dimanche 17 février 2013

LES COUPS DE COEUR DE CHANTAL ET DE GERARD


  • COUPS DE COEUR DE CHANTAL

« Les désorientés » d’Amin Malouf de l’Académie française, édit. Grasset, sept. 2012, 528 p.

« Dans « Les désorientés », je m'inspire très largement de ma propre jeunesse. Je l'ai passée avec des amis qui croyaient en un monde meilleur. Et même si aucun des personnages de ce livre ne correspond à une personne réelle, aucun n'est entièrement imaginaire. J'ai puisé dans mes rêves, dans mes fantasmes, dans mes remords, autant que dans mes souvenirs. Les protagonistes du roman avaient été inséparables dans leur jeunesse, puis ils s'étaient dispersés, brouillés, perdus de vue. Ils se retrouvent à l'occasion de la mort de l'un deux. Les uns n'ont jamais voulu quitter leur pays natal, d'autres ont émigré vers les Etats-Unis, le Brésil ou la France. Et les voies qu'ils ont suivies les ont menés dans les directions les plus diverses. Qu'ont encore en commun l'hôtelière libertine, l'entrepreneur qui a fait fortune, ou le moine qui s'est retiré du monde pour se consacrer à la méditation ? Quelques réminiscences partagées, et une nostalgie incurable pour le monde d'avant. »
 

 

« Des lanternes à leurs cornes attachées » de Rhadika Jha, trad. Simone Manceau, édit. Philippe Picquier, 2011, 276 p.

Dans ce beau roman, Radhika Jha s’attache à une héroïne originale et hautement symbolique, dans une Inde prise entre tradition et modernité : une vache. Ramu découvre dans la forêt une vache blessée. C’est le début d’une grande histoire qui va faire de lui le sauveur de son village maintenu dans l’isolement par le vieux chef de village. La narration est habilement menée à partir du point de vue de différents personnages : le barbier sentencieux, l’instituteur, le prêtre, le joueur endetté, et bien sûr les femmes. Cette composition précisément orchestrée aborde des questions essentielles aussi bien sur l’identité de l’homme, son rapport à l’animal, à sa communauté que sur l’Inde et son rapport avec l étranger. Elle manifeste l’amour de l’auteur pour son pays et les hommes qui l’habitent. Un amour qui imprègne le récit et le conclut : la vache, dont le propre est « d’aller quelque part » comme l’indique le vocable en sanskrit, tels l’âme et l’esprit divin, s’enfonce à jamais dans la forêt.
 
 
 
 


  • LES COUPS DE COEUR DE GERARD


« Ru » de Kim Thuy, édt. Liana Levi, 2010

Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l'enfance dans sa cage d'or à Saigon, l'arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d'un bateau au large du golfe de Siam, l'internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec. Récit entre la guerre et la paix, ru dit le vide et le trop-plein, l'égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragi-comiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d'un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d'argent ou la puissance d'une odeur d'assouplissant, Kim Thúy restitue le Vietnam d'hier et d'aujourd'hui avec la maîtrise d'un grand écrivain.

 

 

« Le clan du sorgho » de Mo Yan, prix Nobel de Littérature 2012, Actes Sud

1939 : l'envahisseur japonais marche sur Gaomi, Chine du Nord-Est. Les paysans se soulèvent. Dai Fenglian, une femme d'exception, met son charisme au service du commandant YU, un brigand qui dirige la résistance. Tel est le point de départ d'un roman où toute une communauté - d'humbles villageois, pour la plupart - se jette dans un combat sans merci. Symboles de fertilité et de paix, les champs de sorgho sont bientôt détrempés du sang des victimes. Mo Yan, ici, se souvient d'une époque particulièrement tragique de l'histoire chinoise. Il retrouve, à travers elle, la tradition d'une écriture épique où la violence des affrontements libère des forces sacrées. La mort, la peur et l'ivresse de la cruauté dressent un décor grandiose pour cette aventure dont l'adaptation cinématographique - sous le titre Le Sorgho rouge, (Ours d'or du Festival de Berlin en 1988) - a d'ores et déjà connu un succès international.
 
 

 
"L'éternité dans une heure - La poésie des nombres " de Daniel TAMMET, Arènes Edit 2013, 300 pages (lecture en cours)
Daniel Tammet a été élu par un panel d experts l un des « 100 génies vivants » en 2007. Autiste Asperger, doué de synesthésie, il voit les nombres comme des formes et des couleurs et parle plusieurs langues. Son autobiographie, Je suis né un jour bleu, est devenue un classique, traduit dans 24 langues. Son deuxième livre, Embrasser le ciel immense, fut aussi un best-seller (vendu à plus de 80 000 exemplaires en France). Il a été élu membre de la Société royale des arts en Grande-Bretagne en 2012. Il vit à Paris.
"Comment compterait-on si l'on avait non pas dix doigts mais onze, comme Anne Boleyn la deuxième femme d'Henri VIII d'Angleterre, selon la légende ? Pourquoi Platon proposait-il de limiter sa cité idéale à exactement 5 040 foyers ? Elaborer un modèle prédictif du comportement de sa mère peut-il permettre de mieux la comprendre ? Voilà le genre de questions rafraîchissantes que pose l'écrivain britannique Daniel Tammet dans son dernier livre, L'Eternité dans une heure, qui paraissait cette semaine (traduction française aux éditions Les Arènes, 300 p., 19,80 euros). En 25 courts chapitres, ce bel objet met les mathématiques au  cœur de l'histoire, de la littérature, du quotidien. De la vie, en somme.
"Je ne voulais pas être dans la non-fiction telle qu'on l'imagine, avec seulement des faits statistiques, des explications, explique Daniel Tammet dans un français impeccable teinté d'un léger accent. Les histoires sont vraies, mais je les ai écrites presque comme des nouvelles, avec de la poésie, des couleurs, des textures, des émotions." Dans un bureau de sa maison d'édition, en plein Saint-Germain-des-Prés, le jeune homme à l'allure d'étudiant se raconte sans compterr son temps, en buvant thé sur thé. Un rituel tout britannique que ses cinq dernières années de vie passées en France n'ont pas écorné.
Extrait d'un article de Sandrine Cabut, in Le Monde Sc. et Techn. 17/01/2013
 
 

 

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