dimanche 17 février 2013

LES COUPS DE COEUR DE SYLVIE ET DE JOSEPH



« La déesse des petits victoires » de Yannick Grannec, édit. Anne Carrière, 2012, 468 p.

Université de Princeton, 1980. Anna Roth, jeune documentaliste sans ambition, se voit confier la tâche de récupérer les archives de Kurt Gödel, le plus fascinant et hermétique mathématicien du XXe siècle. Sa mission consiste à apprivoiser la veuve du grand homme, une mégère notoire qui semble exercer une vengeance tardive contre l’establishment en refusant de céder les documents d’une incommensurable valeur scientifique. Dès la première rencontre, Adèle voit clair dans le jeu d’Anna. Contre toute attente, elle ne la rejette pas mais impose ses règles. La vieille femme sait qu’elle va bientôt mourir, et il lui reste une histoire à raconter, une histoire que personne n’a jamais voulu entendre. De la Vienne flamboyante des années 1930 au Princeton de l’après-guerre ; de l’Anschluss au maccarthysme ; de la fin de l’idéal positiviste à l’avènement de l’arme nucléaire, Anna découvre l’épopée d’un génie qui ne savait pas vivre et d’une femme qui ne savait qu’aimer.

Albert Einstein aimait à dire : « Je ne vais à mon bureau que pour avoir le privilège de rentrer à pied avec Kurt Gödel. » Cet homme, peu connu des profanes, a eu une vie de légende : à la fois dieu vivant de l’Olympe que représentait Princeton après la guerre et mortel affligé par les pires désordres de la folie. Yannick Grannec a réussi, dans ce premier roman, le tour de force de tisser une grande fresque sur le XXe siècle, une ode au génie humain et un roman profond sur la fonction de l’amour et la finalité de l’existence.
 
 

 

« Le chantier » de Mo Yan, trad. Chantal Chen-Andro édit. Seuil, (18 août 2011), 213 p.

" La route noire rampe, immense dragon décapité." Une route en construction quelque part dans la campagne chinoise: on ignore où et quand elle doit aboutir.
Avec le départ du chef de chantier, les "mauvais éléments", subitement livrés à eux-mêmes, oublient la discipline et le carcan idéologique. Dans ce paysage décharné, affamé, la proximité d'un village peuplé de créatures humaines et animales attise les pulsions. Les instincts individuels et les passions se déchaînent sur ce théâtre inattendu de la comédie humaine: jeu, vol, crime, folie, violence animale, sexuelle... traversés d'éclairs de bonté, de finesse et de beauté. Où diable va-t-on ?

Ce roman vif, brutal, dont les audaces et le burlesque interrogent sans ambages le socialisme tel qu'il a cherché sa voie en Chine, permet à l'auteur d'afficher une maestria qui explose la langue de bois, dynamite le discours politique. Avec Le Chantier, Mo Yan affirme son génie singulier et nous livre une fable intense, complexe, envoûtante, teintée de son habituelle truculence. Un roman remarquable d'intelligence et de vivacité.
 
 
 
 
  • COUP DE COEUR DE JOSEPH

Joseph nous a rappelé l'intérêt qu'il porte à la problématique dela traduction (voir ce blog). l évoque un article sur ce thème paru  dans le New York Times du 28 juin, nous aimerions qu'il en fasse un petite synthèse qu'on pourrait intégrer dans ce blog.

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