dimanche 17 février 2013

LES COUPS DE COEUR D'AGNES ET DE MICHEL


  • COUP DE COEUR D'AGNES


« Beloved » de Toni Morrison, 10/18 Domaine étranger, 2008, 379 p.

Inspiré d'un fait divers survenu en 1856, Beloved exhume l'horreur et la folie d'un passé douloureux. Sethe est une ancienne esclave qui, au nom de l'amour et de la liberté, a tué l'enfant qu'elle chérissait pour ne pas la voir vivre l'expérience avilissante de la servitude. Quelques années plus tard, le fantôme de Beloved, la petite fille disparue, revient douloureusement hanter sa mère coupable. Loin de tous les clichés, Toni Morrison ranime la mémoire, exorcise le passé et transcende la douleur des opprimés.
 
 

  •  COUPS DE COEUR D'AGNES ET D'ALAIN-PIERRE (on peut associer aussi Claude et Gérard)

"Peste et Choléra" de Patrick Deville, prix Femina 2012, édit. Seuil, 219 p.

Quand Louis Pasteur expérimente avec succès le vaccin contre la rage, il ouvre de nouvelles et formidables perspectives à la biologie et à la médecine. Il chargera plus tard  ses élèves ou disciples de prolonger ses recherches à travers le monde. Les jeunes pasteuriens partent pour de longs périples. Parmi eux, Alexandre Yersin, d’origine suisse (il est né à Morges en 1863), naturalisé Français pour les besoins de la science, qui se forme sur le tas et part très vite en Indochine, où il passera le plus clair de sa vie, loin des brouhahas parisiens et des fracas guerriers. Il multiplie là-bas les observations épidémiologiques mais aussi bien géographiques, astronomiques ou météorologiques. C’est que ces jeunes gens sont curieux de tout, Yersin en particulier. Ami du politicien Doumer, Yersin se trouve à l’origine de la ville de Dalat, dans l’actuel Vietnam, puis il s’installe à Nha Trang pour y mener passionnément ses multiples activités de chercheur. Elevage bovin, culture de l’hévéa, des orchidées, de la quinine : il pourrait faire fortune mais tout va au financement des recherches et de l’Institut Pasteur créé entre-temps. La science l’absorbe, il n’aura ni femme ni enfant. Parfois il revient en Europe, mais c’est le plus souvent de loin, à la radio ou par les journaux, qu’il reçoit l’écho des conflits mondiaux et de leurs atrocités. Il meurt en 1943, conscient mais pas tout à fait amer que son nom n’aura pas la même gloire posthume que son maître, Louis Pasteur, et demeurera essentiellement attaché à la découverte du bacille de la peste à Hong-Kong en
1894.
C’est cette formidable aventure scientifique et humaine que raconte Deville en croisant les périodes et les personnages autour de la figure de Yersin.
 
 
  • COUPS DE COEUR DE MICHEL
« La bataille d’Occident » d’Eric Vuillard, Actes Sud, 2012, 180 p.
Voir dans ce blog l’article du 3 octobre de Michel Bac.
 
 
« 14 » de Jean Echenoz, édit de Minuit, 2012, 123 p.
La guerre de 14 vue à travers le parcours de quatre jeunes vendéens, qui connaîtront des fortunes diverses. L'"intrigue" importe peu ici; il ne s'agit pas, contrairement aux remarquables "Champs d'honneur" de Rouaud, d'un roman "sur" la première guerre mondiale; le livre d'Echenoz est un tableau de la guerre, et le style "à l'os" de l'écrivain fait merveille pour nous imprimer des images réalistes sans aucune lourdeur, tout en tenant compte des derniers acquis de la recherche sur le premier conflit mondial: rôle de la "cellule primaire" dans la solidarité au combat, remarquable chapitre sur les animaux, etc.
Mais l'essentiel n'est pas là: la qualité stylistique exceptionnelle de ce très bref roman lui donne un pouvoir d'évocation supérieur à bien des copieux ouvrages.
Choix des mots, rythme de l'écriture: chaque phrase montre l'art de l'écrivain, totalement investi dans un sujet dont la gravité s'impose à lui. Un pendant littéraire au triptyque d'Otto Dix sur la guerre, qui emploie des formes classiques pour mettre l'horreur en évidence.
 
 
 
« Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus : Une enquête », de Ivan Jablonka, édit. Seuil, 2012, 432 p.
Je suis parti, en historien, sur les traces des grands-parents que je n'ai pas eus. Leur vie s'achève longtemps avant que la mienne ne commence: Matès et Idesa Jablonka sont autant mes proches que de parfaits étrangers. Ils ne sont pas célèbres. Pourchassés comme communistes en Pologne, étrangers illégaux en France, Juifs sous le régime de Vichy, ils ont vécu toute leur vie dans la clandestinité. Ils ont été emportés par les tragédies du XXe siècle: le stalinisme, la montée des périls, la Seconde Guerre mondiale, la destruction du judaïsme européen.
Pour écrire ce livre, j'ai exploré une vingtaine de dépôts d'archives et rencontré de nombreux témoins en France, en Pologne, en Israël, en Argentine, aux Etats-Unis. Ai-je cherché à être objectif ? Cela ne veut pas dire grand-chose, car nous sommes rivés au présent, enfermés en nous-mêmes. Mon pari implique plutôt la mise à distance la plus rigoureuse et l'investissement le plus total. Il est vain d'opposer scientificité et engagement, faits extérieurs et passion de celui qui les consigne, histoire et art de conter, car l'émotion ne provient pas du pathos ou de l'accumulation de superlatifs: elle jaillit de notre tension vers la vérité. Elle est la pierre de touche d'une littérature qui satisfait aux exigences de la méthode.
Voir également le mail de Michel Bac du 16 février adressé à chacun d’entre nous.
 
 
 

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