mercredi 3 octobre 2012

ANALYSE DE MICHEL B. "A PROPOS DE COURAGE" DE TIM O BRIEN


C'est des hommes qu'il s'agit; et non pas du ballet des  avions, hélicoptères et autres engins de mort que la toute puissante Amérique  a lancé sur les villages et les rizières du Vietnam.

C’est de simples fantassins dont il est question, qui arpentent sans relâche les rivages de l’angoisse et de la peur : « Ils se déplaçaient comme des mules.  Le jour, les francs-tireurs leur tiraient dessus ; la nuit, c'était les coups de mortier ; mais il n'y avait pas de batailles, seulement une marche sans fin, de village en village, sans but, sans rien perdre ou gagner. Ils marchaient pour marcher. Ils cheminaient lentement, bêtement, penchés en avant pour résister à la chaleur, sans penser, tout de sang et d'os, simples grogneurs, combattant avec leurs jambes, grimpant sur les collines et redescendant dans les rizières, traversant les rivières, remontant, redescendant sans cesse, toujours en train de se coltiner des choses, un pas, puis un autre, puis un autre, puis un autre encore, mais sans volonté, sans intention, parce que c'était automatique, c'était de l'anatomie, et la guerre n'était qu'une question de posture et de transport, se coltiner était tout, une sorte d'inertie, une sorte de vide, une lassitude du désir, de l'intellect, de la conscience, de l'espoir et des sentiments humains ».

 
En 22 textes, dont beaucoup se croisent et se répondent, Tim O Brien tisse des fragments de mémoires  d’une rare densité d’évocation, passant sans esbroufe de l humour à l horreur, disant le soulagement d être celui qui n’a pas sauté sur une mine, de voir autrement le soleil  et la lumière et d’entendre à nouveau le jeu du vent dans les hautes herbes…

Ou citant le soldat répliquant  à ceux qui lui reprochent une imbécile cruauté « qu’est ce que vous avez tous à râler ? Après tout je ne suis qu’un gamin ! ».

Tim O'Brien

O’ Brien a eu la chance de « glisser » de Chu Lai à Harvard, devenant  un écrivain reconnu.* Dès 1975, il publie «  « Die in a combat zone : box me up and ship me home »**. A cette lecture, un de ses anciens compagnons  qui, lui, ne  s’est pas réinséré  dans « le monde », lui demande d’ « écrire une histoire sur un mec qui a l’impression d’avoir été anéanti dans ce trou de merde ….ce mec veut parler de tout ca mais il ne le peut pas.. ». Cet épisode tragique est traité dans « A propos de courage » sous des modes et des points de vue différents et l’écrivain livre là une étincelante illustration de son talent, comme lorsqu’il fait partager au lecteur l’acuité de son questionnement sur la vérité et la véracité de ces histoires ou encore leur « morale »: « une histoire de guerre, si elle est bien racontée doit vous faire croire avec les tripes »

O Brien excelle en effet à nous faire ressentir ce que vivent ces jeunes hommes de 20 ans qui « avaient peur de mourir, mais ils avaient encore plus peur de le montrer » ; « leur but n’était pas l héroïsme, ils avaient seulement trop peur pour être des lâches ».

S’il n’est pas possible de penser le courage de la même façon après ces cheminements et ces histoires  d’hommes de la compagnie Alpha, cela tient à une qualité d’écriture qui conjugue comme rarement finesse et profondeur, empathie  et distanciation.

*par exemple : « Un livre vital et essentiel – un livre qui compte non seulement pour les lecteurs qui s’intéressent au Vietnam, mais aussi pour tous ceux qui s’intéressent à l’art de l’écriture.

THE NEW YORK TIMES »

**vient d’être traduit en français « si je meurs au combat » 13ème note éditions, 2012

mb

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