dimanche 17 février 2013

LES COUPS DE COEUR DE MONIQUE

Les commentaires repoduits sont ceux des éditeurs.


« Saison brune » BD, de Philippe Squarzoni, édit. DELCOURT

Été 2006. Philippe Squarzoni finalise son album politique Dol, mais il lui reste un passage à traiter, celui de l’écologie. Peu connaisseur, il veut maîtriser son sujet et parler en détail du changement climatique. Déstabilisé par l’ampleur du problème, il s’interroge, s’informe, interviewe des spécialistes, se trouve confronté à des impasses, ou renvoyé à de nouveaux questionnements. S’ensuivent cinq ans de recherches…

Après une enfance passée en Ardèche puis à l'île de La Réunion, Philippe Squarzoni s'installe à Lyon pour suivre des études de lettres. Entre 1994 et 1996, durant la guerre en ex-Yougoslavie, il se rend plusieurs fois en Croatie comme volontaire dans un projet de résolution du conflit. L'année suivante, il va au Mexique comme observateur des droits de l'homme dans une communauté zapatiste du Chiapas. Il y retourne en mars 2001 pour suivre la marche zapatiste sur Mexico. Alors militant de l'association Attac, il publie ses premiers albums de bande dessinée d'intervention politique, Garduno, en temps de paix en 2002 et Zapata, en temps de guerre en 2003, deux livres qui le feront connaître auprès d'un vaste public. Dans Torture blanche, qui paraît en 2004, il décrit son voyage en Palestine et en Israël comme membre d'une mission de protection du peuple palestinien, et c'est en 2006 qu'il publie Dol, bilan des politiques libérales menées en France au tournant du XXIe siècle. Dans son dernier album, Saison brune, l'auteur s'intéresse à la question du réchauffement climatique. Déstabilisé par l'ampleur du problème, sans cesse renvoyé à de nouveaux questionnements, il s'immerge dans une investigation qui l'occupe durant près de six années.
 

 

« Au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad, édit. G Flammarion

C'était devenu une région de ténèbres. Mais il y avait tout particulièrement en son cœur une rivière, une grande rivière puissante, que l'on pouvait suivre sur la carte, semblable à un immense serpent déroulé, avec sa tête dans la mer, son corps au repos s'incurvant indéfiniment sur une vaste contrée, sa queue se perdant dans les profondeurs du pays. Et tandis que je la contemplais sur une carte à la devanture d'un magasin, elle me fascina, comme un serpent fascine un oiseau. Je me souvins alors qu'il y avait un gros comptoir, une compagnie commerciale, sur cette rivière. Que diable ! pensai-je, ils ne peuvent faire du commerce sans utiliser des bateaux d'un genre quelconque sur toute cette eau douce des bateaux à vapeur ! Pourquoi ne pas essayer de m'en faire confier un ? Je continuai mon chemin dans Fleet Street, mais je ne pus me débarrasser de cette idée. Le serpent m'avait envoûté.
 
 

 

« La capitana » d’Elsa Osorio, trad. François Gaudry, édit. Métailié

Il y a des vies qui sont des romans qu’aucun romancier n’oserait écrire par crainte d’être taxé d’invraisemblance. Mika, la Capitana d’Elsa Osorio, semble avoir eu l’habitude de se trouver à l’épicentre des convulsions qui ont secoué le monde contemporain depuis les années 30.
Mika, Micaela Feldman de Etchebéhère (1902-1992), la Capitana, a réellement vécu en Patagonie, à Paris, à Berlin, en Espagne, elle a tenu toute sa vie des carnets de notes. À partir de ces notes, des rencontres avec les gens qui l’ont connue, des recoupements de l’Histoire, Elsa Osorio transforme ce qui pourrait n’être qu’une biographie en littérature. Mika a appartenu à cette génération qui a toujours lutté pour l’égalité, la justice et la liberté. Elle est allée à Paris avec son mari pour participer au mouvement intellectuel dans les années 30, ils ont fondé la revue Que faire ?. Puis ils sont allés vivre à Berlin dont les ont chassés la montée du nazisme, ainsi que les manipulations du mouvement ouvrier par le stalinisme.

Enfin ils sont allés rejoindre les milices du POUM dans la guerre civile en Espagne.
Dans des circonstances dramatiques, elle, qui ne sait rien des armes et des stratégies militaires, se retrouve à la tête d’une milice. Son charisme, son intelligence des autres, sa façon de prendre les bonnes décisions la rendent indispensable et ce sont les miliciens eux-mêmes qui la nomment capitaine. Poursuivie par les fascistes, persécutée par les staliniens,  harcelée par un agent de la Guépéou, emprisonnée, elle sera sauvée par les hommes qu’elle a commandés. Elle a fini sa vie d’inlassable militante à Paris en 1992. Elsa Osorio, portée par ce personnage hors du commun, écrit un roman d’amour passionné et une quête intellectuelle exigeante en mettant en œuvre tout son savoir faire littéraire pour combler les trous de l’Histoire.

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