C'est des
hommes qu'il s'agit; et non pas du ballet des avions, hélicoptères et
autres engins de mort que la toute puissante Amérique a lancé sur les
villages et les rizières du Vietnam.
C’est de simples fantassins dont il est question, qui
arpentent sans relâche les rivages de l’angoisse et de la peur : « Ils se déplaçaient comme des mules. Le
jour, les francs-tireurs leur tiraient dessus ; la nuit, c'était les coups de
mortier ; mais il n'y avait pas de batailles, seulement une marche sans fin, de
village en village, sans but, sans rien perdre ou gagner. Ils marchaient pour
marcher. Ils cheminaient lentement, bêtement, penchés en avant pour résister à
la chaleur, sans penser, tout de sang et d'os, simples grogneurs, combattant
avec leurs jambes, grimpant sur les collines et redescendant dans les rizières,
traversant les rivières, remontant, redescendant sans cesse, toujours en train
de se coltiner des choses, un pas, puis un autre, puis un autre, puis un autre
encore, mais sans volonté, sans intention, parce que c'était automatique,
c'était de l'anatomie, et la guerre n'était qu'une question de posture et de
transport, se coltiner était tout, une sorte d'inertie, une sorte de vide, une
lassitude du désir, de l'intellect, de la conscience, de l'espoir et des
sentiments humains ».
Ou citant le soldat répliquant à ceux qui lui reprochent une imbécile cruauté
« qu’est ce que vous avez tous à
râler ? Après tout je ne suis qu’un gamin ! ».

O’ Brien a eu la chance de « glisser » de Chu Lai à Harvard, devenant un écrivain reconnu.* Dès 1975, il publie « « Die in a combat zone : box me up and ship me home »**. A cette lecture, un de ses anciens compagnons qui, lui, ne s’est pas réinséré dans « le monde », lui demande d’ « écrire une histoire sur un mec qui a l’impression d’avoir été anéanti dans ce trou de merde ….ce mec veut parler de tout ca mais il ne le peut pas.. ». Cet épisode tragique est traité dans « A propos de courage » sous des modes et des points de vue différents et l’écrivain livre là une étincelante illustration de son talent, comme lorsqu’il fait partager au lecteur l’acuité de son questionnement sur la vérité et la véracité de ces histoires ou encore leur « morale »: « une histoire de guerre, si elle est bien racontée doit vous faire croire avec les tripes » …
O Brien excelle en effet à
nous faire ressentir ce que vivent ces jeunes hommes de 20 ans qui « avaient peur de mourir, mais ils avaient
encore plus peur de le montrer » ; « leur but n’était pas l héroïsme,
ils avaient seulement trop peur pour être des lâches ».
S’il n’est pas possible de penser le courage de la même façon après ces
cheminements et ces histoires d’hommes
de la compagnie Alpha, cela tient à une qualité d’écriture qui conjugue comme
rarement finesse et profondeur, empathie
et distanciation.
*par exemple : « Un
livre vital et essentiel – un livre qui compte non seulement pour les lecteurs
qui s’intéressent au Vietnam, mais aussi pour tous ceux qui s’intéressent à
l’art de l’écriture.
THE
NEW YORK TIMES »
**vient d’être traduit en français
« si je meurs au combat » 13ème note éditions, 2012
mb
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