Pour ceux qui souhaitent approfondir l'œuvre de cet écrivain, voici quelques points de repère qu'elle nous propose. Pour en faciliter la lecture sur ce blog, un découpage par thèmes a été retenu.
Gérard
Biographie
Né le 11 juin 1899 à Osaka
Orphelin à 15 ans (parents décédés de la tuberculose avant
ses trois ans). Perte de sa sœur placée dans une autre famille à l’âge de 16
ans (lui en a 11).
Marié, deux enfants (une fille)
Suicidé le 16 avril
1972 (deux ans après Mishima) à l’âge de 72 ans
Le père médecin fin lettré, la mère appartient à une famille
fortunée, tous deux décèdent de tuberculose, la sœur est de quatre ans son
aînée. Confié à la garde des grands-parents. Scolarité brillante malgré une
santé précaire. Son grand-père est féru de science divinatoire et de médecine
chinoise.
En 1912, décide de devenir écrivain, consacre son temps
libre à la lecture et à des essais de création littéraire, poésie en vers
libres, haiku, tanka, rédactions diverses.
En 1914, à la mort du grand-père, est confié à la famille
maternelle. Ecrit : journal de ma seizième année.
En 1915, envoie des tanka et de courts essais dans
différents quotidiens et revues ; certains textes sont publiés.
En 1920, université de Tokyo, faculté de littérature,
section littérature anglaise et japonaise. Rencontre avec l’écrivain Kikuchi
Kan qui deviendra son protecteur.
En 1957, premier voyage en Europe
En 1960, reçoit en France le titre d’officier des Arts et
des lettres.
En 1962, milite pour la paix dans le Monde.
En 1967, milite contre la révolution culturelle en Chine
Prix Nobel de la littérature en 1968 (première demande en 1961)
Lettre de
recommandation de Mishima :
« Les œuvres de M.Kawabata allient la délicatesse à la
fermeté, l’élégance à la conscience des tréfonds de la nature humaine ;
leur clarté recèle une insondable tristesse, elles sont modernes quoique
directement inspirées de la philosophie du Moyen âge. La manière dont
l’écrivain choisit ses mots démontre à quelle subtilité, à quel degré de
sensibilité frémissante peut atteindre la langue japonaise ; son style
sans pareil est capable, avec une promptitude infaillible, d’aller droit au
cœur d’un sujet pour en exprimer la substance –qu’il s’agisse de l’innocence
d’une très jeune fille ou de l’effrayante misanthropie du grand âge. Une
concision extrême –la concision chargée de sens des symbolistes – le cantonne
dans des œuvres courtes qui, en dépit de cette brièveté, englobent tous les
aspects de la nature humaine. Pour beaucoup d’écrivains du japon moderne, les
impératifs de la tradition et le désir de créer une littérature nouvelle se
sont révélés quasi inconciliables. M. Kawabata pourtant, avec une intuition de
poète, a dépassé cette contradiction pour parvenir à une synthèse. Dans tous
ses écrits, depuis son jeune âge jusqu’à nos jours, se retrouve comme une
obsession le même thème : celui du contraste entre la solitude
fondamentale de l’homme et cette inaltérable beauté que l’on saisit par
intermittence dans les fulgurations de l’amour, de même qu’un éclair peut
soudain révéler, au cœur de la nuit, les branches d’un arbre en pleine
floraison. »
NB - Dans une lettre du 21 mai 1961, Kawabata
sollicitait l’aide de Mishima : « Je suis confus de vous harceler
avec la question du prix Nobel, mais si je me borne à envoyer un simple
télégramme, cela risque de paraître un peu léger ». Mishima
répondait : « je me demande si une lettre écrite par quelqu’un de mon
espèce ne risque pas plutôt de vous desservir ».
Le 17 avril 1962, Kawabata écrit : « les atermoiements
de la Commission de recommandation pour le prix Nobel sont amusants, vous ne
trouvez pas ? J’ai reçu notamment une lettre de Paris disant que certains
écrivains français, par qui le Japon n’est apparemment pas très emballé,
allaient pousser le candidat japonais. Mais pour que nous ayons le Nobel, sans
doute faudra-t-il attendre un écrivain de votre génération.
