lundi 27 mai 2013

18EME REUNION - CHANTAL : BIOGRAPHIE DE KAWABATA ET LE PRIX NOBEL ( à suivre)

Chantal a fait un travail impressionnant pour nous présenter Kawabata et "Le grondement de la montagne".
Pour ceux qui souhaitent approfondir l'œuvre de cet écrivain, voici quelques points de repère qu'elle nous propose. Pour en faciliter la lecture sur ce blog, un découpage par thèmes a été retenu.
Gérard


Biographie

Né le 11 juin 1899 à Osaka

Orphelin à 15 ans (parents décédés de la tuberculose avant ses trois ans). Perte de sa sœur placée dans une autre famille à l’âge de 16 ans (lui en a 11).

Marié, deux enfants (une fille)

Suicidé le 16 avril 1972 (deux ans après Mishima) à l’âge de 72 ans

Le père médecin fin lettré, la mère appartient à une famille fortunée, tous deux décèdent de tuberculose, la sœur est de quatre ans son aînée. Confié à la garde des grands-parents. Scolarité brillante malgré une santé précaire. Son grand-père est féru de science divinatoire et de médecine chinoise.

En 1912, décide de devenir écrivain, consacre son temps libre à la lecture et à des essais de création littéraire, poésie en vers libres, haiku, tanka, rédactions diverses.

En 1914, à la mort du grand-père, est confié à la famille maternelle. Ecrit : journal de ma seizième année.

En 1915, envoie des tanka et de courts essais dans différents quotidiens et revues ; certains textes sont publiés.

En 1920, université de Tokyo, faculté de littérature, section littérature anglaise et japonaise. Rencontre avec l’écrivain Kikuchi Kan qui deviendra son protecteur.

En 1957, premier voyage en Europe

En 1960, reçoit en France le titre d’officier des Arts et des lettres.

En 1962, milite pour la paix dans le Monde.

En 1967, milite contre la révolution culturelle en Chine

Prix Nobel de la littérature en 1968 (première demande en 1961)


Lettre de recommandation de Mishima :

« Les œuvres de M.Kawabata allient la délicatesse à la fermeté, l’élégance à la conscience des tréfonds de la nature humaine ; leur clarté recèle une insondable tristesse, elles sont modernes quoique directement inspirées de la philosophie du Moyen âge. La manière dont l’écrivain choisit ses mots démontre à quelle subtilité, à quel degré de sensibilité frémissante peut atteindre la langue japonaise ; son style sans pareil est capable, avec une promptitude infaillible, d’aller droit au cœur d’un sujet pour en exprimer la substance –qu’il s’agisse de l’innocence d’une très jeune fille ou de l’effrayante misanthropie du grand âge. Une concision extrême –la concision chargée de sens des symbolistes – le cantonne dans des œuvres courtes qui, en dépit de cette brièveté, englobent tous les aspects de la nature humaine. Pour beaucoup d’écrivains du japon moderne, les impératifs de la tradition et le désir de créer une littérature nouvelle se sont révélés quasi inconciliables. M. Kawabata pourtant, avec une intuition de poète, a dépassé cette contradiction pour parvenir à une synthèse. Dans tous ses écrits, depuis son jeune âge jusqu’à nos jours, se retrouve comme une obsession le même thème : celui du contraste entre la solitude fondamentale de l’homme et cette inaltérable beauté que l’on saisit par intermittence dans les fulgurations de l’amour, de même qu’un éclair peut soudain révéler, au cœur de la nuit, les branches d’un arbre en pleine floraison. »

 

NB - Dans une lettre du 21 mai 1961, Kawabata sollicitait l’aide de Mishima : « Je suis confus de vous harceler avec la question du prix Nobel, mais si je me borne à envoyer un simple télégramme, cela risque de paraître un peu léger ». Mishima répondait : « je me demande si une lettre écrite par quelqu’un de mon espèce ne risque pas plutôt de vous desservir ».

Le 17 avril 1962, Kawabata écrit : « les atermoiements de la Commission de recommandation pour le prix Nobel sont amusants, vous ne trouvez pas ? J’ai reçu notamment une lettre de Paris disant que certains écrivains français, par qui le Japon n’est apparemment pas très emballé, allaient pousser le candidat japonais. Mais pour que nous ayons le Nobel, sans doute faudra-t-il attendre un écrivain de votre génération.

