dans des textes aussi brefs qu’intenses le désarroi que lui inspirait le monde. C’est l’ensemble de ce travail de nouvelliste que restituent les éditions Actes Sud, dans un recueil empreint de poésie et d’amertume. L’auteur, qui n’hésite pas à rompre le fil du récit pour dispenser des instructions de lecture, y dépeint une Amérique déchue, peuplée d’êtres à la fois étranges et repoussants, telle cette femme poupée dont la moitié du visage est défigurée par une croûte purulente. Comme un savant devenu fou, il braque un éclairage cru sur la colonie d’insectes qui grouillent sur sa table d’expérimentation. Avec précision, sadisme presque, il dissèque leurs us et coutumes, exhibe leurs défauts les plus honteux avant de les condamner sans appel. Les aventures sordides de ratés obsédés par la gloire et dévorés de viles pulsions sexuelles succèdent ainsi à des histoires d’amour pathétiques à pleurer. Pourtant, le jugement sévère et le sarcasme blessant dissimulent une profonde empathie. A travers les thèmes de l’identité, de la religion ou même de la conception de l’art, c’est à la société stigmatisante et aliénante que s’en prend ouvertement Gilbert Sorrentino. Il signe des nouvelles lucides et impertinentes, baignées par la lueur blafarde de la lune.
Emilie Vitel
http://www.evene.fr/livres/livre/gilbert-sorrentino-la-lune-dans-son-envol-38577.php

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