(1994 Kenzaburo Oe recevra à son tour le prix Nobel)
Discours prononcé par
Kawabata
« Le disciple zen reste assis de longes heures,
silencieux, immobile, les yeux fermés. Bientôt il pénètre un état
d’impassibilité, libéré de toute conception, de toute pensée. Il quitte le soi
pour entrer dans le domaine du rien. Ceci n’est pas le Rien ou le Vide
occidental. Plutôt le contraire, un univers de l’esprit où tout communique en
toute liberté avec tout, transcendant les frontières, sans limites. »
« La neige, la lune, les cerisiers en fleurs, mots qui
expriment la beauté des saisons se transformant l’une en l’autre, englobent toute
la tradition japonaise de la beauté des montagnes, des rivières, des plantes et
des arbres, les milliers de manifestations où se révèlent la nature, aussi bien
que les innombrables sentiments humains. »
Remise du prix Nobel 1968, Kawabata à droite
Commentaire de Mishima sur ce texte
Commentaire de Mishima sur ce texte
Le « Beau Japon en moi » est un texte qui
explicite, avec une admirable lucidité, ce qui constitue le noyau de votre
œuvre littéraire, et je pense que tout ce qui a pu être publié en matière
« d’essais sur Kawabata » va être à jamais balayé par cet opuscule.
Il y a, dans la manière dont vous exposez vos réflexions, une sorte de magie
qui vous permet, en parlant de la vanité de l’effort, ou encore du néant, d’en
imposer directement la sensation au lecteur. D’ailleurs, cette notion de néant
– et c’est bien la première fois- vous en évoquez l’essence dans ce qu’elle a
de lumineux et de porteur de vie en des termes faciles à comprendre pour les
Occidentaux, produisant ainsi une impression analogue à celle de votre
« Chanson d’Italie » (symbole de la volonté sereine de continuer à
vivre envers et contre tout (brûlures), une impression qui se prolonge
aussitôt, me semble-t-il, dans les premières pages de « Présence et
découverte du beau » , lorsque vous évoquez la beauté de verres aux
reflets éblouissants.
En fait, « Le Beau japon en moi » m’apparaît comme
une anthologie admirable et sans égale dans le sens où ce texte capte et expose
tel quel, de façon claire et concise, ce que personne jusqu’à présent n’avait
jamais mis en lumière de façon cohérente : les infimes courants bleutés
qui forment l’eau vive de la littérature japonaise. Parmi les multiples
citations fort intéressantes qui se succèdent dans votre texte, et que
j’ignorais faute de connaissances suffisantes, il en est une qui reste gravée
en moi, et que je n’oublierai pas : celle des « Contes d’Ise »
qui parle des grappes de glycine de trois pieds six pouces (récit poétique du
10ème siècle entrelaçant tanka (31 syllabes) et textes en prose. Ces
grappes, ployant sous leur propre poids au point de dépasser des pages de votre
essai, viennent recouvrir de leur floraison l’univers bouddhique, et
envahissant notre monde par leur exubérance, l’occupent en silence.
Les quelques pages merveilleuses consacrées aux verres, tout
au début de votre conférence sur « Présence et découverte du Beau »,
ont dû certainement, ne serait-ce que par la fraîcheur de l’expérience
sensorielle qui s’en dégage, tenir sous le charme le public venu vous entendre
parler du « Dis du Genji » (11ème siècle, composé par une
femme, Murasaki Skikibu). (…Proust). En même temps, j’ai trouvé intéressant de
constater que vous, l’auteur de Pays de neige, vous étiez aussi attaché à une
forme de beauté luminescente, comme si vous vous rappeliez l’acuité et le
lustre de votre jeunesse, au sein du mouvement « sensations
nouvelles ». Ces quelques pages
m’ont également fait penser à votre
nouvelle « Illusions de cristal » (nouvelle : la sensation de
décalage éprouvée par une jeune femme désœuvrée, qui incorpore dans ses
fantasmes le discours scientifique de
son mari généticien, est transmise à travers des collages d’images qui donnent
à cet œuvre singulière le chatoiement
d’un jeu de miroirs).
Par ailleurs, j’ai été frappé de la manière que vous avez,
tout en évoquant en apparence des sujets d’une
grâce extrême, de lancer parfois au détour d’une phrase certaines
réflexions
-notamment sur le
lien prédestiné et donc terrifiant qui existe entre une littérature et son
époque, ou sur l’usage inquiétant que fait Kyoshi du « bâton » en
l’objectivant dans l’un de ses poèmes (« année qui passe et qui vient et
que traverse/comme un bâton).

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