
Les Rats, c’est le destin du paysan de Castille contraint par une nature inclémente à trouver dans son propre dénuement sa dignité, mais c’est aussi la tragédie d’une société dont les fondements vacillent et qui accule les hommes à leur propre destruction. Toute l’ingénuité et le savoir du Nini, l’enfant rebelle, ne parviendront pas à rédempter cette humanité condamnée ; le chasseur de rats affirmera dans la fureur sa liberté...
Cet univers où les personnages nous sont donnés dans leur existence élémentaire, manifeste à la fois une profonde complicité avec le monde et une cruauté portée à son expression la plus pure et la plus dépouillée. (Note de l'éditeur)

Ce recueil rassemble quatre nouvelles paysannes qui mettent en scène, dans l’univers rural de la Castille cher à Delibes, des personnages contraints de s’affronter à des situations imprévues auxquelles ils ne peuvent se soustraire, et dont l’un des enjeux majeurs est le respect de leur propre dignité.
Dans Le Linceul, certainement le plus émouvant des récits, un enfant découvre le mystère de la mort et bascule dans le monde adulte, le temps d’une nuit.
Les Noyers évoque la relation d’un vieux paysan – meilleur gauleur de noix de la région – avec son fils, et le drame de l’impossible transmission d’un savoir.
Violence et délicatesse alternent dans les récits tandis que l’action menée par une force sourde déploie un lyrisme qui n’exclut jamais la lucidité de la visionNé en 1920 à Valladolid, en Castille, Miguel Delibes a suivi des études de droit parallèlement à une formation au dessin et à la sculpture. Après une année passée sur un croiseur comme engagé volontaire dans la marine, il a entamé une double carrière de journaliste et de professeur. Son journal, El Norte de Castilla, dont il deviendra le directeur, est une publication de tradition libérale qui a dû se soumettre aux lois franquistes pour durer. Delibes y passera des chroniques cynégétiques et cinématographiques aux éditoriaux sur la situation des paysans qui le mettront à plusieurs reprises en délicatesse avec la censure. Son premier roman lui vaut, à vingt-huit ans, le prix Nadal (le Goncourt espagnol) mais c’est avec son troisième ouvrage, Le Chemin, qu’il atteint une vraie notoriété et, surtout, la plénitude d’un art consacré à l’évocation d’une civilisation rurale vouée à la disparition. Le personnage central de l’enfant (ou de l’innocent) se retrouvera dans les deux autres volets de ce qui constitue une trilogie : Les Rats et Les Saints Innocents. Cependant, Delibes n’a rien d’un écrivain ruraliste. Chasseur écologiste, croyant pourfendeur de toutes les Inquisitions, il a su transmuer en littérature et élever à l’universel son expérience de marin militaire : L’étoffe d’un héros ; sa rencontre avec le Printemps de Prague, ou la perte de sa chère épouse Ángeles : Dame en rouge sur fond gris. Explorateur de la langue castillane dans ses formes poétiques, populaires et dialectales sans qu’il n’y paraisse rien d’« expérimental », son œuvre allie la nouvelle : Le Linceul ; le roman court : Le Fou ; le grand monologue souvent adapté à la scène : Cinq heures avec Mario et le roman de facture « classique », sa dernière œuvre, L’hérétique. Il a obtenu en 1993 le très prestigieux prix Cervantes. Miguel Delibes est mort le 12 mars 2010 dans sa ville natale. (Note de l'éditeur)

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