dimanche 25 mai 2014

22EME REUNION : LES COUPS DE COEUR DE CLAUDE


Claude nous parle d'abord de son coup de cœur pour une librairie installée du de Meudon à Boulogne Billancourt.

Le libraire a notamment recommandé à Claude la lecture d'un livre qui est devenu un de ses coups de cœur :

"L'Ancêtre" de Juan-José Saer, traduit par Laure Bataillon, 188 pages; Editeur : 10/18 (1 avril 1993); Collection : Domaine étranger
 
 

Peu de livres donnent au lecteur l’impression, dès les premières pages, d’être confronté à un chef d’œuvre absolu. L’Ancêtre, de Juan José Saer, appartient à cette catégorie. « De ces rivages vides il m’est surtout resté l’abondance de ciel. Plus d’une fois je me suis senti infime sous ce bleu dilaté : nous étions, sur la plage jaune, comme des fourmis au centre d’un désert. Et si, maintenant que je suis un vieil homme, je passe mes jours dans les villes, c’est que la vie y est horizontale, que les villes cachent le ciel. »


Le roman est inspiré d’une histoire réelle. En 1515, un corps expéditionnaire de trois navires quitte l’Espagne en direction du Rio de la Plata, vaste estuaire à la conjonction des fleuves Parana et Uruguay. Mais, à peine débarqués à terre, le capitaine et les quelques hommes qui l’accompagnent sont massacrés par des Indiens. Un seul en réchappe, le mousse : fait prisonnier, accueilli dans la tribu de ses assaillants, il n’est rendu à son monde que dix ans plus tard, à l’occasion d’une autre expédition naviguant dans ces eaux. De ce fait historique Juan José tire une fable universelle qui interroge le sens des destinées humaines et le pouvoir du langage. Arrivé à la fin de sa vie, le mousse se souvient comment, soixante ans plus tôt, il a été amené pendant toutes ces années à partager l’existence d’une tribu d’hommes anthropophages au point de bouleverser sa vision du monde...


La première édition de ce livre a été menée par Flammarion en 1987. Cette nouvelle édition est postfacée par Alberto Manguel. La traduction, de Laure Bataillon a reçu en 1988 le prix de la meilleure traduction décernée par la Maison des Écrivains et des Traducteurs (MEET). Après la mort de la traductrice, il fut décidé que le prix porterait dorénavant son nom.

Source : http://le-tripode.net/livre/juan-jose-saer/lancetre

 Extrait d'"Everybody Knows", le blog de Claude, avec son accord :


Que la littérature est belle quand elle produit des œuvres telles que "L'ancêtre" !
Paru en 1982, traduit en 1987 en français (remarquable traduction de Laure Bataillon nous dit on) et édité chez Flammarion, le livre était épuisé jusqu'à ce qu'une petite maison d'édition, Le Tripode, ait l'excellente idée d'exhumer ce livre dont des personnes averties nous indiquent qu'il s'agit de l'une des œuvres-clés de l'univers littéraire de Saer, écrivain argentin (1937-2005), qui a écrit plus de trente ouvrages.
"L'ancêtre" est inclassable : ce n'est ni un roman-historique, ni un conte philosophique ; plutôt les deux à la fois, mais dans ce qu'il y a de meilleur, servi par un style formidable. Le roman est inspiré d'une histoire réelle, celle d'un mousse  d'une quinzaine d'années embarqué dans une expédition maritime vers les "Indes" en 1515, et seul rescapé d'une petite troupe descendue à terre, exterminée par des indiens. Le mousse restera dix ans dans cette tribu avant d'être libéré par une autre expédition. Saer donne à son héro un mystérieux statut de privilégié - le  def-gui - aux multiples acceptions. Le roman est écrit par le mousse devenu vieillard, après avoir vécu d'autres vies (moinillon, saltimbanque) qui paraissent un peu dérisoires à l'aune de son expérience dans les îles. Ce serait une gageure de vouloir résumer ce roman dont on sent (à défaut de les identifier tous) les multiples "ressorts". J'engage à consulter le commentaire sur cette œuvre écrit sur le blog "L'escalier des aveugles*" ; il est remarquable et propose un certain nombre de clés de compréhension du texte.
Plusieurs thèmes sont à l'honneur dans ce roman : celui de la vérité (qui n'existe pas), du doute (qui doit être le passage obligé de la réflexion), du rationnel et du visible (murailles contre tous les "complots"), de la faute ou du mal (qui s'imposent pour équilibrer le bien), celui du souvenir (qui forge notre identité), l' "être" qui se dit "paraître" dans le langage des indiens, ...
Mais Saer ne prétend pas donner une leçon d'intelligibilité de la vie ; bien au contraire. Le manichéisme alterne avec l'irrationnel, le réel avec l'imaginaire. La seule vérité semble résider dans la complexité des choses, ce qui oblige à l'humilité et au respect.
 
Extraits :
"La mort et les souvenirs en cela se révèlent égaux. Ils sont pour chaque homme, uniques, et eux qui croient avoir, pour les avoir vécus dans une même expérience, des souvenirs communs, ne savent pas qu'ils ont des souvenirs différents et qu'ils sont condamnés à la solitude des ces souvenirs comme à celle de leur mort."
" Le seul savoir juste est celui qui reconnaît que nous savons seulement ce qui condescend à se montrer."
 
 

"Corsaire de la République Voyages Aventures et Combats" T1, de Louis Garneray, Broché; Editeur : Libretto (20 juin 2011); Collection : LITT FRANCAISE
 
 

"Le négrier de Zanzibar : Voyages, aventures, combats" T2 : même collection

 

En 1802, à la faveur de la paix d'Amiens conclue entre Bonaparte et les Anglais, le jeune Garneray (il n'a pas vingt ans) quitte la compagnie de ses amis corsaires et s'engage à bord de la Petite-Caroline, un brave navire marchand qui se livre à un commerce des plus pacifiques le long des côtes de l'Inde. Le voyage pourtant ne sera pas de tout repos. Mutinerie à bord, rencontre avec le~ pirates indiens, naufrage, sauvetage miraculeux : rien n'y manque. On pourrait croire après cela notre marin quelque peu assagi. Il n'en est rien. Sitôt revenu à la terre, l'incorrigible bourlingueur se fait recruter par un capitaine qui s'avère être un négrier de la pire espèce... On jurerait un roman d'aventures - et quel roman ! Pourtant, tous ces épisodes, Garneray les a vécus et en consigne le détail avec la plus scrupuleuse exactitude, ne nous épargnant rien - et surtout pas l'horreur - de ce que ses yeux ont vu. Pour les aficionados, nul doute, son plus grand livre.

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