(1994 Kenzaburo Oe recevra à son tour le prix Nobel)

 

Discours prononcé par Kawabata

« Le disciple zen reste assis de longes heures, silencieux, immobile, les yeux fermés. Bientôt il pénètre un état d’impassibilité, libéré de toute conception, de toute pensée. Il quitte le soi pour entrer dans le domaine du rien. Ceci n’est pas le Rien ou le Vide occidental. Plutôt le contraire, un univers de l’esprit où tout communique en toute liberté avec tout, transcendant les frontières, sans limites. »

« La neige, la lune, les cerisiers en fleurs, mots qui expriment la beauté des saisons se transformant l’une en l’autre, englobent toute la tradition japonaise de la beauté des montagnes, des rivières, des plantes et des arbres, les milliers de manifestations où se révèlent la nature, aussi bien que les innombrables sentiments humains. »

 


                             Remise du prix Nobel 1968, Kawabata à droite




Commentaire de Mishima sur ce texte

Le « Beau Japon en moi » est un texte qui explicite, avec une admirable lucidité, ce qui constitue le noyau de votre œuvre littéraire, et je pense que tout ce qui a pu être publié en matière « d’essais sur Kawabata » va être à jamais balayé par cet opuscule. Il y a, dans la manière dont vous exposez vos réflexions, une sorte de magie qui vous permet, en parlant de la vanité de l’effort, ou encore du néant, d’en imposer directement la sensation au lecteur. D’ailleurs, cette notion de néant – et c’est bien la première fois- vous en évoquez l’essence dans ce qu’elle a de lumineux et de porteur de vie en des termes faciles à comprendre pour les Occidentaux, produisant ainsi une impression analogue à celle de votre « Chanson d’Italie » (symbole de la volonté sereine de continuer à vivre envers et contre tout (brûlures), une impression qui se prolonge aussitôt, me semble-t-il, dans les premières pages de « Présence et découverte du beau » , lorsque vous évoquez la beauté de verres aux reflets éblouissants.

En fait, « Le Beau japon en moi » m’apparaît comme une anthologie admirable et sans égale dans le sens où ce texte capte et expose tel quel, de façon claire et concise, ce que personne jusqu’à présent n’avait jamais mis en lumière de façon cohérente : les infimes courants bleutés qui forment l’eau vive de la littérature japonaise. Parmi les multiples citations fort intéressantes qui se succèdent dans votre texte, et que j’ignorais faute de connaissances suffisantes, il en est une qui reste gravée en moi, et que je n’oublierai pas : celle des « Contes d’Ise » qui parle des grappes de glycine de trois pieds six pouces (récit poétique du 10ème siècle entrelaçant tanka (31 syllabes) et textes en prose. Ces grappes, ployant sous leur propre poids au point de dépasser des pages de votre essai, viennent recouvrir de leur floraison l’univers bouddhique, et envahissant notre monde par leur exubérance, l’occupent en silence.

Les quelques pages merveilleuses consacrées aux verres, tout au début de votre conférence sur « Présence et découverte du Beau », ont dû certainement, ne serait-ce que par la fraîcheur de l’expérience sensorielle qui s’en dégage, tenir sous le charme le public venu vous entendre parler du « Dis du Genji » (11ème siècle, composé par une femme, Murasaki Skikibu). (…Proust). En même temps, j’ai trouvé intéressant de constater que vous, l’auteur de Pays de neige, vous étiez aussi attaché à une forme de beauté luminescente, comme si vous vous rappeliez l’acuité et le lustre de votre jeunesse, au sein du mouvement « sensations nouvelles ». Ces quelques  pages m’ont   également fait penser à votre nouvelle « Illusions de cristal » (nouvelle : la sensation de décalage éprouvée par une jeune femme désœuvrée, qui incorpore dans ses fantasmes  le discours scientifique de son mari généticien, est transmise à travers des collages d’images qui donnent à cet œuvre  singulière le chatoiement d’un jeu de miroirs).

Par ailleurs, j’ai été frappé de la manière que vous avez, tout en évoquant en apparence des sujets d’une  grâce extrême, de lancer parfois au détour d’une phrase certaines réflexions

 -notamment sur le lien prédestiné et donc terrifiant qui existe entre une littérature et son époque, ou sur l’usage inquiétant que fait Kyoshi du « bâton » en l’objectivant dans l’un de ses poèmes (« année qui passe et qui vient et que traverse/comme un bâton).

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